C'est en 2008 qu'ont été jetées les bases du succès actuel des Belgian Cats. Un scénario imaginé par Philip Mestdagh, un coach humble mais travailleur, qui était à l'époque l'entraîneur des Blue Cats Ypres. Là-bas, dans le Westhoek, il avait sous ses ordres une jeune joueuse particulièrement prometteuse nommée Emma Meesseman. Ses deux filles, Kim et Hanne Mestdagh, et Julie Vanloo évoluaient également à Ypres.

Il en a informé Koen Umans, le secrétaire-général de la Fédération flamande de basket, qui avait travaillé auparavant pour la Fédération Royale Belge des Sociétés de Basketball (FRBSB). "Philip nous a fait comprendre que nous disposions d'une génération capable de briller à l'échelon international ", se souvient Umans.

" Cette génération a fait parler d'elle pour la première fois en 2009, lorsqu'elle est devenue vice-championne d'Europe U16 à Naples. C'était une première pour une équipe belge. À partir de 2010, nous avons lancé le projet des Young Cats. L'objectif était de faire participer ces jeunes joueuses aux compétitions européennes de clubs. En 2011, cette même génération est devenue championne d'Europe en U18 et Emma Meesseman a été élue MVP du tournoi. Le train était lancé. "

" Cette génération a pu grandir étape par étape "

Qui a financé le projet des Young Cats ?

KOEN UMANS : Nous avons surtout reçu du soutien de la part du projet Be Gold de la Loterie Nationale et du COIB. Dans l'équipe actuelle, on trouve cinq joueuses qui ont bénéficié de ce programme. La preuve qu'avec un peu de patience, de l'ambition et un minimum d'investissement, il y a moyen de créer quelque chose de grand.

Les Belgian Cats donnent l'impression d'être, surtout, un projet flamand.

UMANS : Lors du recrutement du staff et de la sélection, l'aspect communautaire ne joue absolument aucun rôle. Nos choix s'effectuent en fonction de la compétence et de l'engagement, pas de la langue. Mais, en matière d'effort financier, il y a de grandes différences entre les fédérations wallonne et flamande, c'est exact. Au total, les Cats disposent d'un budget annuel d'un million d'euros. Je n'entrerai pas dans les détails, mais sans le soutien de Sport Vlaanderen, ce projet n'aurait jamais réussi.

Comment êtes-vous tombé sur Philip Mestdagh pour diriger ce projet ?

UMANS : Je travaillais déjà depuis 2002 à la Fédération flamande de basket, et j'avais fait la connaissance de Philip. À cette période-là, on ne s'intéressait pas beaucoup au basket féminin. Précédemment, nous avions déjà eu une très bonne génération, mais elle n'a jamais été aussi populaire que l'actuelle.

L'avantage de cette génération-ci, c'est qu'elle a pu grandir étape par étape. Après les premiers succès conquis chez les jeunes, nous avons organisé un camp d'entraînement en Slovénie, en 2015 : l'équipe était au complet, et le staff comprenait notamment Pierre Cornia comme assistant-coach, Ellen Schouppe comme coach mental, Pierre-Yves Kaiser comme préparateur physique ou encore Xavier Cambioli et Jelle Duthoit comme physiothérapeutes. C'est là, dans les montagnes, que nous avons commencé à établir un plan concret. Le premier objectif était le Championnat d'Europe 2017.

Et là, ce fut d'emblée un coup dans le mille : médaille de bronze. Les Belgian Cats ont fait le buzz.

UMANS : Cette médaille de bronze a réveillé les consciences de certaines instances appelées à assurer le financement. Un an plus tard, nous avons participé à la Coupe du Monde, où nous avons été éliminés en demi-finale par les États-Unis, une formation intouchable qui a remporté la médaille d'or. Nous avons été la seule équipe à tenir tête pendant 25 minutes aux Américaines.

Après le match, Hanne Mestdagh s'est retrouvée en compagnie de Diana Taurasi lors du contrôle anti-dopage. La vedette de l'équipe américaine lui a demandé de quel college provenaient toutes ces joueuses qui composaient l'équipe belge ? ( il rit) Elle ne pouvait pas concevoir que nous ne possédions pas un système scolaire comparable et que nos joueuses avaient été formées dans de petits clubs, et dans les équipes nationales de jeunes.

" Ann Wauters est un élément rassembleur pour toutes ces jeunes promesses "

Un autre élément s'est révélé essentiel dans la percée des Belgian Cats : le retour d'Ann Wauters. Lorsque Philip Mestdagh a pris l'équipe en charge en 2015, l'une de ses premières missions a été de la convaincre de revenir.

UMANS : Ann Wauters s'est révélé un facteur stabilisateur et un élément rassembleur pour toutes ces jeunes promesses. Elle a pris conscience du potentiel de cette génération.

Depuis quelques mois, elle a retrouvé un club. Vous êtes soulagé ?

UMANS : Certainement. Depuis un an et demi, elle n'avait plus disputé d'autre match que ceux joués avec l'équipe nationale. Lors des matches de qualification contre l'Ukraine et la Finlande, il y a quelques mois, elle s'est rendu compte qu'elle devait élever son niveau. En Turquie, elle joue désormais 20 minutes par match avec son nouveau club, c'est bien.

À 39 ans, à quel point Ann Wauters se révèle-t-elle encore importante pour cette équipe ? Avec tout le respect qu'on lui doit, il faut reconnaître que lors du dernier tournoi, elle ne s'est pas toujours montrée sous son meilleur jour, surtout défensivement. Et elle ne rajeunira pas...

UMANS : ( il réfléchit) C'est une question difficile, mais Ann possède tellement d'autres atouts. Elle suscite encore toujours le respect auprès des arbitres et des adversaires. Lorsqu'Ann ou Emma se retrouve sur le terrain, on constate que les autres joueuses bénéficient de plus d'espace. Grâce à son expérience, elle continue à très bien lire le jeu. Elle peut guider les autres, et donne volontiers des conseils aux plus jeunes. Dommage qu'Ann et Emma ne fassent pas partie de la même génération, sinon nous aurions une équipe de niveau mondial. Ce serait la meilleure paire intérieure du monde.

Koen Umans, Belgaimage
Koen Umans © Belgaimage

À part Wauters, qui est susceptible de porter l'équipe avec Meesseman ?

UMANS : Julie Allemand, la distributrice championne de France avec Lyon, n'est plus très loin du top européen. D'autres jeunes talents frappent à la porte : Kyara Linskens, Jana Raman, Heleen Nauwelaers, Antonia Delaere et Laure Resimont progressent et gagnent de l'expérience à l'étranger. Et derrière, il y a quelques vrais espoirs, comme Billie Massey ou Maxuella Lisowa. Rassurez-vous, on continue à travailler la base. Nos U19 ont terminé 4e de la Coupe du monde, l'an passé. Au niveau mondial, nous parvenons tout doucement à accrocher le bon wagon, qui nous rapproche des États-Unis, de l'Australie et de l'Espagne. Avec les Belgian Cats, nous avons établi un plan jusqu'en 2032. Le top niveau est à portée de main : c'est une question de talent, d'ambition, d'engagement et d'encadrement.

" Cette popularité croissante ne se reflète pas au niveau commercial "

L'évolution sportive des Cats trouve-t-elle également des répercussions au niveau commercial et financier ?

UMANS : Le public suit. Tout est allé très vite. N'oublions pas que certaines joueuses de cette génération ont encore connu l'époque où l'équipe jouait devant 50 spectateurs. C'était encore le cas en 2015. L'intérêt n'a pas diminué avec ce tournoi de qualification olympique à Ostende, au contraire : les 13.500 tickets disponibles ont trouvé preneurs en deux jours. Cette popularité croissante ne se reflète, hélas, pas équitablement au niveau commercial. Nous avons deux partenaires structurels : Crelan et Orange. Au niveau médiatique aussi, on pourrait attendre davantage. Si la RTBF nous accordait la même attention que Sporza, nous pourrions peut-être attirer plus facilement des sponsors. À ce niveau-là, notre marge de progression est encore énorme.

L'un des problèmes, c'est que la première division belge demeure d'un niveau assez faible.

UMANS : Le basket féminin se développe deux fois plus vite que le basket masculin en Belgique, mais pour l'instant, les joueuses de réel talent ne sont pas assez nombreuses pour créer un championnat professionnel. Les clubs masculins ont déjà des difficultés à nouer les deux bouts, alors je vois mal comment un championnat professionnel féminin pourrait voir le jour à court terme. On travaille bien à Courtrai, Sint-Katelijne-Waver, Liège, Waregem ou Boom, mais l'écart qui sépare ces clubs du professionnalisme est encore très important. Il n'y a pour l'instant que deux clubs qui sont professionnels : le Castors Braine et, dans une moindre mesure, Namur Capitale. L'intérêt du public pour les matches de championnat féminin est très faible également, il est rare que l'on dépasse quelques centaines de spectateurs. Mais les joueuses ont quand même intérêt à effectuer leurs premiers pas dans le club de leur région. Elles ne peuvent pas toutes partir à l'étranger à un très jeune âge.

Kim Mestdagh, Marjorie Carpreaux et Emma Meesseman jubilent. Sera-ce encore le cas après le tournoi de qualification olympique ?, Belgaimage
Kim Mestdagh, Marjorie Carpreaux et Emma Meesseman jubilent. Sera-ce encore le cas après le tournoi de qualification olympique ? © Belgaimage

" Le sport de haut niveau est parfois cruel "

L'architecte de cette équipe à succès est Philip Mestdagh. Il ne fait jamais la une des médias, mais est apprécié partout. C'est facile de travailler avec lui ?

UMANS : Philip ne sera jamais l'homme des grandes déclarations dans les médias, mais en interne, il n'hésite pas à mettre les points sur les i. Il a aussi une très bonne relation avec les joueuses, il décèle parfaitement leurs capacités mais sait aussi élever la voix quand il le faut. Il a dû évoluer en matière d'élaboration du programme et d'encadrement, comme le reste de la sélection. Pour cette campagne, nous avons par exemple engagé un scout chargé de détecter les points faibles des adversaires. C'est une leçon que nous avons retenue du dernier Championnat d'Europe : nous nous sommes peut-être trop concentrés sur les qualités de l'adversaire et pas assez sur nos propres qualités. Nous n'étions pas assez informés des possibilités que nous offraient certaines équipes. Mais bon, nous sommes très critiques envers nous-mêmes. En trois ans, nous avons déjà gommé beaucoup d'erreurs.

Quelle autre leçon avez-vous retenue du dernier EURO, qui a laissé un goût de trop peu avec la 5e place ?

UMANS : Nous ne savons toujours pas pourquoi, subitement, l'équipe a évolué en-dessous de son niveau. À part le fait qu'avec les 3e et 4e places conquises précédemment, la barre avait été placée très haut et que les adversaires nous attendaient au tournant. En dehors du terrain, nous savons par contre où le bât a blessé : la préparation au Japon. Une expérience fantastique, mais c'était un déplacement fatigant. Plusieurs joueuses ont souffert de petites blessures, et elles sont peut-être revenues trop vite. Nous figurions dans la bonne moitié du tableau, et la voie royale vers la finale était grande ouverte. Mais nous sommes passés à côté de notre sujet en quart de finale contre la France.

Julie Vanloo, une Belgian Cat de la première heure, n'a pas été retenue pour ce tournoi de qualification olympique. C'est une petite bombe, car c'est la première fois que l'image de cette équipe soudée se fissure.

UMANS : Le sport de haut niveau est parfois cruel. Julie a effectué certains choix, qu'elle regrette peut-être aujourd'hui. Je ne sais pas si aller jouer en Australie est aussi intéressant qu'elle l'imaginait. À l'EURO, elle n'a pas répondu à l'attente. Je constate en tout cas qu'elle va revenir en Europe et jouer en Suède.

Mais, je tiens à souligner que l'équipe est très soudée. Chaque week-end, via WhatsApp, elles reçoivent des infos de nos kinés. Nous tentons de créer cette culture : chacun doit être concerné à tout moment.

Philip Mestdagh, Belgaimage
Philip Mestdagh © Belgaimage

Le tournoi de qualification olympique à Ostende

La 5e place conquise à l'EURO 2019 en Serbie a offert aux Belgian Cats le droit de participer au tournoi de qualification olympique. Une dernière étape sur le chemin de leur rêve ultime : les Jeux de Tokyo. En novembre 2019, la FIBA a désigné le Versluys Dôme d'Ostende comme organisateur de l'un des quatre tournois de qualification (les trois autres étant Bourges, Belgrade et Foshan en Chine, ce dernier étant relocalisé en Serbie en raison de la crise du coronavirus). La Belgique aura donc l'occasion d'évoluer devant son public les 6, 8 et 9 février.

Koen Umans, le manager général de l'équipe féminine belge : " Nous avons d'abord demandé aux joueuses ce qu'elles en pensaient : jouer à domicile procurerait-il un stress supplémentaire ou, au contraire, un réel avantage ? Elles ont, unanimement, répondu : un réel avantage ! À partir de là, nous avons posé notre candidature. "

L'organisation coûte un peu plus d'un million d'euros. " 400.000 euros de prime d'organisation versés à la FIBA et 600.000 euros de frais d'organisation ", détaille Umans. " Nous ne gagnons rien en droits de télévision, ceux-ci reviennent à la fédération internationale de basket, tout comme la plus grande partie des revenus liés aux panneaux d'affichage LED. Atteindre l'équilibre budgétaire constitue un beau défi. Mais Basketbal Vlaanderen s'est montré disposé à prendre le risque, dans l'intérêt du sport. "

Les matches des Belgian Cats

contre le Canada le 6/2 à 20h35, contre le Japon le 8/2 à 18h05, contre la Suède le 9/2 à 15 h. Le Japon est déjà qualifié d'office en tant que pays organisateur. Il reste deux places, à pourvoir entre les trois autres participants. Plus d'informations sur le programme et les tickets sur basketballbelgium.be.

C'est en 2008 qu'ont été jetées les bases du succès actuel des Belgian Cats. Un scénario imaginé par Philip Mestdagh, un coach humble mais travailleur, qui était à l'époque l'entraîneur des Blue Cats Ypres. Là-bas, dans le Westhoek, il avait sous ses ordres une jeune joueuse particulièrement prometteuse nommée Emma Meesseman. Ses deux filles, Kim et Hanne Mestdagh, et Julie Vanloo évoluaient également à Ypres. Il en a informé Koen Umans, le secrétaire-général de la Fédération flamande de basket, qui avait travaillé auparavant pour la Fédération Royale Belge des Sociétés de Basketball (FRBSB). "Philip nous a fait comprendre que nous disposions d'une génération capable de briller à l'échelon international ", se souvient Umans. " Cette génération a fait parler d'elle pour la première fois en 2009, lorsqu'elle est devenue vice-championne d'Europe U16 à Naples. C'était une première pour une équipe belge. À partir de 2010, nous avons lancé le projet des Young Cats. L'objectif était de faire participer ces jeunes joueuses aux compétitions européennes de clubs. En 2011, cette même génération est devenue championne d'Europe en U18 et Emma Meesseman a été élue MVP du tournoi. Le train était lancé. " Qui a financé le projet des Young Cats ? KOEN UMANS : Nous avons surtout reçu du soutien de la part du projet Be Gold de la Loterie Nationale et du COIB. Dans l'équipe actuelle, on trouve cinq joueuses qui ont bénéficié de ce programme. La preuve qu'avec un peu de patience, de l'ambition et un minimum d'investissement, il y a moyen de créer quelque chose de grand. Les Belgian Cats donnent l'impression d'être, surtout, un projet flamand. UMANS : Lors du recrutement du staff et de la sélection, l'aspect communautaire ne joue absolument aucun rôle. Nos choix s'effectuent en fonction de la compétence et de l'engagement, pas de la langue. Mais, en matière d'effort financier, il y a de grandes différences entre les fédérations wallonne et flamande, c'est exact. Au total, les Cats disposent d'un budget annuel d'un million d'euros. Je n'entrerai pas dans les détails, mais sans le soutien de Sport Vlaanderen, ce projet n'aurait jamais réussi. Comment êtes-vous tombé sur Philip Mestdagh pour diriger ce projet ? UMANS : Je travaillais déjà depuis 2002 à la Fédération flamande de basket, et j'avais fait la connaissance de Philip. À cette période-là, on ne s'intéressait pas beaucoup au basket féminin. Précédemment, nous avions déjà eu une très bonne génération, mais elle n'a jamais été aussi populaire que l'actuelle. L'avantage de cette génération-ci, c'est qu'elle a pu grandir étape par étape. Après les premiers succès conquis chez les jeunes, nous avons organisé un camp d'entraînement en Slovénie, en 2015 : l'équipe était au complet, et le staff comprenait notamment Pierre Cornia comme assistant-coach, Ellen Schouppe comme coach mental, Pierre-Yves Kaiser comme préparateur physique ou encore Xavier Cambioli et Jelle Duthoit comme physiothérapeutes. C'est là, dans les montagnes, que nous avons commencé à établir un plan concret. Le premier objectif était le Championnat d'Europe 2017. Et là, ce fut d'emblée un coup dans le mille : médaille de bronze. Les Belgian Cats ont fait le buzz. UMANS : Cette médaille de bronze a réveillé les consciences de certaines instances appelées à assurer le financement. Un an plus tard, nous avons participé à la Coupe du Monde, où nous avons été éliminés en demi-finale par les États-Unis, une formation intouchable qui a remporté la médaille d'or. Nous avons été la seule équipe à tenir tête pendant 25 minutes aux Américaines. Après le match, Hanne Mestdagh s'est retrouvée en compagnie de Diana Taurasi lors du contrôle anti-dopage. La vedette de l'équipe américaine lui a demandé de quel college provenaient toutes ces joueuses qui composaient l'équipe belge ? ( il rit) Elle ne pouvait pas concevoir que nous ne possédions pas un système scolaire comparable et que nos joueuses avaient été formées dans de petits clubs, et dans les équipes nationales de jeunes. Un autre élément s'est révélé essentiel dans la percée des Belgian Cats : le retour d'Ann Wauters. Lorsque Philip Mestdagh a pris l'équipe en charge en 2015, l'une de ses premières missions a été de la convaincre de revenir. UMANS : Ann Wauters s'est révélé un facteur stabilisateur et un élément rassembleur pour toutes ces jeunes promesses. Elle a pris conscience du potentiel de cette génération. Depuis quelques mois, elle a retrouvé un club. Vous êtes soulagé ? UMANS : Certainement. Depuis un an et demi, elle n'avait plus disputé d'autre match que ceux joués avec l'équipe nationale. Lors des matches de qualification contre l'Ukraine et la Finlande, il y a quelques mois, elle s'est rendu compte qu'elle devait élever son niveau. En Turquie, elle joue désormais 20 minutes par match avec son nouveau club, c'est bien. À 39 ans, à quel point Ann Wauters se révèle-t-elle encore importante pour cette équipe ? Avec tout le respect qu'on lui doit, il faut reconnaître que lors du dernier tournoi, elle ne s'est pas toujours montrée sous son meilleur jour, surtout défensivement. Et elle ne rajeunira pas... UMANS : ( il réfléchit) C'est une question difficile, mais Ann possède tellement d'autres atouts. Elle suscite encore toujours le respect auprès des arbitres et des adversaires. Lorsqu'Ann ou Emma se retrouve sur le terrain, on constate que les autres joueuses bénéficient de plus d'espace. Grâce à son expérience, elle continue à très bien lire le jeu. Elle peut guider les autres, et donne volontiers des conseils aux plus jeunes. Dommage qu'Ann et Emma ne fassent pas partie de la même génération, sinon nous aurions une équipe de niveau mondial. Ce serait la meilleure paire intérieure du monde. À part Wauters, qui est susceptible de porter l'équipe avec Meesseman ? UMANS : Julie Allemand, la distributrice championne de France avec Lyon, n'est plus très loin du top européen. D'autres jeunes talents frappent à la porte : Kyara Linskens, Jana Raman, Heleen Nauwelaers, Antonia Delaere et Laure Resimont progressent et gagnent de l'expérience à l'étranger. Et derrière, il y a quelques vrais espoirs, comme Billie Massey ou Maxuella Lisowa. Rassurez-vous, on continue à travailler la base. Nos U19 ont terminé 4e de la Coupe du monde, l'an passé. Au niveau mondial, nous parvenons tout doucement à accrocher le bon wagon, qui nous rapproche des États-Unis, de l'Australie et de l'Espagne. Avec les Belgian Cats, nous avons établi un plan jusqu'en 2032. Le top niveau est à portée de main : c'est une question de talent, d'ambition, d'engagement et d'encadrement. L'évolution sportive des Cats trouve-t-elle également des répercussions au niveau commercial et financier ? UMANS : Le public suit. Tout est allé très vite. N'oublions pas que certaines joueuses de cette génération ont encore connu l'époque où l'équipe jouait devant 50 spectateurs. C'était encore le cas en 2015. L'intérêt n'a pas diminué avec ce tournoi de qualification olympique à Ostende, au contraire : les 13.500 tickets disponibles ont trouvé preneurs en deux jours. Cette popularité croissante ne se reflète, hélas, pas équitablement au niveau commercial. Nous avons deux partenaires structurels : Crelan et Orange. Au niveau médiatique aussi, on pourrait attendre davantage. Si la RTBF nous accordait la même attention que Sporza, nous pourrions peut-être attirer plus facilement des sponsors. À ce niveau-là, notre marge de progression est encore énorme. L'un des problèmes, c'est que la première division belge demeure d'un niveau assez faible. UMANS : Le basket féminin se développe deux fois plus vite que le basket masculin en Belgique, mais pour l'instant, les joueuses de réel talent ne sont pas assez nombreuses pour créer un championnat professionnel. Les clubs masculins ont déjà des difficultés à nouer les deux bouts, alors je vois mal comment un championnat professionnel féminin pourrait voir le jour à court terme. On travaille bien à Courtrai, Sint-Katelijne-Waver, Liège, Waregem ou Boom, mais l'écart qui sépare ces clubs du professionnalisme est encore très important. Il n'y a pour l'instant que deux clubs qui sont professionnels : le Castors Braine et, dans une moindre mesure, Namur Capitale. L'intérêt du public pour les matches de championnat féminin est très faible également, il est rare que l'on dépasse quelques centaines de spectateurs. Mais les joueuses ont quand même intérêt à effectuer leurs premiers pas dans le club de leur région. Elles ne peuvent pas toutes partir à l'étranger à un très jeune âge. L'architecte de cette équipe à succès est Philip Mestdagh. Il ne fait jamais la une des médias, mais est apprécié partout. C'est facile de travailler avec lui ? UMANS : Philip ne sera jamais l'homme des grandes déclarations dans les médias, mais en interne, il n'hésite pas à mettre les points sur les i. Il a aussi une très bonne relation avec les joueuses, il décèle parfaitement leurs capacités mais sait aussi élever la voix quand il le faut. Il a dû évoluer en matière d'élaboration du programme et d'encadrement, comme le reste de la sélection. Pour cette campagne, nous avons par exemple engagé un scout chargé de détecter les points faibles des adversaires. C'est une leçon que nous avons retenue du dernier Championnat d'Europe : nous nous sommes peut-être trop concentrés sur les qualités de l'adversaire et pas assez sur nos propres qualités. Nous n'étions pas assez informés des possibilités que nous offraient certaines équipes. Mais bon, nous sommes très critiques envers nous-mêmes. En trois ans, nous avons déjà gommé beaucoup d'erreurs. Quelle autre leçon avez-vous retenue du dernier EURO, qui a laissé un goût de trop peu avec la 5e place ? UMANS : Nous ne savons toujours pas pourquoi, subitement, l'équipe a évolué en-dessous de son niveau. À part le fait qu'avec les 3e et 4e places conquises précédemment, la barre avait été placée très haut et que les adversaires nous attendaient au tournant. En dehors du terrain, nous savons par contre où le bât a blessé : la préparation au Japon. Une expérience fantastique, mais c'était un déplacement fatigant. Plusieurs joueuses ont souffert de petites blessures, et elles sont peut-être revenues trop vite. Nous figurions dans la bonne moitié du tableau, et la voie royale vers la finale était grande ouverte. Mais nous sommes passés à côté de notre sujet en quart de finale contre la France. Julie Vanloo, une Belgian Cat de la première heure, n'a pas été retenue pour ce tournoi de qualification olympique. C'est une petite bombe, car c'est la première fois que l'image de cette équipe soudée se fissure. UMANS : Le sport de haut niveau est parfois cruel. Julie a effectué certains choix, qu'elle regrette peut-être aujourd'hui. Je ne sais pas si aller jouer en Australie est aussi intéressant qu'elle l'imaginait. À l'EURO, elle n'a pas répondu à l'attente. Je constate en tout cas qu'elle va revenir en Europe et jouer en Suède. Mais, je tiens à souligner que l'équipe est très soudée. Chaque week-end, via WhatsApp, elles reçoivent des infos de nos kinés. Nous tentons de créer cette culture : chacun doit être concerné à tout moment.