1. L'Espagne de Xavi (2008-2010-2012)

A l'exception d'une victoire au Championnat d'Europe des Nations 1964 (2-1 face à l'URSS) à Madrid, l'équipe d'Espagne n'avait jamais gagné de compétition majeure jusqu'en 2008, victime des rivalités entre les joueurs de ses deux grands clubs, le Real et le Barça. Il y a quatre ans, Luis Aragones, réussit pour la première fois à créer une chimie dans un groupe qui, outre les Madridistas et les Blaugranas, abrite aussi la fine fleur de Valence, de Villarreal, ainsi que les exilés en Angleterre. Tous en sont récompensés sous la forme d'une victoire à l'EURO. Un succès qui en appelle un autre cette année, avec entre les deux, un triomphe au Mondial en 2010. Jamais une sélection n'avait réussi une passe de trois pareille. Sauf celle d'Uruguay dans un autre contexte : deux sacres olympiques en 1924 et 1928 suivis par une victoire en Coupe du Monde 1930.
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A l'exception d'une victoire au Championnat d'Europe des Nations 1964 (2-1 face à l'URSS) à Madrid, l'équipe d'Espagne n'avait jamais gagné de compétition majeure jusqu'en 2008, victime des rivalités entre les joueurs de ses deux grands clubs, le Real et le Barça. Il y a quatre ans, Luis Aragones, réussit pour la première fois à créer une chimie dans un groupe qui, outre les Madridistas et les Blaugranas, abrite aussi la fine fleur de Valence, de Villarreal, ainsi que les exilés en Angleterre. Tous en sont récompensés sous la forme d'une victoire à l'EURO. Un succès qui en appelle un autre cette année, avec entre les deux, un triomphe au Mondial en 2010. Jamais une sélection n'avait réussi une passe de trois pareille. Sauf celle d'Uruguay dans un autre contexte : deux sacres olympiques en 1924 et 1928 suivis par une victoire en Coupe du Monde 1930. De 2008 à 12, la Roja a évolué. Au niveau de la constance, en premier lieu, car la formation erratique d'autrefois, n'abandonne désormais plus la moindre miette à l'adversaire. Sur la route du Mondial, cela se traduit par 10 victoires en 10 matches de qualification, avec 28 buts marqués pour 5 concédés à peine. Le jeu s'est épuré aussi. Les Angliches sont revenus progressivement au pays, comme Xabi Alonso, passé de Liverpool au Real, ou encore Cesc Fabregas, transféré d'Arsenal à Barcelone. Deux entités qui prennent définitivement le dessus sur toutes les autres dans l'effectif. Du coup, le football dispensé est un savant mélange du tiqui-taca des Catalans et de la puissance et de la rigueur des Merengues. Pour pas mal d'observateurs, l'Espagne actuelle est la meilleure sélection nationale de tous les temps. C'est notamment l'avis de Paul Van Himst, footballeur du XXe siècle en Belgique, qui dit, admiratif, à son propos : " Elle combine le génie brésilien et le football total des Pays-Bas. Mais avec 20 % de talent en plus, répartis sur toutes les composantes de l'équipe, sans exception ". Un hommage qui peut compter. Bien sûr, il y a déjà les bi-campeao, champions du Monde deux fois de rang en 1958 et 1962, articulés autour de quelques monstres sacrés comme Didi, Vava, Garrincha ou le jeune Pelé. En 1970, El Rey, âgé de 29 ans à ce moment, est toujours là. Aux côtés d'autres éléments de classe mondiale. D'accord, le gardien Felix ne vaut pas Gilmar, sacré en Suède et au Chili. Et en défense, seul le back droit Carlos Alberto, qui signe le 4-1 en finale face à l'Italie, a de la gueule. Ses compères Brito, Wilson Piazza et le latéral gauche Everaldo, eux, ne passent pas à la postérité. Mais que dire alors des 6 autres ? Rarement, sans doute, on a vu autant de talents rassemblés sur la pelouse. Avec, dans la ligne médiane, Clodoaldo, un récupérateur tout en finesse, associé à Gerson, la plaque tournante de l'équipe, et auteur lui aussi d'un but lors de l'apothéose face aux joueurs transalpins. A l'attaque, enfin, cette formation brésilienne propose ni plus ni moins le nec plus ultra. Avec l'ailier droit Jaïrzinho d'abord, digne héritier du sorcier Garrincha. Son alter ego, sur le flanc gauche, est Rivelino. Un moustachu doté à la fois d'une accélération et d'un tir fulgurants. Au faux centre-avant figure Tostao, petit par la taille peut-être mais immense par le talent. Et, pour couronner le tout, il y a Pelé, évidemment. Pour la FIFA : le joueur du siècle de l'équipe du siècle. Jamais le 4-2-4 n'a été aussi bien joué ! Au début des années 50, le sélectionneur hongrois Gusztav Sebes compose le meilleur onze magyar de tous les temps : Gyula Grosics, Jozsef Bozsik, Jenö Buzansky, Mihaly Lantos, Gyula Lorant, Jozsef Zakarias, Peter Palotas, Zoltan Czibor, Sandor Kocsis, Nandor Hidegkuti et, par-dessus tout, Ferenc Puskas. L'équipe s'impose en finale des JO d'Helsinki 1952 en battant la Yougoslavie 2-0. Deux ans plus tard, elle est finaliste de la Coupe du Monde face à l'Allemagne (défaite 3-2). Entre les deux dates, elle réalise son résultat le plus cinglant : une victoire 3-6, le 25 novembre 1953, contre l'Angleterre, invaincue jusqu'alors à Wembley. Une rencontre qualifiée après coup de Match du Siècle. Le début des années '70 voit, à l'échelon des formations de club, l'Ajax prendre le dessus sur la concurrence européenne. Le porte-drapeau du foot amstellodamois table alors sur une génération exceptionnelle, composée de joueurs de renom comme les défenseurs Ruud Krol et Barry Hulshoff, les milieux Gerrie Mühren et Johan Neeskens et les avants Piet Keizer et le génial Johan Cruijff. Tout ce beau monde, associé à la fine fleur du grand rival, Feyenoord, champion d'Europe en 1970 (2-1 après prolongations face au Celtic Glasgow), sous l'impulsion de cadors tels Rinus Israël, WimJansen et WimvanHanegem) forme alors l'ossature de l'équipe oranje, la première à dispenser un football total, sa marque de fabrique. Cette équipe aurait sûrement inscrit un trophée majeur à son palmarès si elle n'avait pas eu la poisse de se frotter à deux reprises, en apothéose du Mondial, au pays organisateur. D'abord l'Allemagne, en 1974, puis l'Argentine quatre ans plus tard. Une maigre consolation tout de même : elle a chaque fois fait trembler la nation-hôte jusqu'au bout. A Munich, la Mannschaft acculée devant son but tout au long de la 2e mi-temps, doit avant tout son succès à un keeping éblouissant de Sepp Maier. A Buenos-Aires, alors que le score est de 1-1 à l'occasion de la finale, Robby Rensenbrink, star du RSCA à l'époque, a le but de la victoire au bout des pieds. Mais son tir échoue sur le poteau de la cage défendue par Ubaldo Fillol. C'est le chant du cygne d'une équipe d'exception. La première nation-phare d'Amérique du Sud, aux temps héroïques, est la fameuse Céleste uruguayenne, championne olympique deux fois de rang en 1924, à Paris, et en 1928 aux Pays-Bas. Victorieuse de la Copa America en 1923 et 1924, l'équipe nationale d'Uruguay remporte aussi la première édition de la Coupe du Monde dans son antre, à Montevideo, (finale contre l'Argentine, 4-2). Les grands noms de cette phalange sont les avants HectorCastro, PeregrinoAnselmo, PedroCea, le défenseur José Nasazzi et le milieu José Andrade. La Mannschaft s'érige définitivement en puissance du foot mondial. Finaliste malheureuse de la Coupe du Monde 1966, elle n'a que ses yeux pour pleurer, quatre ans plus tard, dans la fournaise du Mexique, lorsqu'elle est éliminée 4-3 par la Squadra Azzurra au bout de prolongations créditées comme les plus belles de tous les temps à ce niveau. En 1972, les Allemands touchent au but en gagnant le Championnat d'Europe des Nations, qui n'était pas encore l'EURO, car sa phase finale, disputée en Belgique, ne rassemble que quatre équipes : les Diables Rouges, la Hongrie, l'URSS et nos voisins d'outre-Rhin. En demi-finales, l'Allemagne l'emporte à Deurne face à nos représentants : 0-2 grâce à deux buts de leur Bomber, Gerd Müller. Lors du clou de la compétition, au Heysel, c'est l'Union Soviétique qui est étrillée 3-0. Deux ans plus tard, la Mannschaft, déjà victorieuse de la Coupe du Monde en Suisse, en 1954 (3-2 contre la Hongrie), avec les emblématiques Fritz Walter et Uwe Rahn, abrite pour la première fois l'épreuve. Et c'est bingo : 2-1 en finale contre les Pays-Bas. Par rapport au trophée glané 28 ans plus tôt, l'équipe regorge de plus d'éléments de classe. Tels Sepp Maier dans les buts, avec devant lui Franz Beckenbauer, le libero de charme, considéré comme le plus grand défenseur de tous les temps. Dans l'entrejeu, tour à tour, Gunther Netzer et Wolfgang Overath rivalisent de génie et, devant, les Noir et Blanc tablent sur Gerd Müller, auteur du but de la victoire face à la Hollande. La question reste posée : qui est le meilleur joueur français de tous les temps ? Longtemps, le légendaire attaquant du Stade de Reims, Raymond Kopa, a recueilli tous les suffrages. Avant de devoir s'effacer au profit de Michel Platini. Qui, à son tour, a dû composer avec un certain Zinédine Zidane. A la Juventus, où tous deux ont milité à des époques différentes, la question de la suprématie ne se pose pas. C'est Platoche, fort de ses 3 titres et de ses 104 buts en 224 matches dans les années '80 qui s'impose, alors que Zizou n'en a planté que 31 en 212 matches à la fin de la décennie suivante. En équipe de France, par contre, le palmarès penche en faveur du n° 10 franco-algérien. Car si Platini a dû se contenter d'un seul trophée, l'EURO, en 1984, Zidane, lui, a remporté à la fois cette compétition en 2000 et, surtout, la Coupe du Monde deux ans plus tôt. Une épreuve qu'il aura marqué aussi de son empreinte en inscrivant deux buts lors d'une finale gagnée 3-0 face au Brésil. Par rapport à la génération 84, celle de 98 se révèle plus séduisante aussi. Elle est mieux pourvue au poste de gardien ( Fabien Barthez au lieu de Joël Bats) et dotée de plus de personnalités encore derrière ( Laurent Blanc, Marcel Desailly, Bixente Lizarazu, Lilian Thuram). Dans l'entrejeu, elle ne s'appuie plus sur deux éléments offensifs et autant de récupérateurs, mais sur le seul Zizou comme chef d'orchestre et trois pare-chocs devant la défense : Didier Deschamps, Christian Karembeu et Emmanuel Petit. Devant, elle table sur Youri Djorkaeff et Stéphane Guivarc'h. Mais en réserve de la république, d'autres gars s'annoncent déjà. Parmi lesquels Thierry Henry et David Trezeguet. A l'instar du Brésil en 1970, l'Italie gagne sa 3e phase finale de Coupe du Monde cette année-là. Mais si les Auriverde s'inscrivent alors dans la continuité des rendez-vous de 1958 et 1962, les Transalpins, eux, n'ont plus été à pareille fête depuis près d'un demi-siècle avec des sacres en 1934, sur leurs terres (2-1 après prolongations face à la Tchécoslovaquie), ainsi qu'en 1938, en France (4-2 contre la Hongrie). Les vedettes d'alors s'appellent Angelo Schiavio et Silvio Piola. Au même titre qu'un 3e attaquant, dont le nom est encore plus passé à la postérité, pour se confondre avec le stade de Milan : Giuseppe Meazza. L'entame des eighties est synonyme, à l'échelon des clubs, de la bonne santé de l'un ou l'autre représentants de la Botte. A l'image de la Juventus, finaliste de la C1 en 1983 face à Hambourg (défaite 1-0) avant de remporter le trophée au Heysel, deux ans plus tard, dans les circonstances que l'on sait. Dans l'intervalle, l'AS Rome se signale aussi en se hissant en finale de la Coupe des Champions (partage 1-1 devant Liverpool avant de s'incliner 4-2 aux tirs au but). Les Azzurri de l'époque sont un mélange des cracks de ces clubs-phares, auxquels il faut bien sûr ajouter les deux représentants du football milanais, l'Inter et l'AC. Ici aussi, la colonne vertébrale de l'équipe a de quoi faire saliver. Avec l'incontournable Dino Zoff au goal, une défense orchestrée par Gaetano Scirea, Giancarlo Antognoni au milieu et le voleur de buts Paolo Rossi devant. Sans oublier ceux qui les entourent : Fulvio Collovati, Marco Tardelli, Gabriele Oriali et Bruno Conti. En 1978, déjà, l'Italie avait séduit en s'écartant de sa marque de fabrique, le fameux catenaccio. Ce coup-ci, les troupes d' Enzo Bearzot distillent un jeu plus pétillant encore, signant quelques prestations de haut vol. Comme ce 3-2 contre le Brésil (qui présente sa meilleure équipe depuis 1970), ou encore ce 2-1, toujours en poules, face à l'Argentine de Diego Maradona. En finale, elle s'impose 3-1 contre la RFA avec notamment un deuxième but amené par Scirea, le libéro qui se trouvait dans le rectangle adverse. Pour les puristes, l'Argentine du milieu des années 80 ne soutient pas la comparaison avec sa devancière de la fin des seventies, lorsqu'elle triomphe devant son public avec des joueurs du calibre de Daniel Passarella et Alberto Tarantini derrière, Osvaldo Ardiles et Ricardo Villa au milieu ou encore Mario Kempes et Leopolodo Luque devant. Et c'est vrai que les acteurs présents au Mundial de Mexico ne sont pas du même acabit. Qui se souvient encore, aujourd'hui, de JoseLuis Brown, Nestor Clausen voire d' Oscar Garré ? Seuls Jorge Burruchaga et Jorge Valdano font figure d'exceptions. Et Diego Maradona, bien sûr. Aux yeux de bon nombre d'observateurs, cette Coupe du Monde, c'est lui. Jamais encore, dans l'histoire de l'épreuve, un génie du football n'avait influé, comme lui, sur le déroulement de l'événement. Nos propres Diables Rouges en savent quelque chose, eux qui sont boutés hors du tournoi, cette année-là, en demi-finales (2-0), suite à deux goals du maestro argentin. Au stade précédent, le Pibe de Oro avait déjà fait fort en pesant de tout son poids dans la victoire des siens sur l'Angleterre. Son impressionnant solo sur le dernier but, au cours duquel il efface pas moins de 7 joueurs avant de blouser le gardien Peter Shilton reste gravé dans toutes les mémoires. Dommage que son but d'ouverture fasse toujours tout autant jaser aujourd'hui. Mais pour des raisons moins reluisantes, puisqu'il a été inscrit de la main. Même si, comme Dieguito lui-même s'en défend, c'était la main de Dieu ! Dix ans après la bande à Johan Cruijff, les Pays-Bas regorgent à nouveau de grands talents. Offensifs d'abord, avec Marco van Basten, digne héritier d'une lignée entamée aux Pays-Bas avec le légendaire Abe Lenstra, et Ruud Gullit. Défensifs ensuite avec Frank Rijkaard, qui forme un axe central exceptionnel avec Ronald Koeman. Derrière eux, ils s'appuient sur un portier aussi fiable que les géants qui se sont succédé auparavant : Eddy Pieters-Graafland de Feyenoord et Jan van Beveren du PSV Eindhoven. Comme en cette année 2012, tout débute mal pour la sélection oranje, battue 1-0 par l'URSS. Mais les Hollandais se rebiffent et viennent tour à tour à bout de l'Angleterre (3-1) et de l'Eire (1-0), en matches de poule. En demi-finales, les hommes du coach Rinus Michels prennent leur revanche sur l'Allemagne, victorieuse à ses dépens en 1974. A présent, c'est 2-1 grâce à une division offensive qui fait joujou avec les stoppeurs allemands Guido Buchwald et Uli Stielike. La suite, c'est le premier grand succès de l'équipe de Hollande dans une compétition majeure. L'adversaire du jour, l'URSS, est renvoyée à ses chères études. Au passage, l'inévitable Van Basten marque le but du tournoi d'une reprise de volée croisée pas loin du point de corner qui laisse le gardien Rinat Dassaev pantois. Une image qui fait toujours le tour du monde aujourd'hui. PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE