Il y a cinq ans, La Louvière étonnait en empochant la Coupe, 3-1 face à Saint-Trond. Ariel Jacobs avait mis au point un plan tactique parfait. Sur cette lancée, les Loups se mesurèrent vaillamment à Benfica en Coupe de l'UEFA. Une demi-décennie et quelques soubresauts plus tard, il ne reste plus rien de cet âge d'or : les ennuis financiers de certains dirigeants et le scandale des paris truqués à la chinoise ont failli couler le paquebot du Centre. En fin de saison passée, ce rafiot sans gouvernail échappait de peu à la chute en Promotion. Il fallait être dingue pour s'inquiéter de l'avenir de ce club en phase terminale.
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Il y a cinq ans, La Louvière étonnait en empochant la Coupe, 3-1 face à Saint-Trond. Ariel Jacobs avait mis au point un plan tactique parfait. Sur cette lancée, les Loups se mesurèrent vaillamment à Benfica en Coupe de l'UEFA. Une demi-décennie et quelques soubresauts plus tard, il ne reste plus rien de cet âge d'or : les ennuis financiers de certains dirigeants et le scandale des paris truqués à la chinoise ont failli couler le paquebot du Centre. En fin de saison passée, ce rafiot sans gouvernail échappait de peu à la chute en Promotion. Il fallait être dingue pour s'inquiéter de l'avenir de ce club en phase terminale. Un repreneur pointa le bout du nez avant de se retirer sous sa tente : Laurent Della Libera craignait probablement de trouver quelques cadavres peu exquis dans les armoires de Filippo Gaone. L'inquiétude était grande car le bonze barbu ne s'était pas retiré dans le désert de Gobi et contrôlait discrètement l'ASBL chapeautant le club. Son espoir consistait à récupérer une partie de la plus-value de la revente de stars d'autrefois. Mais quand Silvio Proto, par exemple, quittera-t-il Anderlecht pour d'autres cieux étrangers ? La Louvière a plus besoin de profond renouveau que de recettes hypothétiques, de gestion à la page que de gouvernance d'un autre âge. C'est désormais un secret de Polichinelle : l'ardoise s'élève à 1,5 million d'euros. En janvier dernier, un courant nouveau projette Bruno Sita à la présidence du club. Il est aussi correspondant qualifié des Loups. Le changement semble en route. Son style contraste totalement avec celui de Gaone qui était un solitaire. L'homme est jeune et travaille avec ses frères dans l'entreprise familiale. Son grand-père avait quitté le sud de la Botte il y a bien longtemps afin de se faire une place sous le soleil de la Belgique. L'entreprise Sita importe et distribue des produits d'alimentation et des vins fins d'Italie. Les projets foisonnent et cette société compte une quarantaine de collaborateurs. " Je sais ce que les Loups représentent pour cette ville et notre région ", avance Bruno Sita. " Mon père a toujours été un fidèle du Tivoli, moi aussi. J'aime le football et je ne voulais pas que la RAAL disparaisse. C'est vraiment trop important. Je suis persuadé qu'un renouveau des Loups peut coller avec le redéploiement économique de tout le Centre. Les zonings industriels sont bien garnis. Je crois en l'avenir. Rien ne sera facile pour les Loups, je le sais, mais cela vaut la peine de se retrousser les manches. Je résume le mot d'ordre en deux mots : gestion et équipe. Je ne suis pas seul. Olivier Michel s'est joint à nous. Un euro est un euro. L'orthodoxie budgétaire sera strictement respectée. Notre budget s'élève à 500.000 euros. Le staff technique et l'effectif nous ont indiqué la voie à suivre. Personne n'aurait pu imaginer un parcours aussi brillant en D3. Leur unité constitue une grande source de motivation. Quand nous nous sommes lancés dans cette aventure, beaucoup ont crié aux fous. Le ton a changé et des investisseurs potentiels sont intéressés à la montée en D2. Mais avant, il faudra obtenir le feu vert de la commission des licences. Le dossier a été rentré à heure et à temps. La Louvière a déjà répondu à des demandes de renseignements. Il ne reste qu'à attendre. Le plan d'apurement prévoit de rembourser 300.000 euros par an pendant cinq ans ". L'ONSS est intransigeant et réclame le paiement sans délai d'une somme de 50.000 euros. La réponse de la commission des licences pour la D2 sera donc importante. Un -Oui et une montée en D2 doperont les enthousiasmes. Une réponse négative jettera de l'eau sur le brasero de l'espoir. Un passage par la faillite fait partie des scénarios éventuels et permettrait d'évacuer toutes les dettes. Mais Sita cherche d'autres voies. Un départ définitif de Gaone libèrera son champ d'action. L'ancien homme fort contrôle encore trois des quatre sièges du conseil d'administration. Quand leurs épaules seront définitivement allégées de ce poids du passé, Sita et Michel, " le co-président ", passeront à la vitesse supérieure. Qui les rejoindra ? Qui investira ? Qui leur permettra de clore le chapitre Gaone ? Sita sourit : il ne peut pas dévoiler ses cartes. L'équipe a bien oeuvré en D3 afin que les réponses sportives apportent de l'eau au moulin de la nouvelle direction. Deux joueurs sont encore sous contrat pour la saison prochaine : c'est peu. " En effet, mais cela ne m'inquiète pas ", dit Sita. " Les joueurs connaissent notre projet. Ils y croient et l'ont prouvé. Avant d'aller plus loin, je dois savoir si La Louvière obtiendra la licence pour la D2 ou pas. Et, de toute façon, chacun est libre de faire ses choix ". Il y a deux ans à peine, le Matricule 93 (fondé en 1912) terminait dernier en D1 et chutait un étage plus bas faute de licence pour la D2. Aujourd'hui, les Loups (D3) et l'US Centre (Promotion D) partagent désormais le même stade et font la course en tête. Le Tivoli porte chance : qui l'aurait cru il y a deux ans ?par pierre bilic