Face à l'Excelsior Mouscron, Yves Vanderhaeghe devait disputer sa 50e rencontre intégrale depuis le début de la saison. Seul Bart Goor, titularisé une fois de plus, a fait mieux que le Roularien.
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Face à l'Excelsior Mouscron, Yves Vanderhaeghe devait disputer sa 50e rencontre intégrale depuis le début de la saison. Seul Bart Goor, titularisé une fois de plus, a fait mieux que le Roularien.Yves Vanderhaeghe : Il m'avait fallu passer mon tour à l'occasion de notre ultime apparition en Ligue des Champions, face au Real Madrid. Personnellement, j'aurais souhaité participer à cette joute, dans la mesure où il s'agissait d'un match de prestige et que j'étais opérationnel. Mais je comprends que l'entraîneur ait voulu accorder une chance, ce soir-là, à des garçons qui, jusqu'à cette date, n'avaient guère eu l'opportunité de se distinguer sous le maillot anderlechtois cette année, comme Souleymane Youla, Patrick Van Diemen voire Besnik Hasi. Tous trois s'étaient d'ailleurs magnifiquement tirés d'affaire en cette circonstance précise prouvant, si besoin en était encore, la richesse du noyau. Au même titre que Besnik Hasi, vous faisiez figure de nouveau venu au Parc Astrid, l'été passé. A l'époque, vous aviez absolument tout à découvrir dans votre nouvel entourage, alors que le Kosovar, lui, retrouvait dans la capitale le même coach sous les ordres duquel il avait travaillé précédemment au Racing Genk. N'avait-il pas une longueur d'avance sur vous?Je ne partais pas totalement dans l'inconnu non plus, en ce sens que j'avais quand même côtoyé plusieurs Sportingmen en sélection, tels Bart Goor ou Filip De Wilde. Sans oublier Lorenzo Staelens qui, jusqu'à son départ à destination du club nippon d'Oita aura été mon compagnon de route journalier pendant près de six mois. Pour avoir souvent devisé avec eux dans le cadre des Diables Rouges, je me rendais fort bien compte que j'étais le bienvenu à Anderlecht où, selon leurs dires, un récupérateur faisait singulièrement défaut. Je présentais le profil souhaité mais Besnik Hasi aussi, évidemment, puisqu'il avait fait montre d'un réel talent comme demi défensif au Limbourg, ces dernières années. Et, notamment, sous la férule d'Aimé Anthuenis. Davantage que les joueurs, c'est lui, surtout, que j'aurai dû convaincre. D'autant plus qu'il avait chaudement recommandé à ses dirigeants l'embrigadement de son ancien poulain.A quel moment avez-vous senti que la balance penchait en votre faveur?Au départ, bien malin qui aurait pu dire vers quelle configuration l'entraîneur s'orientait dans l'entrejeu puisque toutes les variantes possibles furent essayées entre Walter Baseggio, Besnik Hasi et moi. Tantôt à deux, comme en Supercoupe, quand Besnik et moi avons évolué pour la première fois côte à côte, tantôt à trois comme à Porto, par exemple. Peut-être est-ce d'ailleurs au Stade das Antas que j'ai marqué pour la première fois des points précieux aux yeux de l'entraîneur. Bien que je l'affirme moi-même, j'avais bien tiré mon épingle du jeu ce soir-là, tant en phase de récupération que pour ce qui est de la reconversion offensive. Je m'étais même signalé par un envoi sur le poteau et quelques services calibrés de la meilleure veine. Après cette joute, je me souviens, en tout cas, que le coach s'était montré très élogieux envers moi. Depuis ce jour-là, force est de constater que je n'ai plus jamais fait l'impasse sur la moindre partie, hormis la fameuse entame contre le Real Madrid.Excepté cet envoi sur le piquet au Portugal, vous n'avez plus vraiment fait fureur sur le plan offensif, puisque votre compteur est bloqué à deux buts cette saison au Sporting. Avec les Diables Rouges, une seule rencontre - face à St-Marin - aura suffi pour parvenir à un total similaire. Est-ce un hasard ou votre rôle est-il différent selon que vous jouez à Anderlecht ou en équipe nationale? Car à l'exception d'un joueur, les éléments que vous y côtoyez dans votre secteur sont les mêmes : Bart Goor et Walter Baseggio?Ce quatrième homme fait précisément toute la différence. En sélection, tous ceux qui se sont relayés sur le flanc droit de l'entrejeu, présentaient tous les mêmes caractéristiques, qu'il s'agisse de Gert Verheyen, de Gaëtan Englebert ou de Mark Hendrikx. Avec quatre hommes qui travaillent inlassablement entre les lignes, l'incursion de l'un ou l'autre est permise à tout moment, à condition, bien sûr, que la couverture soit assurée. Et cette situation-là me permet, en sélection, de mettre de temps en temps le nez à la fenêtre, voire d'inscrire un goal ou même deux, comme ce fut le cas contre St-Marin. Au Sporting, dans le onze de base, personne n'occupe cette même position sur le côté droit. Car Alin Stoica évolue davantage comme soutien d'attaque que comme latéral. Du coup, je suis moi-même invité à coulisser à droite, en prenant soin de ne jamais trop m'aventurer devant. Toute perte de balle serait alors fatale. De plus, je dois rester attentif également à ce qui se passe au milieu puisque Walter Baseggio n'hésite jamais à accompagner le mouvement. Souvent avec succès, d'ailleurs, comme il l'a montré dernièrement face au Racing Genk. J'aimerais, évidemment, pouvoir l'imiter par moments. Nonobstant mon statut de demi défensif, il me plaît vraiment de mettre le feu aux poudres. La preuve par les huit buts que j'avais inscrit l'année passée. Mais il est vrai que je jouais comme dans un fauteuil, chez les Hurlus, avec à mes côtés de grands travailleurs comme Steve Dugardein, Tonci Martic et Stefaan Tanghe. Quand je m'autorisais une incursion, l'un d'entre eux prenait toujours automatiquement ma place. A Anderlecht, c'est différent. Mais je comprends qu'au nom du bien commun, il m'incombe en priorité de veiller au grain derrière. Jusqu'à présent, cette option a plutôt bien réussi à l'équipe et à moi-même, d'ailleurs.Une seule fois, d'après nous, l'adversaire aura pleinement profité du déséquilibre entre les deux ailes du Sporting : Leeds United, au Parc Astrid.C'est exact, les Anglais ont exploité cette lacune en m'attirant au centre du terrain, puis en alertant leur redoutable ailier, Harry Kewell, par le biais de services longs et précis dans le dos de Bertrand Crasson. En réalité, de toutes les équipes que nous avons rencontrées dans nos installations lors de cette Ligue des Champions, les joueurs d'Elland Road nous auront incontestablement donné le plus de fil à retordre. Contrairement à Manchester United, qui ne s'était manifestement pas embarrassé de considérations tactiques au moment de nous rendre visite, l'équipe de David O'Leary aura remarquablement maîtrisé son sujet sous cet angle-là. Et ce n'est probablement pas un hasard si un joueur de cette équipe, Dominic Matteo pour ne pas le citer, posa exactement les mêmes problèmes, mais contre les Diables Rouges cette fois, lors du récent Ecosse-Belgique. Car lui aussi profita de la même latitude pour réceptionner des ballons qui auraient pu nous faire mal si le joueur avait conservé toute sa lucidité en temps utile. Finalement, seule une d'entre elles aura vraiment été périlleuse. Mais Geert De Vlieger veillait. Pour moi, il mérite d'ailleurs le titre d'homme du match à Hampden Park. Sans son intervention judicieuse sur cette phase, les Britanniques auraient mené 3 à 0 et la cause eût été définitivement entendue.Dans quelle mesure le point ramené de Glasgow sera-t-il précieux lors du décompte final?Pour les Ecossais, il s'assimile à un uppercut. Il n'y a rien de plus terrible, en football, que de laisser filer une rencontre au moment où on croit qu'elle est pliée. Les joueurs de Craig Brown en ont fait la douloureuse expérience et je crains qu'ils ne s'en remettent jamais. Leur état d'esprit doit être plus ou moins comparable à celui des joueurs anderlechtois après le match aller à Leeds United. Ce soir-là, au même titre que mes coéquipiers, je me suis fait la réflexion que nous avions loupé le coche et que nous nous en mordrions les doigts. Les faits m'ont bel et bien donné raison.Vous ne sentiez donc pas le retour?Non. Un ressort s'était cassé à Elland Road. Si nous avions gagné là-bas, je reste persuadé que nous serions toujours en lice aujourd'hui dans cette épreuve. Mais ces deux buts, inscrits dans les circonstances que l'on sait, nous ont atteint au moral d'une manière incroyable. Au moment de pénétrer sur le terrain, au retour, j'avais le pressentiment que c'était la fin. Et les premières minutes ont conforté cette impression car nous ne touchions pas un cuir. Nous étions submergés par l'adversaire et surtout, pour la première fois depuis nos débuts à domicile, en Ligue des Champions, il y avait de très grands espaces entre les lignes. La cohésion et le don de soi avaient été nos principaux atouts, jusque-là, face à une opposition plus forte sur le papier, individuellement. Mais ce soir-là, ce même esprit de corps était très loin : par rapport aux matches précédents, il y avait moins d'application, moins de dash aussi. A fortiori, à 0-3, à la mi-temps. Globalement, j'estime d'ailleurs que nous aurons fait meilleure figure au premier tour qu'au deuxième. A ce moment-là, les aspirations personnelles ont pris trop souvent le pas sur le collectif. Tout le monde semblait content du résultat acquis, lisez l'accession au deuxième tour, et l'envie d'une performance probante n'était subitement plus la même. Or, celle-là nous avait poussés à nous sublimer cette saison.Que serait-il advenu si, à Leeds, l'arbitre n'avait pas sanctionné votre poussée légère sur un joueur anglais d'un coup franc qui permit à Ian Harte de ramener l'égalité à la marque?Il est permis de se le demander, en effet, car pour le même prix, l'homme aurait fort bien pu laisser poursuivre le jeu. Dans un ordre d'idées semblable, il n'est pas interdit de penser non plus que nous aurions pu ramener un point d'Elland Road si Glen De Boeck avait bien négocié le ballon sur la phase qui amena le but de la victoire. Ce sont toutefois des péripéties qu'il faut pouvoir accepter, à l'image du ballon que je perds à La Gantoise et qui vaut finalement la victoire aux Buffalos. Dans ces cas de figure, je suis à la fois indulgent et philosophe. Ce que je ne puis accepter, en revanche, c'est le penalty qui a valu à l'Ecosse de mener 2 à 0 contre nous. Tout le monde avait clairement vu que le ballon avait été envoyé hors des limites du terrain par un joueur local et non par Walter Baseggio. Même le juge de ligne abondait dans ce sens avant de se raviser sans qu'on ne sache trop pourquoi. Cette erreur aurait été lourde de conséquences si les Diables Rouges ne s'étaient pas repris de maîtresse façon.Vous avez plaidé en faveur du maintien du 4-4-2 à Hampden Park au lieu d'une disposition avec Marc Wilmots en soutien d'un duo formé d'Emile Mpenza et Bob Peeters. Etait-ce pour éviter un déséquilibre sur le terrain comparable à celui du Sporting?"Willy" n'a jamais caché que la place qui est sienne à Bordeaux, pour le moment, sur le flanc droit, ne recueillait nullement son adhésion. Et pour cause, car il n'est sans doute jamais aussi performant que quand il peut oeuvrer dans une position centrale à l'instar d'Alin Stoica. Vu ses qualités et son apport à l'ensemble, il me paraissait dès lors plus indiqué de le positionner devant et de confier le rôle de piston à Mark Hendrikx. Ce faisant, le quadrillage du terrain était parfait. Par la force des choses, Robert Waseige a dû revoir ses batteries à la mi-temps et ses choix se sont révélés judicieux. Mais il est quand même heureux, pour nous, que les Ecossais ne soient pas parvenus à mieux exploiter les espaces que nous leur abandonnions, en raison de notre souci de refaire notre retard.Que nous réservera la suite des événements dans le groupe?Tout d'abord, il incombera de réaliser un sans faute à la faveur de nos deux prochaines joutes contre la Lettonie et à St-Marin. Par après, nous livrerons sans doute le match-clé face à l'Ecosse. En cas de victoire contre la "Tartan Army", tout porte à croire que nous pourrons nous satisfaire d'un nul en Croatie, lors du match de clôture. Et j'ai bon espoir que nous y parviendrons. Je rêve de toute façon de retourner au Japon et en Corée, en 2002, car c'est là, justement, que tout avait commencé, pour moi, à l'occasion d'une tournée des Diables Rouges en 1999. Georges Leekens m'avait honoré de sa confiance pour les besoins de ce périple et, depuis cette date, je n'ai plus jamais quitté le giron national.Vous irez même en reconnaissance là-bas cette année-ci déjà, paraît-il?Il y a de grandes chances, effectivement, que je rejoigne Lorenzo Staelens et les siens sur place pour profiter de mes derniers jours de vacances. Nous avions déjà passé une semaine ensemble au bord de la Mer Rouge, il y a quelques mois, et nous nous étions fort bien amusés. Tout porte à croire, dès lors, que nous répéterons l'expérience cette année."Lorre" a souvent dit qu'il avait abouti cinq ans trop tard à Anderlecht. Est-ce votre avis aussi?Compte tenu de tout ce que j'ai vécu cette année, je regrette évidemment de ne pas avoir connu cette joie plus tôt. Reste à voir, toutefois si, à vingt-cinq ans, j'aurais été mûr pour une aventure pareille. Jadis, j'avais la fâcheuse propension à vouloir trop en faire. Je m'époumonais aux quatre coins du terrain, privilégiant peut-être la quantité à la qualité du travail accompli. Hugo Broos aura été le premier à me corriger. Il n'avait de cesse de me répéter que je devais occuper une position centrale en lieu et place de ratisser le terrain de long en large. A son contact, j'ai appris à utiliser davantage ma tête. Même si je joue toujours, plus que d'autres, avec mes tripes. Il n'y a rien à faire, mais lorsque je vois un trou sur le terrain, je m'empresse de le combler. C'est plus fort que moi (il rit). Qui dit Anderlecht songe automatiquement à Jan Koller, Tomasz Radzinski, Alin Stoica, Bart Goor ou encore Walter Baseggio. Mais pas nécessairement à vous, au rôle ingrat par excellence. Comment le vivez-vous?Plutôt bien, car je sais que les connaisseurs me tiennent en haute estime. Sans quoi je n'aurais probablement pas terminé à la deuxième place au classement du Soulier d'Or récemment. Huitième en 1999, second cette fois, c'est une indéniable preuve de reconnaissance.De tous ceux qui ont quitté le Canonnier l'été passé, vous êtes celui qui aura le mieux réussi : Zoran Ban a soufflé le chaud et le froid au Racing Genk tandis que Stefaan Tanghe n'a pas fait son trou au FC Utrecht. N'est-ce pas étonnant, dans la mesure où le degré de difficulté était autrement plus ardu pour vous?Tout joueur, aussi bon soit-il, est tributaire des circonstances. On dit souvent qu'il faut tomber dans le bon club au bon moment et j'ai incontestablement eu cette chance au Sporting. D'un côté, j'étais prêt à relever ce défi après avoir dépouillé mon jeu chez les Frontaliers et, de l'autre, ma présence, tout comme celle de Besnik Hasi d'ailleurs, était hautement souhaitée dans un club qui, depuis des années, cherchait une solution au demi défensif. Dans ces conditions, il n'est pas anormal que toutes les parties s'y retrouvent. Stefaan Tanghe a eu la poisse d'être blessé à un mauvais moment et n'a pas pu défendre ses intérêts comme il l'aurait voulu. Mais personne ne songera à contester ses immenses qualités de joueur. Je suis persuadé qu'il rebondira tôt ou tard, que ce soit en Hollande ou à Lille, étant donné que le LOSC le suit d'un oeil intéressé. En ce qui concerne Zoran Ban, il faisait lui aussi l'unanimité autour de son nom et de ses prestations chez les Hurlus. Mais il a abouti dans un club qui ne tournait pas rond. Pour un garçon sensible comme lui, marchant au moral et à la bonne ambiance, la transition a évidemment dû être énorme entre ce qu'il a connu à l'Excelsior Mouscron et la pétaudière qu'est le Racing Genk. Zoran Ban faisait à la fois notre bonheur sur le terrain et dans le vestiaire, où il n'y avait pas plus pitre que lui. Il m'étonnerait toutefois qu'il ait eu l'occasion de faire le clown dans le Limbourg cette année. Et pour peu que ce club marche à nouveau, je suis sûr que le Croate lui rendra encore de fieffés services.Que vous inspire la fin de saison?La lutte promet d'être chaude avec le Club Brugeois même si j'estime que nous avons 60% de chances de décrocher la palme. Ce titre, je le veux par-dessus tout car il s'agira de mon premier. C'est dire si le club pourra compter sur moi pour matérialiser cet objectif.Bruno Govers