Chacun a son Ushuaia, son objectif du bout du monde qui se cache derrière des océans déchaînés. Pour l'atteindre, les champions sportifs côtoient les dangers mais ne les domptent jamais.
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Chacun a son Ushuaia, son objectif du bout du monde qui se cache derrière des océans déchaînés. Pour l'atteindre, les champions sportifs côtoient les dangers mais ne les domptent jamais. Le 16 novembre 1978, Alain Colas et son bateau, le Manureva, disparaissaient au large des Açores lors de la Route du Rhum. Vingt ans plus tard, le 13 juin 1998, le plus grand skipper de tous les temps, couvert de gloire à la barre de ses Pen Duick, Eric Tabarly, passait par-dessus bord et était avalé par les flots d'une Mer d'Irlande secouée par un vent de force 6 et striée par d'immenses vagues. Jonathan Walasiak (23 ans depuis le 23 octobre) n'avait qu'une coquille de noix pour tenir le cap et, la saison passée, il lâcha la barre après avoir connu les vagues du succès. De gros grains l'ont inquiété avant de le renforcer. Le médian des Rouches n'est plus un marin d'eau douce : il détaille ses problèmes d'autrefois et ses ambitions actuelles. Jonathan Walasiak : Au Standard, personne ne m'a laissé tomber alors que j'étais dans le trou. Dominique D'Onofrio a toujours trouvé les mots justes alors que mon football s'effilochait. Il m'a recommandé la patience tout en me précisant que j'étais le seul à détenir les clés de mes soucis. J'avais été ébranlé par le suicide de mon jeune cousin mais cela ne pouvait pas tout expliquer. C'était une partie du problème. J'avais parcouru beaucoup de chemin en deux ans et il arrive un moment où on a un peu le vertige : il faut rester au top et même aller plus haut. Les attentes étaient différentes, plus pointues, et des crétins m'ont critiqué. J'ai eu tort de les écouter, de leur permettre d'hypothéquer mon assurance. J'ai lu que je n'avais pas beaucoup de caractère. Ce n'est pas vrai. J'ai été en panne de confiance, c'est différent. J'ai eu peur de tout perdre... Evidemment. On se pose des questions quand plus rien ne tourne. J'ai consacré ma vie au football. C'est mon seul métier. Je me suis sacrifié, tout passe par le sport. J'avais même la hantise de décevoir mes proches. Je ne comprenais pas pourquoi cela ne rigolait plus du tout pour moi. C'était une étape dans ma carrière. Tout le monde passe par là. J'ai vécu cela pour la première fois à ce niveau. C'est douloureux car un jeune n'a pas de points de repère quand c'est dur. Maintenant, je suis plus fort. Je suis plus complet. Je connais le goût du succès et celui de l'adversité. Je suis un homme correct et droit. Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas un handicap. Si mon mental n'avait pas été à la hauteur, je ne serais jamais sorti du trou. En décembre dernier, la presse avait évoqué la possibilité d'un prêt dans plusieurs clubs. Michel Preud'homme m'affirma que ce n'était pas du tout l'intention du Standard. J'ai apprécié cette preuve de confiance. Il aurait été plus facile de me prêter à un autre club. Le Standard comptait donc sur moi. Pendant l'été, en juin, j'ai mis de la distance entre moi et mes soucis. Répondant à l'invitation des frères Curbelo, j'ai passé dix jours de vacances dans leur pays, l'Uruguay, avec notre agent commun, Georges Vidal. Ma fiancée m'a laissé partir seul aussi loin : elle savait que j'avais besoin de changer d'air. C'est à 14 heures d'avion de Bruxelles, via Madrid. En juin, c'est l'hiver à Montevideo qui est dans l'hémisphère sud. Il pleut, le thermomètre ne dépasse pas les 16 degrés mais j'ai été épaté par la gentillesse des gens. Le pays est splendide. J'ai été accueilli comme un prince par toute la famille Curbelo. La vie bien plus difficile en Uruguay qu'en Belgique. Certains n'ont pas grand-chose en Amérique du Sud mais sont heureux. Moi, j'étais miné par le spleen alors que j'avais tout : un beau métier, un avenir intéressant si je le voulais, une famille chaleureuse, etc. Ce n'était pas normal. Je me suis repris en mains. A Montevideo, je me suis vidé la tête, j'ai pensé à autre chose, j'ai élargi mes horizons. Je me suis reposé, j'ai bien mangé, joué au football avec les frères Curbelo et leurs amis, assisté à un magnifique Penarol-Nacional. Il faut voir l'ambiance à Montevideo pour une telle affiche. Il y avait 50.000 spectateurs dans le stade. Le football est une fête pour les Uruguayens. Je me suis régénéré de la tête aux pieds. Après dix jours de congé, j'avais évacué le stress, les tensions internes, les souvenirs négatifs. J'étais comme nouveau.... Oui. A la reprise des entraînements, j'étais un autre homme. Je relativise désormais bien mieux les choses. Je prends plus de recul. Une mauvaise intervention n'est plus synonyme de catastrophe. Le ciel ne me tombera pas sur la tête car il y aura d'autres phases de jeu. J'ai appris la patience. Je ne me suis pas précipité à la reprise des entraînements. Mon but était d'être prêt à une dizaine de jours du début du championnat. Et ce fut le cas même si je n'ai pas joué contre le Lierse. Je devinais que c'était momentané. J'étais désormais animé par un gros désir de remettre calmement les choses au point. Et je m'en suis donné les moyens. Je suis monté au jeu en cours de match à Zulte Waregem et ce fut mon nouveau départ. Tout m'intéresse. J'essaye de répondre à l'attente du coach. Si je peux dépanner à l'arrière droit, pourquoi pas ? Cela multiplie les possibilités de choix pour Dominique D'Onofrio. Mais la place naturelle, pour le moment, se situe plus dans la ligne médiane. Rien n'est cependant figé dans le parcours d'un joueur. Sergio Conçeição en est le meilleur exemple : il peut évoluer en pointe, en soutien d'un pivot, à droite, à gauche. Une équipe, c'est de la matière vivante, pas une organisation figée. Il faut s'adapter. Je n'ai pas été le seul à le faire. Ivica Dragutinovic est parti et Mathieu Beda a saisi sa chance. Le retrait de Milan Rapaic a ouvert des possibilités à Almani Moreira, Wamberto, etc. En pointe, Mémé Tchité éclate et notre homme libre, Sergio Conceição, le ravitaille avec plaisir. Tout cela fait que la ligne médiane joue plus en losange, que la saison passée. Mathieu Assou-Ekotto se positionne en pare-chocs devant la défense. Je suis placé à droite, Almani Moreira à gauche, Karel Geraerts en contact avec les attaquants. Dominique D'Onofrio ne me demande pas du tout de ne plus mettre le nez à la fenêtre. Je dois le faire au bon moment, voir si cela n'entraîne pas des déséquilibres dans l'équipe. A la fin de la saison 2003-2004, j'avais inscrit 10 buts et réussi 10 assists. J'avais même été retenu en équipe nationale. C'était magnifique mais je ne savais pas encore que tout était fragile. Un an plus tard, je n'étais plus nulle part. A l'heure du bilan de la fin de saison, je suis passé à un but et six passes décisives. C'était le jour et la nuit. Tout s'était effondre en un an. Almani Moreira était là aussi mais il a ensuite passé un an à Hambourg avant de revenir à Sclessin. C'était un bon groupe avec une excellente défense, Roberto Bisconti en essuie-glace, Emile Mpenza en pointe, etc. Mais le noyau actuel n'a rien à lui envier et recèle beaucoup de solutions de secours. Il est riche et animé par une immense envie d'aller loin. Il y a des mariages formidables dans tous les secteurs entre des jeunes et des gars qui ont du métier. Le Standard, c'est un bloc sur lequel tout le monde peut se casser les dents. De plus, aucune autre équipe de D1 n'a un Sergio Conceição. Non, pas du tout. Le profil tactique de l'équipe est certes différent. L'explication ne réside pas là. Avec la confiance qui m'habite pour le moment, j'aurais joué la saison passée avec Sergio Conceição et dans n'importe quel système. Un 4-4-2 traditionnel ou pas : rien ne m'aurait arrêté. Je n'étais pas capable de bien tenir ma place. Sergio ne m'a jamais considéré comme un concurrent mais comme un jeune qui a besoin de conseils. Il a un immense vécu et le met sans cesse au service du groupe. Notre capitaine me parle beaucoup, m'a souvent expliqué que j'avais tout pour réussir. Il m'est continuellement d'un très grand secours - Tu es un bon joueur, ne doute pas, aie confiance en toi, m'a-t-il souvent dit. Sans lui, le Standard serait différent et peut-être pas à la place qu'il occupe pour le moment. Sergio sait ce qu'il faut faire à chaque instant : pousser sur la pédale des gaz, patienter, etc. C'est une source d'inspiration et j'en profite le plus possible car je sais que ce sera important pour l'avenir. Il nous incite à réfléchir, à prendre conscience de nos atouts. On parle. Ce groupe est fort. Après la défaite contre Beveren, le Standard a su se remettre en question et réagir tout de suite. Oui, tout à fait. Il a été fort dans sa tête, n'a rien dit et a travaillé comme un fou alors que tout le monde estimait qu'il devait partir afin de récolter plus de temps de jeu qu'au Standard. C'est la bonne mentalité, celle qui permet de gagner. Il a prouvé que la volonté est à la base de tout. En pointe, il fait peur car, avec lui, un but peut tomber à chaque instant. Mémé n'aime pas qu'on le compare à Emile Mpenza. A mon avis, il est au moins aussi rapide. Quand il est bien lancé, la défense adverse ne le revoit plus. Il garde de plus en plus sa lucidité dans le dernier geste, surgit, exploite la moindre hésitation dans le rectangle adverse. A Genk, il a marqué un but d'anthologie à distance. Cela prouve qu'on n'a pas découvert toutes ses potentialités. Pas directement. Je suis heureux pour lui mais chacun doit d'abord trouver les réponses à ses propres problèmes. Lors du mercato d'hiver, le Standard n'a pas voulu me lâcher mais j'aurais également refusé de partir comme Mémé l'a fait en été. Je suis sous contrat jusqu'en 2008 et je veux que le Standard dise plus tard de moi que j'étais un bon joueur. J'ai marqué mon premier but de la saison au Cercle Bruges. Là, ce fut un moment de bonheur intense. J'attendais cela depuis tellement longtemps. Je donne facilement 8 sur 10 à notre défense. Vedran Runje est le meilleur gardien de but de D1. Silvio Proto et Tomislav Butina sont excellents aussi mais n'ont pas la présence, l'audace et la même rage de vaincre que Vedran. Notre défense présente une meilleure complémentarité que celle d'Anderlecht ou de Bruges. Avec Eric Deflandre et Philippe Léonard, on ne manque pas de métier. Je ne retrouve pas cela dans les rangs de nos adversaires. Au centre, Oguchi Onyewu règle tous les problèmes de trafic aérien. Anderlecht doit se passer de Vincent Kompany, Bruges se cherche. Mes cotes ? Anderlecht 7 sur 10, Bruges 6 sur 10. Pour le moment, il y a plus de sérénité chez nous. Mathieu Assou-Ekotto assume un rôle de tour de contrôle. Il balaye, ramasse des tas de ballons et comme en défense, ce secteur est plus jeune que la ligne médiane de nos adversaires directs. Christian Negouai est prêt à prendre la relève. A gauche, le Standard peut compter sur la technique d'Almani Moreira ou de Wamberto. Karel Geraerts est un formidable infiltreur. Tout s'est mis en place sans avoir cette pression européenne comme c'est le cas à Anderlecht ou à Bruges. Leur programme est indiscutablement plus éprouvant que le nôtre. Anderlecht a cherché un système et il y a eu des problèmes de rotation. Bruges a changé d'équipe et de système. Le Standard continue sur sa lancée de la saison passée. Malgré la triste fin des tests matches à Genk, notre deuxième tour fut excellent. On l'oublie un peu. Or, cette équipe ne veut plus vivre cela. Il y a eu de petits réajustements et la machine est partie. Alors, 7 pour le Standard, 6 pour Anderlecht et 5 pour Bruges. Tout le monde nous envie Mémé Tchité. C'est un atout que le Standard exploite mais ce n'est pas le seul. S'il est aussi percutant, c'est aussi parce que les autres savent tirer profit de ses qualités mais aussi se porter eux-mêmes dans le camp adverse. Conceição avait pris quatre buts à son compte avant le match contre Charleroi. Bruges n'a aussi qu'un buteur pour le moment : Bosko Balaban. A Anderlecht, c'est différent : Mbo Mpenza et Nenad Jestrovic alimentent la marque ensemble. Mbo travaille beaucoup entre les lignes, Nenad est un homme de rectangle. Serhiy Kovalenko et Cédric Roussel peuvent aider Mémé Tchité : 8 sur 10 pour le Standard et Anderlecht, 7 pour Bruges. Le Standard : 23 points. Puis Anderlecht 21 et Bruges 18. Non, c'est trop tôt. Ce sera un combat à trois jusqu'au bout. Anderlecht et Bruges vont résoudre leurs problèmes. On verra mais un bon départ, c'est toujours cela de pris. Pas mal en effet. J'en suis fier. Ce n'est pas encore le temps des cerises. Cela m'a fait plaisir et cela signifie aussi que le Standard est là, bien présent, et dans le coup en championnat. J'ai raté un but en Lituanie. J'aurais aimé l'offrir à Aimé Anthuenis. La jeune génération devra attendre quatre ans avant de découvrir l'ambiance de la Coupe du Monde : dommage. PIERRE BILIC " J'AI EU PEUR DE TOUT PERDRE... " " AUCUNE AUTRE Équipe de D1 n'a un Sergio ConceiçÃo "