On raconte que Damien Marcq n'a pas de changement de rythme. Et que Dieumerci Ndongala sait tout faire, sauf envoyer une grosse frappe au fond des filets. Au Stayen, pourtant, le Français s'est envolé tel un ailier sur le flanc droit et Didi a décoché un tir surpuissant. Entre les deux, le coup de génie d'un Sotiris Ninis invisible pendant 45 minutes avant d'inventer une talonnade là où tout être humain dénué de vista aurait tenté la frappe en force. Une phase de jeu dont on n'aurait pas pu écrire le scénario.
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On raconte que Damien Marcq n'a pas de changement de rythme. Et que Dieumerci Ndongala sait tout faire, sauf envoyer une grosse frappe au fond des filets. Au Stayen, pourtant, le Français s'est envolé tel un ailier sur le flanc droit et Didi a décoché un tir surpuissant. Entre les deux, le coup de génie d'un Sotiris Ninis invisible pendant 45 minutes avant d'inventer une talonnade là où tout être humain dénué de vista aurait tenté la frappe en force. Une phase de jeu dont on n'aurait pas pu écrire le scénario. D'autant plus que les premières notes de la partition zébrée sentaient la cacophonie. " Aujourd'hui, trois occasions ont suffi pour mener 0-2 à la mi-temps ", résume humblement Felice Mazzù après la rencontre. Un mois plus tôt, les " six ou sept occasions franches " créées à Daknam n'avaient jamais fait trembler les filets. La chance a tourné. Elle est revenue dans le vestiaire carolo en même temps que les buts de Jérémy Perbet. " Une équipe ne peut pas dépendre de son attaquant ", racontait voici quelques années le regretté Luis Aragones, avant d'emmener l'Espagne sur le toit de l'Europe. " Parfois, les buteurs s'assèchent et personne ne sait pourquoi. " Le Français a connu la sécheresse, après une fin de phase classique marquée par trois buts en trois matches. Muet à Lokeren, puis face à Saint-Trond. Et Charleroi n'a pris qu'un point. Ciblé par la critique, et pointé indirectement du doigt par certains membres du vestiaire, Perbet ne s'est pas caché. C'est lui qui s'est présenté en conférence de presse en compagnie de son entraîneur à la veille d'un déplacement à Malines aux airs de dernière chance. " J'ai les occasions de marquer mais bon, voilà, ça ne rentre pas. " Constat implacable. Comme s'il jouait à pile ou face, et que la pièce décidait toujours de tomber du mauvais côté. Quatre matches plus tard, le discours s'est inversé. Il paraît que la chance sourit aux audacieux. Elle sourit aussi aux obstinés. " Peut-être qu'on fait preuve de plus d'envie de marquer devant le but ", diagnostique Amara Baby, auteur de l'ouverture du score à Saint-Trond, en résistant de justesse à un tacle de... Jérémy Perbet, toujours prêt à pousser la balle au fond des filets. " C'est vrai qu'en ce moment, on a pas mal de chance. " " On est dans une phase où tout nous réussit ", confirme Perbut. " On peut compter sur ce brin de chance, qui nous a fuis pendant longtemps. " L'ouverture du score de Baby, provoquée par le dégagement d'un défenseur trudonnaire sur la jambe du Sénégalais, est le signe d'une équipe à qui tout réussit. Une semaine plus tôt, déjà, Perbet avait arraché un point décisif contre Lokeren au bout des arrêts de jeu, sur un corner qui n'en était pas un. " Bien sûr qu'il n'y avait pas corner ", admettait le meilleur buteur du championnat après la rencontre. " Mais parfois, il faut aussi un peu de chance. " La chance, encore. Celle qui fait que la volée écrasée de Clinton Mata sur ce fameux corner contre Lokeren a fini dans les pieds de Jérémy Perbet. Comme si toutes les émotions zébrées de la saison devaient inévitablement passer par lui. Sur les quatre derniers matches des play-offs 2, le buteur-maison a trouvé six fois le chemin des filets. Et les Carolos ont marqué douze buts. Comme si sa reprise croisée pour débloquer le marquoir à Malines avait tout changé. Charleroi jouait l'une de ses dernières pièces dans la machine à sous de la saison, et a enfin touché le jackpot. Et le vestiaire du Mambour pourrait même se mettre à citer Cristiano Ronaldo : " Les buts, c'est comme le ketchup. Quand ils arrivent, ils viennent tous en même temps. " Les couloirs du Stayen offrent une impressionnante caisse de résonance aux applaudissements de Mehdi Bayat, venu saluer la prestation de ses joueurs dans le vestiaire. Le sourire de l'homme fort du Sporting carolo ne trompe pas. Son attitude non plus : s'il a l'habitude de convoquer la presse quand ça va mal, il vient la rencontrer avec plaisir en zone mixte pour échanger sourires, poignées de mains et bons mots quand Charleroi frappe un grand coup. Sans triomphalisme : " On avait un statut à assumer depuis le début, nous voilà maintenant à la place où on devait être. " Perbet explique que si les joueurs n'ont pas fait la fête après le match, c'est surtout " parce qu'on n'a encore rien gagné. C'est seulement une étape, il en reste encore deux. " Charleroi poursuit son apprentissage, et son marathon. L'avenir européen se jouera maintenant sur " deux finales en aller-retour ", pour reprendre les termes de Mehdi Bayat. Une formule qui ressemble furieusement à... des matches de Coupe d'Europe, et où l'expérience engrangée face au Beitar Jerusalem et à Luhansk en début de saison pourrait être utile. Charleroi affrontera Courtrai pour faire durer le plaisir et faire en sorte d'avoir une cerise à mettre sur le gâteau presque indigeste d'une saison déjà très longue. " Si on se qualifie pour l'Europe, on aura besoin de couper un peu ", confirme Nicolas Penneteau. " Pour recharger les batteries. Pas seulement pour les organismes, mais aussi pour les têtes. " Les Carolos devront, quoi qu'il arrive, bien négocier leur été. Parce que cette saison, démarrée le 16 juillet - et presque sans trêve, vu la double confrontation face à Malines pour le ticket européen - en Coupe d'Europe, pourrait s'éterniser jusqu'au 29 mai au terme de 46 matches, avant d'à nouveau débuter très tôt en cas de dénouement heureux. L'été dernier, l'absence de véritable coupure entre les deux saisons avait été l'une des explications avancées au mauvais départ carolo (6/15). Une entame manquée qui a peut-être coûté aux Zèbres leur place en play-offs 1. Mais au bout de la fatigue, il y a l'Europe. Et ce sont les supporters, encore venus en nombre et en voix au Stayen, qui le chantent le mieux : " Pour un match, en Europe, je ferais n'importe quoi, avec toi, Charleroi. "PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGE" On est manifestement dans une phase où tout nous réussit. " - JÉRÉMY PERBET