Matias Suarez, quand il sera rétabli et s'il n'est pas parti chercher des sous à Moscou, n'arpentera pas les terrains belges chaussé d'un Soulier d'Or, qui rappellera hebdomadairement son trophée. Y'a pas de raison, le foot est un sport collectif et, si le star system rend difficile d'échapper aux distinctions individuelles, faut quand même pas se la péter ostensiblement (ou obliger la star à se la péter) durant chaque match disputé. Même Lionel Messi ne joue pas casqué d'un Ballon d'or. Ceci pour dire que ce Taureau d'Or, qui particularise pour l'instant le maillot brugeois de Carlos Bacca, est ridicule et déplacé. Décoration à la noix, mathématique et momentanée. On a tous la même passion, donc le même maillot, rigoureusement. C'est déjà assez énerv...

Matias Suarez, quand il sera rétabli et s'il n'est pas parti chercher des sous à Moscou, n'arpentera pas les terrains belges chaussé d'un Soulier d'Or, qui rappellera hebdomadairement son trophée. Y'a pas de raison, le foot est un sport collectif et, si le star system rend difficile d'échapper aux distinctions individuelles, faut quand même pas se la péter ostensiblement (ou obliger la star à se la péter) durant chaque match disputé. Même Lionel Messi ne joue pas casqué d'un Ballon d'or. Ceci pour dire que ce Taureau d'Or, qui particularise pour l'instant le maillot brugeois de Carlos Bacca, est ridicule et déplacé. Décoration à la noix, mathématique et momentanée. On a tous la même passion, donc le même maillot, rigoureusement. C'est déjà assez énervant que rien n'interdise cette gamme imbécile de chaussures bling-bling : et je n'arrive toujours pas à croire que celui qui chausse deux godasses rose bonbon puisse se croire plus beau que son équipier qui en porte deux vert flashy. Ou inversement... Bien sûr, le but marqué est l'essence du foot, et vouloir taire les classements des buteurs serait vouloir gommer toute une mythologie. N'empêche que partout, le rab de gloriole que récoltent ces buteurs comporte une part d'injustice : celui qui la met au fond n'a pas forcément été le meilleur des siens, ni même l'auteur de l'action d'éclat à l'origine du but. C'est pourquoi les statistiques, dont l'apport est grandissant, ont au moins ceci de bien qu'elles collectivisent davantage l'efficacité offensive au sein d'une équipe : comptabiliser les assists, c'est souligner le fait que le buteur n'est pas seul dieu ! Chez nous à Gouvy (P2C luxembourgeoise !), mon classement-fétiche s'établit comme suit : chaque buteur récolte 2pts, chaque auteur d'assist récolte 1pt... et l'on divise même le total par le nombre de minutes jouées : de telle sorte qu'en fin de saison, le joueur le plus prolifique offensivement n'aura pas forcément été le meilleur buteur ! Dans la presse/foot, je préférerais lire pareil classement que le simpliste classement des buteurs. Même qu'on pourrait aller plus loin, j'y pensais l'autre jour en entendant Benjamin Deceuninck évoquer la prestation trois étoiles à Swansea de Marouane Fellaini, auteur pour Everton d'un but, d'un assist et d'un pré-assist... ce dernier terme n'étant pas encore installé dans notre jargon ! Mais il devrait l'être : 3pts au buteur, 2pts à l'auteur de l'assist, 1pt au passeur à l'auteur de l'assist, ce serait clarifier encore l'efficacité offensive des uns et des autres ! Et ce serait d'autant plus justifié que, de plus en plus souvent dans ce foot contemporain où tout va plus vite, le geste qui met hors de position la défense adverse, la passe difficile ou inattendue qui suscite l'admiration, la trouvaille qui tue, c'est la passe au passeur : l'assist n'est plus ensuite que discipline de jeu collectif ; et le but qui couronne le tout n'est parfois plus, techniquement, qu'une formalité... même s'il faut être au bon endroit pour la mettre au fond, nous sommes bien d'accord ! Sans oublier qu'à l'origine d'un but inscrit, et quelle que soit ensuite le nombre de passes ou la durée de la circulation de ballon, il y a toujours eu le teigneux, l'obscur ou le futé ayant réussi à arracher le ballon à l'adversaire : ce gars-là est forcément toujours le premier attaquant sur la phase, celui grâce auquel on peut rêver d'offensive, il ne faut jamais l'oublier ! C'est une réalité moins médiatisée, qui provoque toujours un brin d'amertume chez les défenseurs lorsqu'ils entendent causer des buteurs, auteurs d'assists et compagnie : les statistiques ne permettent guère d'établir un classement d'efficacité défensive individuelle ! Là, celui qui se ramasse la gloriole, et qui est de ce point de vue l'alter ego de son buteur, c'est le gardien de but qu'on magnifiera parce qu'il est resté inviolé tel grand nombre de minutes consécutives, ou parce qu'il a multiplié les clean sheets durant une saison... Mais rendons hommage aux anonymes ! Je ne sais plus qui disait : Ce sont les attaquants qui remplissent les stades, mais ce sont les défenseurs qui gagnent les matches ! A méditer. Comptabiliser les assists, c'est souligner le fait que le buteur n'est pas seul dieu.