Lorsque le Germinal Beerschot avait battu Anderlecht, le 11 novembre, beaucoup d'observateurs avaient estimé que le meilleur joueur argentin ne portait pas le maillot du club bruxellois. HernanLosada avait épaté la galerie par son registre technique et sa vision du jeu. C'est le genre de joueur pour lequel les gens se déplacent au stade.
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Lorsque le Germinal Beerschot avait battu Anderlecht, le 11 novembre, beaucoup d'observateurs avaient estimé que le meilleur joueur argentin ne portait pas le maillot du club bruxellois. HernanLosada avait épaté la galerie par son registre technique et sa vision du jeu. C'est le genre de joueur pour lequel les gens se déplacent au stade. " Ce compliment me fait plaisir ", rougit-il. " Mais je ne veux en tirer aucune gloire personnelle. Je joue le football qui me plaît, et tant mieux s'il ravit aussi aux gens : un football technique et orienté vers l'offensive. La principale différence entre les joueurs argentins d'Anderlecht et moi se situe au niveau de la médiatisation. Ils jouent dans le meilleur club du pays et tous leurs faits et gestes sont passés au crible. A Anvers, je réalise parfois les mêmes gestes, mais dans une relative indifférence ". En juin 2006, le Germinal Beerschot avait engagé cinq joueurs argentins. DanielQuinteros, PatricioGonzalez et VictorFigueroa sont déjà repartis. Il n'en reste que deux : GustavoColman et Losada. Les deux meilleurs ? " Je n'irai pas jusque-là ", répond modestement Losada. " Ceux qui ont eu l'occasion de démontrer leurs capacités sont restés. Mes compatriotes n'ont peut-être pas reçu cette opportunité. Mais leur présence nous a aidés, à Gustavo et à moi, durant cette première saison en Europe. Tout comme celle du Colombien Daniel Cruz et du gardien brésilien Luciano Da Silva. Grâce à eux, la distance avec l'Amérique du Sud est apparue plus courte à une période où l'on devait encore trouver ses marques ". Losada se sent aujourd'hui comme chez lui à Anvers. Un peu comme NicolasFrutos à Anderlecht, il s'est directement intégré et a appris la langue. Le néerlandais, dans son cas, ce qui est encore plus difficile pour un Latin. " Venir jouer en Europe - et mieux : triompher en Europe - était l'un de mes rêves et j'ai voulu mettre tous les atouts dans mon jeu pour m'imposer. La connaissance de la langue est l'un de ces atouts. J'ai fourni beaucoup d'efforts dans ce domaine, car à mon arrivée, je ne maîtrisais ni l'anglais ni le néerlandais. J'apprends de tout le monde, en écoutant les gens et surtout en regardant la télévision. Mon néerlandais est loin d'être parfait, mais je peux déjà comprendre beaucoup de choses ". Losada a commencé son aventure européenne dans un club relativement modeste. " C'est vrai, mais pour un début, c'était peut-être l'idéal. La pression est moins importante et le championnat de Belgique constitue une bonne vitrine. Beaucoup de scouts étrangers prennent place dans les tribunes. Le Germinal Beerschot peut me servir de tremplin ". Comment a-t-il été découvert ? " Au départ, sur... DVD ! A partir de là, une délégation anversoise, dont faisait partie le président, est venue me voir. La première proposition se limitait à un prêt d'une seule saison. Je l'ai acceptée. C'était aussi une manière, pour moi, de juger sur place si l'Europe pouvait me convenir. Depuis lors, les dirigeants anversois ont conclu un transfert définitif avec Independiente et j'ai signé un contrat de quatre ans, qui me confère une certaine tranquillité pour l'avenir et contribue à renforcer ma confiance. Colman a également pu signer un contrat de quatre ans. Cela signifie qu'on est content de nous, tant mieux ". Tout n'a pourtant pas été simple dès le départ. " La saison dernière, j'ai commencé sur le banc ", se souvient Losada. " Après huit journées de championnat, je n'étais toujours pas monté au jeu, mais je ne me suis jamais découragé. J'ai travaillé tant et plus, car mon objectif était de rester. J'avais réussi à poser les pieds en Europe et je n'allais pas repartir sans me battre. Ma persévérance a été récompensée ". Aujourd'hui, l'entrejeu du Germinal Beerschot est à forte dominance sud-américaine avec Losada, Colman, Ederson et Cruz. Et cela marche. " Effectivement, mais si l'on joue bien actuellement, c'est parce que toute l'équipe joue bien. C'est le collectif qui permet aux individualités de se mettre en valeur. On a trouvé un bon équilibre. La défense s'est aussi beaucoup améliorée : on a encaissé très peu de buts ces dernières semaines. De la défense à l'attaque, tout le monde joue avec plus de confiance et par conséquent, on inscrit aussi plus de buts. En outre, on a développé une mentalité de battants, et cela se ressent à tous les niveaux. Même lorsqu'on joue aux cartes, tout le monde veut gagner. C'est un ensemble de circonstances qui a permis de réaliser cette belle série de victoires ". Le style de jeu a aussi évolué : le GBA évolue aujourd'hui en 5-3-2. Paradoxalement, alors que l'équipe marque plus, son schéma tactique est plus défensif. " L'entraîneur a changé de système jusqu'à ce qu'il trouve celui qui convient le mieux à l'équipe. Et je crois qu'il y est parvenu. On a développé des automatismes, à force de jouer ensemble, et on comprend mieux ce que l'entraîneur attend de nous ". Les différences entre HarmvanVeldhoven et MarcBrys ? " Je ne peux pas dire que l'un soit plus offensif que l'autre, ils ont tous les deux recherché un équilibre. Mais leur manière de travailler est totalement différente, leur manière d'exprimer leurs idées également ". Et entre Losada et Colman, comment se répartissent les tâches ? " On joue plus ou moins sur la même ligne. L'un essaie toujours d'évoluer un peu plus haut que l'autre, mais en ce qui concerne le choix des côtés gauche ou droit, on jouit d'une grande liberté. J'ai peut-être davantage brillé sur le flanc gauche, où j'ai inscrit l'un ou l'autre but, mais c'est un hasard. Ce sont surtout les circonstances du match qui en décident ". Le geste préféré de Losada ? " Personnellement, je n'en ai pas, mais j'aime beaucoup les dribbles d' Andrés D'Alessandro, le joueur argentin de Saragosse. Parfois, il fait mine de partir vers la droite et file de l'autre côté. J'essaie de l'imiter... comme j'essaie de m'inspirer de tous les joueurs de haut niveau. On peut apprendre beaucoup en regardant jouer meilleur que soi ". Son but préféré ? " Pour la beauté du geste, et pour l'importance qu'il revêtait, sans doute celui inscrit face à Anderlecht. Mais j'espère que le plus beau est à venir ". Avec le Cercle Bruges, le Germinal Beerschot est l'une des révélations du premier tour. " Mais on doit garder les pieds sur terre ", avertit Losada. " Aujourd'hui on est en haut du classement, mais il faut rester concentré, continuer à travailler avec la même humilité et ne pas penser que plus rien de fâcheux ne peut nous arriver. C'est la seule façon d'atteindre notre objectif, qui est de terminer dans le Top 5. On espère aussi réussir un truc en Coupe. Jouer la Coupe de l'UEFA, ce serait un rêve. C'est à nous de faire en sorte qu'il devienne réalité ". Losada ne cache pas qu'il vit actuellement les meilleurs moments de sa carrière. " Tout me plaît : le jeu développé par l'équipe, la position qu'elle occupe au classement... et mes prestations personnelles. Je pense qu'elles sont meilleures que la saison dernière, parce que j'évolue dans un rôle beaucoup plus offensif. J'ai davantage l'opportunité de m'aventurer en zone de finition. C'est une position où je me sens très à l'aise ". Losada a un autre rêve : " Comme tout footballeur, je rêve de jouer en équipe nationale. Je n'ai jamais eu cette chance, même pas dans les sélections de jeunes. Je sais que ce sera difficile, aussi longtemps que je jouerai en Belgique. L'idéal serait d'évoluer en Italie ou en Espagne ". L'occasion s'est déjà présentée. " En fin de saison dernière, certains clubs italiens de Série A et B m'ont suivi. Après des débuts difficiles, j'avais livré un bon deuxième tour et les victoires conquises contre Bruges et Genk ont frappé les imaginations. Je crois que beaucoup de scouts s'étaient déplacés pour FrançoisSterchele, et un peu par hasard, m'ont découvert également. Mais j'ai décidé de rester à Anvers et je ne le regrette pas. Je crois que je peux encore progresser, et si l'occasion se représente, j'aurai encore mûri ". Losada ne vit pas sa première expérience à l'étranger. Il avait déjà joué six mois à l'Universidad de Chile. " La langue était la même, le style de jeu plus ou moins similaire également, mais cela m'obligeait aussi à m'éloigner de la famille. Je pense que cela m'a préparé au déménagement vers l'Europe ". Il avait 24 ans lorsqu'il a traversé l'Atlantique. " Je crois que c'était l'âge idéal : ni trop jeune, ni trop vieux. J'avais déjà acquis une certaine maturité. En Argentine, beaucoup de joueurs s'en vont après une seule bonne saison, parfois très jeunes. Si mon pays avait les moyens de conserver ses meilleurs joueurs, le championnat serait l'un des meilleurs du monde ". Le football belge est-il très différent du football argentin ? " Oui, pas seulement au niveau des matches mais aussi de la manière de s'entraîner. Le rythme est différent. En Belgique, je trouve qu'il y a plus d'espaces et que l'on peut plus jouer au football ". Ce qui lui plaît dans le football belge ? " Comme dans la vie : la tranquillité. Il y a beaucoup moins de pression qu'en Argentine. Lorsqu'on perd deux matches en Amérique du Sud, c'est un désastre. On ne peut plus mettre un pied dehors. Les gens vous reconnaissent et n'hésitent pas à vous agresser. Verbalement, mais parfois aussi physiquement. A Anvers, je peux me balader tranquillement. Seuls les supporters du Germinal Beerschot me re-connaissent et ils se content de me dire bonjour ". Le discours des Sud-Américains est toujours le même : tout est beaucoup plus tranquille en Belgique. " On m'a parlé de la grande rivalité entre l'Antwerp et le Beerschot. C'est très folklorique, mais croyez-moi, cela n'a rien à voir avec ce qui se passe à Avellaneda (banlieue de Buenos Aires) lorsque Independiente affronte le Racing. Certains trouvent également que les supporters du club sont très critiques. Cela ne me dérange pas du tout : cela aide à rester motivé et à donner toujours le meilleur de soi-même ". Cette saison, Losada a pris possession de l'appartement qu'occupait Sterchele la saison dernière. " Il est un peu plus grand que mon ancien, et surtout, situé plus près du centre-ville. J'ai déjà visité beaucoup de choses. Les rues commerçantes, les promenades le long de l'Escaut : tout est agréable. C'est très calme, aussi : il y a moins d'habitants qu'à Buenos Aires, moins de trafic également... et moins de danger. Je sais que, l'an passé, un crime odieux avait scandalisé l'opinion. A juste titre. Mais il n'y en a eu qu'un. En Argentine, cela arrive tous les jours. Il suffit de lire la rubrique des faits divers : elle est épaisse comme un bottin de téléphone ". Losada n'a pas oublié Sterchele. " Comment le pourrais-je ? Je continue à... recevoir du courrier pour François, il devrait tout de même signaler qu'il a changé d'adresse ! ( Ilrit) A part cela, on s'est revu quelques fois. Il aime se retremper dans l'ambiance du Kiel lorsqu'il en a l'occasion. En début de saison, il était venu s'imposer 0-1 avec Bruges, mais il ne perd rien pour attendre : en janvier, on prendra notre revanche au stade Jan Breydel ! C'était un bon compagnon. J'espère qu'un jour, on aura l'occasion de rejouer ensemble dans la même équipe. Malgré tout, je constate avec plaisir qu'on a bien compensé son départ. TosinDosunmu et SanharibMalki- Sabah se débrouillent très bien. VincenzoVerhoeven et AristideBancé peuvent aussi apporter beaucoup lorsqu'ils entrent ". Losada, lui, développe son jeu avec la grâce d'un danseur de tango. " Vous trouvez ? C'est une image, alors, car en fait, je ne sais pas danser le tango. C'est une danse très difficile et, pour tout dire, je ne l'apprécie pas trop. Lorsque je suis à Buenos Aires, il m'arrive d'aller voir des spectacles, comme tout le monde, mais jamais un spectacle de tango. C'est pour les touristes. Comme tous les pays du monde, l'Argentine a évolué et aujourd'hui, les jeunes s'intéressent très peu au tango qui est une tradition très ancienne. Pour moi, le véritable symbole de l'Argentine serait plutôt le mate. C'est une herbe, que l'on consomme avec de l'eau chaude ou froide, comme le thé. Une boisson traditionnelle qui symbolise mon pays et que mon épouse me prépare, parfois, ici à Anvers. Le lien que j'ai conservé avec l'Argentine, c'est cela ". par daniel devos - photo: reporters/ mossiat