L'entraîneur principal du Standard n'est pas du genre à sans cesse tirer la couverture à lui. José Riga ne cesse de le répéter : son travail est un travail d'équipe. Lorsqu'il a débarqué à Sclessin, il est arrivé avec ses idées mais également avec ses hommes comme Bernard Smeets ou Michel Bruyninckx. A cela, il a greffé un adjoint expérimenté, Peter Balette, un nouvel entraîneur des gardiens, Eric Deleu, et un fidèle de la maison rouche, Guy Namurois. Qui sont ces gens et comment s'organise le staff ?
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L'entraîneur principal du Standard n'est pas du genre à sans cesse tirer la couverture à lui. José Riga ne cesse de le répéter : son travail est un travail d'équipe. Lorsqu'il a débarqué à Sclessin, il est arrivé avec ses idées mais également avec ses hommes comme Bernard Smeets ou Michel Bruyninckx. A cela, il a greffé un adjoint expérimenté, Peter Balette, un nouvel entraîneur des gardiens, Eric Deleu, et un fidèle de la maison rouche, Guy Namurois. Qui sont ces gens et comment s'organise le staff ? S'il ne reste qu'un soutien auprès de Riga, ce sera lui ! " C'est vrai. Ça fait partie de ma personnalité. José sait que je suis quelqu'un de fidèle et si je découvre des man£uvres dans son dos, il sera mis au courant. "Soutien mais également paratonnerre. Désormais, c'est Smeets (37 ans) qui passe à la télévision expliquer les réglages mis au point par son T1 à la mi-temps des matches. Bref, le bras droit parfait qui a su troquer son habituel rôle de préparateur physique pour celui d'adjoint. " J'avais déjà connu ce rôle, notamment à Alost, auprès de Gilbert Bodart mais tout simplement parce qu'il n'y avait pas d'argent pour se payer un adjoint et un préparateur physique. Je cumulais donc les deux rôles. " Mais, à la base, Smeets est centré sur la préparation physique uniquement. Régent en éducation physique, il termine son cursus avec un mémoire sur la préparation physique individualisée en football, qu'il met en pratique sur une équipe de 4e Provinciale. Mémoire en poche, il s'en va frapper à la porte du club voisin, Visé, qui venait de monter de Promotion en D3. L'entraîneur de l'époque, Jean-Pierre Philippens, l'accueille à bras ouverts et lui confie souvent les entraînements physiques et même tactiques. " Je surprenais parfois, dans les buvettes, des conversations qui disaient qu'à Visé, l'entraînement était donné par un jeune entraîneur : c'était de moi qu'on parlait. " Suivront alors différentes expériences, à Liège (sous les ordres de Raphaël Quaranta), à Ostende et Alost (sous Bodart), à Wiltz. " Je me suis souvent bien entendu avec mes entraîneurs. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que j'ai souvent retravaillé avec eux par la suite, que ce soit Didier Quain, Quaranta, Bodart ou Riga. " On en oublierait presque le fil rouge de sa carrière : Riga. Les deux hommes se sont connus à Visé en 2000, quittés lorsque l'un est parti comme T2 au Standard en 2003 mais se sont retrouvés en 2006 à Mons, que Riga venait de faire monter en D1. " Cela va faire dix ans que je le connais et notre complicité ne s'est jamais démentie. " En juin dernier, lorsque le Standard a sondé Riga pour le poste, c'est donc naturellement que ce dernier a répondu qu'il ne poserait armes et bagages à Sclessin qu'avec Smeets. Le duo a eu l'occasion de se tester : Visé, Mons (où Smeets finira orphelin de son mentor licencié, terminant son contrat aux côtés d' Albert Cartier, Philippe Saint-Jean et Thierry Pister), Visé de nouveau et enfin la consécration en rouge et blanc. Au Standard, le bras droit a changé de rôle mais pas de philosophie. " Ma responsabilité n'est plus la préparation physique. Mais comme Guy n'a qu'un mi-temps, je suis donc le relais parfait les jours où il n'est pas là. On échange beaucoup d'idées et on est d'accord à 90 %. "Son rôle est donc de conseiller et soutenir Riga. " Peter Balette s'occupe davantage du découpage vidéo alors que moi, je suis plus dans l'organisation des entraînements ou la gestion du vestiaire. J'ai également dû prendre en charge le noyau C. " Normal pour celui qui fut éducateur puis préfet de discipline au collège Saint-Adelin de Visé... Smeets met également la joie de vivre dans le vestiaire. Toujours souriant et en forme. Heureux d'être là. " Je ne trouve pas mon rôle ingrat. Je l'accepte. Je préfère travailler dans des bonnes conditions avec des gens que j'apprécie plutôt qu'être numéro un n'importe où. Ce rôle, je l'apprécie car je n'ai pas besoin qu'on parle de moi. Je ne vais jamais pousser quelqu'un pour prendre sa place. Et puis, avec José, on a toujours l'occasion de discuter et d'échanger nos points de vue. Il demande qu'on exprime son idée, ses sensations et son ressenti. On participe activement et cela me convient. Je trouverais ce job ingrat si on n'avait rien à dire. Ce n'est pas le cas. "Lors des négociations portant sur le nouveau staff l'été dernier, alors que le T1 n'était pas encore connu, on avait aperçu Balette, 51 ans, sortir des bureaux du Standard. Certains avaient même pensé que l'ancien entraîneur principal d'Heusden-Zolder, et ancien T2 du Club Bruges, faisait partie de la liste des candidats à la succession de Dominique D'Onofrio. S'il y avait méprise sur le poste (il obtint finalement le titre d'adjoint), cela n'en constituait pas moins une surprise. Qui avait eu l'idée de prendre ce néerlandophone, ancien du Club Bruges, pour seconder Riga ? " Pour moi, cela reste un mystère car je ne connaissais ni Roland Duchâtelet, ni Pierre François. J'avais simplement appris à connaître Jean-François de Sart lors de mes cours d'entraîneur. " Pourtant, lorsqu'il reçoit un coup de fil de Pierre François pour seconder Riga, il n'hésite pas une seconde. " J'étais en contacts avancés avec Roulers, en D2, pour le poste d'entraîneur principal mais avec le Standard, j'avais l'occasion d'écourter les distances car j'habite à Heusden-Zolder. "Heusden-Zolder : fief de Balette. Sans conteste. C'est là que le monde du football apprit à le connaître lorsqu'il fit monter l'équipe limbourgeoise en D1 en 2003. Première marche avant le KVSK United qu'il entraîna deux ans de 2005 à janvier 2007. Six mois plus tard, c'est la direction du Club Bruges qu'il prend pour occuper le poste d'adjoint : " Je suis convaincu que beaucoup de clubs de D1 n'attendent pas Balette comme T1. Il suffit de voir le nombre d'entraîneurs sur le carreau pour comprendre que je ne serai jamais une priorité pour les clubs de l'élite. De plus, ce travail de T2 me plaît. J'aime le terrain, les entraînements, les contacts avec les joueurs. Je suis persuadé que je peux apporter quelque chose comme T2. "Libre, il répond donc favorablement aux appels du Standard. " Pourtant, ce ne fut pas évident au début au niveau de la langue. Je comprends presque tout mais j'avais du mal à parler le français. Mon expérience de professeur d'éducation physique ( NDLR : job qu'il a pratiqué durant 17 ans) m'a aidé à prendre la parole devant un groupe. De plus, le Liégeois est assez chaud et il établit très vite un bon contact. " Pas question pour lui de jouer le Flamand de service. " Je prends bien garde de ne pas parler qu'aux joueurs flamands et dans le staff, j'essaie toujours de parler le français. "Balette propose les montages vidéos de l'adversaire. Sur le terrain, c'est lui qui s'occupe des phases arrêtées. " Je me sens bien ici. Il y a une bonne ambiance. Bien plus collégiale que celle qu'il y avait à Bruges où c'était un peu plus individualiste. "Seul rescapé de l'ère précédente, Namurois, 52 ans, ancien décathlonien, le doit sans conteste à son indépendance d'esprit. Pour lui, le Standard n'a jamais constitué un aboutissement mais l'occasion de mettre ses compétences au service d'un club du top niveau. D'ailleurs, au sein de la galaxie D'Onofrio, Namurois n'avait jamais été inféodé au pouvoir en place. A l'époque de Johan Boskamp, il s'écarta même du Standard, revenant sur la demande expresse de Michel Preud'homme. Pierre François avait alors retenu la leçon, modifiant le contrat annuel en CDI afin de garder ce spécialiste le plus longtemps possible à Sclessin. " On ne voulait plus que je quitte le club ", rigole Guy aujourd'hui. Considéré comme un des meilleurs préparateurs physiques de D1, il était tout naturel de le reconduire dans ses fonctions. C'est lui qui s'est occupé de l'élaboration de l'avant-saison et qui gère les exercices physiques, désormais aidé et secondé par Smeets. Namurois a débuté sa carrière à l'ULG comme assistant au sein de la faculté d'éducation physique. Il quitte cette fonction pour pénétrer le monde du sport, d'abord comme préparateur de la tenniswoman Dominique Monami, puis pour intégrer les clubs du FC Liège (1993-1997), de Namur (1997-1999), d'Eupen (2000-2002), de toucher le monde du basket à Pépinster (2001-2002). " Je me souviens que le coach Niksa Bavsevic a pleuré lorsque je lui ai appris que je partais pour le Standard ". Il a également travaillé avec Philippe Saive et continue à graviter autour du monde de l'athlétisme liégeois. Bref, dans la Principauté de Liège, Namurois est une sommité ! Depuis dix ans, il jongle entre le Standard et la Communauté française où il doit gérer 40 contrats de sportifs de haut niveau. Sa philosophie consiste à faire suer les joueurs, pas à sympathiser avec eux (il n'a jamais bu un verre avec l'un d'eux). C'est avant tout un bosseur qui aime le travail bien accompli. Assistant à toutes les rencontres à domicile, il prend davantage de plaisir à constater les progrès physiques des joueurs (ou à s'inquiéter des lacunes de certains) qu'à suivre le résultat du match. En début de saison, Namurois effectua la transition. " J'étais le seul membre du staff encore en place. J'ai donc donné pendant trois jours les premiers entraînements mais j'avais quand même demandé l'assistance d'un vrai technicien, en la personne de José Jeunechamps. Quand Riga, que je connaissais très bien pour avoir travaillé avec lui lorsqu'il était adjoint de Dominique D'Onofrio, fut nommé, je lui ai immédiatement téléphoné car je savais qu'il avait l'habitude de travailler avec Bernard Smeets. Il m'a rassuré et les tâches de chacun ont rapidement été bien limitées. " Namurois est donc le seul temps partiel du staff. Il gère la partie individuelle de la préparation physique mais également la musculation de chacun - " ma spécialité " - mais la présence de Smeets le soulage. Comme d'autres membres du staff, son expérience professionnelle ne se limite pas au monde du foot et comme spécialiste du sport de haut niveau, il élargit encore plus les horizons du staff. " On a tous travaillé autre part que dans le monde du foot et cela nous permet également d'avoir une vue plus large. "Alors que la saison a commencé et qu' Hans Galjéoccupe toujours le poste d'entraîneur des gardiens, les dirigeants du Standard se posent des questions sur la progression de Sinan Bolat. Mentalement, celui-ci coince un peu et comme il l'avait fait avec Claudy Dardenne, il demande un autre entraîneur des gardiens. Galjé est alors recasé dans la cellule scouting et Jean-François de Sart active ses contacts pour choisir son successeur. Ce sera Eric Deleu, 52 ans, ancien gardien du RWDM, en poste comme entraîneur des gardiens à Tubize. " Le Standard trouvait que Sinan n'arrivait plus à atteindre son niveau. Un jour, j'ai reçu un coup de fil de Jean-François, qui avait fait son enquête et qui trouvait que j'étais la personne adéquate pour occuper le poste d'entraîneur des gardiens. J'étais fier et content qu'un simple entraîneur de D2 attire l'attention. Ce n'était pas la première fois qu'on me contactait. Mons avait essayé et Gand, à l'époque de Michel Preud'homme, aussi mais j'avais décliné à chaque fois car j'avais cinq magasins de chaussures dans la région bruxelloise et il était impossible pour moi de combiner les deux. " Depuis lors, Deleu en a revendu quatre. " Mes enfants sont tous les deux à l'université. J'ai donc davantage de temps. " Et voilà comment celui qui avait coupé le cordon avec le monde du football durant toute une époque se retrouve dans une des formations de pointe de l'élite. A l'accent, on pourrait croire que Deleu est un echte Brusseleir. On se trompe, oubliant que Deleu fut d'abord un Limbourgeois qui débuta dans un petit club de Beringen avant de rallier la capitale à 17 ans, un contrat pour le RWDM en poche, et d'habiter aujourd'hui à Enghien. Un vrai Belge, en fait. " Au RWDM, j'ai tout connu (relégation, montée) et au bout du compte, j'étais un peu dégoûté. C'est pour cette raison que j'ai arrêté ma carrière très jeune. J'en avais ras-le-bol et j'ai ouvert un magasin de chaussures. Mais le microbe du football a fini par réapparaître. " Retour à la maison : le RWDM où il officia comme entraîneur de gardiens sous René Vandereycken, Ariel Jacobs et Guy Vandersmissen. Avant de s'envoler pour Tubize où il côtoya Enzo Scifo et Albert Cartier. " Les deux entraîneurs les plus marquants pour moi sont Vandereycken et Riga. Ça fait lèche-bottes de dire ça, mais ce n'est pas du tout dans mon caractère. Les deux font énormément attention à la gestion et à l'approche. Ils accordent beaucoup d'attention aux détails. " Si Deleu est devenu entraîneur des gardiens, c'est parce qu'il sait que le dernier rempart occupe une position à part. " Le gardien est un incompris. Ça m'a toujours frustré. Quelque part, c'est un autre sport que le foot. Cela demande une approche individualiste au sein d'un collectif. Mon premier objectif est de créer un lien entre mes gardiens et moi. Ils doivent sentir que je suis de leur côté et que je les comprends. Ce qu'ils me disent, cela peut rester entre nous. "Solitaire et aimant rester dans l'ombre, son arrivée au Standard, au sein d'un collectif déjà rodé, aurait pu le tracasser. " Les premiers jours, j'ai regardé et écouté. Puis je me suis petit à petit intégré. Je reste bien à ma place mais je remarque qu'il y a une réelle confiance. Tout se fait en équipe et on me demande même à moi, entraîneur des gardiens, de donner mon avis sur la sélection. Cela prouve que Riga essaie d'impliquer chaque personne. "Certes, il ne fait pas partie du staff mais lui aussi constitue la garde rapprochée de Riga, en tant que directeur de l'Académie. C'est en effet le nouvel entraîneur liégeois qui souffla son nom au président Duchâtelet. " Sans José, je ne serais pas là ", re-connaît Michel Bruyninckx, nouveau directeur de l'Académie. C'est Frédéric Waseige qui, le premier, parla de Bruyninckx à Riga. Celui-ci décide alors de le rencontrer. " Après cinq minutes, il avait compris que nos idées se rejoignaient ", raconte Bruyninckx. Les deux décident de travailler ensemble à Visé et sont courtisés par le... Real Madrid. " J'ai eu la chance de présenter mes idées à José Mourinho. Je pensais que j'obtiendrais 30 minutes d'entretien. Cela a duré 3 h 30. Mourinho m'a dit qu'il était impressionné et que c'était cela qu'il essayait de composer depuis des années. On a parlé de nous offrir un contrat mais pour le club, cela constituait une petite révolution. Il y avait déjà un staff en place et cela a traîné. " Entre-temps, le Standard était entré dans la danse. " Et pourquoi partir de Belgique si un club décide de répondre à nos critères et de nous ouvrir nos portes ? Car il ne s'agit que d'une chose : former des jeunes. Cela peut se faire partout dans le monde. "Et pour les critères, rien de plus simple : " Créer l'environnement correct, garantir un équilibre en supprimant les influences extérieures et renforcer le contenu. "Mais d'où vient ce Bruyninckx ? Agé de 61 ans, ancien joueur du Racing Tirlemont et du Daring Louvain fin des sixties-début des seventies, et ancien entraîneur de jeunes (à Saint-Trond, au Standard ou à l'Union belge), il a mis au point, il y a 17 ans, une technique, intitulée le soccerpal (entraînement à base d'un ballon dans un filet tenu par une corde accrochée au poignet) lorsqu'il enseignait à la Topsportschool de Louvain. Cette technique a été appliquée à une belle génération ( Steven Defour, Dries Mertens, Marvin Ogunjimi, Sven Kums, Denis Odoi...) et a permis à ces joueurs de pouvoir évoluer des deux pieds. Avec sa méthode d'entraînement, Bruyninckx commence à faire parler de lui à l'étranger. La BBC d'abord : " Dans les deux heures qui ont suivi la sortie de l'émission de la BBC, nous avons reçu 10.000 mails. Et nous avons connu la même demande lorsque le magazine américain Sports Illustrated en a parlé. " Bruyninckx est alors courtisé par les plus grandes écoles de jeunes et demandé à gauche et à droite comme conférencier. " Mais ce n'est pas aussi facile que cela en a l'air car je me focalise sur l'analyse individuelle. J'essaie de savoir comment un jeune est organisé et j'adopte alors un programme adapté. Il n'y a pas de bible universelle. "Depuis six mois, il a donc misé sur le Standard (ou plutôt le Standard a misé sur lui) pour mettre en pratique son enseignement. " Ici, les installations et les entraîneurs sont parfaits. Il fallait juste renforcer l'organisation et la combinaison entre foot et enseignement. Le Standard l'a compris. "PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Riga demande qu'on exprime son idée, ses sensations et son ressenti. "(Bernard Smeets) " Mon arrivée au Standard reste un mystère car je ne connaissais ni Roland Duchâtelet, ni Pierre François. " (Peter Balette) " Je pensais avoir un entretien de 30 minutes avec Mourinho. Je suis resté 3 h 30 avec lui. " (Michel Bruyninckx)