Soyons francs : l'aspect burlesque, voire carnavalesque est pour beaucoup dans la récente médiatisation qui touche le club de Bleid. Si les télés (RTL-TVI et la RTBF) se sont pressées au portillon et ont diffusé dans la foulée une séquence dans leurs journaux respectifs au soir du match face à Huy du dimanche 25 mars, ça porte un nom : Francis Lalanne. Le chanteur aux cuissardes n'occupe plus les premières places du Top 50 depuis bien longtemps, mais le personnage reste d'actualité. Souvent d'ailleurs pour des prises de position hautes en couleurs, une extravagance qui prête souvent au rire mais dont le mérite est de nous sortir des discours formatés stars de la télé-réalité. Quand, l'interprète de " Pense à moi comme je t'aime " se rend au FC Bleid pour y aider son pote Lionel Charbonnier, la presse et les spectateurs en ont pour leur argent.
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Soyons francs : l'aspect burlesque, voire carnavalesque est pour beaucoup dans la récente médiatisation qui touche le club de Bleid. Si les télés (RTL-TVI et la RTBF) se sont pressées au portillon et ont diffusé dans la foulée une séquence dans leurs journaux respectifs au soir du match face à Huy du dimanche 25 mars, ça porte un nom : Francis Lalanne. Le chanteur aux cuissardes n'occupe plus les premières places du Top 50 depuis bien longtemps, mais le personnage reste d'actualité. Souvent d'ailleurs pour des prises de position hautes en couleurs, une extravagance qui prête souvent au rire mais dont le mérite est de nous sortir des discours formatés stars de la télé-réalité. Quand, l'interprète de " Pense à moi comme je t'aime " se rend au FC Bleid pour y aider son pote Lionel Charbonnier, la presse et les spectateurs en ont pour leur argent. Ce dimanche 25 mars, Lalanne nous a fait du Lalanne : regard ému au bout de la première victoire de Bleid depuis l'arrivée de Charbonnier, course effrénée autour du terrain, sac des ballons dans une main l'autre tapant dans celles des spectateurs, des phrases qu'on ne comprend toujours pas (un -Elle est là, la vérité ! au milieu de la deuxième mi-temps alors que l'action semble anodine) et une incroyable disponibilité avec les spectateurs venus en nombre pour les normes de cette petite entité de 300 âmes. Comme si ça ne suffisait pas, la présence de Lalanne était pimentée de danseuses brésiliennes (avec le string comme habit traditionnel) pour distraire l'avant-match et la mi-temps, faisant quelque peu d'ombre aux pompoms-girls en herbe, les Panisettes (les habitants de Bleid étant surnommés les Panis). Tout ce beau monde pour un match de fond de classement en D3A... " On est en train de tout reconstruire. Et l'image qu'on propose doit donner l'envie aux gens de s'investir avec nous ", témoigne Charbonnier, coach et homme à tout faire. L'ex-champion du monde 98 a du pain sur la planche depuis son arrivée dans nos contrées en début d'année. Amené par un jeune trio français inconnu, avec comme figure de proue le président Grégory Sellier qui devait redonner vie au club après sa reprise en décembre, Charbonnier a vite été abandonné à son propre sort. Fin janvier dernier, le néo-coach nous confiait : " Je ne sais même pas où est Sellier. Je ne sais pas ce qu'il fait. Il a planté tout le monde et on se débrouille tout seul depuis quelques jours. " Deux mois plus tard, rien n'a changé. Sellier a définitivement disparu de la circulation et les contrats n'ont jamais été respectés (Charbonnier avait signé pour six mois plus deux ans à hauteur de 5.500 euros/net mensuel) " Je suis bénévole comme tout le monde actuellement ", poursuit Charbonnier. " Cela m'a couté environ 20.000 euros en trois mois et ça ne peut plus durer. " D'où l'espoir de voir de nouveaux sponsors et investisseurs débarquer. D'où la présence de Lalanne, d'où l'évocation de Matt Pokora comme partenaire (même si le Justin Timberlake du pauvre ne semble pas plus emballé que ça), d'où le nom de Djibril Cissé qui, selon Charbonnier, suivrait le dossier de près. " Si on veut se différencier, il faut être original dans l'approche étant donné qu'on n'est pas structuré comme d'autres clubs. Il faut proposer quelques chose de neuf, où le foot représente la fête, la vie. On veut vendre du rêve aux gens. Leur montrer qu'il existe des gens qui croient en l'avenir de ce club et qui sont prêts à l'assumer. Francis en fait partie. C'est un ami de longue date. Il entre parfaitement dans l'image que l'on veut donner de ce club, c'est-à-dire fait d'abnégation et d'humilité. Il faut savoir que Francis a fini son concert à minuit (le samedi 24) à Tours. A minuit quart, il était dans la voiture de mes parents. Ils ont voyagé toute la nuit pour être présent ce matin à 7 h afin de répondre aux journalistes, parler aux joueurs, assister au match et dans la foulée faire un concert. "" On n'est pas devenu amis pour rien, on s'est rencontré sur nos valeurs ", poursuit Lalanne avant de philosopher : " Le foot d'en bas est une expression que nous partageons. Je répète souvent que j'ai passé ma vie à batailler avec les petits pour vaincre les grands. Parce que la grande aventure humaine, c'est d'affronter plus fort, c'est ce qui aide un être humain à trouver le chemin de son âme, de sa puissance, de sa vérité. Le football est un art qui permet d'appréhender ce genre de discipline personnelle et collective ( sic). " " J'ai toujours été un passionné de foot : j'ai grandi dans un pays, l'Uruguay, où les enfants avant de prononcer le nom de leurs parents, disent le nom des joueurs. Ensuite, j'ai grandi à Marseille : difficile de ne pas aimer le foot. Je l'ai dans mon ADN. "Lalanne n'en est pas à sa première expérience dans le milieu puisqu'il fut président de Fresnois-le-Grand, entité de l'Aisne. " J'ai été à la tête de ce club pendant huit ans. Je l'ai pris en première division district et je l'ai emmené en CFA2, ce qui en fait maintenant le club de la région alors que la ville ne compte que 3.000 habitants. J'ai donc beaucoup d'expérience dans ce type de dossiers où l'on repart de zéro, où l'on doit se serrer les coudes et tout reconstruire. Mon apport est pour le moment positif puisqu'on accueille de plus en plus de monde. Près de 300 entrées payantes alors qu'il y a deux dimanches on était proche de zéro, c'est très encourageant. " Et de prendre de la hauteur... " Ce que je peux apporter d'essentiel, c'est au niveau de l'animation psychologique : dans ma manière de parler aux joueurs, de ce qu'ils sont, de leur âme, de ce que c'est d'être un bonhomme ! De vivre une aventure collective et commune. Qu'est-ce qu'on y met dedans ? Comment prend-on ensemble la décision de gagner ? Les gars sont vraiment traumatisés par ce qui leur est arrivé. Donc, il faut d'abord les aider à relever la tête, qu'ils retrouvent les ressources, qu'ils gagnent. Le vrai travail, il est là. Car s'ils sont incapables d'aligner trois passes, on a beau s'appeler tous les Lalanne et Charbonnier du monde, on n'attirera personne si les résultats ne suivent pas... "Aujourd'hui, le club joue sa survie sur le terrain de la D3 mais aussi en coulisses. Et tout le monde y met du sien. Notamment Anna Charbonnier, qu'on a pu croiser souriante et volubile aux accents italiens dans sa petite aubette d'où elle alimentait en tickets boissons et en places de concert de Lalanne les spectateurs de Bleid-Huy. " Mon rôle ? Tout et rien. Quand il faut aller quelque part, j'y vais. Présidente du club ? On en a discuté avec le comptable qui nous affirme que ça ne risque rien. Je veux bien m'engager mais je ne veux pas me retrouver avec les dettes des autres. Si je devais m'endetter, je veux en être responsable. Actuellement, il manque trois trimestres de facturation... " Décembre 2011, trois investisseurs français débarquent à Bleid. Le club est sauvé, se dit-on, d'une faillite qui devait être actée le 31 du mois en cas de non-reprise. Thomas Fritz était l'un d'eux. Son nom avait été déjà associé à la reprise du Racing Strasbourg en juillet dernier, un club qu'il racheta pour un euro symbolique et dont il fut le président éphémère avec l'ambition de copier le modèle espagnol des socios. Le conte de fées tourna court pour cet ingénieur en informatique (qui se présente pourtant comme un conseiller en entreprise) : " Mon rôle à Bleid était de donner des conseils stratégiques, et d'effectuer un audit. On tablait sur un budget prévisionnel de 150.000 à 200.000 euros. Je voyais une réelle force dans le côté atypique de ce club. La possibilité d'établir un modèle économique différent où tout le village serait impliqué dans le club avec service hôtelier, restauration. Pourquoi pas une école de foot féminin ? Mais rapidement, j'ai eu des doutes par rapport à l'état des dettes, l'accès à certaines pièces comptables m'a été refusé. Quelques payements urgents devaient être réalisés : la location de voitures, les panneaux d'affichage, etc. C'était le bordel... J'avais déjà pris des risques à Strasbourg, ce qui m'avait coûté pas mal d'argent. Monsieur Sellier prétendait qu'il avait des personnes derrière lui. Je n'ai rien vu venir. J'ai appris que le foot est un milieu de fausses promesses. Ce qui m'ennuie, c'est d'avoir laissé Monsieur Charbonnier dans le pétrin ", conclut Fritz. " Les joueurs se débrouillent, y a pas d'autres mots ", poursuit Charbonnier. " Cinq d'entre eux dorment ensemble dans un maison, d'autres dans des familles d'accueil. C'est loin de ce que j'ai connu chez les pros mais c'est une belle leçon de vie. Et je pense que quelque chose de ce type, je ne suis pas sûr qu'on puisse le vivre en France. Ici, il existe un magnifique élan de solidarité. "La doublette Lalanne-Charbonnier a évidemment dépassé nos frontières. Si les caméras de Téléfoot ont plusieurs fois reporté leur présence, le mensuel So Foot, jamais avare d'histoires sonnantes et trébuchantes, s'est plongé dans l'ambiance. " On est arrivé samedi, la veille du match à Waregem ", explique Thomas Pitrel, l'un des deux journalistes avec Mathieu Pecot à avoir réalisé le reportage. " Le soir, on a accompagné Charbonnier à Nancy et d'autres membres de la presse régionale pour rencontrer Francis Lalanne qui se produisait dans le cadre de la tournée Âge tendre et tête de bois où l'on retrouve d'autres chanteurs has-been. Le lendemain, on s'est rendu à Waregem avec toute l'équipe. On a même dû prendre deux joueurs dans notre voiture car il n'y avait pas assez de places disponibles dans celles restantes. J'ai l'impression que Charbonnier aime les défis difficiles... " Sébastien Hamel, T2 de Bleid, peut en témoigner. Cet ancien gardien qui a officié dans plusieurs clubs de L1(Monaco, Lens, Auxerre, Marseille,...), souvent comme suppléant, se demande aujourd'hui dans quelle drôle de pièce il est tombé. " On a été arnaqué par des gens qui parlent beaucoup mais qui ne font rien ", témoigne-t-il. " J'avais signé un contrat à 2.500 euros par mois, plus des primes à 50 euros le point plus un logement.... "" En décembre, Sellier nous a dit à Lionel et moi de se loger à l'hôtel et qu'il allait tout régler à notre départ. Au bout du compte, j'ai payé la note de 1500 euros. Lionel en avait pour plus encore. Par après, je l'ai appelé plusieurs fois mais sans réponse. Finalement je suis arrivé à l'attraper et on s'est donné rendez-vous sur Arlon. Sur place, il m'a dit qu'il n'arrivait pas à retirer de l'argent en Belgique. On a alors filé de l'autre côté de la frontière, en France, et on s'est rendu au distributeur d'un magasin Auchan. Quand il en est revenu, il m'a tendu...90 euros. Là, ça a commencé à monter. Puis, il m'a dit qu'il avait sa carte Auchan et qu'il voulait bien me faire les courses. Il me prenait vraiment pour un charlot ! Je lui ai serré la main comme un bonhomme et lui ai dit que je l'attendais sans faute la semaine d'après à l'entraînement pour qu'il règle mon dû. Je ne l'ai plus jamais revu. "" Dès le premier entretien avec Sellier en compagnie de Lionel à Auxerre, je sentais que c'était louche ", poursuit Hamel. " Pas charismatique pour un sou, Sellier s'était pointé au rendez-vous avec un bout de papier sur lequel il avait noté le nom de quelques sponsors intéressés par le projet Bleid. Sellier s'était présenté comme étant à la tête d'une société de gardiennage de Luxe à Nancy. Jérôme Sertain, qui l'a accompagné au début et qui devait s'occuper de la com' de Bleid, s'est renseigné à son sujet : il s'avère qu'il y a six mois, Sellier touchait encore le RSA (revenu de solidarité active) et qu'il a bien travaillé dans une société de gardiennage mais comme simple employé. " " On attend aujourd'hui des investisseurs pour nous sortir de là. Un certain Monsieur Dufour, pseudo agent de son état, nous avait accompagnés en match à Audenarde. Il devait soi-disant investir dans le club en compagnie d'un associé qui travaille dans les éoliennes. On n'a jamais vu un centime. Ma situation devient très difficile. Je ne sais pas payer le loyer de la maison que je loue à Arlon depuis janvier. Heureusement, les propriétaires se sont montrés exceptionnels et compréhensifs. Je les tiens au courant de l'évolution de la situation. Ce n'est que de la débrouille. Mais financièrement, je ne peux plus tenir. Je ne vais quand même pas pomper dans l'argent de la retraite de ma mère. Si la situation n'évolue pas, il faudra bien se faire une raison et plier bagage car je n'ai plus un radis. Ma femme réfléchit à trouver un emploi dans le coin mais ce n'est pas évident à cette période de l'année... " La situation n'est pas plus rose chez les joueurs même si elle était même bien pire en hiver. Le contingent français était logé jusqu'en décembre dans la maison blanche, qui jouxte le terrain du FC Bleid, propriété de l'ex-président Renato Constantini. Ne voulant plus continuer à payer les charges, ce dernier décida de couper le chauffage. En plein hiver, ces Français passés par le centre de formation de Strasbourg, Grenoble, Lyon, Marseille ou Caen vécurent sans chauffage et sans coach. Pendant un mois, c'est l'ex-capitaine qui donnait les entraînements. Lucas Plautz (23 ans), un élégant ailier gauche, évoque son expérience à Bleid : " Après six mois au chômage et quelques essais, on m'a proposé la Belgique en me disant qu'on faisait confiance aux jeunes. Je n'ai donc pas hésité. En fin de saison, ça fera un an et demi que je suis ici. L'an dernier, je gagnais autour des 600 euros et j'avais un logement. Ça allait, il n'y avait pas de problèmes. Cette saison, je n'ai jamais été payé. Désormais, je loge avec un coéquipier chez la patronne du Maradona's. C'est un bar à Virton. C'est mon troisième logement cette année. L'environnement ? Il n'y a rien. A part un terrain de foot et une ambition personnelle d'aller plus haut. " " On a accepté de cravacher comme des chiens sans être payé parce qu'on savait que ce coach (Charbonnier) allait nous apporter quelque chose. Il a un énorme vécu et nous le transmet. La motivation ? Elle s'est façonnée bizarrement. On a vu que le coach ne nous avait pas lâchés alors qu'il aurait pu. Il a aimé notre mentalité. Notre manière de le remercier, c'est de montrer qu'on est capable de faire quelque chose de bien, de se sauver. "Le gardien titulaire, Kevin Sommer (22 ans) est arrivé l'hiver dernier de Mulhouse où il était en fin de contrat. " Heureusement, j'ai mes parents qui sont derrière moi et qui m'aident financièrement. De décembre à mi-janvier, on s'est serré les coudes, on se partageait les revenus pour les courses, puisque d'autres équipiers n'avaient rien. J'ai été arnaqué comme les autres mais je ne regrette rien. Si ça devait s'arrêter, j'aurais vécu une belle aventure. Et j'espère m'être fait un petit nom... " Après le centre de formation de Marseille et un détour par le club de Villefranche, Daniel Gbaguidi (24 ans) est lui arrivé en janvier de cette année. Le numéro 23 de Bleid, qui devrait vu ses qualités être sollicité par d'autres clubs d'ici la fin de saison, est arrivé en janvier 2012. " C'est un agent qui m'a mis en relation avec Monsieur Sellier. Bien sûr que je ne m'attendais pas à tout ça. On m'avait promis un fixe de 1800 euros, plus un appartement. Je n'ai rien vu.... Désormais je loge chez la mère d'un de mes équipiers qui habite Metz. Je fais 150 km aller-retour. Quand on n'est pas payé, le carburant ça coute très cher. Optimiste pour le futur ? Par cette expérience, j'ai appris qu'en foot, on ne devait plus croire en rien... " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ KETELS" J'apporte ma manière de parler aux joueurs, de ce qu'ils sont, de leur âme, de ce que c'est d'être un bonhomme !" (Francis Lalanne) " Je ne vais quand même pas pomper dans l'argent de la retraite de ma mère !" (Sébastien Hamel, T2 de Bleid) " On a beau s'appeler tous les Lalanne et Charbonnier du monde, on n'attirera personne si les résultats ne suivent pas. " (Francis Lalanne)