Mercredi passé, le Spirou Charleroi s'est incliné 78-71 à Ostende dans ce que l'on continue d'appeler le clásico du basket belge. Les Carolos occupaient alors la 8e place du classement, la dernière qualificative pour les play-offs, alors qu'il restait deux matches à jouer. En termes de résultats, c'est le pire ranking depuis des lustres.
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Mercredi passé, le Spirou Charleroi s'est incliné 78-71 à Ostende dans ce que l'on continue d'appeler le clásico du basket belge. Les Carolos occupaient alors la 8e place du classement, la dernière qualificative pour les play-offs, alors qu'il restait deux matches à jouer. En termes de résultats, c'est le pire ranking depuis des lustres. Les nombreuses blessures qui ont émaillé la saison ont handicapé l'équipe, c'est clair. Mais elles ne peuvent tout expliquer. " De fait, comment une même équipe peut-elle gagner au Partizan Belgrade, en Coupe d'Europe, et s'incliner lourdement à domicile contre Liège, Willebroek et Louvain en championnat ? " se demande le grandpatron, GabrielJean. A y regarder de plus près, le Spirou souffre un peu du syndromeStandard : un grand club, prestigieux, qui aimerait bien faire des résultats... mais n'y arrive pas. Un nouvel homme fort, au pouvoir depuis peu. Un " conseiller " et un manager sportif au service du président. Et une instabilité chronique, que ce soit au niveau du coaching ou de la direction. En 2014, alors que GiovanniBozzi a décidé d'arrêter, YvesDefraigne est pressenti comme coach. Mais, à la surprise générale, il refuse et prolonge à Mons... où il vivra deux saisons et demie très compliquées, avant de démissionner au printemps 2017. Le Spirou trouve une solution interne en la personne de JacquesStas, manager sportif du club jusque-là. Stas a le coaching dans le sang. En plus, c'est une figure emblématique de Charleroi, dont il a défendu les couleurs pendant 20 ans, d'abord comme joueur puis dans d'autres fonctions. A priori, c'est un bon choix. Mais l'infirmerie ne désemplit pas et les trophées se font attendre. Stas tiendra un an et demi. Le 15 mars 2016, il est viré (alors qu'il est sous CDI), malgré une deuxième place au classement. Les joueurs le trouvent trop sévère, trop enclin à mettre le doigt sur ce qui ne va pas plutôt qu'à les encourager. L'adjoint, PascalAngillis, prend le relais et termine la saison. Les joueurs se sentent libérés. Mais ils seront quand même éliminés, dès le premier tour des play-offs, par le Brussels. Pour cette saison-ci, FulvioBastianini est engagé : un Carolo qui a passé cinq ans à Liège. Il signe pour trois ans et arrive avec son adjoint FrédéricWilmot, qui s'occupera de l'équipe B, car Charleroi veut donner un coup de boost à son centre de formation, longtemps négligé. Le Spirou veut aussi jouer la carte belge, à l'image d'Ostende : l'équipe A n'aligne que quatre joueurs américains. La distribution est entièrement confiée à des Belges : NielsMarnegrave (qui arrive d'Ostende où il était la doublure de DusanDjordjevic) et AlexLibert, le capitaine qui commence le match sur le banc. A l'aile aussi, on trouve des Belges : LoïcSchwartz et MaximeGaudoux. Et sous l'anneau également : IoannIarochevitch et KevinTumba. Mais la formule a ses limites. En outre, Tumba quitte le navire en pleine saison pour partir à Murcie, dans le championnat d'Espagne. Et le 18 mars 2017, soit au même moment que Stas à trois jours près, Bastianini est viré. Une fois de plus, Angillis prend le relais et termine la saison. Pour la saison prochaine, BrianLynch a été engagé. Pour la presse people, Lynch est le mari de KimClijsters. Mais c'est avant tout un ancien basketteur américain, qui a fait les beaux jours de Bree où il a joué sous la houlette de ChrisFinch, dont il s'inspire aujourd'hui au niveau du style de jeu, tout en mouvement, avec des tirs en première intention. Il a fait ses classes comme assistant-coach d'Anvers pendant deux ans, puis a pris en charge Limburg United. Curieusement, si les joueurs américains ont été nombreux dans l'histoire du Spirou, c'est la première fois que le club aura un coach US. C'est aussi un changement de politique radical : Bastianini incarnait un projet à long terme, était un coach plutôt défensif et avait été engagé pour ses talents de formateur ; Lynch incarne un projet à court terme (contrat d'un an), est un coach plutôt offensif et a été engagé pour sa connaissance du marché américain. Charleroi ne veut plus prendre le risque de devoir supporter un contrat de longue durée si cela ne marche pas, comme c'est le cas avec Bastianini, toujours payé, et Stas. " Mais il y a une option pour une prolongation ", précise Jean. Le projet jeunes est-il pour autant remis au frigo ? " Pas du tout, au contraire. Wilmot restera pour poursuivre le projet. Angillis peut rester s'il le souhaite (NDLR : il est aussi cité à Liège), comme adjoint ou comme responsable du CPS, le centre de perfectionnement sportif, réservé aux élites. Bastianini pourrait intégrer le projet jeunes, car ses talents de formateur n'ont jamais été remis en cause. " Au niveau de la direction, la stabilité n'a pas vraiment été de mise non plus. Lorsque Bozzi a arrêté sa carrière de coach en 2014, on lui a proposé le poste de président, qu'il a accepté. On lui a ensuite adjoint un... co-président en la personne de Jean-JacquesCloquet. Mais il s'est rapidement rendu compte qu'il était d'abord un homme de terrain et il a donc quitté la présidence pour prendre en charge le coaching de... l'équipe féminine de Ciney, en 1re Régionale. Cloquet est resté seul à la barre. Cet ancien footballeur du SC Charleroi, et ancien étudiant de Solvay, est aujourd'hui le CEO de Charleroi Airport. Le temps qu'il peut consacrer au Spirou est donc compté, mais c'est un gestionnaire de premier plan, ce qui était bien nécessaire. Lorsqu'il a découvert les comptes du club, il a ouvert de grands yeux : le Spirou était au bord de la faillite. A deux reprises, Charleroi n'a d'ailleurs reçu sa licence qu'en deuxième instance, inconcevable pour un club de ce standing. Il a donc fallu dépoussiérer, établir un plan d'apurement des dettes. Gabriel Jean, qui possède une société d'ingénierie patrimoniale au grand-duché de Luxembourg et qui a joué au basket comme pivot en D4 à Arlon, l'a rejoint à la fin de l'année 2015. Il est aujourd'hui l'actionnaire majoritaire. " En fait, pendant 15 ans, j'étais un petit actionnaire très discret, à 5 %. Je suis devenu l'actionnaire majoritaire car je voulais avoir les coudées franches pour réorganiser le club. " EricSomme, l'ancien président emblématique, n'est plus " que " président d'honneur mais fait toujours partie du Conseil d'administration. Exit BenoîtCuisinier, qui a été directeur général puis directeur commercial, et qui est parti rejoindre l'équipe cycliste Wanty-Gobert. Il continue cependant à donner un coup de main pour l'organisation de spectacles au Spiroudome. JacquesLedure, l'ancien manager de l'équipe nationale, est officiellement le manager sportif du Spirou. En fait, il est plutôt conseiller. VincentStavaux est le manager général. C'est un ancien agent de joueurs qui s'est occupé de plusieurs Espoirs belges devenus des joueurs confirmés. Il jure ses grands Dieux qu'il a arrêté ses activités d'agent et qu'il n'y a aucun conflit d'intérêts avec sa fonction au Spirou. Il est aussi le manager du tennisman croate MarinCilic. Auparavant, il a collaboré avec JustineHenin et KristofVliegen, et il a été le manager de l'équipe B de Mons-Hainaut, où il a connu Libert et Marnegrave. C'est Jean qui lui a confié la mission de procéder au renouveau du Spirou. Les deux hommes se sont connus grâce au tennis, car Jean a aussi été le conseiller de Henin. Que du beau monde, en quelque sorte, pour aborder l'avenir... par Daniel Devos - photos Belgaimage