Il y a deux semaines, juste avant son départ en vacances, Herman Van Holsbeeck a reçu un coup de fil de son père, ex-boulanger à Woluwé Saint-Lambert, une des communes de Bruxelles. Le paternel avait entendu à la radio le bilan d'Anderlecht ces cinq dernières années sous la direction de son fils : trois titres, deux deuxièmes places, une Coupe de Belgique, quatre participations à la Ligue des Champions et les huitièmes de finale de la Coupe UEFA...
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Il y a deux semaines, juste avant son départ en vacances, Herman Van Holsbeeck a reçu un coup de fil de son père, ex-boulanger à Woluwé Saint-Lambert, une des communes de Bruxelles. Le paternel avait entendu à la radio le bilan d'Anderlecht ces cinq dernières années sous la direction de son fils : trois titres, deux deuxièmes places, une Coupe de Belgique, quatre participations à la Ligue des Champions et les huitièmes de finale de la Coupe UEFA... Pas mal pour ce fils du boulanger qui vient de prendre dix jours de repos. " Vacances ", mot dont son prédécesseur au poste de manager d'Anderlecht, Michel Verschueren, faisait semblant de chercher la signification au dictionnaire. Puisqu'il claironnait toujours qu'il était le premier au stade et le dernier à le quitter. Comprenez que, sans MisterMichel, Anderlecht ne tournerait pas... Van Holsbeeck n'est pas comme ça. Il bosse dur et fort, mais sait aussi comme tout bon sportif que le repos fait partie de la préparation. Dans une autre vie, Van Holsbeeck a parfois travaillé non-stop, jusqu'à ce que son corps et son entourage lui rappellent qu'il était préférable de souffler pour conserver une bonne énergie. Van Holsbeeck est entré au service du Sporting le 1er juillet 2003. Son départ du Lierse avait été annoncé en avril. Six mois plus tôt, le secrétaire général Philippe Collin l'avait déjà contacté, après le départ d' Alain Courtois, mais Van Holsbeeck avait refusé : le président lierrois de l'époque, Gaston Vets, lui avait octroyé, deux mois plus tôt, les pleins pouvoirs sportifs et il n'avait pas l'intention de quitter la rue du Lisp en cours de saison. Fin juin 2003, quand Verschueren et Van Holsbeeck se serrèrent la main en souriant devant les caméras, maints observateurs se demandèrent si le second, alors âgé de 48 ans, allait tenir plus longtemps sous la férule de Mister Michel, 72 ans alors, que ses prédécesseurs, Paul Courant et Courtois. Sans oublier le passage éclair de Graeme Rutjes comme directeur commercial. L'ancien stoppeur du club pouvait avancer un diplôme en économie d'une université hollandaise avec un Masters décroché aux Etats-Unis au temps où il jouait encore comme amateur. Verschueren et Van Holsbeeck s'étaient déjà serré la main auparavant. Au printemps 1974, Verschueren, alors manager du RWDM, avait convoqué le jeune médian bruxellois dans son bureau pour régler les modalités de son transfert au KAV Dendermonde (D3). Van Holsbeeck venait du Racing White, qui avait fusionné un an plus tôt avec le Daring. Le stade Fallon étant proche de la boulangerie familiale de Woluwé Saint-Lambert. Après la fusion entre le Racing White et le club molenbeekois en 73, Van Holsbeeck joua une saison avec les Juniors du RWDM. Il tenta sa chance une saison en D2 au VG Ostende mais constata que le niveau de la D3 lui convenait mieux : sa vista lui permettait de camoufler ses carences. Cette vista l'incita à suivre, avec succès, les cours d'entraîneur du Heysel alors qu'il se produisait pour le Racing Jet Wavre et il obtint son diplôme. C'était aussi le temps où il jouait dans les rangs d'une bonne équipe de l'ABSSA, les Partisans Fallon avec, notamment, Philippe Lacourt, le rédacteur en chef de La Dernière Heure/Les Sports et Robert Goethals, un ex-champion de tennis belge, supporter d'Anderlecht et ami personnel de Roger Vanden Stock dont il partage la passion pour le bridge en plus de l'une ou l'autre partie de golf occasionnelle. A l'époque, une de ses étapes professionnelles l'avait également conduit à une collaboration auprès d' André Colasse, ex-défenseur de Charleroi et d'Anderlecht, qui vendait les produits de tennis Ellesse. Van Holsbeeck retrouva le RWDM dans le sillage de Johan Vermeersch en 1995. Il travaillait alors comme commercial dans l'entreprise de construction du président à Ternat. Quelques années plus tard, Vermeersch se disputa avec les autres actionnaires du club et claqua la porte. Van Holsbeeck resta et devint directeur général. Vermeersch est toujours amer quand on évoque le nom de son ancien employé : " Quand vous demandez à quelqu'un de surveiller votre commerce mais que vous devez vous y rendre vous-même tous les jours, il y a un problème ". Van Holsbeeck réagit sereinement : " Vermeersch ne supporte pas qu'un membre de son personnel vole de ses propres ailes. Au moment où je l'ai avisé de mon intention de quitter sa firme pour rallier les Coalisés à plein-temps, il m'a dit en bruxellois que j'étais trop court pour le job. Je pense avoir prouvé depuis lors qu'il s'était complètement blousé à mon sujet ". Le RWDM n'ayant pas un sou vaillant, Van Holsbeeck enrôla des talents bon marché de Feyenoord ( Paul Kpaka et Ibrahim Kargbo). Alors que le président d'alors, Eric De Prins, rêvait pour son club d'un autre statut que celui de satellite amélioré, HVH accepta l'offre du Lierse. L'ancien président des Jaune et Noir, feu Freddy Van Laer, fut impressionné par le travail et l'approche sensée de Van Holsbeeck quand le Lierse embaucha le joueur Steve Laeremans du RWDM. Prudent, Van Laer n'était pas d'accord avec son vice-président, Gaston Vets, décidé à aller de l'avant. Van Holsbeeck pencha pour l'ambitieux et fortuné Vets. D'aucuns le jugèrent ingrat à l'égard de l'homme qui l'avait embauché. Vets accorda beaucoup de latitude à son manager. Van Holsbeeck put dépenser l'argent que le Lierse avait épargné. Des footballeurs moyens tels que Geir Frigard, Archie Thompson, Gela Shekiladze et Igor Nikolovski allaient gagner des fortunes grâce à des contrats de longue durée. Van Holsbeeck paya son erreur cash quand ces joueurs surpayés et surestimés préférèrent un séjour dans le noyau B à un transfert rapide dans un club moins généreux. Van Holsbeeck admit son erreur plus tard. Au lieu de se mettre d'emblée en évidence au stade Constant Vanden Stock, Van Holsbeeck resta un peu dans l'ombre et adressa plutôt maints compliments à son prédécesseur, Verschueren. Il ouvrit grands ses yeux et ses oreilles pour comprendre le fonctionnement de son nouveau club. Comme au Lierse, trois ans auparavant, Van Holsbeeck adoptait un profil bas. Il apprit très vite qu'à Anderlecht, rien ne reste jamais secret. Ainsi, quand il informa quelques membres du club de son intention de transférer Jelle Van Damme et Wesley Sonck, superflus à l'Ajax, il découvrit la nouvelle dans les journaux le lendemain. Cela n'amusa pas l'Ajax. Van Holsbeeck comprit qu'il n'y avait qu'une seule façon d'éviter les fuites et de défendre sa position : s'entourer de ses hommes, comme Verschueren l'avait fait au fil des années. En 2005, il embaucha Chris Lioen, responsable du marketing chez Coca Cola. Sa mission : augmenter, à terme, le budget de 10 à 15 %. Pour le département financier, il fit appel à son ami René Trullemans, un ancien d'Hewlett-Packard. Les vieux serviteurs, comme Robert De Pot, durent accomplir un pas en arrière. Ils virent Van Holsbeeck accroître progressivement son emprise sur le fonctionnement du club. L'année dernière, un de ses supérieurs s'opposa à la reconduction de contrat de Glen De Boeck. Le manager annonça la mauvaise nouvelle à l'entraîneur adjoint qui le soupçonna d'être à l'origine de la décision. Mais Van Holsbeeck ne se défendit pas. Il n'expliqua pas le fin fond de l'histoire. Sa loyauté dans les moments difficiles lui a valu le respect et le soutien de l'étage supérieur du club. Il surmonta lui-même la première tempête. En septembre 2004, Aruna Dindane annonça qu'il ne revenait pas à Bruxelles. Or, en août, le joueur avait, pour ainsi dire à lui seul, assuré contre Benfica la qualification des Mauves pour les poules de la Ligue des Champions : défaite 1-0 à Lisbonne et victoire 3-0 au Parc Astrid avec deux buts de l'Ivoirien. Van Holsbeeck sauta dans l'avion et ramena finalement le joueur de Côte d'Ivoire. Non sans mal car manipulé par Régis Laguesse, ex-bras droit de Jean-Marc Guillou à Beveren, le joueur ivoirien refusa dans un premier temps de se remettre à la disposition du Sporting. Flairant le bon coup, Michel Verschueren avait alors proposé à Serge Trimpont, l'agent du joueur, de finaliser avec lui le retour de l'enfant prodigue. Par correction envers Van Holsbeeck, le nouveau manager du club, Trimpont ne voulut toutefois rien entendre et c'est avec lui qu'il démêla finalement l'imbroglio. Cette réussite valut à la fois des compliments au nouveau manager, tout en lui permettant de remporter une première victoire face à Mister Michel, recadré en cette circonstance. Mais Van Holsbeeck en tira aussi une leçon, eu égard aux mièvres prestations de Dindane cette saison-là : plus jamais il ne retiendrait un joueur contre son gré. Par contre, les ennuis et chausse-trappes que lui réserva encore Verschueren, membre du conseil d'administration par la suite, le poussèrent à bout et il décida un jour de présenter sa démission au président Roger Vanden Stock. Il n'avait pas envie de passer par la lente agonie vécue par ses prédécesseurs, que Verschueren avait écartés, et décida de trancher dans le lard. C'était lui ou Verschueren. RVDS écouta ses doléances et lui expliqua que c'était lui et personne d'autre le manager général. Qu'il aurait toujours son appui intégral. Aussi, le numéro un des Mauves fit comprendre à Van Holsbeeck qu'il était hors de question de l'écarter définitivement, Mister Michel ayant été d'un soutien extrême pour lui lorsqu'il fut pris dans la tourmente de l'Affaire Nottingham au début de son mandat présidentiel. Mais RVDS régla quand même le problème à sa manière, fermement et en toute discrétion puisque, depuis ce jour-là, Verschueren ne mit plus jamais de bâton dans les roues de Van Holsbeeck... Le soutien de sa hiérarchie sauva carrément Van Holsbeeck durant le pire orage de ces cinq dernières années : Pietro Allatta accusa le manager d'avoir touché de l'argent sur le transfert de Silvio Proto ! Jusque-là, le manager d'Anderlecht avait toujours eu la réputation de travailler hyper correctement, sans s'enrichir sur le dos de ses clubs. Un halo de confiance qu'il avait acquis depuis son entrée dans le monde du foot pro et qui ne l'avait pas quitté malgré certaines remarques malicieuses provenant, surtout, de Vermeersch comme évoqué plus haut. Mais cette fois, Allatta, voulait se venger d'avoir loupé une juteuse commission sur le transfert du gardien,... à cause de Van Holsbeeck. Pour démêler la saga, le manager d'Anderlecht fit verser une seule somme sur le compte de La Louvière, laissant les parties concernées se débrouiller entre elles. Certains estiment que Van Holsbeeck en fait trop dans les médias car il ne refuse jamais une interview ou un passage en télé. C'est cet aspect qui, en plus de la qualité de son travail, a contribué à faire complètement oublier un Verschueren qui avait un rapport hystérique avec les journalistes. Van Holsbeeck, c'est autre chose. Il joue la carte de la diplomatie à outrance et est même, parfois, surnommé L'anguille. Il ne s'est fâché qu'à une reprise contre la presse, lors d'une grosse conférence télévisée l'automne dernier. Plus rien n'allait à Anderlecht et Van Holsbeeck tonna : " Je vous demande du respect pour le Royal Sporting Club d'Anderlecht... ". Une gaffe, car il est le premier à savoir que le respect s'obtient et ne se demande pas. Mais il est généralement d'une grande finesse avec les médias. Quand les journalistes lui rappelaient parfois que le jeu des Mauves était loin du foot-champagne promis, il admettait la chose et présentait ses excuses aux supporters. Un jour, il prit son téléphone parce que le rédacteur en chef de Sport/Foot Magazine critiquait de plus en plus Hugo Broos : " Vous avez un problème avec Hugo Broos ?". Quand on lui répondit : " Non, c'est Hugo Broos qui a un problème avec moi ", Van Holsbeeck marqua un temps d'arrêt, puis éclata de rire. Il est beau joueur : il déjà dû encaisser plusieurs fois des attaques publiques de la presse mais est toujours prêt, ensuite, à tendre la main pour oublier tout ça. C'est ce trait de caractère qui en a fait un vrai copain de l'explosif Mogi Bayat : " On sait comment il est, Mogi, hein ! Mais il gagne à être connu, vraiment ". En conclusion, il faut aussi savoir que, dernièrement, Van Holsbeeck incite ses patrons à être plus cools avec la presse et à admettre les critiques... dans certaines limites. Van Holsbeeck aime que les gens s'aiment. C'est meilleur pour les affaires, en général, mais il a aussi ce côté boy-scout. Mieux, il a du c£ur. Un jour, Anderlecht lui demande de virer un employé indélicat. Mais Van Holsbeeck va plus loin que les dérapages, il veut comprendre. Et quand il sait le pourquoi, il s'en ouvre au conseil d'administration, déclarant qu'il lui est impossible de licencier la personne concernée. On lui donnera une deuxième chance... qu'elle saisira à pleines mains. Le manager général se retrouve également bien plus dans l'actuel coach Ariel Jacobs qu'avec l'ancien, Frankie Vercauteren, qui avait oublié, outre des principes de jeu dominateurs, que pour obtenir des résultats avec des sportifs, il fallait les traiter en êtres humains et pas en robots. " Vouloir être à tout prix professionnel comporte des limites ", décrypte Van Holsbeeck. " Ariel obtient des meilleures performances parce qu'il fait confiance. On a travaillé ensemble au RWDM où il en était à ses débuts comme coach. Il est plus sûr de lui mais a toujours été au-dessus du lot sur le plan intellectuel : il sait toujours trouver les mots justes et tout bien expliquer. Lui, il n'a pas besoin d'un psychologue pour faire passer un message auprès des joueurs... ". Travailler pour Anderlecht a aussi signifié pour Van Holsbeeck d'apprendre à se débrouiller dans le dédale de la politique sportive et politicienne. Tout d'abord, vis-à-vis de la fédération, il continue de clamer haut et fort que l'Union Belge a raté un virage important en snobant Roger Vanden Stock au poste de président fédéral. Mais il admet aussi être très heureux qu'il reste concentré sur son club. Et puis, il y a l'embrouillamini de la vraie politique. Pour beaucoup de sportifs, une matière chiante mais que Van Holsbeeck a décidé d'apprendre sur le tas en s'entourant efficacement d'éclairages judicieux et de conseils... gratuits. Notamment grâce à son vieil ami Michel Lemaire, politicien bruxellois et amoureux fou de ballon rond. Lemaire est abonné depuis des lustres à Anderlecht (des années-lumière avant que Van Holsbeeck y mette les pieds). Les deux ont joué au foot ensemble et la confiance est mutuelle. Le type de relations qui aide quand il s'agit de démêler l'écheveau autour des possibles déménagements du stade. Sans parler de la communautarisation du foot belge, une des dernières tentatives de la propagande flamande. Fin 2005, il enrôla Nicolas Frutos pour 2,5 millions d'euros. Lors de son premier match de championnat, l'Argentin échappa de peu aux lazzis. Durant le deuxième, sur le terrain verglacé du Germinal Beerschot, il ne toucha pas un ballon. Anderlecht s'inclina 2-0, la position du manager et de l'entraîneur vacilla mais il ne limogea pas Broos : il lui réitéra sa confiance. Trois jours plus tard, Anderlecht battait Genk, grâce à deux buts de Frutos. " C'est la preuve qu'il faut parfois oser investir ", commente Van Holsbeeck. La remarque vaut également pour Mbark Boussoufa et Jan Polak, qui ne percèrent au Parc Astrid qu'après un certain temps. Idem pour Jelle Van Damme qui n'a donné la pleine mesure de son talent que cette saison. D'autres ont passé la surmultipliée plus tôt. Comme Lucas Biglia, un Pibe de oro qui ne devrait plus faire de vieux os au stade Vanden Stock. Ou encore Guillaume Gillet, qui contribua au deuxième tour canon des Mauves la saison passée. Et puis Ahmed Hassan, maintenu contre vents et marées au Parc Astrid par HVH. D'une part, peu après son arrivée quand l'Egyptien manifesta sa volonté de partir, vu ses problèmes d'adaptation. Et cette année lorsque après son retour de la CAN, le Pharaon se révéla quasiment ingérable. Le manager du RSCA était toutefois convaincu que son joueur flamberait encore une fois. Il avait raison : en finale de la Coupe de Belgique, Hassan fit pencher la balance à son entrée au jeu. Cette saison, Van Holsbeeck attend des difficultés d'acclimatation pour les jeunes recrues du club, comme Kanu ou Matias Suarez. En revanche, il prévoit des grandes choses de la part d' Hernan Losada, successeur tout désigné d'Hassan, qui présente l'avantage d'avoir déjà fourbi ses armes pendant deux ans en Belgique : " L'Argentin est susceptible de nous conférer une dimension supérieure car il fait preuve d'un altruisme plus poussé que son devancier ". par john baete, geert foutré et bruno govers