Quand un nuage menaçant semble vous suivre à la trace, est-il préférable de porter plusieurs casquettes ? La question mérite d'être posée à Mehdi Bayat, qui ne semble pas quitter la zone orageuse qui plane au-dessus de ses fonctions depuis plusieurs mois. Des cumulus sur le cumul. Le dernier en date a déclenché une averse de critiques sur le ciel carolo, suite à la qualification des Zèbres face au Partizan Belgrade. Harangué par ses supporters, entassés derrière une haie de barrières sur la chaussée festive du boulevard Zoé Drion, l'administrateur-délégué du leader du championnat bondit vers le rond-point du Marsupilami, au son des " allez Mehdi, saute avec nous " et à la lumière des feux de bengale.
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Quand un nuage menaçant semble vous suivre à la trace, est-il préférable de porter plusieurs casquettes ? La question mérite d'être posée à Mehdi Bayat, qui ne semble pas quitter la zone orageuse qui plane au-dessus de ses fonctions depuis plusieurs mois. Des cumulus sur le cumul. Le dernier en date a déclenché une averse de critiques sur le ciel carolo, suite à la qualification des Zèbres face au Partizan Belgrade. Harangué par ses supporters, entassés derrière une haie de barrières sur la chaussée festive du boulevard Zoé Drion, l'administrateur-délégué du leader du championnat bondit vers le rond-point du Marsupilami, au son des " allez Mehdi, saute avec nous " et à la lumière des feux de bengale. Il faut moins de 24 heures à Marc Van Craen, président de Voetbal Vlaanderen, pour promettre en un tweet d'interpeller le président-danseur de la Fédération lors du prochain Conseil d'administration. Mehdi Bayat se défend en disant qu'il n'a rien fait d'illégal, et explique qu'il a fait ça à la demande de la police, pour éviter des débordements avec les supporters. Le problème, c'est que parmi les fans amassés sur le boulevard, certains s'affichent sans masque. Et ça fait forcément mauvais genre. Très vite, on en profite pour mettre les supporters zébrés dans le même panier que ceux de Genk, pointés du doigt quelques jours plus tôt pour s'être serrés d'un peu trop près pour fêter la victoire des leurs face à Malines. Le raccourci est facile. Les supporters, et les ultras en particulier, en sont malheureusement d'habituelles victimes. Le choc wallon, entre Zèbres et Rouches, est évidemment l'occasion de s'en rappeler. Quand un match vire à l'interruption, nombreux sont toujours ceux qui en viennent à pointer du doigt les tribunes imbibées d'alcool, inconscientes des risques, irrespectueuses de l'enjeu sportif. Et tant pis si quelques dizaines de minutes plus tôt, on s'est enthousiasmé devant la ferveur d'un chant ou la télégénie d'un tifo. Le supporter devrait en rester là. Dans un rôle taillé sur mesure, au service du spectacle que le football veut être. Bridé. Enfermé. Parfois même au sens propre, comme quand Saint-Trond accueille les fans de Genk au Stayen l'an dernier dans un bloc visiteurs entièrement vitré. " On les met dans une cage, et on s'étonne que quelques-uns finissent par se comporter comme des animaux ", avait glissé, amer, un membre de la délégation limbourgeoise après la rencontre, au dénouement forcément houleux. Ces derniers mois, on a beaucoup parlé de football à huis clos. De ces tribunes vides qui semblaient priver le jeu de son âme. Et puis, on a inventé des alternatives. Des chants enregistrés pour briser le silence, des hologrammes ou des supporters en carton pour égayer les tribunes. Certains ont dû trouver ça plutôt commode : pas de sifflets, pas de fumigènes, pas de débordements. Après tout, le supporter est-il vraiment considéré à sa juste valeur par le monde du football ? On l'envoie à l'autre bout du pays le lundi soir, on le fouille parfois sans grande humanité quand il s'apprête à entrer dans le bloc visiteurs. On l'a obligé à vider son portefeuille deux fois, pour payer son abonnement au stade et pour s'offrir le droit de voir à la télévision les matches dont il était privé par la situation sanitaire. Puis, quand les dérives arrivent, on pointe du doigt le Supporter, grossièrement généralisé et caricaturé, toujours en évitant soigneusement de remettre en question le rôle joué par le système dans cette accumulation de gouttes d'eau qui mènent inexorablement vers le débordement. Les supporters carolos qui ont célébré la victoire sans masque, dans les rues de Charleroi, ont-ils dérapé ? C'est incontestable. Tous les supporters présents ont-ils dérapé ? C'est déjà beaucoup moins sûr. Auraient-ils été plus disciplinés dans le stade ? On peut le penser. Ont-ils été consultés, dans le Pays Noir comme dans les autres clubs, pour faciliter le retour aux tribunes ? On vous laisse deviner. Seront-ils pointés du doigt si les chiffres sanitaires décollent à nouveau dans le mauvais sens ? On vous le donne en mille...