Le credo de Hans-Dieter (Hansi) Flick est très simple : il essaie par tous les moyens de convaincre les joueurs de son concept. Il veut leur donner l'impression qu'ils écrivent eux-mêmes leur histoire. Flick étudie la tactique avec les joueurs, il leur donne confiance, il veille au bien-être de tout le groupe et forme une équipe non pas de onze, mais de vingt footballeurs.
...

Le credo de Hans-Dieter (Hansi) Flick est très simple : il essaie par tous les moyens de convaincre les joueurs de son concept. Il veut leur donner l'impression qu'ils écrivent eux-mêmes leur histoire. Flick étudie la tactique avec les joueurs, il leur donne confiance, il veille au bien-être de tout le groupe et forme une équipe non pas de onze, mais de vingt footballeurs. C'est ainsi qu'il a déjà procédé à ses débuts en D4, au Victoria Bammental. Flick assistait régulièrement aux réunions de la direction et impliquait tout le monde, jusqu'au speaker. En novembre 2019, quand il a remplacé Niko Kovac au Bayern, septième après une défaite 5-2 à l'Eintracht Francfort, il a appliqué les mêmes principes. La suite ? Un conte de fées. Avec du bon football, beaucoup de buts et des joueurs qui ont émergé de leur passage à vide en un rien de temps, sachant parfaitement ce qu'ils devaient faire. Hansi Flick (55 ans) n'avait guère d'expérience à ce poste. Il a été l'adjoint de Joachim Löw en équipe nationale pendant des années. Le sélectionneur n'est pas surpris par le succès de Flick au Bayern. " Il est non seulement compétent, mais très empathique. Il noue facilement le contact avec chacun ", dit Löw. Jupp Heynckes, le prédécesseur de Kovac au Bayern, relève les mêmes qualités : " Il touche le cerveau et l'âme des joueurs. Il s'est assuré le soutien du vestiaire par la qualité de sa communication. " Ces compliments ne font pas planer Hansi Flick. Il sait comment il a fait carrière : très curieux, il n'a cessé de regarder autour de lui, d'assimiler toutes les expériences et d'en retirer la quintessence pour se forger sa propre vision. Flick reste modeste. Il veut continuer à progresser avec son club. Dès samedi, quatre semaines après son succès en Ligue des Champions, le Bayern entame une nouvelle saison à domicile, contre Schalke 04. HANSI FLICK : Le style de jeu du Bayern et la mentalité du groupe m'ont énormément impressionné. C'était particulièrement palpable pendant le stage de janvier, à Doha : le groupe avait une énorme faim de succès. C'est là que nous avons parlé du triplé pour la première fois, alors que nous avions encore beaucoup de blessés. Cette faim, ce désir de progresser et de repousser ses limites, doivent former la base de notre travail, de notre évolution. Les séances indiquent ce dont une équipe est capable. Nous avons encore une marge de progression, nous pouvons évoluer et nous allons tout mettre en oeuvre pour y parvenir. Que faut-il au Bayern pour continuer à progresser ? FLICK : Dans certaines situations, nous devons mieux faire circuler le ballon, pour nous permettre de souffler. Nous devons mieux contrôler, être plus souvent insaisissables, perdre moins fréquemment la balle. Le Bayern joue très haut, ce qui est très risqué. Il laisse beaucoup de brèches dans le dos de la défense. Ça ne vous ennuie pas ? FLICK : Nous prenons des risques calculés. Il faut toujours une part de sécurité. Les joueurs le savent, mais nous pouvons également travailler cet aspect. Votre équipe est-elle à même de maintenir cette pression durant une saison qui s'annonce épuisante ? FLICK : Il faudra faire tourner le noyau. Nous avons donc besoin d'un groupe étoffé et d'une grande qualité en profondeur. En l'espace de dix mois, vous êtes passé du poste d'adjoint à celui d'entraîneur qui réalise le triplé. Franz Beckenbauer vous a qualifié de magicien. À moins que vous ne soyez surtout très travailleur ? FLICK : La vie nous récompense parfois pour certaines choses. Ceci dit, je ne vais pas me juger moi-même. Une chose est sûre : je ne dois pas m'adapter ni jouer de rôle. Je me présente comme je suis : quelqu'un qui aime travailler avec un groupe. C'était pareil en équipe nationale. Beaucoup de gens sont surpris par ma réussite parce qu'ils ne m'ont connu et jugé qu'au poste d'adjoint. Il faut s'identifier à son rôle et à sa position. Un assistant essaie de faire son travail de son mieux, dans l'ombre, pour que d'autres en profitent. Même si je suis devenu entraîneur principal, je me considère comme un joueur d'équipe, qui essaie d'atteindre le maximum avec les autres. La réussite du Bayern est le résultat du travail de toute une équipe, mais évidemment, je suis au premier rang, y compris quand ça va moins bien. Je dois protéger ceux qui m'entourent et fournissent cet excellent travail. Quelle est la part de calcul et celle de l'instinct et de l'improvisation dans votre travail ? FLICK : Je trouve très important d'impliquer tout le staff dans mes décisions. Je parle également de beaucoup de choses aux joueurs, parfois aussi de la composition et de la tactique. Je veux que l'équipe me suive. Au bout du compte, c'est moi qui décide, c'est logique. Je suis partisan d'une discussion ouverte. En famille aussi, je discute de tout. Le Bayern a une bonne culture de la communication. On peut parler de tout, directement. On peut changer certaines choses. Pas tout, évidemment. Mais il faut essayer, pour progresser, aller de l'avant. Je suis heureux de ne pas dépendre du football. Je suis heureux de pouvoir travailler au Bayern. Nous avons une excellente équipe, mais elle doit continuer à évoluer. Le succès est un processus constant. Nous ne pouvons nous permettre de lever le pied un moment après nos victoires. Il est impossible de se reposer. Dans aucune profession, en fait. Dès qu'on a atteint un objectif, un autre se présente. Quel est votre prochain objectif ? FLICK : Conserver et confirmer notre niveau. En novembre dernier, on disait que plus personne n'avait peur du Bayern. Ça a bien changé en l'espace de dix mois. Ne craignez-vous pas que suite à cette brillante série, on exige l'impossible du Bayern ? FLICK : Non. Nous devons nous fixer des objectifs nous-mêmes. Chaque club doit analyser ses moyens et son noyau. La période de transferts dure jusqu'au 5 octobre. Je ne peux pas fixer d'objectifs réels d'ici là. Les nouveaux joueurs doivent d'abord s'adapter à notre philosophie. Évidemment, ces victoires nous ont donné confiance. Elles ont engendré une fameuse euphorie. Nous devons conserver le plaisir de jouer, car sans plaisir, on ne peut signer de bonnes prestations dans aucun métier. Tout le monde a besoin de confiance et de stabilité. Mais au plus haut niveau, il faut de la qualité, en plus. Dans le noyau et dans le staff. Au début, vous avez écarté des vedettes comme Coutinho et Thiago. Cela vous a-t-il valu du respect ? Est-ce que cela a clarifié les rapports ? FLICK : J'aurais pu écarter encore plus de joueurs quand j'ai été nommé entraîneur principal. Le jeune Michaël Cuisance a protesté quand il n'a pas pu entrer au jeu au match retour contre Chelsea. L'avez-vous sanctionné en ne l'alignant plus ? FLICK : J'ai été joueur et je sais ce qu'on ressent dans ce genre de moment. Sa réaction ne me pose pas le moindre problème. Mais il n'a plus joué depuis. FLICK : C'est exact. Pour une raison toute simple : d'autres étaient meilleurs. Pourquoi avez-vous dû attendre d'avoir 54 ans pour entraîner un grand club ? FLICK : Tout est une question de temps. Je n'ai pas eu une carrière d'entraîneur typique. J'ai essayé divers postes. Je remarque toutefois qu'entraîner est vraiment une passion, même si j'ai éprouvé du plaisir dans tout ce que j'ai fait, y compris quand j'étais directeur technique de la fédération. J'ai notamment contribué à la conception d'une philosophie de jeu et de formation. Vous demandez-vous parfois ce que vous auriez réussi si vous étiez devenu entraîneur plus tôt ? FLICK : Non. Ça ne sert à rien de remuer le passé. J'ai suivi et étudié beaucoup d'entraîneurs. Arsène Wenger, par exemple, a fait pas mal de déclarations sensées. J'en ai retenu une : " Laissez le passé en paix et n'y pensez que si voulez mieux faire ". Pour moi, ça signifie se rappeler ce qui est utile et en retirer le meilleur. Progresser, c'est commettre des erreurs et en tirer des leçons. En 2014, vous avez été champion du monde avec l'Allemagne, au poste d'adjoint. Rêvez-vous de remettre le couvert au poste de sélectionneur ? FLICK : Je suis très satisfait de mon poste d'entraîneur de club pour le moment, car je vois ce que je peux améliorer au quotidien. Je ne sais pas comment Joachim Löw et les autres sélectionneurs ont vécu l'interruption due à la pandémie, sans match ni entraînement. Comment appréhendez-vous votre avenir ? Au Bayern à tout jamais ou à l'étranger à la fin de votre contrat, en juin 2023 ? FLICK : Je n'y ai pas encore réfléchi. Je ne me suis jamais concentré sur l'avenir et ce n'est pas maintenant que je vais commencer. Je laisse les choses évoluer. Même quand je n'avais pas de travail, je ne me posais pas de questions. J'ai toujours essayé de continuer à apprendre, à progresser. C'est ma philosophie. On me demande parfois si le Bayern m'a offert un contrat de longue durée suite au triplé. Ce n'est pas nécessaire. D'ailleurs, à la place du club, je ne le ferais pas. Tout se déroule très bien comme ça.