Un vendredi d'automne à Battersea, dans le sud-ouest de Londres. Oguchi Onyewu arrive à l'heure au rendez-vous dans un rade qui jouxte la Tamise. Elégance casual et calme à toute épreuve. Même des gars éméchés - qui devinent qu'il est connu, sans savoir qui il est - et franchement pénibles, n'arrivent pas à entamer sa bonne humeur contagieuse.
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Un vendredi d'automne à Battersea, dans le sud-ouest de Londres. Oguchi Onyewu arrive à l'heure au rendez-vous dans un rade qui jouxte la Tamise. Elégance casual et calme à toute épreuve. Même des gars éméchés - qui devinent qu'il est connu, sans savoir qui il est - et franchement pénibles, n'arrivent pas à entamer sa bonne humeur contagieuse. OguchiOnyewu : Pas vraiment même si ce n'est pas évident. C'est un des aspects du job (sic). Et puis, le foot, c'est un job mais ce n'est pas toute ma vie, loin de là... Aujourd'hui, on intègre les jeunes de plus en plus tôt. Du coup, on hésite à prendre des joueurs plus expérimentés. Pour moi, dans un sens, c'est un business, les clubs le voient aussi comme ça. Ils choisissent souvent des jeunes puisqu'ils offrent une possibilité de plus-value. Des joueurs comme moi, encore en condition, qui ont un bon bagage, peuvent apporter un surplus d'expérience. J'ai une dimension physique que peu de jeunes de 20 ans possèdent. Rien. J'ai fait une très bonne fin de saison (il a été prêté par QPR en janvier dernier). Ils m'ont proposé une prolongation de contrat mais je ne pouvais pas répondre car d'autres opportunités étaient envisageables. Ils étaient d'accord de patienter et m'ont dit que l'offre était toujours valable. Le propriétaire, dans le même temps, ne savait pas s'il allait vendre le club ou non. Finalement, il n'a pas vendu. Stuart Gray, l'entraîneur, un gars très correct au demeurant, a choisi de prendre d'autres joueurs. C'est tout, rien de grave, personne n'est fâché. (Ferme) Non ! La chose la plus drôle, c'est que tout le monde croit que c'est le cas. Hormis en 2009 à l'AC Milan où je me suis blessé avec la sélection US et au Sporting du Portugal (deux blessures différentes au genou), c'est faux. Je suis resté un an sur le carreau à Milan... Leonardo m'avait signé et Massimiliano Allegri est arrivé. Il ne croyait pas trop en moi, il avait choisi ses hommes, c'est le football. Au Sporting, exception faite du premier mois, j'ai été titulaire toute la saison (31 matches joués). Là-bas, j'étais apprécié par tout le monde, du staff aux supporters. Le club avait un problème d'argent et ils ont écarté tous les joueurs qui avaient un gros salaire. Je suis parti en prêt à Malaga... Manuel Pellegrini a fait ses choix. J'étais déçu, je pensais que je méritais plus. Devant moi, il y avait le capitaine Weligton et Martin Demichelis, ils étaient bien ensemble, il n'y a pas grand-chose à dire... Cette année-là, on avait conscience de notre force, de la puissance de l'équipe. Entre de nombreux jeunes de qualité (Marouane Fellaini, Steven Defour, Axel Witsel...) et des cadres solides, il y avait un très bon mix qui fonctionnait comme je ne l'ai jamais vu ailleurs. On a gagné le titre sans perdre (1 défaite en réalité), bien avant la fin du championnat. Et on a remis ça l'année d'après. En CE1, on a perdu contre Liverpool à la 118e sur un but de Dirk Kuyt, alors qu'on aurait dû gagner chez nous. On a tiré sur la barre, on a raté un péno. On a " choqué " Liverpool, ils ne pensaient pas qu'une équipe belge puisse rivaliser à ce point. On a fait la même chose chez eux, on a foncé... On savait que cela allait être très dur, on était les underdogs et les Reds avaient tout à perdre. On s'est donné à 200 %, peu importe ce qu'il arrivait après. Il était là depuis longtemps, connaissait les gens, les mentalités, les supporters. Tout le monde le respectait en Belgique. Il a apporté cet état d'esprit dans le groupe. Il sait comment parler et motiver un groupe... (Hésitant) Il s'agissait d'une situation différente. Il n'était plus en Belgique, plus au Standard, plus chez lui. Ce n'était pas comparable. Non, mais j'ai joué back gauche, je n'étais pas habitué ; je faisais ça pour Michel. On s'est un peu disputés. Il m'a expliqué qu'il avait besoin. " Oui, je fais ça pour toi, 1, 2, 3, 5 matches mais après ça devient difficile vis à vis de mes coéquipiers et de l'environnement ". Je n'apportais pas ce que je pouvais apporter. (Il rigole) Ce sont des ragots... Le FC Metz, c'est ma maison. L'an passé, je m'y entraînais quand j'ai cassé mon contrat avec le Sporting et j'y suis toujours le bienvenu. C'est le club de mon coeur, tout comme le Standard. J'ai passé presque six ans là-bas, j'ai le passeport d'ailleurs. Je suis encore en contact avec les D'Onofrio, les deux m'ont toujours soutenu durant toute ma carrière, encore maintenant... (Il éclate de rire)... C'est fort possible ! ! ! Je n'en ai pas besoin. Beaucoup me demandent de raconter l'histoire. Pour moi, c'est du passé, c'est fini. Ce n'est pas quelque chose dont je suis fier. S'il l'évoque dans son livre, c'est son affaire. Quinze joueurs ont vu la même chose, c'est à eux qu'il faut demander pour connaître la vérité... Je n'ai jamais fait de problème nulle part, je suis un mec très zen. A Milan, c'était pareil, j'étais bien avec tout le monde. Déjà, j'ai été le premier Américain à jouer dans un club comme ça. J'ai ouvert la porte pour d'autres. Les blessures pouvaient arriver n'importe quand, c'est le hasard. Si je pouvais refaire le truc, éviter les blessures, j'aimerais retenter ma chance... Mais le temps que j'ai passé en Lombardie était exceptionnel. On ne le sait pas assez mais c'est un club familial, les gens y sont très gentils ; je m'y sens comme à la maison. L'Angleterre et l'Espagne. L'Angleterre parce que le rythme est évidemment soutenu, comme du ping-pong. Cela demande quelques ajustements quand tu arrives. En Espagne, c'est l'inverse, bien moins physique et rythmé. Tu ne peux pas utiliser ton corps comme ailleurs. Je devais mettre le frein à main avec les contacts, c'était frustrant. Pellegrini me disait tout le temps : " Ici, tu ne peux pas toucher. Comme tu es imposant, même si tu ne le touches pas, il vont croire que tu as tué le mec. Dans la Liga, tu ne peux pas le faire. " Evidemment. Cela a constitué une grosse déception mais bon, c'est arrivé, c'est passé et je suis toujours vivant. Je l'ai accepté, c'est la décision de l'entraîneur. Point. Bien sûr, je voulais que les USA gagnent mais franchement c'était du win-win pour moi. Franchement, oui. Je savais qu'ils avaient le talent et ça me fait plaisir de voir chaque joueur dans un grand club. Le premier, c'était Marouane à Everton. Puis Jovanovic à Liverpool, Axel à Benfica et au Zenit, Steven à Porto, Benteke à Villa, Dante qui est maintenant au Bayern... Ça me fait plaisir de savoir qu'on a fait quelque chose ensemble en Belgique... Les Belges ont investi dans la formation des jeunes et ça se voit. L'autre jour, je regardais Divock Origi en Europa League avec Lille ; il a quoi, 19 ans, et il joue déjà comme un briscard qui en aurait dix de plus. La Belgique est arrivée à un moment où elle produit de plus en plus de jeunes de très grande qualité et elle doit en profiter pour gagner des trophées. Je ne sais pas où elle en sera dans une décennie. Cette Coupe du Monde, c'était peut-être un peu trop tôt mais dans quatre ans, les Diables seront prêts et pourront s'éveiller aux plus hautes ambitions. Sans parler de l'Euro dans un an et demi... J'ai repris mes études depuis trois ans et il me reste encore l'équivalent de trois semestres universitaires. C'est un peu compliqué, j'y vais petit à petit. Spécifiquement, je ne sais pas ce que je veux faire après ma carrière. Sûrement pas entraîneur. Je veux faire du business international, être propriétaire de quelque chose, construire en dehors du foot s'il faut... Mon parcours va m'y aider. Mon nom, surtout. Il signifie que " Dieu se bat pour moi " en Ibo (une des 250 ethnies nigérianes). Mes parents nous ont enseigné à mes frères et soeurs, bien que nous soyons tous nés aux Etats-Unis, à ne jamais oublier d'où on vient, quelles sont nos racines, même si nous sommes la première génération à être née aux Etats-Unis. Je suis Américain, Européen, Africain : j'ai tous les passeports du monde. PAR HENRY VAN LINDEN À LONDRES" En Espagne, pas question de jouer physique. Je devais utiliser le frein à main constamment. " " Je suis Américain, Européen, Africain : j'ai tous les passeports du monde. "