Tubize. Nordin Jackers et Ortwin de Wolf terminent leur spécifique gardiens. Les deux portiers des Diablotins plient les gaules. Pendant ce temps-là, dans le lobby de l'hôtel du centre technique national, Johan Walem enchaîne les allers-retours. Avec un sac poubelle ou des chaussures de ville en main. Un homme au blouson anderlechtois et aux faux airs de Yannick Ferrera observe les lieux sous ses lunettes fumées. Thomas Vermaelen arrive à la réception et salue Obbi Oularé. Dans ce dédale assez calme, Isaac Mbenza sort de la douche.

Un homme neuf, tout frais. Jusqu'aux cheveux. Il a laissé tomber les coupes en pagaille et peroxydées. " Je me cherchais, je pense. Je ne le ferai plus ", se marre le désormais Montpelliérain. Au lendemain d'une victoire aux Pays-Bas, en amical (1-4), et trois jours avant une réception victorieuse de la Hongrie (3-0), il se livre. Ouvert.

" Je m'étais toujours dit que si un jour, je parvenais à jouer au Standard, je ferais tout pour laisser mon empreinte dans ce club ", assure l'ailier de 22 ans, fan des Rouches depuis tout gosse, malgré son enfance franco-bruxelloise. Arrivé au Standard en 2016 contre un gros million, il reste six mois, pour 21 bouts de matches et une petite banderille. Le four, complet.

" Finalement, ça a été un mal pour un bien ", philosophe celui pour qui tout s'enchaîne depuis son départ de la Cité Ardente. Les Espoirs en mars 2017, les filets qui tremblent du côté du stade de la Mosson, à Montpellier. Après six mois prometteurs, Mbenza pointe à six banderilles sur le présent exercice, pour la " meilleure saison " du MHSC depuis son titre de 2012.

" Le Standard, c'était 6 mois de galère "

Ton objectif de la saison, c'était de marquer entre six et dix buts. Mission réussie ?

Isaac Mbenza : Pas vraiment. Il faut que j'essaye de marquer encore plus. J'ai les opportunités, mais je rate souvent. Le coach m'en a parlé, je le comprends. J'ai raté des occasions que normalement, je mets au fond. Pour lui, c'est plus de la frustration, parce qu'il se dit que je n'ai pas le droit rater ça. Il est plus exigeant avec moi qu'avec d'autres joueurs. Il fonde beaucoup d'espoirs en moi.

Comment tu expliques que tu es plus épanoui à Montpellier qu'au Standard ?

Mbenza : J'ai été formé en France. J'ai l'habitude du jeu qui y est pratiqué. J'ai eu plus facile à m'adapter à la Ligue 1 qu'au championnat belge qui, quoi qu'on en dise, est un championnat très compliqué. Après, il y a des clubs qui ne correspondent pas à certains joueurs et inversement. Tout simplement.

Le Standard ne me correspondait pas du tout. Voilà, j'ai eu six mois de galère. Je n'y arrivais pas, il n'y avait rien qui sortait... Mais j'en suis le principal responsable, je n'en veux pas au club.

En bord de Meuse, on a seulement vu tes qualités par à-coups. Notamment contre l'Ajax, le 29 septembre 2016. Tu te motivais davantage pour l'Europa League ?

Mbenza : Non. Comme je venais d'arriver, tous les matches étaient importants pour moi. Surtout dans la situation de l'époque, je me devais d'être au top niveau. Aussi parce qu'il y avait une forte concurrence à mon poste. Les meilleurs joueurs du Standard évoluaient sur les côtés. Peut-être que je me mettais trop de pression.

Le Standard, c'est comme un club anglais. Il y a un besoin de résultats tout de suite. Les supporters mettent aussi la pression pour que le Standard revienne à son niveau d'il y a une dizaine d'années. Du coup, il n'y a pas forcément le temps de laisser les jeunes progresser.

" Les supporters ne m'auraient jamais sifflé si j'avais été bon "

Après le Clasico à Sclessin, le 2 octobre, vous perdez 0-1. Puis, il y a cette altercation avec un supporter à la sortie des vestiaires...

Mbenza : Si je devais le refaire, je le referais. Je suis rentré vingt minutes, on perd. Je n'y pouvais pas grand-chose. Mon grand-frère et mon cousin sont dans la voiture. Je les rejoins. Au moment de partir, il y a un supporter qui toque fort à la vitre pour qu'on s'arrête. Je baisse la vitre. Il me crie dessus : " Il faut que t'apprennes à jouer ! " Quand j'entends ça, je remonte la vitre. Ça ne servait à rien d'aller plus loin.

Mon fils, c'est ma source de motivation. Je joue pour lui. " Isaac Mbenza

Puis, il fait un doigt d'honneur à un petit qui avait quinze, seize ans et qui était à côté de moi. Là, je descends de la voiture et je lui dis : " S'il y a quelque chose, c'est à moi que tu t'adresses ". Le ton est monté. Après, on a dit que j'avais insulté sa mère, etc. Ce n'est pas vrai. Cette affaire m'avait vraiment énervé. Il ne m'avait pas seulement manqué de respect à moi, mais aussi à mes proches.

Ça a joué sur tes prestations ?

Mbenza : Peut-être. En tout cas, ça m'a affecté. Je n'étais pas bien, je ne jouais pas bien et les supporters attendaient beaucoup de moi, le club aussi.

Tu as aussi été sifflé...

Mbenza : ( Il coupe) Les supporters ne m'auraient jamais sifflé si j'avais été bon. Donc, quelque part, je les comprenais. Après, c'est vrai qu'ils ne sifflaient pas d'autres joueurs... C'est dommage.

Tu te mettais trop la pression ?

Mbenza : Au début, ouais. C'est vrai que, pour mon premier match titulaire, contre Zulte-Waregem ( le 27 novembre 2016, ndlr), je me suis dit : " OK, ils sont vraiment chauds, là ". Dès que je ratais quelque chose, les supporters criaient et ça rajoutait un petit truc.

" Je n'étais pas très bien dans ma peau "

C'est ce qui t'a poussé à partir ?

Mbenza : Non, c'est juste que mon niveau n'était pas bon et je n'arrivais pas à l'élever au Standard. Je savais que de toute façon, ça n'allait pas le faire. J'ai essayé, vraiment. Mais quand ça ne va pas, ça ne va pas. Mon niveau n'avait rien à voir avec celui que j'avais à Valenciennes.

J'ai mis un seul but en je ne sais combien de matches ( 21, ndlr)... Il fallait trouver une solution. Je n'étais plus moi-même, je manquais de confiance. Tout s'est accumulé. Je n'étais pas très bien dans ma peau.

Seulement à cause du foot ?

Mbenza : Non, pas seulement. Il y a eu la naissance de mon fils ( Jibryl, début août 2016, ndlr), juste au moment de mon arrivée à Liège. J'étais jeune, je venais d'être transféré : changement de club, changement de repères... J'ai vraiment eu du mal. À Valenciennes, j'avais toujours été un peu chouchouté. J'étais le petit qui sortait du centre de formation, j'y ai vécu des grands moments.

Lors de ma première saison, j'ai marqué le but du maintien lors de la dernière journée ( 2-1 contre le Gazélec Ajaccio, le 22 mai 2015, ndlr). C'était aussi mon premier but en pro. Pour un début de carrière, c'est le summum. C'était une belle histoire, j'étais vraiment bien. Tout le temps.

Le Standard voulait te garder, d'où ton départ tardif. Mais avant de partir, on te demande de participer à un dernier match, à Anderlecht (0-0, le 29 janvier 2017, ndlr). Comment on joue quand on sait qu'on va déjà signer ailleurs ?

Mbenza : Tu as peur. Tu as peur de te blesser, tu as peur de ce qui peut arriver. Imagine, tu mets un triplé et on te demande de rester... Avant le match, je ne voulais pas vraiment jouer. Je me posais trop de questions. Mais j'ai joué à fond, je savais que c'était important pour le club ( il a joué douze minutes, ndlr). D'ailleurs, Aleksandar Jankovic m'a remercié parce qu'il a vu que j'étais investi. Je n'ai pas triché.

" Je me sentais prêt à être père "

Tu dis avoir fait le choix de devenir père, à seulement vingt ans. C'était mûrement réfléchi ?

Mbenza : Je me sentais déjà prêt. J'ai toujours voulu être père. Ça m'a permis de prendre mes responsabilités, dans la vie de tous les jours, comme sur le terrain. Mes proches me trouvent plus mature désormais. Je savais que ça allait me canaliser. Je ne suis pas quelqu'un de fou, qui va dormir à six heures du matin avant un entraînement, mais pour m'affirmer, pour être plus mature, je savais que ça allait me servir. Je savais que, du coup, je n'allais pas partir à gauche, à droite. Je ne dis pas que je ne sors jamais de chez moi, mais je ne perds pas de temps avec des choses extra-sportives.

© BELGAIMAGE

Comment tu as conjugué ça avec un train de vie de footballeur professionnel ?

Mbenza : Au début, c'est beaucoup de changement. Je venais d'arriver au Standard. À l'entraînement, je me demandais si le petit allait bien. Après un match, je me dépêchais d'aller le voir. Il a fallu s'adapter. Mais franchement, c'est une chance. Mon fils, c'est ma source de motivation. Je joue pour lui. Si ça se passe mal, si je fais un mauvais match, j'oublie tout en le regardant. Avant, je n'en dormais pas. Maintenant, je passe très vite à autre chose.

Dix jours après ton arrivée à Montpellier, tu claques déjà un doublé, le 11 février, à Nancy. À l'époque, on avait justement l'impression de découvrir une autre personne.

Mbenza : Montpellier me voulait depuis un moment, déjà. Dès la fin de la deuxième saison avec Valenciennes, ils m'avaient appelé. J'ai visité les installations du club, j'ai vu le président ( Louis Nicollin, décédé le 29 juin 2017, ndlr), j'ai visité la ville... ça m'a plu, mais ils ont été clairs : ils n'avaient pas l'argent tout de suite. Ils devaient attendre le feu vert de la DNCG ( le gendarme financier français, ndlr). S'ils me rappellent six mois après, c'est qu'ils me voulaient vraiment, qu'ils allaient vraiment me faire jouer.

Le Standard, c'est comme un club anglais. Il y a un besoin de résultats tout de suite. " Isaac Mbenza

" Je n'ai plus le choix, je dois me montrer "

Tu as davantage le temps de t'exprimer. On ne peut pas dire non plus que ce soit la même pression qu'à Sclessin, tant au niveau des résultats que des supporters...

Mbenza : Peut-être, mais quand je suis arrivé, Montpellier n'avait jamais gagné à l'extérieur et jouait le maintien. Pourtant, tout le monde est toujours resté très calme, on a toujours travaillé dans la sérénité. On savait qu'on allait jouer le maintien et qu'on allait y arriver. C'est tout, rien de plus. C'est ce qu'il me fallait.

À tes débuts en France, tu disais être content d'évoluer à l'étranger. Comme si tu ne voulais pas que les projecteurs belges soient braqués sur toi. C'est un besoin que tu ressens toujours ?

Mbenza : Plus vraiment. Depuis, je reçois beaucoup de sollicitations, surtout cette saison, puisqu'elle ne se passe pas trop mal ( il sourit). À l'époque, je préférais que mes premiers matches pros se passent un peu dans l'ombre. Je me disais que ça allait me permettre d'évoluer tranquillement. Beaucoup de jeunes se retrouvent très vite exposés puis ils explosent. Ils ne sont plus bien, ni dans leur vie, ni dans leur club. Maintenant, je n'ai plus le choix. Il faut se montrer.

Isaac Mbenza  : " Je me suis toujours senti plus belge que français. ", BELGAIMAGE
Isaac Mbenza : " Je me suis toujours senti plus belge que français. " © BELGAIMAGE

" La Belgique compte sur moi "

Tu es né à Saint-Denis, en banlieue parisienne, avant de déménager à Bruxelles, à cinq ans. Puis, tu es revenu en France, à seize. Quand tu parles de " l'étranger ", tu fais référence à quel pays ?

Isaac Mbenza : Pour moi, ça reste la France. Je me suis toujours senti plus belge que français. Même si c'est vrai que je suis né en France, que j'ai fait ma formation là-bas. J'ai cette espèce d'identité entre les deux. Mais je me sens belge parce que j'ai vraiment grandi ici. Pour moi, ça a toujours été la Belgique. Mes papiers sont belges. Je ne vais pas commencer à dire que je suis né à Paris et m'inventer une vie.

Tu as eu des touches avec les sélections françaises ?

Mbenza : Lors de ma deuxième saison à Valenciennes. On m'a dit que si je prenais la nationalité française, je pourrais avoir mes chances. J'ai réfléchi, mais je me suis dit que j'allais sûrement avoir la possibilité de jouer avec la Belgique. La France a aussi des joueurs très respectables donc je ne m'en fais pas pour eux ( rires).

Il y a aussi le Congo.

Mbenza : C'est le pays de mes parents, de mes origines. Je n'y suis jamais allé. Je pense sincèrement y aller cet été. C'est quand même important pour moi. Je n'ai pas eu le temps les années précédentes. Il faut que je le fasse, que je puisse dire que j'ai été voir mes racines.

C'est aussi un pays, et une sélection, que tu pourrais choisir. Aujourd'hui, tu as 22 ans, tu arrives à un tournant. Avec les Diablotins, tu ne peux pas voir plus loin que l'Euro 2019...

Mbenza : ( Il coupe) Il va falloir choisir. Concernant le Congo, je n'ai entendu que des rumeurs. On ne m'a jamais contacté directement. En fait, je n'ai même pas à réfléchir. La Belgique compte sur moi. À chaque trêve internationale, on m'appelle et on me demande de venir. Je me suis bien intégré à ce groupe, je joue mes matches. On verra après, en fonction de ma carrière. Je ne peux pas dire où je serai dans un an. Je suis encore très, très loin de pouvoir espérer une sélection avec les A. Je ne me prends pas la tête avec ça. Si le Congo vient me chercher, là, il y aura un choix à faire. Mais pour l'instant, la question ne se pose pas. On va déjà se concentrer sur la campagne avec les Espoirs.

Tubize. Nordin Jackers et Ortwin de Wolf terminent leur spécifique gardiens. Les deux portiers des Diablotins plient les gaules. Pendant ce temps-là, dans le lobby de l'hôtel du centre technique national, Johan Walem enchaîne les allers-retours. Avec un sac poubelle ou des chaussures de ville en main. Un homme au blouson anderlechtois et aux faux airs de Yannick Ferrera observe les lieux sous ses lunettes fumées. Thomas Vermaelen arrive à la réception et salue Obbi Oularé. Dans ce dédale assez calme, Isaac Mbenza sort de la douche. Un homme neuf, tout frais. Jusqu'aux cheveux. Il a laissé tomber les coupes en pagaille et peroxydées. " Je me cherchais, je pense. Je ne le ferai plus ", se marre le désormais Montpelliérain. Au lendemain d'une victoire aux Pays-Bas, en amical (1-4), et trois jours avant une réception victorieuse de la Hongrie (3-0), il se livre. Ouvert. " Je m'étais toujours dit que si un jour, je parvenais à jouer au Standard, je ferais tout pour laisser mon empreinte dans ce club ", assure l'ailier de 22 ans, fan des Rouches depuis tout gosse, malgré son enfance franco-bruxelloise. Arrivé au Standard en 2016 contre un gros million, il reste six mois, pour 21 bouts de matches et une petite banderille. Le four, complet. " Finalement, ça a été un mal pour un bien ", philosophe celui pour qui tout s'enchaîne depuis son départ de la Cité Ardente. Les Espoirs en mars 2017, les filets qui tremblent du côté du stade de la Mosson, à Montpellier. Après six mois prometteurs, Mbenza pointe à six banderilles sur le présent exercice, pour la " meilleure saison " du MHSC depuis son titre de 2012. Ton objectif de la saison, c'était de marquer entre six et dix buts. Mission réussie ? Isaac Mbenza : Pas vraiment. Il faut que j'essaye de marquer encore plus. J'ai les opportunités, mais je rate souvent. Le coach m'en a parlé, je le comprends. J'ai raté des occasions que normalement, je mets au fond. Pour lui, c'est plus de la frustration, parce qu'il se dit que je n'ai pas le droit rater ça. Il est plus exigeant avec moi qu'avec d'autres joueurs. Il fonde beaucoup d'espoirs en moi. Comment tu expliques que tu es plus épanoui à Montpellier qu'au Standard ? Mbenza : J'ai été formé en France. J'ai l'habitude du jeu qui y est pratiqué. J'ai eu plus facile à m'adapter à la Ligue 1 qu'au championnat belge qui, quoi qu'on en dise, est un championnat très compliqué. Après, il y a des clubs qui ne correspondent pas à certains joueurs et inversement. Tout simplement. Le Standard ne me correspondait pas du tout. Voilà, j'ai eu six mois de galère. Je n'y arrivais pas, il n'y avait rien qui sortait... Mais j'en suis le principal responsable, je n'en veux pas au club. En bord de Meuse, on a seulement vu tes qualités par à-coups. Notamment contre l'Ajax, le 29 septembre 2016. Tu te motivais davantage pour l'Europa League ? Mbenza : Non. Comme je venais d'arriver, tous les matches étaient importants pour moi. Surtout dans la situation de l'époque, je me devais d'être au top niveau. Aussi parce qu'il y avait une forte concurrence à mon poste. Les meilleurs joueurs du Standard évoluaient sur les côtés. Peut-être que je me mettais trop de pression. Le Standard, c'est comme un club anglais. Il y a un besoin de résultats tout de suite. Les supporters mettent aussi la pression pour que le Standard revienne à son niveau d'il y a une dizaine d'années. Du coup, il n'y a pas forcément le temps de laisser les jeunes progresser. Après le Clasico à Sclessin, le 2 octobre, vous perdez 0-1. Puis, il y a cette altercation avec un supporter à la sortie des vestiaires...Mbenza : Si je devais le refaire, je le referais. Je suis rentré vingt minutes, on perd. Je n'y pouvais pas grand-chose. Mon grand-frère et mon cousin sont dans la voiture. Je les rejoins. Au moment de partir, il y a un supporter qui toque fort à la vitre pour qu'on s'arrête. Je baisse la vitre. Il me crie dessus : " Il faut que t'apprennes à jouer ! " Quand j'entends ça, je remonte la vitre. Ça ne servait à rien d'aller plus loin. Puis, il fait un doigt d'honneur à un petit qui avait quinze, seize ans et qui était à côté de moi. Là, je descends de la voiture et je lui dis : " S'il y a quelque chose, c'est à moi que tu t'adresses ". Le ton est monté. Après, on a dit que j'avais insulté sa mère, etc. Ce n'est pas vrai. Cette affaire m'avait vraiment énervé. Il ne m'avait pas seulement manqué de respect à moi, mais aussi à mes proches. Ça a joué sur tes prestations ? Mbenza : Peut-être. En tout cas, ça m'a affecté. Je n'étais pas bien, je ne jouais pas bien et les supporters attendaient beaucoup de moi, le club aussi. Tu as aussi été sifflé...Mbenza : ( Il coupe) Les supporters ne m'auraient jamais sifflé si j'avais été bon. Donc, quelque part, je les comprenais. Après, c'est vrai qu'ils ne sifflaient pas d'autres joueurs... C'est dommage. Tu te mettais trop la pression ? Mbenza : Au début, ouais. C'est vrai que, pour mon premier match titulaire, contre Zulte-Waregem ( le 27 novembre 2016, ndlr), je me suis dit : " OK, ils sont vraiment chauds, là ". Dès que je ratais quelque chose, les supporters criaient et ça rajoutait un petit truc. C'est ce qui t'a poussé à partir ? Mbenza : Non, c'est juste que mon niveau n'était pas bon et je n'arrivais pas à l'élever au Standard. Je savais que de toute façon, ça n'allait pas le faire. J'ai essayé, vraiment. Mais quand ça ne va pas, ça ne va pas. Mon niveau n'avait rien à voir avec celui que j'avais à Valenciennes. J'ai mis un seul but en je ne sais combien de matches ( 21, ndlr)... Il fallait trouver une solution. Je n'étais plus moi-même, je manquais de confiance. Tout s'est accumulé. Je n'étais pas très bien dans ma peau. Seulement à cause du foot ? Mbenza : Non, pas seulement. Il y a eu la naissance de mon fils ( Jibryl, début août 2016, ndlr), juste au moment de mon arrivée à Liège. J'étais jeune, je venais d'être transféré : changement de club, changement de repères... J'ai vraiment eu du mal. À Valenciennes, j'avais toujours été un peu chouchouté. J'étais le petit qui sortait du centre de formation, j'y ai vécu des grands moments. Lors de ma première saison, j'ai marqué le but du maintien lors de la dernière journée ( 2-1 contre le Gazélec Ajaccio, le 22 mai 2015, ndlr). C'était aussi mon premier but en pro. Pour un début de carrière, c'est le summum. C'était une belle histoire, j'étais vraiment bien. Tout le temps. Le Standard voulait te garder, d'où ton départ tardif. Mais avant de partir, on te demande de participer à un dernier match, à Anderlecht (0-0, le 29 janvier 2017, ndlr). Comment on joue quand on sait qu'on va déjà signer ailleurs ? Mbenza : Tu as peur. Tu as peur de te blesser, tu as peur de ce qui peut arriver. Imagine, tu mets un triplé et on te demande de rester... Avant le match, je ne voulais pas vraiment jouer. Je me posais trop de questions. Mais j'ai joué à fond, je savais que c'était important pour le club ( il a joué douze minutes, ndlr). D'ailleurs, Aleksandar Jankovic m'a remercié parce qu'il a vu que j'étais investi. Je n'ai pas triché. Tu dis avoir fait le choix de devenir père, à seulement vingt ans. C'était mûrement réfléchi ? Mbenza : Je me sentais déjà prêt. J'ai toujours voulu être père. Ça m'a permis de prendre mes responsabilités, dans la vie de tous les jours, comme sur le terrain. Mes proches me trouvent plus mature désormais. Je savais que ça allait me canaliser. Je ne suis pas quelqu'un de fou, qui va dormir à six heures du matin avant un entraînement, mais pour m'affirmer, pour être plus mature, je savais que ça allait me servir. Je savais que, du coup, je n'allais pas partir à gauche, à droite. Je ne dis pas que je ne sors jamais de chez moi, mais je ne perds pas de temps avec des choses extra-sportives. Comment tu as conjugué ça avec un train de vie de footballeur professionnel ? Mbenza : Au début, c'est beaucoup de changement. Je venais d'arriver au Standard. À l'entraînement, je me demandais si le petit allait bien. Après un match, je me dépêchais d'aller le voir. Il a fallu s'adapter. Mais franchement, c'est une chance. Mon fils, c'est ma source de motivation. Je joue pour lui. Si ça se passe mal, si je fais un mauvais match, j'oublie tout en le regardant. Avant, je n'en dormais pas. Maintenant, je passe très vite à autre chose. Dix jours après ton arrivée à Montpellier, tu claques déjà un doublé, le 11 février, à Nancy. À l'époque, on avait justement l'impression de découvrir une autre personne.Mbenza : Montpellier me voulait depuis un moment, déjà. Dès la fin de la deuxième saison avec Valenciennes, ils m'avaient appelé. J'ai visité les installations du club, j'ai vu le président ( Louis Nicollin, décédé le 29 juin 2017, ndlr), j'ai visité la ville... ça m'a plu, mais ils ont été clairs : ils n'avaient pas l'argent tout de suite. Ils devaient attendre le feu vert de la DNCG ( le gendarme financier français, ndlr). S'ils me rappellent six mois après, c'est qu'ils me voulaient vraiment, qu'ils allaient vraiment me faire jouer. Tu as davantage le temps de t'exprimer. On ne peut pas dire non plus que ce soit la même pression qu'à Sclessin, tant au niveau des résultats que des supporters...Mbenza : Peut-être, mais quand je suis arrivé, Montpellier n'avait jamais gagné à l'extérieur et jouait le maintien. Pourtant, tout le monde est toujours resté très calme, on a toujours travaillé dans la sérénité. On savait qu'on allait jouer le maintien et qu'on allait y arriver. C'est tout, rien de plus. C'est ce qu'il me fallait. À tes débuts en France, tu disais être content d'évoluer à l'étranger. Comme si tu ne voulais pas que les projecteurs belges soient braqués sur toi. C'est un besoin que tu ressens toujours ? Mbenza : Plus vraiment. Depuis, je reçois beaucoup de sollicitations, surtout cette saison, puisqu'elle ne se passe pas trop mal ( il sourit). À l'époque, je préférais que mes premiers matches pros se passent un peu dans l'ombre. Je me disais que ça allait me permettre d'évoluer tranquillement. Beaucoup de jeunes se retrouvent très vite exposés puis ils explosent. Ils ne sont plus bien, ni dans leur vie, ni dans leur club. Maintenant, je n'ai plus le choix. Il faut se montrer.