Ce gentleman respire la gentillesse et le beau football, celui qu'on regarde religieusement en Espagne. International uruguayen bien coté, Nacho Gonzalez a pourtant toujours eu du mal à imposer sa technique haut de gamme en Europe, que ce soit en France, en Espagne, en Angleterre, en Grèce et en Belgique.
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Ce gentleman respire la gentillesse et le beau football, celui qu'on regarde religieusement en Espagne. International uruguayen bien coté, Nacho Gonzalez a pourtant toujours eu du mal à imposer sa technique haut de gamme en Europe, que ce soit en France, en Espagne, en Angleterre, en Grèce et en Belgique. Comme ses statistiques en attestent, il est en attente de temps de jeu depuis 2008 et les play-offs 1 constituent une tribune décisive pour lui. Fragile, Gonzalez sait mieux que personne qu'il doit réussir ce mini-championnat de 10 matches pour redevenir El Cerebro (le Cerveau), son surnom quand il faisait la pluie et le beau temps au Danubio. Numéro 10 dans l'âme, il adore tisser des liens entre les différents secteurs de son équipe et excelle dans le jeu court, ce qui surprend souvent dans une D1 belge où trop de clubs ne jurent que par l'engagement et le jeu aérien. Il a marqué des points importants contre Anderlecht et le Club Bruges mais son absence à Courtrai suscite des questions à propos de son avenir en Belgique tandis que le Standard, brouillon au stade des Eperons d'Or, n'a toujours pas gagné après quatre matches des play-offs 1. Nacho Gonzalez : Comme je vis une saison compliquée, ce genre d'analyse fait d'autant plus plaisir qu'elle émane d'un ancien grand joueur. Je n'ai pas été surpris par notre bon comportement face à Anderlecht et au Club Bruges. Le Standard méritait d'ailleurs bien plus que deux points car nous avons mis ces deux clubs en difficulté. Si je dois faire un choix, je préfère le match contre Anderlecht. Même si nous n'avons pas marqué, il me semble globalement plus complet. Les Bruxellois ont tenu le coup grâce à leur gardien, Silvio Proto, excellent de bout en bout. Son collègue de Bruges, Bojan Jorgacevic, m'a impressionné aussi. Pour gagner, il faut marquer. Or, nous avons fait preuve d'anxiété dans le dernier geste. Il nous a manqué un peu de tranquillité pour battre Proto. Je crois que le Standard était préoccupé par son silence à la finition depuis le début des play-offs 1. Cela a un peu crispé l'équipe et Proto a fait le reste. Anderlecht m'a fait la meilleure impression par ses individualités mais le bloc brugeois est difficile à bouger. Ce duel a été tout ce qu'il y a de plus normal. En Uruguay, j'avais l'habitude d'avoir un homme sur mon dos. Blondel ne m'a jamais agressé mais je lui ai quand même demandé pourquoi il me suivait tout le temps. En première mi-temps, le Club Bruges est resté cantonné dans son camp et il était difficile de se frayer un passage au centre du terrain. Je savais que Bruges ne pouvait pas jouer de la sorte pendant 90 minutes. Et, de fait, en deuxième mi-temps, il y a eu des espaces, des attaques, des occasions, un penalty, un but et, hélas, une égalisation brugeoise durant le temps additionnel. Nous ne sommes pas restés concentrés jusqu'au bout et cela nous a privé d'un succès mérité qui nous aurait fait du bien. Cela dépend de ce qu'on en fait, de l'animation de ces systèmes. Contre Anderlecht et le Club Bruges, le Standard a évolué en 4-2-3-1. Même si j'étais positionné assez haut, près de Mémé Tchité, Serge Gakpé et Luis Manuel Seijas ont mis le nez à la fenêtre et ils m'ont proposé des combinaisons. Cela me convenait. Au cours de ma carrière, j'ai connu toutes les occupations de terrain. En Angleterre et même à Valence, on opte souvent pour un 4-4-2 classique avec un médian offensif et un défensif. J'ai connu aussi le 3-4-1-2. Rien ne m'a jamais gêné mais, en gros, je préfère quand même soutenir deux attaquants. Non, je ne crois pas. Cela me convient aussi : tout est une question d'accents dans le jeu, de partages des tâches collectives, offensives ou défensives. Moi, je fais ce que le coach exige de moi. Si on affirme que je suis le chaînon manquant, tant mieux. Dans l'absolu, j'adore jouer plus bas pour toucher plus de ballons et diriger la man£uvre en ayant un peu plus le jeu devant moi. En Belgique, le jeu aérien est très important, surtout dans les grands rectangles. Là, beaucoup se joue dans les airs et, moi, je préfère trouver la solution dans le jeu court, au ras du sol. Pour cela, il est préférable de décrocher un peu pour alimenter les avants de pointe. Mais c'est au coach de décider et de distribuer les missions. C'est primordial dans le football moderne. Et cela explique les bonnes performances européennes du Standard. C'est le bloc équipe avec des lignes très serrées qui a été à la base de nos performances en Europa League. Je me souviens de mon but contre Zurich, en Ligue des Champions, et de l'émotion que cela a dégagé. Le Standard a besoin d'Europe, je le savais, et j'en ai eu la preuve dans un stade qui vit pour son équipe. J'ai envie de revivre cela ici. C'est possible mais il ne faut pas oublier non plus que cette équipe est en reconstruction. On pense ce qu'on veut mais cet effectif a progressé. Il a manqué d'un zeste de chance. Le Standard n'est pas bien payé de ses efforts et mérite trois ou quatre points de plus au classement général, ce qui aurait changé la perception à notre égard. La chance joue aussi un rôle en football. Je suis persuadé que ce travail payera et qu'on verra le vrai Standard la saison prochaine. Je suis heureux au Standard. Je m'y sens bien et j'espère qu'on y verra le vrai Nacho la saison prochaine. Non, je ne crois pas. J'ai souffert de deux ou trois problèmes cette saison : aux ischio-jambiers en décembre et au ménisque un peu plus tard. Le football est un sport de contacts et il faut vivre avec ces dangers. J'ai été blessé mais j'ai aussi bossé, été disponible quand on avait besoin de moi. Je ne me suis jamais découragé, je me suis accroché. Je me suis aussi retrouvé à l'infirmerie ou sur le banc pour des choix des coaches dans d'autres équipes mais si cela se multipliait sans fin, je n'aurais pas pris part à la Coupe du Monde 2010 avec un certain succès. Je sais ce que je suis venu chercher au Standard de Liège. Les contacts sont nés quand Valence s'est intéressé à Eliaquim Mangala. Ce transfert ne s'est pas réalisé mais dans la foulée il fut question de moi. L'affaire se décida très vite. J'ai dû trancher en une journée afin d'être qualifié pour l'Europe et le match contre Zurich. Mais cela m'a quand même demandé des sacrifices. Sur le plan financier, j'ai dû revoir mon salaire à la baisse avant de signer au Standard. Nous étions bien installés à Valence et ma femme était enceinte quand j'ai opté pour le Standard. Je n'étais pas là quand elle a accouché. C'est dur. Mais je ne pouvais pas faire autrement, hélas, et c'est pour cela que j'ai glissé le ballon sous mon maillot après avoir marqué contre Zurich. Probablement. Oui, de plein fouet. Les quatre ou cinq grands n'ont pas encore senti passer le vent du boulet mais, ailleurs, cela devient difficile. Après le match contre Bruges, j'en ai parlé à Vazquez et il partage mon inquiétude. En Espagne, il y a plus d'un million de belles villas à vendre. Les prix chutent à une allure vertigineuse et c'est toute l'économie, celle du football aussi, qui pique du nez. A mon avis, de plus en plus de footballeurs de la Liga viendront en Belgique. La législation est bizarre en Espagne car un club qui descend peut diviser le contrat de ses joueurs par deux. Et il y a beaucoup de bons footballeurs pas chers en D2 espagnole. Les grands d'Espagne sont extraordinaires et j'espère qu'on assistera à deux finales européennes 100 % espagnoles. Tout cela n'est pas le fruit du hasard. Le jeu semble facile en Liga mais il y a beaucoup de boulot derrière tout cela. Les clubs espagnols travaillent beaucoup tactiquement. Messi et Ronaldo sont des extraterrestres. J'admire l'audace, le talent et la puissance du Madrilène mais ma préférence va à Messi. Nous vivons les play-offs 1 et tout se résume en un verbe : gagner. Même si c'est difficile, je suis certain que cette équipe est sur le bon chemin. Je ne juge pas que sur les play-offs 1 mais sur l'ensemble de la saison. Oui, pour moi, c'est le top européen. Je n'ai pas vu cela à Valence ou à Newcastle. Quand j'ai vu cela, et le centre de formation, cela m'a conforté dans mon choix en faveur du Standard. PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: IMAGEGLOBE" On verra le vrai Nacho la saison prochaine. "