Olivier Renard a plutôt bonne mine. Son congé aux Îles Canaries et les résultats des dernières semaines y sont pour beaucoup. Il semble loin le temps, pourtant pas si éloigné, où des banderoles cinglantes visant la direction du Standard étaient attachées aux abords de Sclessin. " Ça ne fait évidemment pas plaisir. Mais je suis très relax par rapport aux critiques, à la pression. J'ai toujours été comme ça ", assure le patron sportif du club principautaire. Autour d'une bonne table du restaurant " Rouge de Poivre ", installé au premier étage de la Tribune 1, l'ex-gardien retrace les moments clefs de la saison et justifie des choix parfois délicats.

Commençons par l'arrivée de Ricardo Sa Pinto en début de saison, qui avait tout l'air d'un choix par défaut ?

OLIVIER RENARD : Non, pas du tout. Même si Ricardo, comme je l'ai dit par le passé, n'était pas le premier choix. Mais, par contre, le style de Ricardo était celui recherché. Il fallait quelqu'un qui vit le long du terrain, qui a du tempérament. Et même si on a connu quelques débordements dont le Standard n'est pas nécessairement fier, je préfère en avoir quelques-uns que pas du tout. On a parlé avec beaucoup de coaches qui épousaient tous ce profil-là, d'autres se sont proposés qui étaient très différents. Au-delà du coach, on a dû reconstruire l'équipe aussi, le onze de base d'aujourd'hui est totalement différent de celui de l'année passée. Le mode de fonctionnement au niveau du recrutement a aussi changé. C'est à moi de proposer des joueurs et ensuite il faut trois " oui ". L'accord du président pour le volet financier, celui de la cellule scouting et l'accord du coach. Exemple : des joueurs ont été proposés mais le coach n'était pas très chaud et on ne les a donc pas pris. On pourrait très bien dire : l'entraîneur doit entraîner, point barre. Mais on a choisi d'intégrer le coach dans le processus de recrutement.

Certains pensent que je suis gentil mais j'ai mon caractère, je ne me laisse pas marcher dessus. " Olivier Renard

Tu as le sentiment que c'est la première fois que tu peux travailler comme tu l'entends ?

RENARD : Ici, oui. À Malines, c'était déjà le cas lors de ma première année. Par après, j'ai rencontré les mêmes problèmes que j'ai connus l'an dernier au Standard. Des joueurs qui arrivaient sans être scoutés, des joueurs dont on ne voulait pas, etc. Dans un club de foot, il faut quelqu'un qui gère le financier, un autre le sportif et le troisième doit gérer le terrain.

" Je ne plais pas aux agents "

Vous êtes aussi de plus en plus dépendant des agents.

RENARD : J'ai encore eu une discussion avec un agent récemment à qui j'ai dit : peu importe qui tu es... Ça ne se voulait pas méchant mais ça voulait dire que je n'allais pas faire venir son joueur pour lui faire plaisir. Si on jette un oeil aux transferts qui ont été réalisés dans un passé récent, les agents viennent d'un peu partout.

Ce qui doit en ennuyer certains...

RENARD : Beaucoup d'agents me proposent certaines facilités... D'autres qui me connaissent depuis plus de quinze ans n'essaient même pas. Ma grande grosse force, c'est de pouvoir dire merde à tout le monde car je ne joue pas dans leur jeu. Et je crois que Bruno l'a parfaitement compris. Je ne plais pas à beaucoup d'agents mais je m'en fous. À Malines, j'ai été au clash avec beaucoup de personnes pour le bien du club, même chose au Standard. Et si après, je sens qu'on me le fait à l'envers, je peux être un casse-couille. Certains pensent que je suis gentil mais j'ai mon caractère, je ne me laisse pas marcher dessus.

C'est quoi la position de Bruno Venanzi par rapport aux transferts ?

RENARD : Il aime être au courant de tout, il aime rencontrer les joueurs.

Il lui arrive de négocier sans ta présence ?

RENARD : Non, on fait tout ensemble.

On a raconté que les arrivées de Mpoku et Pocognoli étaient des choix du président.

RENARD : J'avais donné moi aussi un grand oui pour ces venues. Ces joueurs sont revenus de l'étranger car ils intégraient un projet. Et j'ai voulu prendre des joueurs qui avaient le tempérament d'être cool et chaud à la fois. Agbo par exemple, tu peux le mettre devant 100.000 personnes, il va rester relax, parfois trop par moments. L'année passée, il y avait des joueurs qui se cachaient sur un terrain. T'as beau être un bon joueur, si tu te caches t'es plus rien. Carcela, Polo, Poco ont de la personnalité. Marin, par exemple, a attrapé cette personnalité parce qu'il est entouré de joueurs de cette trempe.

Olivier Renard vit une belle fin de saison avec le Standard., belgaimage -virginie lefour
Olivier Renard vit une belle fin de saison avec le Standard. © belgaimage -virginie lefour

" La saison passée, l'ambition était surtout individuelle "

Quelles ont été les grandes décisions à la fin de la saison dernière ?

RENARD : Les gens oublient que, l'année passée, l'équipe avait beaucoup de qualité. Mais on avait un vestiaire qui avait une tout autre mentalité. Et l'ambition était surtout individuelle. Aujourd'hui, le vestiaire est sain. L'an dernier, on a eu la preuve qu'en foot, de bons joueurs ne donnent pas lieu nécessairement à de bons résultats. Le foot, c'est un tout. Et c'est pour ça que je n'ai aucun problème à reconnaître mes torts si on s'est loupé sur des transferts. En début de saison, on a été obligé de se séparer de certains joueurs via des prêts car on n'avait pas d'autres options. En revanche, pour certains, on a reçu des propositions importantes qui ont été refusées. Par exemple, pour Belfodil, on a reçu une offre de plus de dix millions d'euros durant l'été mais il n'était pas chaud de rejoindre le club intéressé. C'est un choix que je respecte.

Aujourd'hui, on négocie la situation de Sa Pinto. Aucune décision n'est prise. Il n'y a rien de fait. " Olivier Renard

Avec le recul, comment expliques-tu le gros raté de la saison dernière ?

RENARD : L'année passée, ça a été un fiasco total et je pense honnêtement qu'on aurait pu mettre n'importe quel coach dans le noyau du Standard, ça n'aurait pas pu marcher. Il y avait trop de joueurs pour la même position, on faisait venir un joueur et 24 heures après on faisait venir un autre au même poste. Comment les joueurs pouvaient-ils croire dans un quelconque projet ? On ne peut pas non plus gérer un vestiaire de 34 joueurs dont le 34e est un Momo Yattara qui avait été acheté pour un montant important. Maintenant tu as 25 joueurs et ton 22e est un jeune qui est content d'être là. Ça change l'intensité de l'entraînement notamment. Prenons Moussa Djenepo, il ne devait pas faire partie des plans en début de saison. Je l'ai convoqué pour l'équipe première au moment où de nombreux joueurs rejoignaient leur sélection. Je voyais sur base de ses matches en U21, où il était au-dessus du lot, que ses qualités de percussion pouvaient apporter quelque chose au groupe. Et je n'ai pas été surpris quand le coach m'a dit : il me plaît bien ce petit là, il peut rester. L'année passée, même celui qui était bon à l'entraînement ne recevait pas toujours sa chance.

" Il y a plusieurs coaches au Standard "

Dès l'entame de cette saison, il y avait quand même pas mal d'inconnues, notamment par rapport aux qualités d'un coach dont le parcours jusque-là était plutôt instable.

RENARD : Oui mais dans l'équipe, il y avait plusieurs autres coaches aussi : Poco, Jean-François (Gillet), Régi (Goreux), Polo (Mpoku). Des éléments qui transmettent les valeurs du club. Le Standard, c'est spécial. Si ça va bien, tu reçois encore plus de positif qu'ailleurs mais quand ça va mal, on te tire vers le bas. Les arrivées de Poco et Polo s'inscrivaient dans ce processus de transmission. Le but n'était pas de faire plaisir aux supporters. Quand tu présentes un joueur que les fans aiment bien, ça fonctionne au début mais s'il est mauvais lors de ses trois premiers matches, le public le siffle. Et je savais très bien que le début serait délicat. Après la débâcle face à Zulte Waregem, des supporters voulaient déjà rentrer dans le stade et venir nous trouver alors que trois semaines plus tôt, après la victoire contre Genk, on évoquait de façon positive le visage du " nouveau Standard ". Tu sais qu'ici, tout peut chavirer en très peu de temps. Et aujourd'hui encore, on n'est pas à l'abri. Alors, quand j'entends que le club a atteint ses objectifs, je ne suis pas d'accord : on est le Standard de Liège. Le premier objectif était d'atteindre les play-offs, le suivant est de se classer le plus haut possible. La Coupe de Belgique, c'était la cerise sur le cake (sic).

C'est le club où il est plus difficile d'évoluer en Belgique ?

RENARD : Oui, je crois. Liège c'est une ville à part. Mais j'aime ça. L'Antwerp est un peu comme ça aussi. Ces deux clubs sont assez semblables au niveau des émotions de stade.

Comment décrirais-tu ta relation avec Bruno Venanzi ?

RENARD : Je ne le connaissais pas du tout avant de venir ici ; c'est Daniel (Van Buyten) qui était venu me chercher. J'ai donc appris à le connaître. C'est quelqu'un qui est bourré d'émotions, ce qui peut être une force mais aussi parfois une faiblesse. Plusieurs fois, j'ai eu besoin de lui à mes côtés car j'aurais parfois pu abandonner plus facilement et me dire que je rebondirais ailleurs. J'étais comme ça joueur. Lui, il ne va jamais lâcher. Et pourtant, je peux assurer que ce n'est pas facile d'être président au Standard de Liège. Il a parfaitement conscience que tout seul, il ne peut pas y arriver alors que dans le foot, il arrive souvent qu'une seule personne pense pouvoir tout décider, ce qui est pour moi une grosse faute. Il faut respecter le travail de tout le monde, celui du jardinier, du magasinier, etc. Bruno l'a parfaitement compris.

Olivier Renard : " Aujourd'hui, tout est clair pour moi. ", belgaimage -virginie lefour
Olivier Renard : " Aujourd'hui, tout est clair pour moi. " © belgaimage -virginie lefour

" Un président qui fait la fête avec les joueurs, c'est beau "

Il ne donne effectivement pas le sentiment de se placer au-dessus de la mêlée.

RENARD : Je trouve ça top. Je suis comme ça aussi, ce n'est pas parce que je lâche trois blagues à un joueur ou que je bois trois bières avec lui, qu'il va jouer le week-end. Les choses sont très claires, c'est le coach qui décide, lui et lui seul.

Ce n'est pas dangereux d'avoir un président trop proche de ses joueurs ?

RENARD : Dans les moments négatifs, ça peut te retomber dessus mais quand tout va bien, c'est l'effet inverse. Je trouve ça naturel et beau de voir son président fêter avec ses joueurs un succès en Coupe de Belgique par exemple.

De l'extérieur, il y a un réel esprit de famille qui se dégage, ce qui contraste terriblement avec l'an dernier.

RENARD : Le mérite en revient au coach, c'est certain. Mais aussi aux cadres de l'équipe qui sont sur le terrain ou non. Pour ma part, ce dont je suis le plus fier, c'est de n'avoir aucun problème à prendre des décisions impopulaires. Car les gens ne sont pas au courant des tenants et aboutissants qui entourent certains transferts. Mais ça ne sert à rien de communiquer sur tout.

Comme dans le cadre de la venue de Michel Preud'homme...

RENARD : Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de contact avec Preud'homme. Mais ça n'a rien de différent du procédé utilisé pour les joueurs. Il y a des éléments importants chez nous, comme Luyindama, qui pourraient être vendus, ce qui m'amène à rencontrer des défenseurs centraux et à préparer l'avenir. Pour un entraîneur, c'est la même chose.

Tu penses être au courant de tout ce qui se passe dans le cadre de la venue de Preud'homme ?

RENARD : Oui je pense. Bruno me tient au courant de tout.

Bruno Venanzi et toi semblez très liés aujourd'hui.

RENARD : Bruno connaît mes qualités et mes défauts. Je ne suis pas du genre à rentrer dans le vestiaire et infliger 50 euros d'amende à un joueur qui a une chaussette plus haute que l'autre. Je suis " mon " premier scout, car je suis un directeur sportif qui bouge tout le temps. Je n'ai pas besoin de beaucoup de personnes autour de moi mais bien de gens de confiance comme Christophe Lonnoy, avec qui on évalue tout à deux. Bruno est au courant que si la structure devait s'étendre à différents niveaux, je n'aurais aucun problème avec ça. Mais il est important pour moi qu'aucun joueur ne signe sans mon accord.

Je n'ai aucun problème à ce que l'on vienne renforcer le club. Mais la question est de savoir : qu'est-ce que tu viens faire et dans quel but ? " Olivier Renard

" Ces histoires de contrat déjà signé avec Preud'homme, c'est de la foutaise "

Tu as rencontré Michel Preud'homme ?

RENARD : On s'est vu lors des soupers d'avant-match quand il est passé par Sclessin. Mais je ne l'ai jamais vu en dehors du Standard. Aujourd'hui, on négocie la situation de Sa Pinto. Aucune décision n'est prise. Il n'y a rien de fait. Toutes ces histoires de contrats déjà signés, c'est de la foutaise. Pour l'instant, ce qui m'importe, c'est d'assister à de bons play-offs 1. Ne pas croire qu'on est satisfait avec ce qu'on a glané jusqu'à présent. La seule chose que je peux dire c'est que je ne suis pas Dieu au Standard mais Bruno sait ce que je sais faire, ce que je ne sais pas faire et ce que je veux faire et ne pas faire. Je m'en fiche de l'étiquette que l'on pourrait me coller. Mais je veux connaître mon rôle. Ce n'est pas une histoire d'ego, de bras droit, ou quoi ce que ce soit.

Ta collaboration infructueuse avec Daniel Van Buyten est l'exemple même de ce qu'il ne faut pas répéter.

RENARD : Daniel n'était pas une personne de trop. Ce qu'il a réalisé avec le TP Mazembe grâce à ses connections ou ce qu'il aurait pu faire vu son aura en matière de sponsoring à l'étranger, cela aurait pu apporter beaucoup de choses à ce club. Je n'ai donc pas de problème à ce que l'on vienne renforcer le club. Mais la question est de savoir : qu'est-ce que tu viens faire et dans quel but ? Et une seule personne doit prendre la décision finale au sportif. Si tu ne fais pas ça, tu te trompes dans ton mode de fonctionnement.

C'est pourtant ce qui s'est passé ...

RENARD : Ça n'avait pas été prévu comme ça. Quand je suis venu, c'était en tant que directeur sportif, autrement dit scouter des joueurs, établir des listes en fonctions des postes, les analyser en équipe pour finalement faire un choix. Mais me parler d'un joueur et le faire signer 24 heures après, ça ne me plaisait évidemment pas, mais je me suis fait emporter par la vague. Je suis en faute de ne pas avoir réagi directement.

" J'ai songé à démissionner "

Tu as pensé donner ta démission ?

RENARD : Oui car je n'étais pas heureux. J'avais quitté Malines à cause de ce type de procédé et je me retrouvais dans une situation semblable.

Tu en as parlé à Bruno Venanzi ?

RENARD : Non je l'ai gardé pour moi mais Bruno s'en est rendu compte. Le mode de fonctionnement n'était pas net et le vestiaire n'était pas net. Aujourd'hui, c'est très différent.

Sá-Carcela-Vanheusden-Académie

Orlando Sá

" On ne voulait pas le vendre. Orlando se sentait très bien ici et il n'a jamais poussé pour partir sauf à la fin, quand il a reçu une dernière offre rehaussée. Mais il a toujours été correct envers le club, le président et moi-même. Le jour de cette dernière offre, je me suis rendu compte qu'on allait le perdre mentalement pour les prochaines échéances. Dans un championnat classique sans play-offs, ça aurait été différent mais là, on jouait notre saison sur trois rencontres. "

Mehdi Carcela

" On est très content de ce que Mehdi a apporté depuis qu'il est arrivé. Il fait partie de ce profil de joueur cool et chaud à la fois, qui n'a jamais peur quand il monte sur le terrain. On veut évidemment le garder la saison prochaine. Et on négocie mais il n'y pas d'urgence puisque le Standard a la main, comme pour Cavanda ou Laifis. Il n'y a plus de prêt sec comme à l'époque des Bahlouli, Elderson, etc. Avec les résultats que l'on connaît. "

Zinho Vanheusden

" Le Standard est copropriétaire du joueur avec l'Inter Milan. Ce qui veut dire que le club sera gagnant le jour d'une éventuelle revente. Car Zinho est un joueur avec beaucoup de qualités et qui a progressé défensivement en passant par l'Inter. Le club attend beaucoup de lui. "

Académie

" Quand on raconte que le Standard a encore perdu un jeune, il faut se rendre compte de la réalité. La loi interdit à un club de donner de contrat avant ses 16 ans. Quand un jeune décide donc de signer dans un très grand club européen avant l'âge de 16 ans, le Standard ne peut rien faire. Il ne t'appartient pas. S'il signe à Gand ou à Bruges, c'est différent. Mais face au Milan, Barcelone ou la Juve, tu ne te bats pas à armes égales par rapport à la famille, etc. On est le club belge qui a formé le plus de joueurs pros, ça veut dire quelque chose. Mais à l'image de l'équipe première l'an dernier, on comptait trop de joueurs en jeunes, et donc trop de mécontents. On a corrigé le tir. "

Olivier Renard a plutôt bonne mine. Son congé aux Îles Canaries et les résultats des dernières semaines y sont pour beaucoup. Il semble loin le temps, pourtant pas si éloigné, où des banderoles cinglantes visant la direction du Standard étaient attachées aux abords de Sclessin. " Ça ne fait évidemment pas plaisir. Mais je suis très relax par rapport aux critiques, à la pression. J'ai toujours été comme ça ", assure le patron sportif du club principautaire. Autour d'une bonne table du restaurant " Rouge de Poivre ", installé au premier étage de la Tribune 1, l'ex-gardien retrace les moments clefs de la saison et justifie des choix parfois délicats. Commençons par l'arrivée de Ricardo Sa Pinto en début de saison, qui avait tout l'air d'un choix par défaut ? OLIVIER RENARD : Non, pas du tout. Même si Ricardo, comme je l'ai dit par le passé, n'était pas le premier choix. Mais, par contre, le style de Ricardo était celui recherché. Il fallait quelqu'un qui vit le long du terrain, qui a du tempérament. Et même si on a connu quelques débordements dont le Standard n'est pas nécessairement fier, je préfère en avoir quelques-uns que pas du tout. On a parlé avec beaucoup de coaches qui épousaient tous ce profil-là, d'autres se sont proposés qui étaient très différents. Au-delà du coach, on a dû reconstruire l'équipe aussi, le onze de base d'aujourd'hui est totalement différent de celui de l'année passée. Le mode de fonctionnement au niveau du recrutement a aussi changé. C'est à moi de proposer des joueurs et ensuite il faut trois " oui ". L'accord du président pour le volet financier, celui de la cellule scouting et l'accord du coach. Exemple : des joueurs ont été proposés mais le coach n'était pas très chaud et on ne les a donc pas pris. On pourrait très bien dire : l'entraîneur doit entraîner, point barre. Mais on a choisi d'intégrer le coach dans le processus de recrutement. Tu as le sentiment que c'est la première fois que tu peux travailler comme tu l'entends ? RENARD : Ici, oui. À Malines, c'était déjà le cas lors de ma première année. Par après, j'ai rencontré les mêmes problèmes que j'ai connus l'an dernier au Standard. Des joueurs qui arrivaient sans être scoutés, des joueurs dont on ne voulait pas, etc. Dans un club de foot, il faut quelqu'un qui gère le financier, un autre le sportif et le troisième doit gérer le terrain. Vous êtes aussi de plus en plus dépendant des agents. RENARD : J'ai encore eu une discussion avec un agent récemment à qui j'ai dit : peu importe qui tu es... Ça ne se voulait pas méchant mais ça voulait dire que je n'allais pas faire venir son joueur pour lui faire plaisir. Si on jette un oeil aux transferts qui ont été réalisés dans un passé récent, les agents viennent d'un peu partout. Ce qui doit en ennuyer certains... RENARD : Beaucoup d'agents me proposent certaines facilités... D'autres qui me connaissent depuis plus de quinze ans n'essaient même pas. Ma grande grosse force, c'est de pouvoir dire merde à tout le monde car je ne joue pas dans leur jeu. Et je crois que Bruno l'a parfaitement compris. Je ne plais pas à beaucoup d'agents mais je m'en fous. À Malines, j'ai été au clash avec beaucoup de personnes pour le bien du club, même chose au Standard. Et si après, je sens qu'on me le fait à l'envers, je peux être un casse-couille. Certains pensent que je suis gentil mais j'ai mon caractère, je ne me laisse pas marcher dessus. C'est quoi la position de Bruno Venanzi par rapport aux transferts ? RENARD : Il aime être au courant de tout, il aime rencontrer les joueurs. Il lui arrive de négocier sans ta présence ? RENARD : Non, on fait tout ensemble. On a raconté que les arrivées de Mpoku et Pocognoli étaient des choix du président. RENARD : J'avais donné moi aussi un grand oui pour ces venues. Ces joueurs sont revenus de l'étranger car ils intégraient un projet. Et j'ai voulu prendre des joueurs qui avaient le tempérament d'être cool et chaud à la fois. Agbo par exemple, tu peux le mettre devant 100.000 personnes, il va rester relax, parfois trop par moments. L'année passée, il y avait des joueurs qui se cachaient sur un terrain. T'as beau être un bon joueur, si tu te caches t'es plus rien. Carcela, Polo, Poco ont de la personnalité. Marin, par exemple, a attrapé cette personnalité parce qu'il est entouré de joueurs de cette trempe. Quelles ont été les grandes décisions à la fin de la saison dernière ? RENARD : Les gens oublient que, l'année passée, l'équipe avait beaucoup de qualité. Mais on avait un vestiaire qui avait une tout autre mentalité. Et l'ambition était surtout individuelle. Aujourd'hui, le vestiaire est sain. L'an dernier, on a eu la preuve qu'en foot, de bons joueurs ne donnent pas lieu nécessairement à de bons résultats. Le foot, c'est un tout. Et c'est pour ça que je n'ai aucun problème à reconnaître mes torts si on s'est loupé sur des transferts. En début de saison, on a été obligé de se séparer de certains joueurs via des prêts car on n'avait pas d'autres options. En revanche, pour certains, on a reçu des propositions importantes qui ont été refusées. Par exemple, pour Belfodil, on a reçu une offre de plus de dix millions d'euros durant l'été mais il n'était pas chaud de rejoindre le club intéressé. C'est un choix que je respecte. Avec le recul, comment expliques-tu le gros raté de la saison dernière ? RENARD : L'année passée, ça a été un fiasco total et je pense honnêtement qu'on aurait pu mettre n'importe quel coach dans le noyau du Standard, ça n'aurait pas pu marcher. Il y avait trop de joueurs pour la même position, on faisait venir un joueur et 24 heures après on faisait venir un autre au même poste. Comment les joueurs pouvaient-ils croire dans un quelconque projet ? On ne peut pas non plus gérer un vestiaire de 34 joueurs dont le 34e est un Momo Yattara qui avait été acheté pour un montant important. Maintenant tu as 25 joueurs et ton 22e est un jeune qui est content d'être là. Ça change l'intensité de l'entraînement notamment. Prenons Moussa Djenepo, il ne devait pas faire partie des plans en début de saison. Je l'ai convoqué pour l'équipe première au moment où de nombreux joueurs rejoignaient leur sélection. Je voyais sur base de ses matches en U21, où il était au-dessus du lot, que ses qualités de percussion pouvaient apporter quelque chose au groupe. Et je n'ai pas été surpris quand le coach m'a dit : il me plaît bien ce petit là, il peut rester. L'année passée, même celui qui était bon à l'entraînement ne recevait pas toujours sa chance. Dès l'entame de cette saison, il y avait quand même pas mal d'inconnues, notamment par rapport aux qualités d'un coach dont le parcours jusque-là était plutôt instable. RENARD : Oui mais dans l'équipe, il y avait plusieurs autres coaches aussi : Poco, Jean-François (Gillet), Régi (Goreux), Polo (Mpoku). Des éléments qui transmettent les valeurs du club. Le Standard, c'est spécial. Si ça va bien, tu reçois encore plus de positif qu'ailleurs mais quand ça va mal, on te tire vers le bas. Les arrivées de Poco et Polo s'inscrivaient dans ce processus de transmission. Le but n'était pas de faire plaisir aux supporters. Quand tu présentes un joueur que les fans aiment bien, ça fonctionne au début mais s'il est mauvais lors de ses trois premiers matches, le public le siffle. Et je savais très bien que le début serait délicat. Après la débâcle face à Zulte Waregem, des supporters voulaient déjà rentrer dans le stade et venir nous trouver alors que trois semaines plus tôt, après la victoire contre Genk, on évoquait de façon positive le visage du " nouveau Standard ". Tu sais qu'ici, tout peut chavirer en très peu de temps. Et aujourd'hui encore, on n'est pas à l'abri. Alors, quand j'entends que le club a atteint ses objectifs, je ne suis pas d'accord : on est le Standard de Liège. Le premier objectif était d'atteindre les play-offs, le suivant est de se classer le plus haut possible. La Coupe de Belgique, c'était la cerise sur le cake (sic). C'est le club où il est plus difficile d'évoluer en Belgique ? RENARD : Oui, je crois. Liège c'est une ville à part. Mais j'aime ça. L'Antwerp est un peu comme ça aussi. Ces deux clubs sont assez semblables au niveau des émotions de stade. Comment décrirais-tu ta relation avec Bruno Venanzi ? RENARD : Je ne le connaissais pas du tout avant de venir ici ; c'est Daniel (Van Buyten) qui était venu me chercher. J'ai donc appris à le connaître. C'est quelqu'un qui est bourré d'émotions, ce qui peut être une force mais aussi parfois une faiblesse. Plusieurs fois, j'ai eu besoin de lui à mes côtés car j'aurais parfois pu abandonner plus facilement et me dire que je rebondirais ailleurs. J'étais comme ça joueur. Lui, il ne va jamais lâcher. Et pourtant, je peux assurer que ce n'est pas facile d'être président au Standard de Liège. Il a parfaitement conscience que tout seul, il ne peut pas y arriver alors que dans le foot, il arrive souvent qu'une seule personne pense pouvoir tout décider, ce qui est pour moi une grosse faute. Il faut respecter le travail de tout le monde, celui du jardinier, du magasinier, etc. Bruno l'a parfaitement compris. Il ne donne effectivement pas le sentiment de se placer au-dessus de la mêlée. RENARD : Je trouve ça top. Je suis comme ça aussi, ce n'est pas parce que je lâche trois blagues à un joueur ou que je bois trois bières avec lui, qu'il va jouer le week-end. Les choses sont très claires, c'est le coach qui décide, lui et lui seul. Ce n'est pas dangereux d'avoir un président trop proche de ses joueurs ? RENARD : Dans les moments négatifs, ça peut te retomber dessus mais quand tout va bien, c'est l'effet inverse. Je trouve ça naturel et beau de voir son président fêter avec ses joueurs un succès en Coupe de Belgique par exemple. De l'extérieur, il y a un réel esprit de famille qui se dégage, ce qui contraste terriblement avec l'an dernier. RENARD : Le mérite en revient au coach, c'est certain. Mais aussi aux cadres de l'équipe qui sont sur le terrain ou non. Pour ma part, ce dont je suis le plus fier, c'est de n'avoir aucun problème à prendre des décisions impopulaires. Car les gens ne sont pas au courant des tenants et aboutissants qui entourent certains transferts. Mais ça ne sert à rien de communiquer sur tout. Comme dans le cadre de la venue de Michel Preud'homme... RENARD : Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de contact avec Preud'homme. Mais ça n'a rien de différent du procédé utilisé pour les joueurs. Il y a des éléments importants chez nous, comme Luyindama, qui pourraient être vendus, ce qui m'amène à rencontrer des défenseurs centraux et à préparer l'avenir. Pour un entraîneur, c'est la même chose. Tu penses être au courant de tout ce qui se passe dans le cadre de la venue de Preud'homme ? RENARD : Oui je pense. Bruno me tient au courant de tout. Bruno Venanzi et toi semblez très liés aujourd'hui. RENARD : Bruno connaît mes qualités et mes défauts. Je ne suis pas du genre à rentrer dans le vestiaire et infliger 50 euros d'amende à un joueur qui a une chaussette plus haute que l'autre. Je suis " mon " premier scout, car je suis un directeur sportif qui bouge tout le temps. Je n'ai pas besoin de beaucoup de personnes autour de moi mais bien de gens de confiance comme Christophe Lonnoy, avec qui on évalue tout à deux. Bruno est au courant que si la structure devait s'étendre à différents niveaux, je n'aurais aucun problème avec ça. Mais il est important pour moi qu'aucun joueur ne signe sans mon accord. Tu as rencontré Michel Preud'homme ? RENARD : On s'est vu lors des soupers d'avant-match quand il est passé par Sclessin. Mais je ne l'ai jamais vu en dehors du Standard. Aujourd'hui, on négocie la situation de Sa Pinto. Aucune décision n'est prise. Il n'y a rien de fait. Toutes ces histoires de contrats déjà signés, c'est de la foutaise. Pour l'instant, ce qui m'importe, c'est d'assister à de bons play-offs 1. Ne pas croire qu'on est satisfait avec ce qu'on a glané jusqu'à présent. La seule chose que je peux dire c'est que je ne suis pas Dieu au Standard mais Bruno sait ce que je sais faire, ce que je ne sais pas faire et ce que je veux faire et ne pas faire. Je m'en fiche de l'étiquette que l'on pourrait me coller. Mais je veux connaître mon rôle. Ce n'est pas une histoire d'ego, de bras droit, ou quoi ce que ce soit. Ta collaboration infructueuse avec Daniel Van Buyten est l'exemple même de ce qu'il ne faut pas répéter. RENARD : Daniel n'était pas une personne de trop. Ce qu'il a réalisé avec le TP Mazembe grâce à ses connections ou ce qu'il aurait pu faire vu son aura en matière de sponsoring à l'étranger, cela aurait pu apporter beaucoup de choses à ce club. Je n'ai donc pas de problème à ce que l'on vienne renforcer le club. Mais la question est de savoir : qu'est-ce que tu viens faire et dans quel but ? Et une seule personne doit prendre la décision finale au sportif. Si tu ne fais pas ça, tu te trompes dans ton mode de fonctionnement. C'est pourtant ce qui s'est passé ... RENARD : Ça n'avait pas été prévu comme ça. Quand je suis venu, c'était en tant que directeur sportif, autrement dit scouter des joueurs, établir des listes en fonctions des postes, les analyser en équipe pour finalement faire un choix. Mais me parler d'un joueur et le faire signer 24 heures après, ça ne me plaisait évidemment pas, mais je me suis fait emporter par la vague. Je suis en faute de ne pas avoir réagi directement. Tu as pensé donner ta démission ? RENARD : Oui car je n'étais pas heureux. J'avais quitté Malines à cause de ce type de procédé et je me retrouvais dans une situation semblable. Tu en as parlé à Bruno Venanzi ? RENARD : Non je l'ai gardé pour moi mais Bruno s'en est rendu compte. Le mode de fonctionnement n'était pas net et le vestiaire n'était pas net. Aujourd'hui, c'est très différent.