"J'ai découvert le disque sur le tard. Mon père l'avait lancé à plus de 60 mètres lorsqu'il était encore en Bulgarie. A Bruges, il a entraîné Jo Van Daele, qui détenait encore le record de Belgique l'an dernier. J'assistais régulièrement à l'entraînement. Je suis désormais membre du club de Vilvorde mais Bruges, c'est chez moi. J'ai d'abord essayé de lancer le javelot mais j'ai arrêté après six mois, je ne le sentais pas. Quand j'étais petit, j'aimais lancer des pierres. Il était donc logique que je tente de lancer le poids ou le disque.
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"J'ai découvert le disque sur le tard. Mon père l'avait lancé à plus de 60 mètres lorsqu'il était encore en Bulgarie. A Bruges, il a entraîné Jo Van Daele, qui détenait encore le record de Belgique l'an dernier. J'assistais régulièrement à l'entraînement. Je suis désormais membre du club de Vilvorde mais Bruges, c'est chez moi. J'ai d'abord essayé de lancer le javelot mais j'ai arrêté après six mois, je ne le sentais pas. Quand j'étais petit, j'aimais lancer des pierres. Il était donc logique que je tente de lancer le poids ou le disque. Au poids, mes résultats étaient nettement moins bons. Je n'ai vraiment progressé que depuis l'an dernier, lorsque j'ai changé de technique. J'ai gagné plus de 2,5 m. pour arriver à 17,30 m. Ce n'est pas mal mais, au niveau européen, ça ne représente pas grand-chose. Je continue pourtant à combiner le poids et le disque, ne serait-ce que pour pouvoir varier mes entraînements. Et puis, le lancer du poids a un effet positif sur la stabilité, la technique et l'explosivité. Je n'ai commencé à m'entraîner intensivement qu'à l'âge de 18, 19 ans. Avant, je ne travaillais pas plus de trois fois par semaine. J'avais d'autres centres d'intérêt : le piano, le skateboard, le dessin, la production musicale... J'en fais d'ailleurs encore un peu, c'est l'idéal pour se changer les idées le soir. Ou alors, je joue au tennis avec mon père. " " En 2010, malgré le peu d'entraînement, j'ai été sacré champion de Belgique du lancer du disque en juniors. Depuis, j'ai décroché les titres nationaux chaque année. Et je ne m'entraîne toujours pas énormément : pas plus de onze ou douze séances par semaine, musculation comprise. Mais en moins de cinq ans, j'ai progressé de dix mètres. J'ai longtemps cherché la bonne technique car elle diffère en fonction des athlètes. Aujourd'hui, j'ai trouvé celle qui convient le mieux à ma stature. Au début de cette année, j'ai enfin réussi à battre le record national de... Jo Van Daele, l'ex-poulain de mon père. Et j'ai encore fait mieux au meeting de Hengelo, début juin : 66,02 m. C'était la septième performance européenne. J'avais déjà lancé 66,80 m à l'entraînement mais je ne pensais pas arriver à faire aussi bien en compétition. Cela m'a permis de participer aux championnats d'Europe à Zürich et d'être invité à quelques meetings de la Diamond League. "L'hiver dernier, j'ai fait plus de musculation mais je dois encore être plus costaud. Sans exagérer non plus car, en juin, j'ai commencé à avoir mal au dos. J'ai fait l'idiot à l'entraînement en voulant montrer ma force et j'ai fait un faux mouvement. Le scanner n'a pas révélé de lésion mais il est probable que de petits muscles de stabilisation du dos ont été touchés. Six mois plus tard, j'ai toujours mal, même assis. C'est sans doute en partie à cause de cela que je n'ai pas franchi le cap des qualifications à l'occasion des championnats d'Europe. Je n'ai lancé qu'à 59,85 m et j'étais très déçu, surtout quand j'ai assisté aux lancers de la finale depuis les tribunes. Robert Urbanek a terminé troisième avec 63,81 m... Mais en lancer du disque, il y a toujours une énorme différence entre les résultats dans les meetings et ceux dans les grands rendez-vous comme les championnats d'Europe ou les championnats du monde. Le pire, c'est que le lendemain, à l'entraînement, j'ai lancé plusieurs fois à 63 mètres. " " A cause des circonstances, je m'étais mis beaucoup de pression à l'occasion de ces premiers grands championnats. Nous étions partis une semaine à l'avance, on attendait beaucoup de moi, il y avait 30 participants et il fallait donc attendre son tour plus longtemps. Le public, le monde qu'il y avait autour de l'anneau de lancement et les six caméras de télévision me tétanisaient. Je m'étais juré de ne pas descendre sous les 60 mètres. Je voulais en faire trop et je me surprenais même à regarder la caméra au lieu de me concentrer sur ma technique (il rit).De plus, dans les grandes compétitions, la sortie de la cage est plus étroite qu'à Bruges. Il y a donc plus de chances que le disque atterrisse dans le filet, comme sur mon deuxième lancer... Après cette entrée en matière très moyenne, je me suis donc retenu, je voulais à tout prix éviter un lancer nul. Ce qui me console, c'est que les grands champions commettent aussi des erreurs. Comme le champion d'Europe, Robert Harting, qui a glissé lors de son dernier essai. Ses chaussures étaient mouillées et il faisait humide : c'est le grand ennemi des discoboles parce que la discipline exige beaucoup de vitesse et d'explosivité. Quand il pleut, on ne peut pas s'entraîner. Il est donc difficile de programmer les entraînements. Avec plus d'expérience, je devrais pouvoir éviter ces malheurs car je suis encore très jeune pour un discobole. Dans cette discipline, on n'atteint son sommet qu'à l'âge de 30 ans. Il m'en reste sept... (il rit). J'ai approché les 63 mètres aux meetings de la Diamond League de Monaco et de Bruxelles. Il y avait moins de pression, moins de participants, moins d'attention. Je me sentais tout à fait différemment... Je n'ai pas la moindre idée de la distance que je peux atteindre, c'est difficile à estimer. Je pense que le sport, c'est 60 % de sensations. Mon père, qui était plus costaud que moi, dit toujours que j'ai beaucoup plus de talent que lui. " " En comparaison avec les tout grands, qui pèsent 130 kg, je suis un poids léger puisque je ne fais que 108 kg... Je dois encore prendre un peu de poids mais mes problèmes de dos m'empêchent de me donner à fond lors des séances de musculation. Heureusement, la puissance ne détermine pas tout, l'envergure et la vitesse sont tout aussi importantes. Mon premier objectif est de me qualifier pour les prochains championnats du monde, qui auront lieu en août à Pékin. Il y a deux ans, il fallait lancer à 65,09 m. pour être sélectionné. Cela devrait être la même chose cette année. L'année suivante, il y aura les Jeux olympiques de Rio de Janeiro. C'est le rêve de tout athlète mais pour moi, il peut devenir réalité. Je l'espère, du moins. " PAR CHRIS TETAERT