Depuis quelques semaines, le Spirou Charleroi a repris des couleurs et redevient un vrai concurrent pour Ostende dans la course au titre. L'équipe sans âme qui se traînait parfois sur le terrain engrange désormais les victoires et affiche une belle mentalité.
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Depuis quelques semaines, le Spirou Charleroi a repris des couleurs et redevient un vrai concurrent pour Ostende dans la course au titre. L'équipe sans âme qui se traînait parfois sur le terrain engrange désormais les victoires et affiche une belle mentalité. Ce renouveau coïncide avec la nomination, au poste de manager général, de Sébastien Bellin. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? L'ancien international a placé chacun devant ses responsabilités et effectué quelques ajustements. L'homme est un miraculé des attentats de Zaventem. Il se trouvait à l'aéroport, le 22 mars 2016, lorsque les bombes ont explosé. Il s'est battu pour vivre, pour retrouver l'usage de ses membres. Et aujourd'hui, il s'entraîne pour les 20 kilomètres de Bruxelles. Une leçon de courage qui semble déteindre sur les joueurs carolos. Le 10 février, c'était le match du carnaval à Alost. L'Okapi accueillait Charleroi pour l'occasion. Après dix minutes, l'équipe locale menait 28-5. Au terme de la rencontre, vous avez poussé un solide coup de gueule, affirmant qu'il y aurait du changement et que celui qui ne mouillait pas son maillot et ne respectait pas le blason du club se verrait indiquer la porte de sortie. Votre message semble avoir été compris.Sébastien Bellin : En tout cas, les joueurs affichent une autre mentalité. Depuis lors, nous sommes dans une bonne dynamique. Nous avons été les premiers à battre Ostende en championnat, nous avons battu les Antwerp Giants, l'autre prétendant au titre. Seule la défaite à domicile contre Mons fait un peu tache. Ce renouveau coïncide avec votre nomination au poste de manager général. Y a-t-il un lien de cause à effet ? Bellin : Je crois qu'une belle complémentarité a été trouvée entre le coach Brian Lynch et moi. On connaît ses qualités. Il prône un basket rapide, offensif. Apprendre ses principes, cela prend un peu de temps, car il y a beaucoup d'options. Lui-même doit aussi apprendre, car c'est encore un jeune coach. Je peux lui apporter la mentalité, la discipline. Lui et moi, nous formons une bonne équipe. Aujourd'hui, on commence à voir la patte de Brian Lynch sur l'équipe. Vous êtes élogieux vis-à-vis du coach actuel, qui n'a signé que pour un an avec option. Cela signifie-t-il qu'il sera toujours sur le banc la saison prochaine ? Bellin : Il est trop tôt pour le dire. Mais j'ai l'impression qu'il va rester. La douloureuse élimination en demi-finale de la Coupe de Belgique, contre Mons, a-t-elle aussi provoqué une prise de conscience ? Bellin : Le Spirou joue chaque année sur trois tableaux : la Coupe d'Europe, la Coupe de Belgique et le championnat. Cette saison, la Coupe d'Europe s'est terminée prématurément, avec une élimination au terme de la première phase de poule. Avec l'élimination en Coupe de Belgique, c'était un deuxième objectif qui était loupé. On peut perdre, mais en tout, il y a la manière. Là, il n'y avait pas d'envie, les consignes du coach n'étaient pas respectées. Le Spirou a cette réputation d'être un club où l'on peut bien gagner sa vie, sans être nécessairement contraint à une obligation de résultat. Cela doit changer. A l'avenir, on pourra toujours bien gagner sa vie au Spirou, mais il faudra le mériter. Un club professionnel doit répondre aux mêmes exigences qu'une entreprise. Là aussi, si l'on n'est pas rentable, on prend la porte. Vous avez annoncé des salaires moindres, mais des primes au rendement. Ne craignez-vous pas de ne plus pouvoir attirer les meilleurs joueurs ? Bellin : Est-on certain que les meilleurs joueurs forment nécessairement la meilleure équipe ? Regardez Ostende. J'ai beaucoup de respect pour ce club, et pas seulement parce que j'y ai joué et qu'il a été le premier à m'inviter à donner le coup d'envoi d'un match après ma sortie d'hôpital. Il y a cette culture du travail, ce développement d'un collectif. Pierre-Antoine Gillet, Quentin Serron ou Jean Salumu étaient-ils des stars en débarquant à la Côte ? Ils le sont devenus en gagnant des titres avec l'équipe. Pareil avec Dusan Djordjevic : il a débarqué du petit club slovène de Novo Mesto avant de devenir le patron du sextuple champion de Belgique, qui a tout gagné depuis son arrivée. A un autre niveau, je tiens à rappeler que Michael Jordan n'a pas été drafté en première position, mais en deuxième, avant de devenir le meilleur joueur de la planète. Au Spirou, je veux aussi que l'on crée des stars au départ de bons joueurs qui se battent au service de l'équipe. Votre recrutement s'orientera donc prioritairement vers des joueurs avec la bonne mentalité ? Bellin : Des joueurs qui ont envie de se battre pour le Spirou, oui. De défendre le blason du club. Vous avez aussi procédé à certains ajustements dans l'effectif.Bellin : Avec les arrivées de Terrance Henry et de Jerime Anderson, effectivement. Ils ont apporté de la concurrence. En outre, Jerime Anderson permet à Jack Gibbs de jouer davantage au poste n°2 plutôt qu'en meneur pur. Là, il peut scorer, sa principale qualité. Dans l'état actuel, Charleroi est-il redevenu un candidat au titre ? Bellin : Pas encore, c'est trop tôt. Le Spirou est simplement redevenu une bonne équipe, avec laquelle il faut compter. Ostende est au sommet depuis six ans. Nous, nous sortons à peine d'une période trouble. Mais je suis optimiste pour l'avenir. Je ne suis pas parieur, mais si je l'étais, je miserais volontiers une petite pièce sur le Spirou. Des rumeurs font état de la suppression de l'équipe B, qui évolue en deuxième division. Qu'en est-il ? Bellin : L'équipe B continuera, mais avec une autre optique. Actuellement, certains joueurs ont des contrats presque équivalents à ceux des joueurs de l'équipe Première, alors qu'ils n'ont jamais joué en D1. Cela doit changer. Le centre de formation doit respecter sa vocation : former, pas acheter des joueurs et leur offrir de beaux contrats alors qu'ils doivent encore tout prouver. Donc, plus de Michael Fusek, de Haris Delacic ? Bellin : Ce sont des prospects, ce n'est pas nécessairement à eux que je songe. Haris Delacic a encore joué avec l'équipe B cette saison, mais la saison prochaine, ce sera l'équipe A et rien d'autre. Dans l'effectif actuel, il y a deux joueurs qui peuvent envisager de jouer l'Euroligue, à terme : Haris Delalic et Jack Gibbs. Où Luka Doncic, le meilleur joueur européen actuel, a-t-il été formé ? Au Real Madrid, depuis très jeune. C'est dans cette perspective-là qu'à notre niveau, je veux m'inscrire. Devenir manager d'un club, c'était votre vocation ? Bellin : Ma passion, c'est le business du sport. Ce sont sans doute mes influences américaines qui parlent. En Belgique, il n'y a pas de business model en sport. En tout cas, pas en basket. Lorsqu'un sponsor s'en va, le club s'écroule. Il faut parvenir à rendre un club rentable sans l'intervention d'une personne, mais par ses activités. Comment concevez-vous ce rôle de manager général ? Bellin : Je suis l'une des pointes de la triangleoffense. En tête de l'attaque, on trouve Gabriel Jean, l'actionnaire principal du club. Eric Schonbrodt, le nouveau directeur général, et moi, sommes les deux autres pointes. Je m'occupe principalement du sportif. Au départ, le 9 mai de l'an dernier, le Spirou vous avait engagé pour aider à la digitalisation du club et pour le développement d'une nouvelle approche commerciale. C'est le 1er février que vous êtes devenu le manager général.Bellin : A la demande de Gabriel Jean, car les résultats laissaient à désirer. Il fallait une présence quotidienne, un investissement permanent, car ce n'est pas un job part-time. J'ai considéré cette promotion comme un nouveau challenge. J'adore les challenges, c'est ce qui me motive. Mon père me disait toujours : -S'il n'y a plus rien à faire dans une pièce, il faut changer de pièce. Ici, il y a beaucoup à faire. Le Spirou, c'est comme une start-up. Mon objectif, c'est de refaire du Spirou un grand club en Belgique, mais aussi en Europe. Au terme de votre carrière, vous avez créé Keemotion, une start-up spécialisée dans la production automatisée de contenu digital pour des événements sportifs.Bellin : Avec deux amis, oui. En 2015, elle a été vendue aux Américains. J'ai alors habité pendant deux ans aux Etats-Unis. Et vous effectuiez de fréquents allers-retours entre les USA et la Belgique. C'est d'ailleurs pour retourner aux Etats-Unis que vous vous êtes présenté au comptoir d'enregistrement de l'aéroport de Zaventem, le 22 mars 2016.Bellin : En effet. La suite, on la connaît. L'une des bombes a explosé à dix mètres de moi. Je me suis retrouvé au sol, incapable de bouger. Ma hanche a explosé. Autour de moi, l'enfer, l'horreur absolue. Des corps, des cris, le chaos. Je me suis vidé de la moitié de mon sang. J'ai d'abord lutté pour rester en vie, puis pour essayer de sauver une jambe, puis l'autre. J'ai passé trois mois à l'hôpital Erasme, puis un mois de revalidation à l'Université du Michigan. J'ai choisi d'effectuer ma revalidation aux Etats-Unis parce que ma femme et mes deux filles habitaient là-bas, à l'époque. Je ne suis revenu m'établir en Belgique qu'en 2017. A ce jour, j'ai subi 11 opérations. La 12e est prévue pour début juin. Je n'ai plus aucune sensation dans la jambe gauche. Je resterai handicapé à vie, mais je suis toujours en vie, je marche et je commence à courir. J'ai vu la mort de près, j'étais assis sur le front row seat. Je n'oublierai jamais ces images, je vois encore tous les jours cette femme qui est décédée à côté de moi. Mais je veux transformer cette détresse en énergie positive. J'ai eu de la chance, beaucoup d'autres n'en ont pas eue. Je veux démontrer qu'il y a moyen de se sortir des situations les plus compliquées à force de volonté. Ce matin-là, à Zaventem, il y avait aussi l'équipe des Antwerp Giants qui allait jouer un match de Coupe d'Europe à Varèse.Bellin : Effectivement. La délégation anversoise avait déjà franchi les portiques de sécurité lorsque l'attaque a eu lieu. Ils s'apprêtaient à embarquer et se sont retrouvés sur le tarmac. La chance était avec eux ce jour-là.