Lorsque le téléphone sonne, Jens Steffensen sait déjà, avant de décrocher, qui il aura au bout du fil : un représentant d'un grand club européen, un de plus, qui s'intéresse à Kasper Dolberg. " Depuis, le match contre le Celta Vigo, le téléphone n'arrête pas de sonner ", explique l'agent de l'attaquant ajacide. " Lorsqu'on joue bien et qu'on marque dans un match de Coupe d' Europe, il en va toujours ainsi. Pour les clubs qui avaient un regard sur le joueur, c'est la confirmation que leur première impression était la bonne. "
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Lorsque le téléphone sonne, Jens Steffensen sait déjà, avant de décrocher, qui il aura au bout du fil : un représentant d'un grand club européen, un de plus, qui s'intéresse à Kasper Dolberg. " Depuis, le match contre le Celta Vigo, le téléphone n'arrête pas de sonner ", explique l'agent de l'attaquant ajacide. " Lorsqu'on joue bien et qu'on marque dans un match de Coupe d' Europe, il en va toujours ainsi. Pour les clubs qui avaient un regard sur le joueur, c'est la confirmation que leur première impression était la bonne. " Steffensen, un ancien joueur du Bayer Uerdingen et de l'Arminia Bielefeld, remarque quotidiennement l'aura dont jouit déjà son joueur. Au Danemark également, sa cote de popularité ne cesse d'augmenter. " Kasper a effectué ses débuts en équipe nationale contre le Kazakhstan. Lorsqu'il a quitté le petit banc pour aller s'échauffer, le public s'est levé et a applaudi : 'Dol-berg, Dol-berg, Dol-berg.' Et cela, alors que les spectateurs ne l'avaient encore jamais vu jouer, si ce n'est à la télévision, sur une chaîne néerlandaise. " Depuis son match référence du 20 novembre contre le NEC Nimègue, où il a marqué trois buts, la popularité de Dolberg n'a cessé de croître. Comme la pression, même si Steffensen ne se fait pas beaucoup de soucis à ce sujet. " Kasper est très calme, il laisse rarement paraître ses émotions. Pour un défenseur, cela peut être perturbant, car il ne sait jamais quel est son état d'esprit. " Il reste toujours froid, voire indifférent, et ne semble pas particulièrement heureux lorsqu'il marque, mais ce n'est qu'une apparence : intérieurement, il bouillonne. Kasper s'adapte rapidement à un niveau supérieur, mais - je l'admets - tout va plus vite que prévu. Ce qu'il se passe aujourd'hui, nous l'attendions l'année prochaine, pas maintenant. Généralement, la carrière d'un jeune joueur connaît des hauts et des bas, mais celle de Kasper est rectiligne, toujours vers le haut. " Dolberg, le Special One de l'Ajax. Pour combien de temps encore ? Jens Steffensen continue à décrocher le téléphone, mais insiste sur le fait qu'en janvier de cette année, l'Ajax a modifié le contrat de jeune de Dolberg en un contrat professionnel qui lie l'attaquant danois au club amstellodamois jusqu'en été 2021. " Kasper ne songe pas encore à changer de club, il se sent très bien à l'Ajax ", affirme Steffensen. " Il joue chaque semaine et ressent la confiance de ses partenaires et du staff technique. Pour l'instant, c'est ce qui compte. Il ne veut pas se retrouver sur le banc d'un grand club européen. L'essentiel, ce n'est pas l'argent, mais son évolution. Kasper restera à l'Ajax. " Kasper Dolberg ôte le capuchon noir de sa veste et regarde la table devant lui. L'adolescent se trouve dans la cafétéria, bondée, du centre d'entraînement des jeunes baptisé DeToekomst (L'Avenir), mais il ne porte aucun regard sur les gens qui l'entourent. Si les jeunes joueurs qui viennent de terminer leur match s'agitent bruyamment, le super-talent danois dégage un calme étonnant. Une discussion avec le numéro 9 de l'Ajax peut laisser un goût de trop peu. Aucune parole superflue, aucune anecdote succulente. Il répond aux questions, de la manière la plus succincte possible, et c'est tout. Les personnes qui le côtoient quotidiennement à Amsterdam ont dû s'y faire, elles aussi. Est-il heureux à l'Ajax ? Pourquoi ne laisse-t-il rien paraître ? Rapidement, Dolberg a laissé ses entraîneurs perplexes : son talent footballistique crevait les yeux, mais il se comportait différemment de ses compagnons d'âge. Ses parents ont été contactés au Danemark. Ils répondaient toujours la même chose : Kasper est un introverti, il garde ses émotions pour lui. Jamais d'euphorie, ni de dépression profonde. A Amsterdam, les vestiaires de jeunes sont occupés par des gamins qui, souvent, n'ont pas leur langue en poche, Dolberg ne s'en est pas offusqué, mais s'est tenu coi. A la fin de l'entraînement, il se refermait et rentrait chez lui. C'est-à-dire, dans sa famille d'accueil à Ouderkerk, et depuis six mois dans son appartement à IJburg. " Au début, cela n'a pas été facile ", reconnaît Dolberg. " J'avais 17 ans et j'étais loin de mon environnement familier. Heureusement, j'ai été parfaitement secondé. Ma famille d'accueil était aux petits soins, mon entraîneur Gery Vink également et j'ai rapidement eu le sentiment que j'avais fait le bon choix en venant à l'Ajax. Pourtant, je ne maîtrisais pas totalement la langue. Markus Bay, un coéquipier qui avait également débarqué du Danemark, m'a aidé au moment où j'éprouvais le besoin de converser dans ma langue maternelle. Il est devenu un bon ami. Aujourd'hui, je suis très lié à Lasse Schöne, un chouette gars avec qui je partage beaucoup de choses. " Dolberg n'a jamais eu le vague à l'âme. " J'aime la solitude. Cela peut sembler bizarre pour un footballeur qui pratique un sport collectif, mais pour moi, c'est tout à fait normal. Au club, je suis constamment entouré par d'autres joueurs. Pas de problèmes, mais pour autant, cela ne signifie pas que je dois constamment ouvrir la bouche. Ce n'est pas dans mon caractère, de m'épancher sur toutes sortes de sujets. Je préfère être au calme. " Lorsque je rentre chez moi après l'entraînement, je mets de la musique du rappeur danois Johnson. Cela me détend. Après cela, je joue à la PlayStation ou je regarde une série sur Netflix. Je n'ai pas besoin de plus pour être heureux. Et je le ressens encore davantage à Amsterdam. Mes parents me rendent visite deux fois par mois, et mes amis de Silkeborg connaissent aussi le chemin qui mène aux Pays-Bas. C'est auprès de ces gens-là que je me sens le mieux. Ils savent que j'apprécie leur compagnie, sans pour autant être très bavard. " Dolberg est originaire de Voel, à dix kilomètres de Silkeborg, un tout petit village de 1.312 habitants où tout le monde se connaît et où le contrôle social est permanent. Avec sa soeur aînée Kristina, deux ans plus âgée que lui, et sa soeur cadette Freja, huit ans plus jeune que lui, il a passé des moments très chaleureux en famille. Jusqu'à 11 ans, il a alterné le handball et le football, en fonction de la saison : hiver ou été. " La combinaison de ces deux sports était parfaite. Ma mère a joué au handball au plus haut niveau, au Danemark. Mon père a également évolué en première division. A 12 ans, le club de Silkeborg IF m'a proposé de m'affilier chez eux. Le choix a été vite fait car le football était mon sport préféré. Enfant, j'étais fan de Barcelone et j'appréciais particulièrement Samuel Eto'o puis le Brésilien Ronaldo. Ma chambre était tapissée de posters de ces joueurs. " A 15 ans, Dolberg a reçu une première convocation pour les équipes nationales de jeunes, et s'est encore davantage focalisé sur le football. " Le handball est différent, mais c'est à la pratique de ce sport que je dois ma détente et mon timing dans les duels aériens. J'étais l'un des plus petits joueurs de l'équipe, mais je marquais régulièrement de la tête car je sautais plus haut que les autres. A partir de 15 ans, ma croissance a été très rapide et je suis devenu l'un des plus grands joueurs. " Dolberg a fait fureur comme ailier gauche, est devenu international chez les jeunes et a rapidement été repéré par des clubs étrangers. La proposition de l'Ajax était très concrète. " Ce club jouit d'une bonne réputation au Danemark, car il a déjà permis l'éclosion de nombreux jeunes talents. Je n'ai pas hésité longtemps. " Certains dirigeants amstellodamois ont, en revanche, tergiversé. John Steen Olsen, le scout qui a découvert Zlatan Ibrahimovic et Christian Eriksen, a conseillé à Marc Overmars de ne pas traîner pour régler le transfert, mais le directeur sportif devait d'abord s'entretenir avec le responsable de la formation des jeunes, Wim Jonk. La discussion a été animée. Jonk avait déjà engagé deux autres attaquants et n'avait pas nécessairement besoin d'un troisième. Overmars a insisté. Avec succès. L'Ajax a payé 350.000 euros pour le blondinet, qui a été pris en charge par GeryVink et John Bosman. " L'an passé, après une longue saison au Danemark, j'ai été souvent blessé. Je n'ai pas eu assez de repos, j'ai dû m'habituer à un niveau supérieur et à un changement de position : attaquant de pointe plutôt qu'ailier gauche. Plus le fait qu'à Silkeborg, je pouvais de temps en temps souffler lors des entraînements, alors qu'à l'Ajax je devais me donner à fond tous les jours. Vink a constamment dû me motiver, mais cela m'a fait le plus grand bien. Si l'on ne me met pas sous pression, j'ai tendance à me relâcher. " La pression, on n'y échappe pas à l'Ajax. Surtout si l'on porte le numéro 9, celui que portait autrefois Patrick Kluivert. Beaucoup d'attaquants ont succombé à la pression. Certains attaquants sont parvenus à démontrer certaines facettes de leur talent, sans pour autant échapper à la critique. " A l'Ajax, un attaquant doit savoir tout faire. Je le savais, mais je ne m'en suis jamais préoccupé. Je ne lis pas les journaux et je ne suis pas actif sur Twitter ou Facebook. Il n'y a que sur Instagram que je poste de temps en temps quelques photos. Je regarde les matches pour essayer de progresser, mais pas plus. Ce qui m'intéresse, c'est jouer au football. " Dolberg était déjà comme cela, tout jeune, sur les pelouses danoises, et il n'a pas changé. Il reste lui-même, sur et en dehors de terrains. Il a déjà démontré son talent, qui est multiple. Mais il reste fidèle à ses principes. " Je me sens heureux ici et je ressens la confiance de l'entraîneur. " Je suis satisfait de la manière dont les choses se déroulent. Beaucoup de gens ne le remarquent pas, car je ne trahis pas mes émotions, mais c'est dans mon caractère. Souvent, on me demande pourquoi je n'exprime pas ma joie lorsque je marque. Je n'en sais rien. Lorsque je marque, je suis dans ma bulle. Ce n'est qu'au coup de sifflet final que j'exulte et que je suis heureux. Et encore, cette joie reste très intérieure. Mais c'est ainsi, je ne changerai pas. " PAR FREEK JANSEN ET CHRIS TETAERT - PHOTOS BELGAIMAGE