L'invitation du Paris Saint-Germain se voulait persuasive. Les journalistes qui souhaitaient assister à la conférence de presse de présentation d'EdinsonCavani, le mardi 16 juillet, se devaient d'être ponctuels. Au risque de ne pas rentrer au Parc des Princes. Résultat : l'international uruguayen s'est pointé avec plus de deux heures de retard sur l'horaire. La politesse des rois, sans doute. " On attendait le feu vert du Napoli ", plaidait un des nombreux porte-flingues du PSG. A sa façon, AureliodeLaurentiis, l'homme qui a redressé la société parthénopéenne depuis 2004, lui donnait raison en publiant le jour même une sorte de lettre ouverte sur le site internet du club : " Je savais que ce jour allait arriver. J'ai espéré jusqu'au bout mais, au fond, j'avais compris. (...) Je ne t'en veux pas ; au revoir, mon ami. " Pas facile de faire le deuil d'un attaquant qui aura ambiancé tout le sud de l'Italie, de Palerme à Naples, de janvier 2007 jusqu'à aujourd'hui. Même pour 64 millions d'euros...
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L'invitation du Paris Saint-Germain se voulait persuasive. Les journalistes qui souhaitaient assister à la conférence de presse de présentation d'EdinsonCavani, le mardi 16 juillet, se devaient d'être ponctuels. Au risque de ne pas rentrer au Parc des Princes. Résultat : l'international uruguayen s'est pointé avec plus de deux heures de retard sur l'horaire. La politesse des rois, sans doute. " On attendait le feu vert du Napoli ", plaidait un des nombreux porte-flingues du PSG. A sa façon, AureliodeLaurentiis, l'homme qui a redressé la société parthénopéenne depuis 2004, lui donnait raison en publiant le jour même une sorte de lettre ouverte sur le site internet du club : " Je savais que ce jour allait arriver. J'ai espéré jusqu'au bout mais, au fond, j'avais compris. (...) Je ne t'en veux pas ; au revoir, mon ami. " Pas facile de faire le deuil d'un attaquant qui aura ambiancé tout le sud de l'Italie, de Palerme à Naples, de janvier 2007 jusqu'à aujourd'hui. Même pour 64 millions d'euros... Dans le Mezzogiorno, les supporters les plus radicaux hurlent leur désespoir suite au transfert d'Edinson Roberto Cavani Gomez. Un an après le départ d'EzéquielLavezzi (autre chouchou), c'est le deuxième joyau du tridente napolitain qui s'en va. En attendant celui du troisième larron, MarekHamsik, le génial démiurge slovaque. Il y a seize mois, l'équipe de WalterMazzarri a été à deux doigts (maladresses devant à l'aller, maladresses derrière au retour) de sortir Chelsea, futur champion d'Europe, en C1. Lavezzi, Mazzarri et Cavani partis, les ultras du club phare de la Campanie doutent de la suite. Malgré RafaBenitez, DriesMertens et la palanquée de transfuges du Real Madrid. Le désamour est à la mesure des attentes, en cet été poisseux. On a vu fleurir des banderoles haineuses contre Il Matador (" mercenaire ") lors des stages d'avant-saison. Les comiques locaux, toujours féroces, s'en donnent à coeur joie. Faut dire qu'en trois ans au Napoli, Edinson a éteint la lumière cent quatre fois (dont 78 en Serie A, soit 26 buts de moyenne par exercice, une paille). Outre ses talents d'assassin au sang-froid, Cavani ne rechigne jamais - comme Lavezzi - à défendre, loin des postures de danseuse éthérée de ZlatanIbrahimovic. Cela lui valait une reconnaissance éperdue du San Paolo, qui n'hésitait pas à entonner O Surdato 'nnamurato (le soldat énamouré), une chanson de 1915 qui raconte le blues d'un combattant sur le front pendant la Première Guerre mondiale, alors qu'il pense à sa girl-friandise. Quelque chose comme l'hymne définitif pour les fans azzurri. " A Palerme, de 2007 à 10, Cavani n'était qu'une promesse qui allait vite " se souvient Sébastien Frey, le gardien de la Fiorentina puis du Genoa, qui l'a souvent croisé. " A Naples, c'est devenu une machine. Il est devenu endurant, plus mûr tactiquement, adroit comme pas permis devant le but et il défendait comme un chien. Assurément un des tout meilleurs attaquants du monde ". Et c'est bien pour ça qu'on le regrette aujourd'hui, du côté de la baie. Courtisé par le Real et City, plus ou moins proche de Chelsea en juin dernier, le néo-Parisien vient de loin. De Salto exactement, à cinq cents kilomètres au nord de Montevideo, tout proche de la frontière argentine, où il est né le 14 février 1987. La ville natale de LuisSuarez, aussi. Son père Luis, dit " Gringo " (à cause des ascendances italiennes de la famille) le met au foot à l'âge de six ans, tout comme son demi-frère WalterGuglielmone (aujourd'hui à Pékin, en D2 chinoise) ; quoi d'autre ? Entre cornets de glace, randonnées, pêche à la daurade et école buissonnière, " Edi " se fait peu à peu remarquer par les clubs de la capitale. Au point de signer avec le FC Danubio, l'ancien collectif d'AlvaroRecoba et de DiegoForlan, qui fait souvent l'ascenseur entre première et deuxième division. Arrivé à quinze ans, il se fait les dents dans les catégories de jeunes. " Quand il a débuté en équipe première au Danubio, à l'âge de 17 ans, il s'en sortait toujours par sa vitesse et son physique mais il n'était pas " fini ". Il se créait beaucoup d'occasions mais ne marquait pas beaucoup. En revanche, il se repliait déjà avec beaucoup d'intelligence " se remémore Carlos Curbelo, un Franco-Uruguayen qui a fait l'essentiel de sa carrière en France, à Nancy et à Nice. De cette année et demie avec le FC Danubio, Cavani profite pour marquer quelques buts (9), empocher le tournoi d'ouverture (comme en Argentine, le championnat local décerne deux titres par an) et être retenu avec la sélection des moins de vingt ans pour disputer le Mondial de la catégorie. Au Canada, Suarez et le futur Palermitain (deux buts chacun, lors des deux premiers matchs) ne peuvent empêcher l'élimination de leur sélection contre l'Espagne de JuanMata et une surprenante Zambie, au premier tour. Mais déjà, les émissaires des clubs européens se pressent à Montevideo pour faire signer le jeune attaquant efflanqué. Il y a là ceux du Milan, de la Juventus. La rumeur fait état d'un intérêt du Real Madrid. Il y a aussi des dirigeants de Boca Juniors, tout proche, de l'autre côté du Rio de la Plata et de la frontière. C'est finalement RinoFoschi, le directeur sportif du Palermo de l'époque, qui décroche la timbale, après avoir convaincu son président, MaurizioZamparini de débourser 4,5M€. En janvier 2007, à même pas vingt ans, Edinson Cavani déménage en Sicile, là où ses grands-parents paternels, débarqués de Maranello (la patrie de Ferrari), près de Modène, en Emilie-Romagne, étaient venus chercher fortune, pas mal d'années auparavant. Pour le petit-fils, la vie n'y sera pas toujours rose, même si c'est la couleur des maillots de l'Unione Sportiva Città de Palerme... A peine débarqué sur l'île, Edinson Cavani fait alors connaissance depuis les tribunes avec la folie des autochtones lors du derby Catane-Palerme du 2 février 2007 : une rencontre interrompue trois fois à cause de gaz lacrymogènes, qui dégénère en guérilla urbaine hors du Cibali, comme le Calcio en a peu connu : 300 raggazini, des gamins sortis de nulle part, chargent les fans palermitains et les flics locaux. Bilan : 145 blessés, des centaines de milliers d'euros de dégâts et un mort, le policier FilipoRaciti. Bienvenue en Sicile. L'Uruguayen prend alors un abonnement régulier pour le banc de touche. En ce temps-là, le Palermo joue régulièrement la coupe de l'UEFA. C'est l'heure des AndreaCaracciolo, des Amauri et autres FabrizioMiccoli. Le premier partira au bout de six mois, le second au bout d'un an et demi. Peu à peu, " Edi " gagne du temps de jeu et finit par s'entendre comme larron en foire avec le dernier nommé, un petit format (1,68m), au contraire des deux autres. " Je me souviens bien de lui parce que lors d'un de ses premiers matchs, il m'a mis un but incroyable. Après, je l'ai suivi de loin en loin. On le repérait facile à cause de son physique et de sa coupe. A l'époque, il jouait souvent à l'aile. Ce n'était pas sa place, en dépit de sa vitesse " observe Sébastien Frey. Après un an dans la péninsule, Cavani débute avec la Céleste en février 2008 mais ce n'est qu'à l'été qu'il prend son envol. Quatorze buts pour sa seconde saison complète, treize la suivante grâce à Miccoli (souvent) et à JavierPastore, lors de sa dernière saison chez les Rosaneri. Bientôt, ce sera la Coupe du monde sud-africaine, où l'Uruguay ne s'arrête qu'en demi-finales. Il n'y joue qu'un rôle mineur, six apparitions et un but. " Il était déjà fort mais au Mondial 2010, il y avait Suarez, et Furlán marchait sur l'eau, devant lui. Comme la Céleste gagnait, OscarTabarez n'allait pas bouleverser l'attaque. Quand il est passé à Naples la saison suivante, c'est comme s'il avait intégré la grande école ", soutient PabloCorrea, l'ancien entraîneur franco-uruguayen de Nancy et d'Evian-Thonon-Gaillard. Un an plus tard, il jouera encore les utilités lors de la victoire en Copa America en Argentine. Cette fois, c'est Luis Suarez (meilleur buteur et MVP de la compétition) qui fait la différence, tandis que Diego Furlán bénéficie encore des dividendes de son Mondial supersonique. " LeurstrajectoiressesontcroiséeslorsdecetteCopaAmerica ",argumente pour sa part Carlos Curbelo. " Diego arrivait au bout et Edinson devait patienter. En 2010 et 2011, il n'était que la troisième option. Depuis, il a pris une autre dimension au Napoli, sans même parler de ce qu'il va faire à Paris. L'année prochaine, si on est au Brésil (il sourit), Luis Suarez et Edinson Cavani devraient faire quelques dégâts... " En attendant, l'ex-Napolitain devra justifier le montant de son transfert devant les supporters et les médias français. Une transaction qui semble poursuivre plusieurs buts, en interne comme à l'usage du monde extérieur. Depuis son sacre en mai dernier, une première depuis dix-neuf ans, le Paris Saint-Germain connaît quelques turpitudes, dont il a le secret. Après les émeutes du Trocadéro au moment de célébrer le titre fin mai, le départ précipité de CarloAncelotti au Real Madrid en juin et la longue suspension de Leonardo puis sa démission en juillet ont mis du plomb dans l'aile du projet des Qatariens qui n'aiment que la quiétude des eaux calmes. " Depuis deux ans, les nouveaux dirigeants du PSG avaient donné un élan incroyable au club et voilà qu'en deux mois, tout repart à vau-l'eau ", s'est inquiété en off un des principaux sponsors du club. L'arrivée de Cavani, pour un chiffre record pour la L1, constitue, entre autres, un contre-feu aux soubresauts qui agitent la société francilienne. Dans les jours suivants, le PSG faisait signer LucasDigne (19 ans), l'arrière gauche de Lille (15 M€), champion du monde avec les U-20 français et Marquinhos, le jeune surdoué brésilien de la Roma (entre 32 et 35M€), soufflé au nez et à la barbe du Barça et de Manchester United. Le hitman de la Céleste devra également composer avec les états d'âme de Zlatan (29 buts et une kyrielle d'assists en championnat la saison dernière, tout de même), dont on ne sait toujours pas s'il restera. Sans parler des interrogations autour de la capacité de LaurentBlanc à gérer un vestiaire où s'empilent les pedigrees et les ego. Dans la capitale française, Cavani pourra toujours compter sur ses ex-coéquipiers de Palerme (Sirigu et Pastore) et de Naples (Lavezzi). En outre, les deux langues dominantes parmi les joueurs sont l'italien et l'espagnol et les Sud-Américains sont en nombre (cinq Brésiliens, deux Argentins, et même un autre Uruguayen (Lugano, qui devrait partir) ainsi que trois Italiens. " Je ne m'inquiète pas pour lui ; quoi qu'il arrive, il s'adaptera. Avec ou sans Ibra. Il est au sommet de son art, de sa carrière. Il est parti de Naples comme il a quitté Palerme : pour franchir un palier. A chaque fois, il a haussé le niveau ", assure Pablo Correa. " Le Cavani des deux dernières saisons, c'est l'arme fatale. Un finisseur impitoyable. Le seul bémol à son arrivée en France concerne le jeu du PSG. Il m'avait semblé que Blanc voulait poser le jeu et avoir la balle. Or, Cavani est un attaquant qui prend la profondeur, jamais aussi redoutable que lorsqu'il y a de l'espace ", prévient de son côté JonathanBiabiany, le joueur de Parme. Au reste, par-delà son positionnement sur le terrain, on peut aussi se demander comment Edinson Cavani gérera son nouveau statut de joueur lambda, loin, très loin de la ferveur tellurique du San Paolo, à des années-lumière du culte qu'on lui voue en Campanie et dans tout le sud de la Botte. A Paris, pas d'ouvriers qui s'arrêtent de travailler tout près du domicile d' " Edi " au motif qu'il fait la sieste. A Paris, peu de chances qu'il y ait de chansons à sa gloire ; il n'y en a jamais. A Paris, on lui foutra une paix royale avec sa foi pentecôtiste. A Paris, ElBotija (le gamin, son premier surnom) ne serait jamais devenu IlMatador. C'est dommage mais c'est ainsi. Un problème ? " Jamais de la vie. D'abord, c'est un mec discret, limite timide, il saura s'adapter. Et il a un truc qui ne s'achète pas, la grinta. Avec ça, on s'impose partout, hombre ", conclut Carlos Curbelo.PAR RICO RIZZITELLI À PARIS" Il a un truc qui ne s'achète pas, la grinta. Avec ça, on s'impose partout, hombre. " - Carlos Curbelo A Naples, les ouvriers arrêtaient leur travail pour lui permettre de faire sa sieste.