De Gand à mon fauteuil ont continûment afflué, durant ce Belgique-Finlande, des exhalaisons printanières. Elles me susurraient plaisamment que l'hiver allait mourir bientôt, sans que j'arrive à savoir pourquoi. Un instant, je me suis demandé si c'était le jeu des Diables qui m'instillait cette félicité, mais fallait quand même pas charrier. Eden Hazard ou Dries Mertens avaient beau parfois dribbler joliment, ce n'était que face à un adversaire modeste... qui nous a mis un but, voire deux : car Silvio Proto happa un ballon sur piquet rentrant qui était peut-être bien piquet rentré ! Non, ce n'était pas un match inoubliable, même que j'ai consulté mes notes pour en conclure, inquiet, que, le 25 mars, nous irions en Autriche sans avoir fait le tri parmi nos talents innombrables : avec 36 joueurs alignés (d...

De Gand à mon fauteuil ont continûment afflué, durant ce Belgique-Finlande, des exhalaisons printanières. Elles me susurraient plaisamment que l'hiver allait mourir bientôt, sans que j'arrive à savoir pourquoi. Un instant, je me suis demandé si c'était le jeu des Diables qui m'instillait cette félicité, mais fallait quand même pas charrier. Eden Hazard ou Dries Mertens avaient beau parfois dribbler joliment, ce n'était que face à un adversaire modeste... qui nous a mis un but, voire deux : car Silvio Proto happa un ballon sur piquet rentrant qui était peut-être bien piquet rentré ! Non, ce n'était pas un match inoubliable, même que j'ai consulté mes notes pour en conclure, inquiet, que, le 25 mars, nous irions en Autriche sans avoir fait le tri parmi nos talents innombrables : avec 36 joueurs alignés (dont 13 nouveaux capés) pour huit matches dirigés, on peut dire que Long Couteau n'a toujours pas tranché, il entretient le suspense sur ses desseins profonds ! Alors ? Pourquoi diable l'odeur du printemps ? Brièvement, j'ai pris peur en constatant que le onze de départ comptait seulement deux Flamands véritables, Timmy Simons et Jan Vertonghen. Mais ce n'était quand même pas cette extrême sous-représentativité du Nord, totalement inhabituelle en foot, qui m'amenait, guilleret, à flairer des bourgeons : comme si je jubilais de clamer à Bart and Co qu'existent aussi de brillants footballistes au sud ? ! Non, non, je n'ai jamais été Wallon comme ça. Durant le premier règne de Georges Leekens, je comprenais même qu'il mette en balance Chris Janssens et Walter Baseggio, c'est vous dire ! Et ce ne sont pas les actuelles tensions communautaires qui me changeront, nenni : Timmy et Jan restent parmi mes préférés, j'attends avec impatience le retour de Thomas Vermaelen, et mon grand-père maternel était Ostendais. C'est à la 56e que j'ai compris, tout à coup, pourquoi mon subconscient se voulait printanier. Roni Porokara est entré, Perparim Hetemaj est sorti en gros plan. Et Perparim avait été le seul, parmi les 20 joueurs de champ, à porter ce cache cou que les Anglais nomment snood, même Guillaume Gillet s'en était passé ! Ça faisait bien trois mois que je n'avais plus vu réunis sur un terrain de foot autant de cous à poil, tant les snoods sont tendance, ayant protégé cet hiver les amygdales délicates d'au moins 25 % de nos stars : le retour des hirondelles, je l'avais pressenti via le retour des pommes d'Adam toutes nues ! N'allez pas croire que je la joue macho comme Alex Ferguson, lequel a interdit les snoods à ManU en arguant du fait que " Les vrais hommes ne portent pas ce genre de choses ". Je peux même comprendre qu'en hiver, cela réchauffe les gardiens vu qu'ils galopent moins : je crois d'ailleurs que le premier gars à avoir porté ça fut Gianluca Pagliuca, et que ça date presque d'une décennie. Mais pour les galopeurs, et alors que ça caille en hiver chaque année, voilà que 2010-2011 révèle abruptement une Europe de footballeurs frileux, qui adorent sortir couverts ! Curieux : depuis deux ou trois ans, Francesco Totti (grand beau gosse) prônait le snood sans vraiment faire école... mais l'Histoire nous dit que ce fut Carlos Tevez (moins grand et moins beau gosse) qui a répandu l'épidémie cette saison à partir de la Premiership ! Davantage qu'à une recherche d'efficacité par grand froid, les snoods se réfèrent au paraître, comme les tatouages, les célébrations de but scénarisées ou les chaussures de couleur : le match de foot devient un lieu où le footballeur exige d'être vu et individualisé, même en cas de prestation fantomatique. Pour le moment, les snoods sont toujours noirs (Man City en vend d'ailleurs à 10 euros dans son fan-shop !) mais ça ne durera pas si on laisse faire. Un gars de l'équipe aura des chaussures vertes, son pote des gants roses, un autre un snood orange, et le gardien un bonnet bleu schtroumpf à pompon pour avoir plus chaud. Et dire que je demeure adepte de l'équipement uniforme, parce que symbole de sport collectif et de solidarité... Heureusement, le Board veille ! Il va causer des snoods lors de sa messe annuelle, pas parce que ça fait guignol, mais parce que c'est dangereux : l'antijeu étant enraciné dans le foot, un défenseur pourrait stranguler un attaquant qui file au but en l'attrapant par son snood ! Mouais. Resteront quand même les cheveux, le cou et les oreilles pour retenir le gars. PAR BERNARD JEUNEJEANLe Board va causer des snoods : pas parce que ça fait guignol, mais parce que c'est dangereux ! Sérieux ?