I van Bosnjak n'est pas aussi fermé et capricieux que la plupart des Croates. Il est sympathique, souriant et ne donne pas l'impression d'être toujours débordé. Au contraire : il n'épargne pas ses compatriotes et souligne la chaleur du vestiaire de Genk. Une atmosphère bien moins passionnée qu'au Dinamo Zagreb où, voici deux ans, des dizaines de fans masqués avaient envahi le terrain d'entraînement.
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I van Bosnjak n'est pas aussi fermé et capricieux que la plupart des Croates. Il est sympathique, souriant et ne donne pas l'impression d'être toujours débordé. Au contraire : il n'épargne pas ses compatriotes et souligne la chaleur du vestiaire de Genk. Une atmosphère bien moins passionnée qu'au Dinamo Zagreb où, voici deux ans, des dizaines de fans masqués avaient envahi le terrain d'entraînement. Ivan Bosnjak (il rit) : " Ils nous ont arraché nos vareuses et nous ont dit qu'ils ne nous les rendraient que lorsque nous jouerions bien. C'était un avertissement. A la trêve, le président a acheté de nouveaux joueurs et nous avons été cham-pions ". Non, ça me faisait rire. Je n'ai jamais eu de problèmes avec les supporters mais, en Croatie, il y a toujours des histoires de ce type. A côté de cela, Genk, c'est fantastique. Croatia is crazy(il rit). Je me le demande. Après la Coupe du monde, Slaven Bilic a été nommé sélectionneur de l'équipe nationale. Il fut mon manager lorsque je jouais à Hajduk. Nous avions de bonnes relations jusqu'à ce que je parte à Marseille. J'y avais signé un très bon contrat mais il fut rompu après quinze jours. Je ne sais pas pourquoi mais lui oui. Il a repris tous les documents qu'il avait signés et m'a obligé à rentrer à l'Hajduk. Depuis on ne se parle plus. Avant le match contre l'Angleterre du 11 octobre dernier, il m'a appelé pour me dire qu'il voulait me sélectionner mais je me suis blessé à l'épaule. Maintenant, j'attends. Si je continue à jouer de la sorte, il devra venir. Je jouais encore à Hajduk Split. Après, j'ai connu des tas de problèmes, surtout à cause de ce qui s'est passé à Marseille. C'est vrai mais l'équipe était très forte avec Davor Suker , Alen Boksic , Robert Prosinecki , Mario Stanic ... Ils étaient meilleurs que moi et je devais attendre. Le fait d'être repris une fois était déjà fantastique. Aujourd'hui, la situation est différente et je suis fâché de ne pas faire partie du groupe. J'ai joué six fois mais je n'ai pas toujours été titulaire, il m'arrivait d'entrer en fin de match. Le coach de l'époque, Zlatko Krancjar, estimait que ceux qui jouaient bien dans leur club méritait une place en sélection. Les huit premiers mois après mon retour au Dinamo Zagreb début 2004, j'ai dû travailler dur pour retrouver mon niveau puis j'ai été repris. Bosko Balaban et moi partagions la même chambre. Il n'a pas joué du tout. Je ne sais pas pourquoi. L'équipe nationale, c'est.... Pffft. Impossible d'expliquer tout ce qui s'y passe. Ce sont presque toujours les mêmes qui jouent, même s'ils ne sont plus titulaires dans leurs clubs depuis six mois. Mais Prso a arrêté après le Mondial et je me disais qu'à la première occasion, le nouveau sélectionneur ferait appel à moi. J'ai été meilleur buteur en Croatie, transféré à Genk, nous sommes leader et je marque. Alors que tout se passe pour le mieux, je ne suis pas repris. Lorsque Bilic m'a téléphoné, nous avons parlé pendant une heure mais on ne peut pas dire que la discussion fut cordiale (il sourit). (Sans hésiter) Yes. J'avais déjà parlé avec Genk avant notre premier match face au Brésil et nous étions tombés d'accord. Je suis tombé dans un club fantastique et je suis très heureux ici. C'est important pour moi car le reste suit. C'est vrai mais je préférais Genk. Voyez où en est Torino aujourd'hui. Si cela continue, il va redescendre. Qu'aurais-je fait là-bas ? Un de mes amis a joué que dans des clubs luttant pour ne pas descendre. Ce n'est pas du football. Si je joue bien à Genk pendant 2 ou 3 ans, je pourrai peut-être rejoindre un bon club de Série A. Prso avait presque 30 ans lorsqu'il est parti aux Glasgow Rangers et Nico Kovacs joue toujours très bien à 35 ans. Mes meilleures années sont devant moi. Tout le monde dit que c'est entre 28 et 32 ans qu'on est le plus fort. Bien sûr, on rêve tous de jouer dans un grand club mais je me concentre sur Genk. Non. Nous avions perdu contre Osijek, volés par l'arbitrage. Je n'aime pas dire cela mais si vous voyez la cassette, vous compren-drez que quelque chose d'anormal s'est produit. Après, j'ai remporté deux titres et une Coupe mais, pour Cibalia, c'était la première finale. Tout le monde pleurait. Ma plus grande erreur. Mon manager de l'époque, et actuel sélectionneur national, travaillait avec Luciano D'Onofrio. Je n'aurais jamais dû permettre à ces gens-là de me conseiller. On ne m'a jamais rien demandé. J'ai signé à Marseille puis on m'a renvoyé. J'avais 21 ans. J'ai passé un jour à Liège parce que je voulais parler à D'Onofrio, pour comprendre. Mais je ne l'ai pas vu. C'était peut-être mieux. Quand je repense à tout cela, j'essaye de me dire que c'étaient des erreurs de jeunesse. Ce sont des paroles de journalistes. A l'époque, je jouais bien avec Hajduk. Plusieurs clubs me voulaient mais j'ai opté pour Marseille et ça s'est dégradé. Tomislav Ivic entraînait l'O.M. et Slaven Bilic était mon manager. Cela aurait dû m'avantager, ce fut tout le contraire. C'est un compliment : tout le monde aime en recevoir. Je fais de mon mieux. Je ne suis pas du genre à attendre le ballon mais il y a plusieurs sortes d'attaquants. Je n'avais plus rien. A Hajduk, on me disait que je devais oublier mais je n'y arrivais pas. A Split, je devenais fou. Je ne répondais plus au téléphone, je m'entraînais et rentrais chez moi. On m'interrogeait sans cesse sur ce qui s'était passé à Marseille mais je ne pouvais pas répondre. Un jour quelqu'un m'a demandé si je voulais aller en Libye et je suis parti. C'était une fuite. Quand on a commis une erreur, on en commet souvent une deuxième pour oublier. Cela m'est arrivé car j'étais mal entouré. En Croatie, des tas de managers ne pensent qu'à l'argent. Invivable ! Une catastrophe ! Si, mais vous n'en retrouverez pas trace. C'est le championnat de Libye, hein ! Je dois dire que nous avions une très bonne équipe, dirigée par le fils de Kadhafi. Il avait acheté Patrick Mboma, Victor Ikpeba,... Nous gagnions tous les matches cinq, six ou sept à zéro. Totalement anormal. Le président du Dinamo Zagreb m'a demandé si je voulais rentrer et je n'ai pas hésité. J'étais très content, même s'il n'a pas été facile de récupérer mes papiers. Kadhafi ne m'aimait pas et m'a mis des bâtons dans les roues mais le président du Dinamo Zagreb a tout arrangé et je lui en suis très reconnaissant. C'est tout de même moi qui ai signé à Marseille. C'est pour cela que je dis que j'ai commis l'erreur de vouloir travailler à tout prix avec des agents croates. J'avais confiance en Slaven Bilic mais c'était un bon joueur, pas un bon manager. Marko Naletilic. Je l'ai rencontré à l'aéroport, en compagnie d'un ami. Il n'a rien à voir avec Naletilic ni dans mon transfert. Il nous a juste accompagnés en voiture parce qu'il avait également rendez-vous à Genk. Je n'en sais rien. A vrai dire, je ne connais pas très bien Spehar. En fait, je ne sais pas ce qu'il fait. Le football est mon métier et j'ai aussi ma vie. Tous les gens sont égaux. Pourquoi aurais-je une grande g... ? Ce n'est pas parce que je marque que je suis spécial. Le football est un sport d'équipe, ce n'est pas du tennis. C'est vrai mais, selon moi, on retrouve de tout partout. Je pense qu'il vaut mieux qu'un footballeur entame sa carrière dans un petit club comme Cibalia car on y apprend à se battre. Quand on joue directement dans une grande équipe, c'est souvent trop facile. Oui, à dix minutes de chez moi, dans la ville la plus touchée pendant la guerre civile : Vukovar. Nous nous connaissions mais nous n'avions jamais joué ensemble. Crazy. Ne racontez pas cela dans le journal (il rit). J'avais douze ou treize ans. Pendant deux ou trois mois, nous nous sommes cachés dans des caves, jusqu'à ce que mes parents m'envoient à l'école à Zagreb. Ils habitent toujours à Vinkovci, comme mon frère. Avant la guerre, mon père travaillait dans les chemins de fer ; ma mère, dans un magasin. Elle avait été athlète. C'est d'elle que je tiens ma course. D'ailleurs, je lui ressemble tandis que mon frère est le portrait tout craché de mon père. Cela date de l'époque de Cibalia. Nous avons dû lutter pour le maintien jusqu'à la dernière journée. Un ami m'a offert un t-shirt bleu frappé du signe rouge. Nous avons gagné et ce t-shirt est devenu mon porte-bonheur. Je l'ai longtemps porté mais, aujourd'hui, il est affiché au mur à la maison. Iko vient d'Ivan. Mes parents, mon frère et mes amis d'enfance m'appellent comme cela. Dans le foot, on m'appelle plutôt Bole, de Bosnjak. J'en ai sept. Lorsque quelque chose signifie beaucoup pour moi, je me la fais tatouer afin qu'elle m'accompagne partout. Je me suis fait tatouer un grand portrait de Jésus sur le dos. Il est donc toujours avec moi. Avant un match, je me signe neuf fois. Et je vais à l'église depuis tout petit. J'ai entendu dire qu'à Genk, il y a une messe en croate chaque premier samedi du mois. Je vais essayer d'y aller. JAN HAUSPIE