Le sport devait remplacer les hauts-fourneaux. Oubliées les fumées du Pays Noir. En même temps qu'on décidait de modifier le titre de la région en Pays de Charleroi, la ville carolo se dotait d'une autre étiquette : Charleroi-la-sportive. Tous les clubs devaient s'ériger en ambassadeurs d'une ville frappée de plein fouet par le déclin de ses industries. En volley, basket, foot en salle, football ou tennis de table, le nom de Charleroi devait résonner aux oreilles des gens, de Virton à Coxyde. Les trophées tombaient les uns après les autres et Charleroi cumulait les titres dans tous les sports. Pourtant, tout cela n'était que mirage, une imagination du pouvoir socialiste en place, les clubs étant gonflés aux subsides. La bulle a éclaté en même temps que l'affaire de la Carolorégienne qui allait sonner le glas de toute une génération d'hommes politiques carolos, parmi lesquels l'ancien échevin des sports, Claude Despiegeleer.
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Le sport devait remplacer les hauts-fourneaux. Oubliées les fumées du Pays Noir. En même temps qu'on décidait de modifier le titre de la région en Pays de Charleroi, la ville carolo se dotait d'une autre étiquette : Charleroi-la-sportive. Tous les clubs devaient s'ériger en ambassadeurs d'une ville frappée de plein fouet par le déclin de ses industries. En volley, basket, foot en salle, football ou tennis de table, le nom de Charleroi devait résonner aux oreilles des gens, de Virton à Coxyde. Les trophées tombaient les uns après les autres et Charleroi cumulait les titres dans tous les sports. Pourtant, tout cela n'était que mirage, une imagination du pouvoir socialiste en place, les clubs étant gonflés aux subsides. La bulle a éclaté en même temps que l'affaire de la Carolorégienne qui allait sonner le glas de toute une génération d'hommes politiques carolos, parmi lesquels l'ancien échevin des sports, Claude Despiegeleer. Dix ans plus tard, les succès du Sporting de Charleroi ont remis le sport à la une. De nouveau, les Carolos ont ressorti drapeaux, écharpes et la fierté qui va avec. Le stade du Pays de Charleroi est redevenu un endroit de fête et d'ambiance, le centre névralgique de la ville, l'endroit où il faut être. Mais qu'en pensent les autres clubs de la ville, obligés de vivre à l'ombre de ce mastodonte, aspirateur d'espaces médiatiques et de sponsors locaux ? Qu'en disent ces autres fleurons sportifs de la ville, qui ont dû traîner comme un boulet les soubresauts des affaires ? Sport/Foot Magazine s'est immergé dans le sport carolo. Premier arrêt au Spiroudôme. L'antre de l'équipe de basket a déjà vécu des jours plus heureux. Le jeune joueur Rasmus Larsen est décédé il y a deux semaines et les Carolos n'ont pas le coeur à cette demi-finale des play-offs qu'ils disputent avec la seule énergie du désespoir. Peu importe finalement. Les Spirous n'étaient quand même pas cités favoris de cette confrontation face à Ostende, champion depuis trois ans et qui a renversé la tendance depuis 2012 face à des Carolos qui restaient sur quatre titres d'affilée. Les deux dernières saisons ont été compliquées mais pas question ici de parler des effets des affaires carolos. " Je pense que l'on a davantage souffert de la crise économique de 2008 que des affaires de 2006 ", explique Benoît Cuisinier, le directeur général des Spirous. " Ceux qui ont le plus subi les affaires sont les clubs qui dépendaient du pouvoir politique. Ce n'était pas notre cas. Comme le Sporting, nous avions prouvé et acquis notre indépendance (NDLR : Eric Somme a tout de même été inculpé d'abus de biens sociaux). Et aujourd'hui, ce n'est pas un hasard si les deux clubs performent - car en atteignant le dernier carré des play-offs, on peut estimer qu'on fait toujours partie des clubs qui comptent dans notre sport. " Les Spirous ont sans doute mal perçu les effets du départ pour Antibes d'Eric Somme, le grand architecte du club de basket. Le chiffre d'affaires a baissé (passant de 8 à 6 millions) et il a fallu l'intervention de Jean Gabriel, un réviseur de fortunes, qui a recapitalisé le club à hauteur d'1 million d'euros (et refinancé le Spiroudôme) pour rester la tête hors de l'eau. Depuis lors, l'horizon de ce club champion de Belgique à dix reprises en 20 ans semble de nouveau dégagé. Pas question non plus d'évoquer l'émergence du Sporting comme facteur de ce léger tassement (au plus fort de ses années de gloire, le budget des Spirous s'élevait à 9 millions d'euros !). " Les succès du Sporting sont positifs pour la ville ", continue Cuisinier. " C'est un motif de fierté et la sortie hebdomadaire tourne toujours autour du sport. Nous avons de très bonnes relations avec l'équipe dirigeante du Sporting et même si nous avons des partenaires locaux communs, les supporters sont différents et le produit aussi. Le basket est plus familial et féminin alors que le foot est plus masculin. On vient au Spiroudôme pour le Spiroudôme, pas pour supporter une équipe de Charleroi. Nous disposons de beaucoup de sponsors nationaux pour lesquels the place to be demeure le Standard et le Spiroudôme où ils ont une visibilité européenne vu que nous jouons chaque saison la Coupe d'Europe. " Deuxième arrêt, à la brasserie d'un hôtel proche de l'aéroport de Charleroi. C'est là que l'on rencontre Jean-Jacques Cloquet, ancien joueur du Sporting, vice-président des Spirous et président de l'aéroport de Charleroi. " Le sport est un vecteur important pour Charleroi. On sent que Charleroi se donne aujourd'hui les atouts pour devenir une grande métropole et le sport, comme la culture, doit être un de ces axes ", affirme-t-il. Oui mais pas à n'importe quel prix. " On doit tirer les leçons du passé. Charleroi en a pris plein la tronche car, à un moment donné, il n'y avait plus de limites. En France, les pouvoirs publics apportent bien plus aux clubs sportifs mais ils le font en toute transparence. Ce qui ne fut pas le cas à Charleroi. On sent aujourd'hui que les hommes politiques sont plus prudents mais on commence à les retrouver aux matches des Zèbres ou des Spirous. Ils doivent jouer un rôle au niveau des infrastructures et servir à attirer des entreprises. A partir du moment où derrière tout cela, il n'y a pas de marchés cachés... " Pour lui, les clubs carolos n'ont pas tant dû lutter contre un déficit d'image né après les affaires que contre un déficit de valeur ajoutée. " Quand on regarde l'IPP ou l'IEP (NDLR : impôts des personnes ou des entreprises) à Anvers, on ne joue pas dans la même catégorie et on peut se demander comment cette ville n'a pas de club de foot en D1. " Récemment investi de la vice-présidence du club de basket, il n'en garde pas moins un oeil sur ses premiers amours. " Le Sporting a un projet solide. Il a expliqué la saison passée qu'il avait un budget à gérer ; il a pris ses responsabilités et derrière, il a assumé. Chapeau ! Et un an plus tard, il est dans le top-6. " De là à voir ses anciennes couleurs piétiner l'autre grand club de la région, il y a un pas que Cloquet refuse de franchir. " Ce sont deux produits complémentaires. Tout sponsor veut aujourd'hui que son investissement lui rapporte quelque chose. Il n'y a pas de raison qu'il ne rapporte que d'un seul côté. Certains sponsors partent au Sporting mais ces sponsors volatiles ne font pas partie de ma conception du partenaire. De plus, on ne peut rien faire à cela : il y aura toujours des mono-sponsors, ceux qui ne veulent pas que leur concurrent sponsorise dans le même secteur. Il y a donc de la place pour plusieurs clubs. On ne doit pas être jaloux de la réussite des autres. Que du contraire, on doit en être fier. " Le basket a donc su garder la tête hors de l'eau. Mais qu'en est-il des sports moins médiatiques ? Il fut un temps où Charleroi trustait les titres de champion de Belgique et d'Europe en futsal (Action21) et en tennis de table (La Villette). Ces deux clubs, largement subventionnés - Action 21 recevait 500.000 euros de la ville - , ont, eux, subi de plein fouet le retour du boomerang. " Les affaires nous ont fait un tort catastrophique alors que nous n'étions pas du tout inquiétés par elles ", explique le nouveau président de la Villette, Michel Beirens. " On s'est retrouvé dans le bas du panier et on a connu un véritable coup d'arrêt. Il y a eu un effet domino, chacun faisant l'amalgame avec les affaires. Tout le monde était très méfiant, sur ses gardes. Les sponsors se sont défilés ; des tas de gens ont quitté le comité et on n'a jamais su enrayer la mécanique. On a dû placer les deux ASBL qui gèrent le club en liquidation. Heureusement, on a réussi à sauver le matricule. On est reparti en D1 et on a réussi à monter en Superdivision l'année passée et à s'y maintenir cette saison. " Alors que La Villette visait le titre européen chaque saison, la voilà donc obligée de lutter pour son maintien en Belgique. " Charleroi-la-sportive était née d'une décision politique pour donner une image positive et dynamique de la ville ", continue Beirens. " Finalement certaines personnes ont profité du système. " Et certains clubs ont été gonflés à l'hélium. Sur un budget de 800.000 euros, un quart était couvert par les subsides de la ville. " Du jour au lendemain, ce subside a été supprimé ", ajoute Beirens. La Villette a vu son budget passer de 800.000 euros à 0 et est finalement reparti de zéro. Aujourd'hui, le club dispose d'un budget de 40.000 euros, 20 fois moins qu'à la grande époque. Celle où les pongistes carolos (dont certains comme Jean-Michel Saive étaient payés par la ville) décrochaient le titre de champion d'Europe à sept reprises. Plus modeste, La Villette ne craint pas de vivre dans l'ombre imposante du Sporting. " Il en faut pour tout le monde. Je pense que Télésambre doit parfois être content de proposer autre chose que du foot, non ? Les 270.000 Carolos ne vont pas tous au stade. Moi, je trouve la renaissance du Sporting très bonne pour l'image de marque de la ville. Pourquoi être envieux ou jaloux ? Pas question de dénigrer tout cela ! " Quant aux Dauphines de Charleroi, l'équipe de volley-ball féminin, elles ont morflé. La mise en cause de Patrick Henseval, l'ancien président du club et ancien chef de cabinet de Jacques Van Gompel, inculpé de corruption active, détournements de biens publics, faux et usage de faux et association de malfaiteurs, a mis sans-dessus dessous le club. Elles ont renoncé à la Coupe d'Europe, jugée trop cher, quelques mois après leur premier titre de championnes de Belgique de 2006. Une décision saine. Trois ans plus tard, elles retrouvaient le titre de championne de Belgique, renaissant sous la houlette du manager général, Jean-Pierre Murari. Aujourd'hui, elles font toujours la fierté de la ville, s'étant inclinées seulement en finale du championnat face à Kieldrecht. Ici aussi, on vit bien les succès du Sporting. A la salle Ballens, on a parfois l'impression que tous ces clubs font partie de la même famille. En finale, les Dauphines ont ainsi été soutenues par les Ultras du Sporting. Car les supporters, eux, continuent à croire au mythe de Charleroi-la-Sportive et à le faire vivre. PAR STÉPHANE VANDE VELDE" Le foot et le basket sont deux produits complémentaires " Jean-Jacques Cloquet, vice-président des Spirous " Pourquoi être envieux du succès du Sporting ? " Michel Beirens, président de la Villette