On n'entend plus guère parler de Jean-Pierre Detremmerie. L'ancien bourgmestre de Mouscron a délaissé l'hôtel de Ville après les élections d'octobre 2006, laissant la place à Alfred Gadenne. Il n'a plus de fonction à l'Excelsior, si l'on excepte le titre de président d'honneur. Pour le retrouver, il faut se rendre à l'Intercommunale IEG, dont il est le président. " Mais j'ai refusé tous les émoluments auxquels j'avais droit ", précise-t-il. " Je me contente de ma pension de parlementaire et de député, cela me suffit ".
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On n'entend plus guère parler de Jean-Pierre Detremmerie. L'ancien bourgmestre de Mouscron a délaissé l'hôtel de Ville après les élections d'octobre 2006, laissant la place à Alfred Gadenne. Il n'a plus de fonction à l'Excelsior, si l'on excepte le titre de président d'honneur. Pour le retrouver, il faut se rendre à l'Intercommunale IEG, dont il est le président. " Mais j'ai refusé tous les émoluments auxquels j'avais droit ", précise-t-il. " Je me contente de ma pension de parlementaire et de député, cela me suffit ". Il se porte comme un charme, si l'on excepte une petite fracture au poignet. " Je me suis essayé au patinage dans ma salle de bains, j'aurais dû attendre que l'on installe la patinoire sur la Grand-Place pour le Marché de Noël ", explique-t-il avec cet humour qui le caractérise. La décoration de son bureau trahit ses amitiés et ses passions. On y trouve, par exemple, une grande affiche de Tintin : " C'est un ami qui me l'a offerte récemment. Savez-vous que j'ai eu, jadis, l'honneur de rencontrer Chang - l'ami chinois de Hergé - en chair et en os. C'était à l'époque où l'on voulait monter une Expo Tintin à Mouscron. On avait même envisagé d'ouvrir un musée Tintin. Mais, avec les exigences de la société Moulinsart, ce n'est pas aussi simple ". On y trouve aussi un maillot encadré de l'ancien coureur cycliste Andrei Tchmil : " Il est aujourd'hui ministre des Sports de Moldavie. Il est, récemment, venu à Mouscron pour visiter le Canonnier. Il veut bâtir un nouveau stade à Chisinau et était intéressé par notre concept ". On y trouve, enfin, une statue chinoise que lui a offerte (tiens, tiens !), un certain... Philippe Dufermont. Jean-Pierre Detremmerie : Mais bien sûr. Je l'ai encore eu en ligne, pas plus tard que ce matin. Il était toujours en Chine. Je connais Philippe depuis 35 ans. A l'époque, son père dirigeait une maison pour enfants abandonnés, qui s'appelait La Grande Famille. Une quinzaine d'enfants y étaient hébergés. Il cherchait des gens qui étaient disposés à organiser des manifestations, afin de récolter des fonds pour cette maison. Il a frappé à la bonne porte. J'ai même créé un club de... boxe ! Plus tard, Philippe s'est installé comme kiné à la rue de la Station. Il a fait la connaissance d'une Espagnole qui allait devenir sa femme. Lorsqu'il est parti en Espagne, j'ai perdu sa trace... Jusqu'en 1996, lorsque l'Excelsior est monté en D1. Il m'a envoyé un mot de félicitations, auquel était joint un lot de lampadaires aux couleurs du club, que l'on a pu vendre. Plus récemment, lorsque le club s'est retrouvé en difficultés, son cousin Jean-Pierre Dufermont m'a reparlé de lui. Mais j'avais déjà connu tellement de personnes qui promettaient des millions sans jamais tenir parole que, je l'avoue, je n'y ai pas cru. Un homme y a cru, cependant : Francis D'Haese. Philippe a commencé par injecter de l'argent pour que le club obtienne sa licence. Il a avancé les 500.000 euros qui manquaient, en disant qu'il récupérerait éventuellement cette somme plus tard, mais sans en faire une absolue nécessité. Il a ensuite avancé trois millions d'euros pour assurer la fin de saison. Puis, il a garanti le prêt de deux millions d'euros de l'IEG, auquel le ministre Philippe Courard voulait s'opposer. Il a signé le document, quasiment les yeux fermés. Après, il s'est demandé : - Ilseraitpeut- êtreutilequejelise le document ? Il a fait tout cela pour l'amour de sa ville. Au téléphone, ce matin, il me disait encore qu'il était fier qu'on parle de l'Excelsior et de Mouscron en Chine... J'assiste à tous les matches à domicile. Lorsque certaines personnes étaient revenues dans le club (NDLR : Detremmerie doit parler de Roland Louf), j'avais effectivement rendu mes abonnements. Est-il encore utile de parler de cela ? Dans ces pays-là, il faut se méfier des mandats d'arrêt. Une querelle de famille avait éclaté. Les griefs à l'encontre de Rakhat Aliyev étaient-ils objectifs ? C'est possible, je ne veux pas me prononcer. J'avais pris toutes mes précautions. Que pouvais-je faire d'autre que demander au ministère des Affaires Etrangères, aux ambassadeurs et aux consuls, leur appréciation sur certaines personnes ? Je m'étais aussi adressé à la cellule de vérifications des transactions financières. Il est impossible de rapatrier des fonds sans que l'on vérifie leur provenance. Si vous vendez une petite propriété dans le sud de la France, et que vous rapatriez l'argent, vous avez l'obligation d'apporter une justification à partir du moment où la somme dépasse 10.000 euros. Aucune banque, aucun notaire en Belgique, ne peut accueillir de l'argent qui vient d'un autre pays. Les contrôles sont encore plus stricts depuis le 11 septembre 2001. Le fait que l'on envisageait la piste kazakhe a été l'occasion de demander à l'un des meilleurs bureaux de réviseurs de Belgique de réaliser une étude sur le club. Cette péripétie a donc produit des effets bénéfiques. Je pense même que, suite à cela, Philippe Dufermont s'est engagé un peu plus vite qu'il ne l'aurait fait si cette " concurrence " n'avait pas existé. Mais très bien. L'ambiance est redevenue exceptionnelle. On se croirait presque revenu au bon vieux temps de la montée. Je peux désormais apprécier le match lorsque je m'installe dans la tribune. Jadis, je regardais en réfléchissant au moyen de trouver l'argent nécessaire pour arriver à la fin du mois. Je trouve normal que, lorsqu'on finance un club, on souhaite avoir sa propre équipe et la diriger à sa manière, même si cette manière est différente de celle utilisée par le passé. J'ai cherché pendant dix ans une personne du calibre de Philippe Dufermont. C'est dommage que je ne l'aie pas trouvée plus tôt, j'aurais eu des chances supplémentaires de devenir centenaire. Je ne suis pas sûr qu'il y a dix ans, Philippe aurait été prêt à consentir les efforts financiers qu'il fournit aujourd'hui. Il y a eu une conjonction de circonstances. Philippe est aujourd'hui à l'aise sur le plan financier et il s'est rendu compte que, pour l'Excelsior, il y avait urgence. Pas du tout. Il n'a pas besoin de belle-mère. Le club doit trouver sa vitesse de croisière avec d'autres personnes et d'autres projets. Je mène une vie très agréable : je ne travaille plus au-delà de 12 heures par jour ! Surtout à des projets économiques. Un peu à des projets sportifs également. Il y a un investissement de dix millions d'euros qui doit être voté pour le Futurosport. Une piste d'athlétisme a été construite. On va commencer les travaux pour le centre couvert d'équitation. On va aussi étudier, avec la ferme d'à côté, la possibilité d'ériger un centre d'hippothérapie et de balnéothérapie. Des conventions ont été établies. Le Futurosport sera géré par l'Intercommunale, et par après, il y aura des contrats de location avec le club et les diverses disciplines sportives, tout cela avec l'accord de la Ville. Je vais essayer d'établir des clefs de répartition pour les contrats de sponsoring : par exemple, 75 % pour le foot, autant pour l'athlétisme, autant pour une autre discipline sportive. Car le foot est évidemment plus porteur que d'autres disciplines. Le dernier geste a été accompli lorsque l'IEG a prêté deux millions d'euros, garantis par Philippe Dufermont, au début de cette année. Les pouvoirs publics ont sauvé le club à plusieurs reprises. Aujourd'hui, le club s'est privatisé et c'est l'idéal. C'est la providence qui nous a apporté Philippe Dufermont. Il vient de claquer cinq millions d'euros en six mois. Des gens comme lui, on n'en trouve pas à tous les coins de rues. Il faudrait les béatifier. Mais... j'ai mis ces projets en pratique ! Je passe régulièrement, soit une journée, soit deux heures, dans un petit couvent de bénédictines à Tourcoing, qui est tenu par trois religieuses. J'y médite, j'y fais une petite introspection. Je crois en la force de la prière, mais je respecte toutes les opinions. par daniel devos - photo: reporters