Les hommes de Didier Deschamps n'ont pas trouvé la parade !

Emilio Ferrera : Il ne conviendrait pas de faire la fine bouche sous prétexte que deux clubs moins huppés que les géants d'Espagne, d'Italie ou d'Angleterre se sont retrouvés en finale de la Ligue des Champions. Porto et Monaco ne doivent rien à personne. Ils ont développé leur jeu sans se soucier des coups de fatigue du Real Madrid ou des soucis des autres clubs. Le succès de Porto doit être une source d'encouragement pour les clubs des petits pays de l'Europe du ballon rond. Il y a 25 ans, on retrouvait régulièrement un club belge en finale d'une Coupe d'Europe. Or, à l'une ou l'autre exception près, comme Robby Rensenbrink par exemple, ces équipes ne comptaient pas de stars capables de militer au Real Madrid, à l'AC Milan ou à la Juventus. La clef de leurs succès passait par une grande intelligence tactique, un gros travail collectif, un esprit conquérant et de solidarité dans le chef de chaque joueur. Porto a retrouvé les mêmes recettes, prouvant qu'il ne suffit pas d'être riche pour s'emparer de la Ligue des Champions.
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Emilio Ferrera : Il ne conviendrait pas de faire la fine bouche sous prétexte que deux clubs moins huppés que les géants d'Espagne, d'Italie ou d'Angleterre se sont retrouvés en finale de la Ligue des Champions. Porto et Monaco ne doivent rien à personne. Ils ont développé leur jeu sans se soucier des coups de fatigue du Real Madrid ou des soucis des autres clubs. Le succès de Porto doit être une source d'encouragement pour les clubs des petits pays de l'Europe du ballon rond. Il y a 25 ans, on retrouvait régulièrement un club belge en finale d'une Coupe d'Europe. Or, à l'une ou l'autre exception près, comme Robby Rensenbrink par exemple, ces équipes ne comptaient pas de stars capables de militer au Real Madrid, à l'AC Milan ou à la Juventus. La clef de leurs succès passait par une grande intelligence tactique, un gros travail collectif, un esprit conquérant et de solidarité dans le chef de chaque joueur. Porto a retrouvé les mêmes recettes, prouvant qu'il ne suffit pas d'être riche pour s'emparer de la Ligue des Champions. Vitor Baia, Deco, Derlei ou Nuno Valente sont de solides joueurs mais d'abord des clubmen, les joueurs d'un système. Avant le début de la Ligue des Champions, les amateurs de football n'auraient pas pu citer quatre joueurs de Porto. Ce n'est pas péjoratif. Ils ont compris que leur succès passerait par l'addition de leurs qualités individuelles. A mon avis, Monaco n'a pas bien préparé sa dernière copie européenne. L'équipe de Didier Deschamps n'a pas tout fait pour décrypter, annuler le jeu de Porto. Quand on n'y arrive pas, c'est Porto qui dérègle les axes de jeu de son adversaire. Des attaquants aux arrières, Porto exerce un très gros pressing sur le porteur du ballon. Tout le monde s'est cassé le nez sur cette équation. Comment faut-il s'y prendre afin de piéger Porto ? Vaste débat et j'estime que cela passe par la patience et la conservation du ballon au sein de ligne médiane. Il faut le promener de la gauche vers la droite et vice-versa afin d'obliger Porto à chasser sans cesse, à hypothéquer son influx. Or, Monaco a opté pour le contraire. Dès que la balle était dans les pieds monégasques, elle filait en profondeur. Cela a généré beaucoup trop de hors-jeu et de cadeaux pour la défense de Porto, qualifiée à tort de trop lente. La blessure de Ludovic Giuly a handicapé Monaco mais, même avec lui, la messe aurait été la même car les choix tactiques de départ ne furent pas indiqués afin de poser des problèmes insolubles à Porto, qui a ainsi émergé sans problème. Monaco est tombé dans le même piège que le Deportivo La Corogne, incapable de bien jouer contre Porto. Johan Cruijff a souligné que le succès de Porto était mérité mais qu'il ne prendrait jamais un abonnement sur les rives du Douro. C'est un avis comme un autre mais le football, c'est aussi l'art d'utiliser au mieux ses atouts afin de battre des équipes peuplées de joueurs plus doués. José Mourinho le fait très bien et fait déjà partie des coaches les plus importants de l'histoire du football européen. Il marque déjà son temps comme l'ont fait Arrigo Sacchi et Johan Cruijff mais avec des moyens différents. Nous vivons un véritable tournant de la légende du football. Les systèmes vont progressivement l'emporter, à mon avis, sur les stars. Ce sera de plus en plus un pour tous, tous pour un. C'est une nouvelle mentalité qu'on inculque aux joueurs dans les centres de formation et autres académies. José Mourinho a compris que le vent tournait. Il a trouvé le bon système collectif qui paralyse les points forts de tous ses adversaires : qui peut l'en blâmer ? La vedette de Porto, c'est son coach, José Mourinho. Certains le trouvent distant. Il a le droit d'être comme bon lui semble. Il tranche par rapport à Arsène Wenger, d'Arsenal, qui se comporte et s'exprime d'une façon qui plaît au grand public. Mais il y a un grande différence, footballistique, donc essentielle entre les deux hommes. Arsène Wenger ne brille pas sur la scène européenne avec des champions du monde dans son noyau. José Mourinho, lui, a atteint deux fois le toit de l'Europe, d'abord via la Coupe de l'UEFA puis grâce à la Ligue des Champions, avec un noyau moyen. A Gelsenkirchen, il a contenu sa joie, comme s'il voulait laisser tout ce bonheur à ses joueurs. C'est de la retenue, pas de l'arrogance. On l'a déjà vu plus nerveux sur le banc contre La Corogne ou Manchester United. Rui Barros l'a qualifié de Zidane des entraîneurs : au vu de ses résultats, de sa progression, d' Estrela Amadora en passant au Sporting Portugal et au FC Barcelone, chaque fois en tant qu'adjoint, puis dans la peau de T1 à Uniao Leiria, à Benfica et pour finir à Porto, il n'a cessé d'avancer. Quand on a tout ce parcours derrière soi, réussir en Angleterre ne devrait pas poser de très gros problèmes. Chelsea discute avec lui. Il y réussira aussi bien qu'à Porto. Cela promet et la presse anglaise reviendra souvent sur son échange verbal avec Alex Ferguson après Manchester United-Porto. José Mourinho parle couramment anglais et français. C'est un communicateur avec ses joueurs, un entraîneur qui va droit au but. Il allait déjà ainsi, dit-on, quand il était l'adjoint de Louis van Gaal à Barcelone. Mourinho n'hésitait pas à lui expliquer le comment et le pourquoi de certains problèmes alors que les autres membres du staff technique se tenaient cois. C'est un homme intelligent et beaucoup vont certainement s'inspirer de ses méthodes. Je ne sais pas si cette finale va inspirer l'un ou l'autre pays présents lors de la phase finale de l'EURO 2004. Elle met en tout cas le point final à une très intéressante Ligue des Champions. Les bons matches ont été nombreux et la version allégée de cette grande fête du football est une réussite sur toute la ligne. Propos recueillis par Pierre BilicMONACO a MAL PRÉPARÉ sa dernière copie européenne