1 L'impact de la pandémie

71. C'est le nombre de jours qui séparent la fin de la dernière saison NBA, qui a vu les LA Lakers remporter le titre le 11 octobre dans la bulle de Disneyworld à Orlando, et le début de la nouvelle campagne 2020-21, le 22 décembre. La plus courte trêve de toute l'histoire de la NBA, qui dure normalement 130 jours. La plus courte trêve de tous les grands championnats américains.
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71. C'est le nombre de jours qui séparent la fin de la dernière saison NBA, qui a vu les LA Lakers remporter le titre le 11 octobre dans la bulle de Disneyworld à Orlando, et le début de la nouvelle campagne 2020-21, le 22 décembre. La plus courte trêve de toute l'histoire de la NBA, qui dure normalement 130 jours. La plus courte trêve de tous les grands championnats américains. La date du coup d'envoi a fait l'objet d'âpres discussions entre la NBA et le syndicat des joueurs, qui aurait préféré débuter le 18 janvier 2021. Cela aurait offert davantage de repos aux joueurs, épuisés physiquement et mentalement par les péripéties de la saison dernière. Ce constat ne vaut cependant que pour quelques équipes. Huit (des trente) franchises NBA n'ont pas joué dans la bulle de Disneyworld, et ne sont plus entrées en action depuis la fin mars. Six autres équipes étaient déjà éliminées des play-offs à la fin août. Principal argument de ce départ précoce, le 22 décembre: des rentrées financières supérieures, estimées entre 400 et 850 millions d'euros. Cette date préserve la période de Noël, toujours très rentable, car plusieurs matches au sommet sont traditionnellement programmés, ce qui attire de nombreux téléspectateurs et génère de grosses rentrées publicitaires. On ne pouvait cependant pas démarrer le 25 décembre, parce que TNT possède les droits sur le match d'ouverture - lorsque l'on rend hommage au champion NBA - et qu' ESPN possède les droits sur les matches disputés le jour de Noël. Bien qu'elle commence en décembre, la saison a malgré tout été écourtée: elle passe de 82 à 72 matches. Le calendrier a également été ajusté, avec moins de longs trajets uniques, afin de réduire le risque de contamination. Entre la première et la deuxième moitié de la saison, soit du 5 au 10 mars, la NBA observera cependant le traditionnel All Star break, mais sans All Star Weekend cette fois-ci. Il aurait dû avoir lieu à Indianapolis, mais en mélangeant autant de bulles, le risque aurait été trop grand. Autre avantage de débuter en décembre: la saison se terminera au plus tard le 22 juillet (si la finale va jusqu'au game seven). C'est un mois plus tard qu'habituellement, mais on ne jouera plus jusqu'à la fin août ou début septembre. Le report de la saison précédente jusqu'en octobre a en effet produit une baisse radicale des audiences. La concurrence était trop forte avec le début de la saison de football américain (NFL et collège) et les play-offs de baseball (MLB). En terminant en juillet, on pourra aussi maintenir le début de la saison 2021-22 aux dates habituelles, fin octobre. Par ailleurs, le 22 juillet est le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques à Tokyo. Les Jeux sont commercialement très intéressants pour la visibilité de la NBA et pour ses vedettes qui y participent. Il y a cependant de fortes chances que les joueurs des deux finalistes, et même des quatre équipes qui participeront aux finales des conférences Est et Ouest, ne se rendront pas au Japon, car il y a trop peu de temps entre la fin d'un tournoi et le début de l'autre. Le Team USA envisage effectivement d'organiser un stage d'entraînement dès début juillet, et doit rentrer la liste des douze joueurs participants pour le 5 juillet. Des modifications peuvent, certes, encore être apportées plus tard mais, théoriquement, seulement en cas de blessure. On relèvera aussi le fait que, pour la première fois, seule la première partie du calendrier NBA a été dévoilée. Contrairement à ce qui a été le cas dans la bulle de Disneyworld, au sein de laquelle personne n'a été contaminé en trois mois, des matches pourraient cette fois être reportés en raison de contaminations au sein des différentes équipes. Durant les dernières semaines de novembre, 48 des 546 joueurs testés (9%) étaient positifs. Ils ont, en effet, désormais le droit de se fondre dans le monde "réel". Aucune règle n'a été définie en ce qui concerne une éventuelle suspension du championnat (comme en mars), ni même en ce qui concerne un arrêt définitif de la saison. Les équipes devront cependant suivre un protocole de 158 (! ) pages, et les joueurs devront porter le masque en permanence, excepté durant les matches et les repas. Si quelqu'un transgresse les règles, il pourra être dénoncé par un appel anonyme et s'exposera à des sanctions sévères. Avant le début du camp d'entraînement, début décembre, chaque joueur a dû observer six jours de quarantaine et présenter trois tests PCR négatifs. Et pendant toute la saison, ils seront testés quotidiennement. Si un joueur est positif, il ne pourra revenir qu'au terme de douze jours de quarantaine et entraînements individuels, ou après deux tests PCR négatifs et un examen du coeur. Le nombre de spectateurs autorisés variera fortement d'une salle à l'autre, en fonction des règles coronavirus en vigueur dans les différents États. La vague de Covid se prolonge aux États-Unis. On estime que, pendant les premiers mois au moins, seules cinq à dix équipes pourront accueillir un nombre limité de spectateurs. Dans les grandes villes très peuplées, surtout, il faudra encore temporairement jouer à huis clos. Ce sera le cas, par exemple, pour les LA Lakers, LA Clippers et les Golden State Warriors (San Francisco) en Californie. Et ce, malgré les 25 millions d'euros dépensés par les Warriors pour un plan visant à remplir de moitié leur Chase Arena flambant neuve grâce à des tests rapides. Les Toronto Raptors devront même jouer leurs matches à domicile à Tampa, en Floride, car le Canada impose une quarantaine de quatorze jours à toute personne qui entre dans le pays. Les nombreux sièges vides laisseront immanquablement des traces dans les caisses de la NBA. 40% des rentrées totales découlent en effet du ticketing et autres revenus liés aux matches. Sans la pandémie, cette source de revenus aurait dû rapporter 6,7 milliards d'euros la saison dernière, mais comme les dix derniers matches de saison régulière et l'entièreté des play-offs ont dû se jouer à huis clos, les recettes n'ont pas dépassé 5,75 milliards de dollars. Et encore, la NBA est parvenue à sauver un milliard d'euros (grâce surtout aux droits TV) en terminant la saison dans la bulle de Disneyworld. Les pertes de la NBA et des joueurs seront encore plus grandes cette saison, mais elles seront absorbées au cours des prochaines années, notamment en maintenant le plafond salarial à la hauteur actuelle. La NBA lèvera probablement aussi les restrictions sur les accords de sponsoring conclus avec des sociétés de paris, des casinos et des fabricants de boissons alcoolisées. Elle autorise également, désormais, le logo d'un sponsor sur les tenues d'entraînement des joueurs. L'argent est roi, et pandémie ou pas, la danse doit continuer, même si la musique s'arrête parfois. C'est une question que l'on se pose souvent: le poids des ans deviendra-t-il petit à petit trop lourd à supporter pour LeBron James? Le King parviendra-t-il encore, à 36 ans, qu'il fêtera le 30 décembre, à atteindre le niveau qui était le sien l'été dernier? La réponse est: probablement, oui. Il est certes un peu plus lent et moins explosif, mais il ne laisse rien au hasard pour se soigner, au point de dépenser jusqu'à un million de dollars par an pour entretenir sa condition. Durant la saison 2018-19, sa première avec les Lakers, il avait loupé la dernière partie de la saison à cause d'une blessure à l'aine, avant de retrouver toutes ses facultés. Il a même apporté sa contribution en défense. Sous le hashtag #WashedKing, pour lever tous les doutes sur sa condition et démontrer qu'il était loin d'être washed, usé. La saison dernière, LBJ disposait en outre d'un partenaire idéal en la personne d' Anthony Davis, arrivé chez les Lakers durant l'été 2019 grâce à un échange avec les New Orleans Pelicans. Comme on l'avait pressenti, il s'est révélé très complémentaire avec James, qui a souvent évolué comme meneur de jeu, avec Davis comme finisseur sous l'anneau, à mi-distance ou au-delà de la ligne des trois points. Les lieutenants des deux super-vedettes ont également fait mieux que remplir leur rôle. Avec, au bout de l'effort, le titre, qui s'est également construit sur une défense très performante. Le manager général Rob Pelinka a réussi à encore se renforcer sans dépenser énormément d'argent. Sont arrivés: l'énergique forward-centre Montrezl Harrell, qui était le meilleur réserviste de la NBA la saison dernière avec les Clippers ( Sixth Man of the Year), Marc Gasol, toujours un très bon défenseur à 35 ans, Wesley Matthews, surnommé 3&D car il combine une grande adresse au tir à trois points avec des qualités défensives au-dessus de la moyenne, et Dennis Schröder, un distributeur vif qui marque facilement et pourra soulager James. Ils compenseront avantageusement les départs de Danny Green, Rajon Rondo, Avery Bradley, Dwight Howard et JaVale McGee. Sur papier, les Lakers sont donc encore plus forts, même si la reconduction du titre dépendra en grande partie de James et Davis. Aucune autre équipe ne possède deux tireurs d'élite de ce calibre, qui brillent tant en attaque qu'en défense. Avec un premier titre en poche, Davis devrait encore progresser et devenir, à 27 ans, le leader des Lakers, plus encore que James. Du moins sur le parquet. Ils ont l'un et l'autre prolongé leur contrat la semaine dernière, jusqu'en 2025 et 2023. Seul inconvénient: avec cette finale de play-offs disputée tardivement, ils auront bénéficié de peu de repos. Ils ont été sur la brèche jusqu'au 11 octobre. James a déjà déclaré qu'il fera l'impasse sur certains matches, durant la première moitié de saison. À moins d'un transfert sensationnel au cours des prochaines semaines (ou des prochains mois), le trône de LeBron James ne risque pas de vaciller. Et avec un cinquième titre en poche, la discussion à propos du GOAT ( Greatest of All Time, le meilleur joueur de tous les temps) reprendra de plus belle, entre Michael Jordan et lui. Les spécialistes les avaient déjà présentés l'an passé comme le principal candidat au titre, davantage encore que les Lakers: les Clippers, avec leur super duo composé de Kawhi Leonard et Paul George, ont cependant dilapidé un avantage de 3-1 contre les Denver Nuggets dans la bulle de Disneyworld. Trop peu de cohésion, trop peu de leadership, absence d'un véritable distributeur. Des défauts que les Clippers se sont efforcés de corriger durant l'entre-saison. Ils y sont en partie parvenus, avec l'engagement de Serge Ibaka, un centre expérimenté qui arrive de Toronto, et de Luke Kennard. Les Clippers ont cependant vu leur lapin Duracell Montrezl Harrell partir chez les Lakers et doivent encore acquérir un point-guard. Leur succès dépendra de la façon dont Paul George parviendra à retrouver ses sensations après de mauvais play-offs. Il faudra voir, aussi, dans quelle mesure le nouveau coach Tyronn Lue, qui remplace Doc Rivers, parviendra à imposer sa griffe. Les Golden State Warriors, avec le rétablissement des Splash Brothers Stephen Curry et Klay Thompson, associés à Draymond Green, Andrew Wiggins et James Wiseman (le numéro deux de la dernière draft), auraient dû représenter un autre adversaire redoutable. Mais Thompson, qui venait tout juste d'être remis sur pied après une déchirure des ligaments croisés, s'est cette fois déchiré le tendon d'Achille durant la préparation. Un coup dur pour les Warriors, qui ont certes engagé Kelly Oubre après cela, mais qui risquent d'être un peu courts pour le titre. C'est surtout du côté des Portland Trailblazers que les deux équipes de Los Angeles trouveront à qui parler dans la Conférence Ouest. Leur duo Damian Lillard-CJ McCollum est désormais mieux encadré. Les Dallas Mavericks ont également du répondant, avec cette véritable pépite qu'est le jeune Luka Doncic, 21 ans à peine. Le Slovène doit espérer que les genoux de son équipier Kristaps Porzingis tiendront le coup pendant une saison entière. Chez les Houston Rockets, on se demande si James Harden formera un meilleur duo avec John Wall arrivé de Washington en échange de Russell Westbrook . Dans la Conférence Est, les Philadelphia 76'ers restent une énigme. Avec Joel Embiid et Ben Simmons, ils possèdent deux superstars qui n'ont pas grand-chose à envier à LeBron James et Anthony Davis, sur le plan physique en tout cas. Mais le premier tombe trop souvent dans la facilité, et le second accuse trop de lacunes au tir à trois points alors qu'il brille dans tous les autres domaines. Son association avec le centre Embiid n'est dès lors pas idéale. Le nouveau manager général Daryl Moreyw à cependant réussi à attirer deux bons tireurs à Philadelphie ( Seth Curry et Danny Green), ainsi qu'un nouveau coach très expérimenté, Doc Rivers. À suivre également: les Brooklyn Nets, où la superstar Kevin Durant remontera sur les parquets le 22 décembre, 540 jours après s'être déchiré le tendon d'Achille lors de la finale 2019. S'il parvient à retrouver son niveau d'antan, et s'il parvient à s'entendre avec son nouveau bras droit, le génial Kyrie Irving aussi imprévisible que sujet aux blessures, les Nets pourraient aller loin sous la houlette du nouveau coach, Steve Nash. Leur effectif est déjà très large, et pourrait encore être complété avec James Harden, via un échange historique avec Houston sur lequel on spécule déjà beaucoup. Une dernière question n'a pas encore trouvé de réponse (du moins, au moment du bouclage de ce magazine): le double MVP Giannis Antetokounmpo restera-t-il chez les Milwaukee Bucks? On lui propose de prolonger son contrat pour cinq années supplémentaires, au tarif de 192 millions d'euros (le plus gros contrat jamais offert en NBA). Mais estime-t-il que les Bucks sont suffisamment armés pour enfin remporter le titre, après deux éliminations précoces en play-offs? Milwaukee s'est renforcé avec le distributeur Jrue Holiday, mais a loupé Bogdan Bogdanovic. Si Antetokounmpo ne prolonge pas et quitte Milwaukee (pour Dallas, Golden State, Miami ou Toronto? ), cela pourrait provoquer un bouleversement au sein de la NBA. Au point de faire, malgré tout, vaciller le trône de LeBron James? Pendant 45 minutes, les joueurs des LA Lakers et des LA Clippers ont été proches de quitter la bulle de Disneyworld, à la fin août. Les joueurs de Milwaukee avaient décidé de boycotter un match, furieux qu'un agent de police blanc ait tiré à sept reprises dans le dos du citoyen noir Jacob Blake. La NBA s'était pourtant efforcée de bannir le mouvement Black Lives Matter, avant et pendant les matches à Orlando, mais en vain. LeBron James et Cie ont donc envisagé de mettre un terme définitif à la saison. Jusqu'à un coup de fil d'un certain Barack Obama, qui les a convaincus de continuer, car les play-offs pouvaient leur offrir une belle plateforme pour offrir une visibilité au mouvement BLM. Les joueurs ont marqué leur accord, à la condition que les propriétaires des franchises s'engagent à poursuivre la lutte contre le racisme, les inégalités sociales et la réforme du système judiciaire après la saison. 23 des trente franchises ont transformé leur salle en bureau de votes lors des élections présidentielles. Différentes initiatives ont également été prises, y compris par LeBron James, dont la campagne More Than A Vote a encouragé les gens à aller voter. Elle a porté ses fruits, car les Afro-Américains, notamment, se sont rendus en masse dans les bureaux de vote. Pour la plus grande joie de James, dont la mère a même été voter pour la première fois. LBJ a souligné que l'initiative More Than a Vote n'était pas un one-shot, et que même sans Donald Trump, il continuera à lutter pour le changement. La NBA Foundation a également été portée sur les fonts baptismaux: il s'agit d'un fonds de 300 millions de dollars répartis sur dix ans, mis sur pied par la NBA, les propriétaires de franchises et le syndicat des joueurs, qui doit soutenir financièrement l' empowerment économique au sein de la communauté noire. La NBA et le syndicat des joueurs a aussi annoncé la création d'une nouvelle National Basketball Social Justice Coalition, une organisation qui doit soutenir les efforts fournis. La coalition se compose de cinq joueurs (dont Carmelo Anthony, Donovan Mitchell et Karl-Anthony Towns), cinq propriétaires de franchises et deux coaches, auxquels il faut ajouter le patron de la NBA Adam Silver, son assistant Mark Tatum et la directrice du syndicat des joueurs Michelle Roberts. À la mi-novembre, elle et cinq joueurs ont été reçus en audience au Vatican le pape François, à qui ils ont pu expliquer leurs initiatives. La NBA dispose donc déjà d'un soutien papal. Il pourrait être utile pour mener la prochaine saison à bon terme.