TOM BOONEN

Ses deux grands-pères, Raymond et André, ont été coureurs. André était très moyen et a transmis le virus à ses fils. Sven a opté pour une autre vie mais on a toujours parlé de vélo chez les Boonen. " Même si nous n'avons jamais poussé Tom ", assure André. " Nous voulions qu'il ait une enfance la plus normale possible. Selon moi, c'est pourquoi Tom a encore soif de victoires aujourd'hui. Le mot pression ne faisait pas partie de notre dictionnaire. Quand je vois comment certains parents poussent leur enfant, je me pose des questions. "
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Ses deux grands-pères, Raymond et André, ont été coureurs. André était très moyen et a transmis le virus à ses fils. Sven a opté pour une autre vie mais on a toujours parlé de vélo chez les Boonen. " Même si nous n'avons jamais poussé Tom ", assure André. " Nous voulions qu'il ait une enfance la plus normale possible. Selon moi, c'est pourquoi Tom a encore soif de victoires aujourd'hui. Le mot pression ne faisait pas partie de notre dictionnaire. Quand je vois comment certains parents poussent leur enfant, je me pose des questions. " Chez les jeunes, Tom était très frivole mais cela a changé lorsqu'il est devenu Espoir. " A partir de ce moment-là, je n'ai plus voulu qu'il tourne autour des églises et je l'ai envoyé en Ardennes. " C'était aussi la volonté de Dirk Demol, son directeur sportif actuel chez Quick Step, qui l'encadrait déjà à l'époque, chez les Groeninghespurters de Courtrai. Demol avait vu dès le départ que le petit Tom de Balen avait un sérieux potentiel. " Il n'est pas arrivé souvent que je me rende chez des jeunes pour parler de leur avenir ", dit-il. " André et moi étions pratiquement toujours sur la même longueur d'ondes quant au programme de Tom. Nous y sommes allés pas à pas. " C'est également Dirk Demol qui emmena Boonen, tout frais émoulu champion de Belgique Espoirs, chez US Postal. Il y fit directement bonne impression. Même Lance Armstrong le disait : " Ce gars-là sait ce qu'il veut et va y arriver. " Au Tour des Flandres, le gamin tira d'ailleurs Armstrong sur les pavés de Kerkgate à Mater. Une semaine plus tard, Boonen fit encore plus fort en emmenant, dans des conditions infernales, la poursuite sur un Museeuw déchaîné. Boonen se classa troisième, Museeuw avait trouvé son successeur. " Je savais qu'il fallait surveiller ce garçon et j'avais conseillé au sponsor et au manager de le faire signer un nouveau contrat mais nous sommes arrivés trop tard ", poursuivait Armstrong. Boonen passa chez Quick Step et s'engouffra, plus tôt que prévu, dans le trou laissé par Museeuw. 2003 fut une année de transition. En 2004, il remporta quelques semi-classiques et deux étapes du Tour. En 2005, il explosa complètement : à 24 ans à peine, il était le roi du monde. " Tom est un athlète né. Il aurait été un champion dans n'importe quelle discipline ", dit Luca Guercilena, directeur sportif chez Quick Step. " Même à l'entraînement, il n'arrête pas de me surprendre. Tom est presque toujours bon. Et même lorsqu'il est en moins bonne condition physique, il compense par sa puissance. " Peter Hespel, physiologue de l'effort à la KUL, est presque lyrique lorsqu'il parle des capacités physiques de Boonen. " Un coureur extraordinaire ", dit-il, rappelant qu'il a établi " les meilleurs tests dans la catégorie des coureurs de son profil. " Un Tom Boonen en puissance, en plein sprint, pousse du 53X11. Son corps se met dans le rouge, son c£ur bat à 195 pulsations/minutes et il développe du 1650 watts (130 kg à chaque coup de pédale). Une vraie bombe ! " En fait, je n'aime pas sprinter ", disait Tom Boonen au Tour 2006, où les choses ne roulèrent pas vraiment pour lui. " Tom n'est pas un sprinter pur sang ", dit son rival, Robbie McEwen. " Ce que je dis n'est pas nouveau. Je veux dire que Tom est si fort qu'il est souvent imbattable dans la dernière ligne droite. Ce n'est pas un éclair mais il est très puissant. Il a déjà prouvé qu'il pouvait remporter des sprints massifs. Ce n'est pas encore le cas de Van Avermaet. " Boonen est fort dans les prologues mais il ne sera jamais un as du contre-la-montre. Le fait qu'il ait remporté le maillot vert l'an dernier prouve qu'il a plus d'atouts qu'un sprinter pur comme Mario Cipollini. On a longtemps cru qu'il pourrait aussi tirer son épingle du jeu dans des courses comme Liège-Bastogne-Liège ou l'Amstel Gold Race. Lui n'en croit rien. " Il a les mensurations idéales pour être l'un des meilleurs dans ses disciplines ", dit Luca Guercilena. " Autrement dit, le sprint et les classiques pavées du printemps. Laissez-le continuer de la sorte. " Il doit donc s'entraîner de façon spécifique et intensive au sprint. Avant le Tour 2006, il avait négligé cet aspect et n'a été que l'ombre de lui-même. " Sa grande force, c'est le mental. Il est fort dans sa tête et c'est la base de tout ", dit Wilfried Peeters, directeur sportif de Quick-Step. " Quand on voit tout ce qui lui tombe dessus et la façon dont il s'en sort... Chapeau. " C'est aussi l'avis de son équipier et ami, Kevin Hulsmans. " Personne ne peut imaginer ce qu'il a déjà vécu. En Belgique, on adore casser les gens : Museeuw, Vandenbroucke, etc. Cela lui fait de la peine mais Tom reste serein malgré tout. Je ne sais pas comment il fait. Moi, je ne pourrais pas. Il me surprend chaque fois un peu plus. "Les années passent mais son envie de courir reste intacte. Il aime le vélo. On s'en est aperçu à l'occasion des stages de l'équipe Quick Step. " Ce n'est pas parce qu'il a dit qu'il arrêterait dans cinq ans maximum qu'il est à bout, au contraire ", dit Luca Guercilena. " Tom adore toujours le cyclisme et parvient à se concentrer sur la course et les victoires. "" C'est l'un de ses points forts ", dit Guercilena. " Il sait quand il doit attaquer et quand il faut attendre. C'est pour cela qu'il a gagné autant de courses. " Dans celles qui comptent vraiment, il réfléchit énormément. Mais par le passé, il se laissait emporter par son tempérament. Il voulait faire ses preuves. Comme dans A Travers la Flandre 2006. Ce n'était pas une question d'analyse : il voulait juste impressionner les autres. Kevin Hulsmans donne un exemple qui date du récent Tour du Qatar : " Nous préparions le contre-la-montre par équipes. Lors de la reconnaissance, nous nous relayions à 60, 62 km/h. Lorsque Tom prit la tête, le compteur monta à 66. Personne n'a hésité à pousser un peu plus grand. Tom est plus qu'un leader : c'est un ami et un gentleman. Il nous remercie sans cesse et c'est comme cela qu'il montre qu'il est le chef. Il fait preuve de gratitude à travers de petites choses mais ce sont justement celles-là qui comptent. Il envoie un SMS, donne une petite tape sur l'épaule ou nous invite à prendre un morceau de tarte. C'est la classe : en tant que coureur et en tant qu'homme. Je n'oublierai jamais ce qu'il a fait pour moi. Je le lui ai encore dit dernièrement : -Tom, tu as fait ma carrière. Tu te rends compte ? " " Quand il est question de son vélo, Tom sait ce qu'il veut ", dit Kurt Roose, le mécanicien de Quick Step. " Nous savons qu'il aime les choses spéciales : une selle ou un guidon blanc, un cadre couleur jaune Lamborghini... Le look compte mais, évidemment, la stabilité et le confort conservent la priorité. Quand Tom appuie sur les pédales, le vélo souffre. Je ne peux pas dire qu'il est exigeant mais, si ce n'est pas bon, il le dit. Il n'a de leçons à recevoir de personne en matière de matériel. " S'il n'est plus aussi spontané, Tom Boonen dégage toujours autant de charisme. En 2005, sa meilleure année, tout ce qu'il touchait se transformait en or. " Malgré tout, il est resté le même. Il ne s'est pas mis à planer et j'en suis fière ", dit sa maman, Agnes Melis. Au fil des ans, son entourage a pourtant dressé un mur. Boonen fait aujourd'hui partie du domaine public. S'il a une nouvelle copine, une nouvelle voiture ou s'il déménage à Monaco, l'information fait le tour du monde. " Au sujet de Tom, les médias en sont arrivés à une phase où le vélo n'a plus qu'une importance secondaire ", dit Peeters. " Vous vous rappelez l'histoire de cocaïne de Tom Vannoppen ? On se serait cru en Amérique. " Greg Van Avermaet (22 ans) est le fils de Ronald Van Avermaet, qui fut professionnel pendant trois ans au début des années 80. Mais l'origine du microbe est plus ancienne puisque les deux grands-pères de Greg ont été coureurs dans les années 50. Sa mère, Bernadette Buysse, a brillé en athlétisme. Van Avermaet a donc le sport dans les gènes. Il n'a pourtant commencé à courir qu'en 2003. Avant cela, il jouait au football. En Minimes, il fut repéré par un recruteur du SK Beveren, où il ne parvint toutefois pas à conquérir sa place en équipe première. C'est pour cela qu'il opta pour le vélo. Guidé par son beau-frère, le professionnel Glenn D'Hollander, il remporta trois succès dès sa première année chez les Espoirs. Lors de sa deuxième saison, il s'imposa même à Hasselt-Spa-Hasselt. En 2006, il atterrit chez Bodysol, où il confirma en remportant, notamment, le titre national espoirs à Charleroi. Chocolat Jacques, La Française des Jeux et Prédictor-Lotto se le disputaient. Il opta pour Lotto. " On peut comparer Tom Boonen et Greg Van Avermaet dans la catégorie des néo-pros ", dit José De Cauwer. " Je constate que Van Avermaet est déjà bien plus avancé que ne l'était Boonen à l'époque. Je pense également que sa carrière sera plus longue. " La troisième place de Boonen dans l'Enfer du Nord a pourtant plus d'impact que les petites victoires engrangées jusqu'ici par Van Avermaet. " C'est une question de point de vue ", dit Glenn D'Hollander, devenu l'équipier de son beau-frère. " Pour moi, Boonen a véritablement préparé Paris-Roubaix. Les gens se souviennent de son résultat mais Greg a fait preuve d'une grande régularité tout au long de la saison. Il a été présent du Tour du Qatar à Paris-Tour : impressionnant. " Herman Frison, premier directeur sportif de Van Avermaet chez les professionnels, fut directement sous le charme. " Si j'avais eu l'occasion de prendre des actions sur lui, je l'aurais fait sans hésiter ", dit-il. Même le grand Eddy Merckx se disait impressionné : " Evidemment, il doit confirmer. Ce sera son plus grand défi. " Au banc d'essai, Van Avermaet développe 500 watts. " Cela peut sembler peu mais, proportionnellement, ce n'est pas mal ", dit José De Cauwer. C'est en tout cas déjà 25 watts de plus que l'an dernier. Et on saura bientôt ce que cela signifie en pratique. " Ce ne sont que des tests ", dit Van Avermaet. Frison ne doute pas du fait qu'il éclatera bientôt mais il ne veut pas lui imposer de date butoir. " Il faut lui laisser encore un peu de temps. Si ce n'est pas pour cette année, ce sera pour la prochaine. Mais s'il continue de la sorte, il peut gagner un jour Paris-Roubaix et le Tour des Flandres. " Kevin Hulsmans, lui, ne pense pas que Van Avermaet va s'imposer à la vitesse d'une comète, comme l'a fait Boonen. " Greg a la classe mais il lui faudra plus de temps qu'à Tom pour faire la loi dans les grandes épreuves ". " Greg n'est pas fait pour les sprints massifs. C'est plutôt un finisseur plein de punch dans les derniers mètres ", dit Robbie McEwen. Herman Frison est tout à fait d'accord. " L'an dernier, au GP Rik Van Steenbergen, il a devancé Nico Eeckhoudt, qui n'est pas parmi les plus lents. " Dans les sprints massifs, Van Avermaet éprouve encore des difficultés à choisir la bonne place. " Il manque d'habileté pour se faufiler dans le paquet et dérouler ", dit José De Cauwer. " Van Avermaet est plus qu'un sprinter, il peut même devenir un bon grimpeur ", prétend Eddy Merckx. Les avis sont pourtant partagés. Glenn D'Hollander : " Les longues côtes ne sont pas pour lui. Il ne doit pas y perdre son énergie. Il est plutôt du type Museeuw : ce n'est pas un coureur de tours mais quelqu'un qui sait mordre sur sa chique et frapper au bon moment. " Le contre-la-montre n'est pas son dada non plus. " Je ne dis pas que je hais cela parce que c'est une épreuve spéciale mais ce n'est pas là-dedans que je vais briller ", dit-il. Alors que Boonen ne songe plus à l'Amstel Gold Race, Van Avermaet n'a pas encore enlevé cette course de son programme. " Je pense qu'à terme, Greg peut se débrouiller dans les courses où ça grimpe un peu plus ", dit José De Cauwer. Van Avermaet est assidu et possède la rage de vaincre. " Pour lui, tout est compétition ", rigole De Cauwer. En stage, à Albufeira, il fit forte impression. " Notre hôtel était situé au sommet d'une colline ", dit De Cauwer. " Chaque entraînement se terminait par une course. Chaque jour, Van Avermaet arrivait le premier, au grand dam de LeifHoste et Cie. Croyez-moi : ce gars-là n'est pas comme les autres, il rend tout le monde fou. (il rit). " Van Avermaet est tellement motivé qu'il ne sait pas perdre. " Après une défaite au sprint, il ne faut pas lui parler ", dit Herman Frison. " Je dois alors lui rappeler qu'il doit déjà penser au lendemain. Au Tour du Qatar 2007, il était furieux d'avoir raté la bonne échappée. Mais le lendemain, il était présent et il s'imposait. " " Il y a peu, nous nous sommes entraînés de manière très dur sur la piste de Gand ", dit D'Hollander. " Nous étions vidés et pourtant, il m'a encore demandé d'aller rouler deux heures avec lui sur la route. Parfois, je me dis que ce n'est pas possible. "" Van Avermaet est un coureur rusé ", dit Wilfried Peeters, directeur sportif de Quick-Step. " Il observe beaucoup et il apprend vite. José De Cauwer estime cependant que la route est encore longue. " Il est vrai que Van Avermaet fait toujours partie de la bonne échappée mais c'est parce qu'il réagit dès que cela démarre ! Il suffit que quelqu'un fasse semblant d'appuyer un peu sur les pédales pour qu'il s'emballe. S'il arrive à se contrôler davantage, il sera encore plus performant. "Lors de la présentation de l'équipe Silence-Lotto, on plaça Van Avermaet parmi le groupe des cinq sprinters de l'équipe (avec Hoste, McEwen, Evans et Popovych). Cela veut tout dire. " Ce n'est pas encore un leader mais il va le devenir ", dit De Cauwer. " Il s'est très rapidement fait respecter au sein de l'équipe mais il est encore trop tôt pour lui demander de la porter. Hoste est là pour ça mais il est bon que Greg puisse se mettre en évidence de temps en temps. Il aura sa chance et je suis certain qu'il saura la saisir. Les valeurs confirmées ne sont pas jalouses car elles savent que Van Avermaet représente l'avenir. " Leif Hoste, par exemple, se dit heureux qu'on accorde à Van Avermaet la chance que lui-même n'a jamais eue. " Moi, on m'a trop souvent répété que je n'étais pas fait pour les classiques et j'ai perdu cinq ans ", dit-il. " Greg n'est pas très exigeant au sujet de son vélo ", dit le mécanicien, Bart Leysen. " On ne travaille pas sa position en machine. " Selon Leysen, Van Avermaet est très respectueux du matériel. " Quand il rend son vélo d'entraînement, il est toujours nickel : propre et en excellent état. Tandis qu'avec certains coureurs, il faut mettre plusieurs paires de gants pour le nettoyer ! " Discret, le Waaslandien semble à l'opposé du flamboyant Tom Boonen. " Ce n'est pas lui qui va vous faire des déclarations fracassantes ou faire le fanfaron mais c'est un gars qui sait tenir son rang au sein de l'équipe et s'amuser ", dit Herman Frison. Glenn D'Hollander souligne surtout sa modestie et son réalisme. " Une de ses grandes qualités, c'est de pouvoir garder les pieds sur terre. Il sait mieux que quiconque ce qui lui convient ou pas. "Wilfried Peeters pense que Van Avermaet va s'imposer. " Il est sur le bon chemin mais arriver au sommet est une chose, s'y maintenir en est une autre. Tom Boonen, par exemple, confirme d'année en année. "par frederik backelandt