"C'est normal qu' Aimé apprécie tant les joueurs africains. Comme eux, il a toujours joué au football du matin au soir"... Ex-bourgmestre VLD de Lokeren, Georges Anthuenis est le frère aîné d'Aimé.
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"C'est normal qu' Aimé apprécie tant les joueurs africains. Comme eux, il a toujours joué au football du matin au soir"... Ex-bourgmestre VLD de Lokeren, Georges Anthuenis est le frère aîné d'Aimé. S'il fut un grand amateur de vélo avant de se lancer dans la politique, il confesse qu'aussi loin qu'il se souvienne, son frangin n'a jamais juré que par le seul football : "J'avais douze ans et lui quatre à peine quand, de manière on ne peut plus sérieuse, Aimé m'a confié, pour la toute première fois, qu'il comptait faire du ballon rond son métier. A l'époque déjà, il shootait du matin au soir. Non seulement sur les plaines de jeux mais également dans la rue. Il aurait sans doute fait carrière comme joueur si la poisse ne s'était acharnée sur lui sous la forme de problèmes aux genoux. Il avait toutefois la passion étroitement chevillée au corps et il était somme toute logique qu'il se destine au coaching. D'autant qu'il a toujours été un meneur d'hommes. Petit, déjà, il se profilait comme un leader. Hij was een echt baasje. Et rien ni personne n'était en mesure de le faire changer d'avis quand il avait une idée fixe. Cet entêtement est, d'ailleurs, toujours l'une de ses caractéristiques, aujourd'hui. Car plus on lui parle de rotation, moins il se soucie de faire tourner son effectif ( il rit). Au crépuscule de sa carrière, je suis heureux qu'il récolte, enfin, le fruit de ses mérites, en tant que coach, par le biais de distinctions aussi bien collectives qu'individuelles. Il a beau faire figure d'autorité aujourd'hui, ses compétences n'en étaient pas moins grandes, déjà, au tout début de sa carrière. Personne, mieux que lui, n'a su tirer la quintessence de certains joueurs, fût-ce à présent à Anderlecht, ou à Lokeren, lors de ses premiers pas dans la corporation. La preuve par Dimitri Mbuyu par exemple qui, tant au Club Brugeois qu'au Standard, n'a plus jamais été en mesure de confirmer tout le bien qu'on disait de lui au moment où Aimé l'avait sous sa férule à Daknam. Et ce raisonnement peut être tout aussi bien étendu à Daniel Kimoni, qui n'a plus eu voix au chapitre, ni à Genk ni chez les Diables Rouges, après que mon frère eut quitté le Racing. Cette faculté à faire se sublimer un joueur, n'est manifestement pas donnée au premier venu. C'est pourquoi Aimé a, à mes yeux, l'étoffe des meilleurs". Daniel Van Rysselberghe aura été, pendant plus de vingt ans, un des collègues de travail d'Aimé Anthuenis au service comptabilité de l'Université de l'Etat, à Gand. Il conserve de lui le souvenir d'un homme aussi organisé dans la vie de tous les jours que son équipe pouvait l'être sur le terrain : "En raison de ses activités dans le football, Aimé eut tôt fait de devenir l'employé le plus célèbre parmi les trois cents que comptait le bâtiment. A fortiori après qu'il fut devenu entraîneur de la Première de Lokeren. Est-il besoin de préciser que, le lundi, il était davantage question des résultats du week-end que de la gestion des affaires courantes ( il rit). Vu sa double occupation, Aimé a toujours été un homme très méthodique. Il n'y avait pas mieux ordonné que lui au sein de notre département. Pourtant, la combinaison de ces deux fonctions n'était pas toujours une sinécure. D'autant que, sous sa férule, le club de Daknam fut amené à jouer en coupe d'Europe. Au départ, il n'avait dès lors d'autre ressource que de rogner sur ses jours de congé. De 1985 à 91, il a travaillé à mi-temps chez nous, avant de demander une interruption de carrière pendant cinq ans. A son échéance, il a dû faire un choix définitif et a finalement opté pour la carrière de coach. Certains s'étonneront, probablement, qu'il ait tranché sur le tard. Mais c'était typique du personnage. Aimé a toujours été quelqu'un de très prudent. Cette caractéristique s'est d'ailleurs longtemps retrouvée dans le football qu'il prônait car il a toujours assuré ses arrières aussi, sur le terrain. Même s'il a changé quelque peu son fusil d'épaule aujourd'hui, à Anderlecht. A dire vrai, je ne pensais pas qu'il aboutirait au Sporting un jour. Non pas que je doutais de ses qualités d'entraîneur. Mais vu son absence de vécu et de nom, je l'imaginais davantage à La Gantoise. Ce que j'apprécie tout particulièrement chez lui, au même titre que les autres membres du département, c'est qu'en dépit de sa formidable ascension, Aimé n'a jamais oublié d'où il venait. Chaque année, nous avons droit à ses voeux et, quand son emploi du temps le permet, à l'une ou l'autre visite. On remarque alors que, malgré la gloire, il est resté le même gars jovial. Au discours toujours aussi branché sur le football, évidemment ( il rit)". Cheville ouvrière du Racing Lokeren, club où Aimé Anthuenis fit ses premiers pas comme entraîneur, et qui est devenu le Sporting Lokeren Sint-Niklaas Waasland suite à des fusions avec le Standaard Lokeren et le SK Sint-Niklaas, Fil Laureys connaît Aimé Anthuenis depuis près d'un demi-siècle. Et n'est guère étonné par sa trajectoire : "Aimé a toujours été désireux de transgresser ses limites. Aussi bien comme joueur qu'en tant qu'entraîneur. S'il a quitté Daknam en 1987 pour s'en aller tenter sa chance au Sporting Charleroi, c'est parce qu'au terme de sept années là-bas, auprès des jeunes d'abord, puis à la tête de l'équipe-fanion, il ne voulait pas que son nom fut associé de manière définitive à un seul et même club. Personnellement, je l'ai dissuadé de partir au Mambourg, pour se retrouver dans un club qu'il ne connaissait guère et dans une région dont il ne maîtrisait pas la langue. Mais Aimé est ainsi fait que quand on l'avise de ne pas faire quelque chose, il en prend toujours le contre-pied. De la même façon, je sais que certains ont voulu le raisonner, à Genk, en lui disant qu'Anderlecht n'était pas un club pour lui. Et si la direction de ce club a choisi de lui offrir un nouveau contrat jusqu'en 2004, je pense que cette décision en dit long sur l'estime qu'on lui porte là-bas. Pour moi, le plus grand mérite d'Aimé au Parc Astrid est d'avoir toujours su fondre les qualités individuelles dans la collectivité. Ce n'est pas un hasard si certains ont atteint, sous ses ordres, une dimension insoupçonnée tout en faisant bénéficier les autres de leurs qualités. Je songe à un Branko Strupar au Racing Genk par exemple ou à Pär Zetterberg à Anderlecht la saison passée. Dans un même ordre d'idées, si un Bart Goor ou un Jan Koller permettent à ce club de réaliser une affaire financière juteuse, c'est sûrement dans une large mesure au travail réalisé sous la coupe d'Aimé qu'ils le doivent. Au même titre que ses joueurs, j'ai le sentiment qu'Aimé lui-même s'est étoffé dans la capitale. Au fil des mois, il a fait évoluer son système de jeu, tout en restant performant. La preuve par la trajectoire extraordinaire réalisée par les Mauves tant en Ligue des Champions que dans le cadre de la compétition belge cette saison". Ancien président du Sporting Charleroi, Jean-Paul Spaute fut à la base de l'arrivée d'Aimé Anthuenis comme entraîneur chez les Zèbres, en 1987. Une expérience qui se limita à sa plus simple expression, même si l'ex-chairman du Mambourg soutient que le Lokerenois fut l'un des meilleurs mentors qu'il ait connus au boulevard Zoé Drion : "J'ai rencontré pour la toute première fois Aimé au beau milieu des années 80, à l'occasion d'un tournoi de jeunes à Hambourg auquel prenaient part à la fois les UEFA de Lokeren, qu'il dirigeait, et nos meilleurs juniors. J'avais été frappé par la culture footballistique de cet homme et je m'étais fait la réflexion que tôt ou tard elle lui servirait. Ce qui s'est bel et bien vérifié puisqu'après avoir entraîné la formation représentative de Daknam, il aboutit au Pays Noir. Ses débuts, au Mambourg, auront été difficiles. En dépit d'une amélioration des résultats, en cours de saison, il préféra finalement s'en tenir à une courte expérience d'un an au lieu d'aller au bout de son engagement de deux ans. Avec le recul, je me dis qu'il avait vraisemblablement sous-estimé l'un ou l'autre aspect de notre réalité. A Lokeren, il était réellement chez lui puisque toute sa vie et toute sa carrière s'étaient déroulées là-bas. Au Sporting, il s'est retrouvé pour la première fois en terre étrangère, dans une région dont il ne maîtrisait pas encore bien la langue de surcroît. Il a dû composer aussi, chez nous, avec la pression des médias et de La Nouvelle Gazette en particulier. Et, manifestement, il y était insuffisamment préparé. Son séjour au Mambourg n'aura toutefois été un échec ni pour lui ni pour nous. Car je crois que c'est à Charleroi, précisément, qu'il s'est aguerri en apprenant ce qu'était le stress du métier, et le besoin d'une bonne communication avec les représentants de la presse. Aujourd'hui, je le surprends à être beaucoup plus cool et son message passe de manière remarquable. Un entraîneur de sa trempe serait du pain béni au Sporting. J'ai gardé un formidable contact avec lui. Et il nous arrive encore de discuter à propos du jeu ou de ses acteurs. Dans ce domaine-là, il n'a pas changé : il n'admet pas vite qu'il n'a pas raison ( il rit)". Président frais émoulu du Racing Genk, en 1995, Rémy Fagard prit la décision, en octobre de cette année, de confier la direction sportive de l'équipe Première à Aimé Anthuenis. Ce fut un coup dans le mille puisque sous sa férule, le club limbourgeois remporta la Coupe de Belgique en 1998 et le titre de champion la saison suivante : "La désignation d'Aimé fut, sans conteste, ma meilleure décision durant les quatre saisons passées à la tête du club. Je n'oublierai pas de sitôt notre première entrevue : après dix minutes à peine, il avait mis le doigt sur les faiblesses de l'équipe et sur la manière d'y remédier. Il n'en fallut pas plus pour me convaincre. Ma chance, et celle du Racing, à ce moment, fut d'avoir engagé un homme providentiel. Et dont le vide, après son départ, n'a toujours pas été comblé jusqu'ici. On ne compte plus, en tout cas, les bonnes affaires que Genk a réalisées avec lui. Je me rappelle, un beau jour, avoir assisté à ses côtés à une rencontre des doublures de Lommel. Au sein de la ligne d'attaque y figurait un certain Mark Hendrikx. Il n'avait pas fait fureur à cette occasion, mais Aimé m'exhorta de le transférer sous prétexte qu'il en ferait un bon... back gauche. Je n'en revenais pas, mais je me suis rangé à son avis. Avec le bonheur que l'on sait. Des exemples pareils, il y en a eu à profusion. Tant qu'Aimé était là, du moins. Depuis son passage à Anderlecht, c'est le néant à ce niveau à Genk. Je suis persuadé que si Aimé était resté au Limbourg, jamais un Timmy Simons n'aurait pris le chemin du Club Brugeois ou Geri Cipi celui de La Gantoise, par exemple. Il aurait fait en sorte que ces deux-là, pour ne citer qu'eux, aboutissent chez nous. Si j'ai bon espoir que le Racing reprendra un nouveau départ sous la gouverne de Sef Vergoossen, la saison prochaine, je n'en aspire pas moins à voir Aimé revenir au stade du Phénix tôt ou tard. Et je crois que lui-même n'y verrait absolument aucun inconvénient. Si Anderlecht ne lui propose pas le poste de directeur technique, la direction actuelle des Bleu et Blanc devrait songer à lui pour un poste similaire. Car Aimé, c'est une garantie de succès". Çinq joueurs du noyau anderlechtois actuel avaient déjà travaillé autrefois sous la direction d'Aimé Anthuenis : Didier Dheedene, Mike Verstraeten et Frédéric Pierre au Germinal Ekeren, en 1993-94 ainsi que Davy Oyen et Bart Goor au Racing Genk. Le premier de 1995 à '98 et le deuxième durant la campagne 1996-97 seulement. Didier Dheedene : "Il a fait long feu au Veltwijckpark mais c'est l'immixtion constante du président Jos Verhaegen qui explique pourquoi son aventure n'a pas été très longue là-bas. A Genk et ici, au Sporting, il a toujours eu les coudées franches au niveau du jeu et des transferts. Chez les Sang et Or, la direction ajoutait constamment son grain de sel. Dans ces conditions, le mariage était voué à l'échec. D'un club à l'autre, Aimé Anthuenis a changé. Chez les Anversois, il était relativement proche des joueurs. A intervalles réguliers, il partageait d'ailleurs la table avec les membres de l'effectif et leurs épouses ou copines. Au Sporting, il est devenu plus distant. Et moins coulant aussi. Par moments, il relâchait l'étreinte aux entraînements, jadis, lorsque, pour l'une ou l'autre raisons, les joueurs éprouvaient le besoin de souffler. Ici, c'est différent. Il ne tolère jamais le moindre relâchement et a même tendance à en rajouter une couche de temps à autre. Le meilleur moyen de faire des heures supplémentaires, avec lui, c'est de lui demander de supprimer un entraînement ( il rit)". Bruno Govers