Le football vit, à Genk, sans l'ombre d'un doute. Il y a deux semaines, le Fenixstadion du RC Genk a été le théâtre d'une véritable fête populaire. Le themacafé Cup Final était rempli de jeunes familles qui s'y sont attardées pour boire un verre ou manger, après la visite du temple dédié au football, avant d'acheter leurs billets pour le match contre le Standard ou de visiter le fanshop. Là, les vareuses de Wesley Sonck, Jan Moons et d' Istvan Brockhauser se vendent comme des petits pains.
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Le football vit, à Genk, sans l'ombre d'un doute. Il y a deux semaines, le Fenixstadion du RC Genk a été le théâtre d'une véritable fête populaire. Le themacafé Cup Final était rempli de jeunes familles qui s'y sont attardées pour boire un verre ou manger, après la visite du temple dédié au football, avant d'acheter leurs billets pour le match contre le Standard ou de visiter le fanshop. Là, les vareuses de Wesley Sonck, Jan Moons et d' Istvan Brockhauser se vendent comme des petits pains. La vente des maillots frappés des numéros 4 et 9, dévolus aux perles noires de Genk, Didier Zokora et Moumouni Dagano, tarde à suivre le même chemin. C'est étrange, car les deux hommes évoluent à un niveau particulièrement élevé depuis le début du championnat. Aux côtés de Sonck, Dagano a trouvé le chemin des buts tandis que derrière, Zokora ferme le verrou sur la défense de Genk. Dagano est particulièrement en forme. La saison passée déjà, les observateurs ne ménagèrent pas leurs compliments au défenseur central ivoirien. Didier Zokora donne l'impression d'être sûr de lui en-dehors des terrains aussi. Ses mots coulent en cascade serrée. Il a séjourné à l'Académie de l'ASEC Abidjan, le centre de formation du Français Jean-Marc Guillou, où il a vécu dès l'âge de onze ans. "Je lui dois tout", tient à préciser Zokora en entamant son récit. "C'est lui qui m'a découvert dans la rue, pendant un match entre quartiers. J'ai passé sept ans à l'Académie: le matin, nous avions cours et nous nous entraînions ensuite. Nous étions cinquante mais nous n'avions pas de chambre individuelle. Tous les jours, nous avions notre portion de football. Nous ne pouvions rentrer à la maison que le week-end. Notre grand rêve était de rejoindre l'équipe fanion. Les places y étaient chères car le noyau A comptait 27 joueurs. Je peux être fier d'avoir été le premier à rejoindre l'Europe". Je voulais jouerC'est Johan Boskamp qui l'a repéré lors d'un match de l'équipe olympique contre le Maroc. Une délégation de Genk a ensuite suivi le joueur lors du tournoi pour Espoirs de Toulouse. Zokora a préféré Genk à un transfert à Arsenal et à l'Inter. "Tout s'est déroulé en concertation avec Monsieur Guillou. Il est bien plus que mon conseiller personnel: je le considère comme mon père en football. Pour l'instant, je n'ai pas besoin de manager. (il rit) Je n'avais aucune envie de moisir quelque part sur le banc de touche d'un grand club avant d'être loué ailleurs. Donc, le RC Genk était un bon choix. En plus, l'entraîneur me voulait à tout prix. L'argent n'était pas ma principale source de motivation. Pour moi, le football est avant tout une passion. Le RC Genk doit maintenant constituer mon tremplin vers un niveau supérieur. Il faut que tout le monde en Belgique me connaisse". Zokora a été confronté avec la rudesse de l'approche de Boskamp. Il a remarqué l'angoisse qu'il suscitait chez ses coéquipiers. D'après lui, cette crainte est l'origine de tout ce qui a été de travers la saison dernière dans le Limbourg minier: "Nous n'avions pas de groupe. Chacun n'en faisait qu'à sa tête. Une série de garçons se sont profilés comme des leaders mais dans le mauvais sens du terme. Ils ont pourri l'ambiance et se considéraient trop comme des vedettes. Ils voulaient briser le moral des autres. Suite aux mauvais résultats, Monsieur Boskamp a perdu toute emprise sur le groupe. Il n'y avait pas de solidarité et de discipline. Son comportement agressif -il ne cessait de crier et de hurler- nous a paralysés. Nous n'osions plus prendre d'initiative et les plus jeunes se sont recroquevillés sur eux-mêmes. Nous étions insultés à la moindre passe ratée. Par facilité, nous avons branché le pilotage automatique. Nous avons pratiqué par longs ballons pour assumer moins de risques".Boskamp faisait peurZokora ne pense pas que le 4-4-2 que Boskamp voulait imposer soit à l'origine des problèmes: "Personnellement, je n'ai pas eu de mal à m'y adapter. J'ai l'habitude de défendre en zone. Mon objectif est toujours le même: éliminer l'adversaire d'une manière sportive. Je commets rarement des fautes mais j'ai remarqué qu'ici, les défenseurs tirent volontiers leurs adversaires par la vareuse. Je ne comprends pas. Si vous êtes supérieur à votre adversaire direct, ce n'est pas nécessaire. Nous avions peur de l'échec. Aucun joueur n'osait engager un duel car il savait qu'il n'était pas couvert". Zokora ne dissimule pas l'admiration qu'il éprouve pour le nouvel entraîneur. " Sef Vergoossen nous a libérés. Nous avons retrouvé le plaisir de jouer. Il est notre valeur ajoutée, il a métamorphosé le groupe. Calme, il est toujours ouvert au dialogue. A ses yeux, l'esprit de groupe prime le reste. Nous avions besoin d'une approche humaine. Nous avons joué aux cartes, organisé un barbecue avec les femmes et les enfants et nous avons reformé un vrai groupe. Tout le monde est égal devant la loi, la discipline est plus stricte. Sur le terrain, nous nous dirigeons les uns les autres. Chaque joueur connaît parfaitement sa mission. Au lieu de jurer, nous nous soutenons". Vergoossen lui a appris qu'une concentration maximale est le seul moyen d'obtenir un bon niveau. Zokora n'est pas du tout surpris que Genk figure si bien en championnat. "Nous ne devons pas dissimuler nos ambitions: cette année, nous jouons pour le titre. Si nous abordons chaque match avec le sérieux requis, nous pouvons réussir. La confiance est là, les résultats sont bons. Pourquoi être réservé dans ses pronostics, alors? Nous ne sommes pas inférieurs à Anderlecht, au Club Brugeois, au Standard ni à La Gantoise, même si nous n'alignons pas de Stoica, Baseggio ou autre Moreira". Vergoosen est très clairL'entraîneur ne parle pas un mot de français: "Mais son langage footballistique a été clair dès le premier jour: nous appuyer sur nos propres qualités et laisser faire le travail au ballon. Quand quelque chose ne va pas, nous pouvons en discuter. Il aime nous corriger mais d'une manière raisonnable. L'entraîneur m'a appris à intercepter. Si je parviens à arriver avant l'adversaire, je suis le premier maillon de la prochaine attaque. Quand je monte, Bernd Thijs doit me couvrir. Tout est convenu et nous nous en tenons à ces mots d'ordre". Didier Zokora fait des projets d'avenir. Ils sont radieux. Il doute fort d'honorer son contrat jusqu'à son terme, en 2005. Anderlecht a pris des renseignements l'été dernier mais l'Ivoirien voit plus loin. "Le RC Genk figure déjà parmi l'élite belge. Je rêve d'un grand club espagnol, pour son football technique et son très haut niveau. Avant cela, je dois progresser, devenir plus costaud. C'est pour ça que je passe tous mes lundis dans la salle de fitness. Nous ne devons pas nous précipiter mais d'ici deux ans, un transfert devrait être possible". Zokora a rejoint Monaco, où se trouve l'équipe nationale de Côte d'Ivoire. Ce stage s'inscrit dans le cadre de la préparation à la Coupe d'Afrique des Nations, qui a lieu en janvier prochain. Si la Côte d'Ivoire, qui aligne aussi Bonaventure Kalou, de Feyenoord, et l'Anderlechtois Aruna Dindane, atteignait la finale, le RC Genk serait privé de son défenseur central pendant un mois. "Je n'y pense guère", explique le joueur. "Ce sera pas ma première participation. Pour les joueurs africains, défendre les couleurs de leur pays constitue un honneur. C'est aussi l'occasion d'acquérir de l'expérience et de progresser". Frédéric Vanheule