L'actualité footballistique du week-end des 17 et 18 mars a été marquée, malheureusement, par deux drames sur les terrains. Le premier s'est produit en Angleterre, dans le cadre d'un quart de finale de la FA Cup entre Tottenham et Bolton. Fabrice Muamba, le médian anglo-congolais des visiteurs avait alors été terrassé par un malaise cardiaque devant les yeux de 32.000 fans et de millions de téléspectateurs. Près de deux semaines plus tard, l'infortuné joueur est toujours aux soins intensifs.
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L'actualité footballistique du week-end des 17 et 18 mars a été marquée, malheureusement, par deux drames sur les terrains. Le premier s'est produit en Angleterre, dans le cadre d'un quart de finale de la FA Cup entre Tottenham et Bolton. Fabrice Muamba, le médian anglo-congolais des visiteurs avait alors été terrassé par un malaise cardiaque devant les yeux de 32.000 fans et de millions de téléspectateurs. Près de deux semaines plus tard, l'infortuné joueur est toujours aux soins intensifs. Le deuxième accident, en football amateur cette fois, avait trait à Gilles Merckx, un joueur d'Arquet, en P1 namuroise, qui s'était effondré lui aussi sur la pelouse, lors de l'échauffement de son équipe à Schaltin. Emmené d'urgence à l'hôpital de Mont-Godinne, ce jeune garçon, âgé de 23 ans à peine, est sorti du coma samedi passé. Depuis le début de ce millénaire, le monde du football a été secoué à diverses reprises par de telles tragédies (cf. cadre). De Marc-Vivien Foé en 2003 à Bobsam Elejiko au mois de novembre dernier, il ne s'est pas passé une seule année sans qu'il y ait eu au moins une fois mort d'homme dans le feu de l'action. Ces cas ne se limitent pas qu'au seul football. D'autres disciplines sont touchées également. Comme le cyclisme il y a quelques années quand une flopée de coureurs hollandais disparurent pour des problèmes cardiaques ou en volley-ball, samedi passé, avec le décès, en plein match, de l'ex-international italien Vigor Bovolenta, à 37 ans. De tels exemples sont-ils plus nombreux à notre époque qu'autrefois ? Michel D'Hooghe, le président de la Commission médicale de la FIFA, nuance. Michel D'Hooghe : Proportionnellement au nombre de pratiquants, le pourcentage de cas n'a pas subi de véritables fluctuations à travers le temps. Annuellement, toutes disciplines confondues, un bon millier de sportifs sont victimes dans notre monde d'un malaise cardiaque létal. Par rapport au passé, c'est essentiellement la médiatisation du phénomène qui a changé. Marc-Vivien Foé a été terrassé sur le terrain, en 2003, lors d'une demi-finale de la Coupe des Confédérations entre la Colombie et le Cameroun, une épreuve diffusée à l'échelle universelle. Pareil drame marque inévitablement les esprits. A fortiori lorsqu'il entraîne une issue fatale, comme dans le cas de la mort subite. La mort subite, appelée sudden cardiac death en anglais, recouvre les décès qui se produisent sur le terrain ou dans les heures qui suivent la pratique sportive. Sept fois sur dix, elle découle d'une crise cardiaque ou d'un accident vasculaire, tel une rupture d'anévrisme par exemple. Les 30 % restants concernent tantôt des coups de chaleur, tantôt encore des crises d'épilepsie ou d'asthme aiguës. Il y a lieu de faire aussi un distinguo entre les jeunes, lisez les moins de 35 ans, et ceux qui ont franchi cette limite d'âge. Chez les premiers, la mort subite est liée dans la plupart des cas à une pathologie cardiaque congénitale, comme une dysplasie ventriculaire ou une cardiomyopathie c'est-à-dire une atteinte musculaire de la paroi du c£ur. Ces gens-là sont des cardiaques ignorés. Pour les autres, elle procède surtout de maladies coronaires dues au tabagisme, au cholestérol voire à la surcharge pondérale. A priori, on serait tenté de croire que les pratiquants d'une discipline sportive sont moins exposés au phénomène que les sédentaires. La proportion de décès est toutefois plus élevée chez eux, dans la mesure où ils sollicitent tant et plus un organe vital atteint parfois d'une malformation au départ. Je m'en souviendrai toujours. C'était le 12 novembre 1972 lors d'un match au Klokke face au FC Liège. A 15 h 12 très exactement, le médian hollandais s'est écroulé d'une pièce sur la pelouse. Je venais d'entrer en fonction au Club Bruges à l'époque, et j'ai d'emblée mesuré la gravité du mal. En attendant l'arrivée de l'ambulance, j'ai pratiqué le bouche-à-bouche et un massage cardiaque. Nico souffrait d'une fibrillation ventriculaire, une anomalie du rythme cardiaque. Son c£ur s'était subitement emballé. Dans ces situations-là, les battements peuvent parfois passer à une fréquence de 600 par minute. Ma plus grande joie, en tant que jeune médecin, fut de le voir ouvrir les yeux, pour la première fois, à sept heures du matin, le lendemain. J'avais passé la nuit à ses côtés, à l'hôpital, et je redoutais vraiment le pire. Il a frôlé la mort. Finalement, il fut sauvé. Mais son c£ur l'a, hélas, lâché définitivement, trois ans plus tard. Tout évolue. Lors du drame qui a frappé Nico Rijnders, les seuls recours étaient le bouche-à-bouche et un massage cardiaque. A l'époque, il n'était pas encore question de l'utilisation, dans un stade de football, d'un défibrillateur, cet appareil qui envoie des décharges électriques afin de relancer le c£ur. Dès 1972, j'ai exigé la présence de matériel d'urgence autour des terrains. A l'image d'un défibrillateur. Utilisé endéans la minute qui suit l'accident, celui-ci permet d'augmenter les chances de survie de 30 à 40 %. Passé ce délai, le pourcentage baisse à 10 % à peine. Au fil des ans, les examens sont devenus de plus en plus pointus aussi. Aujourd'hui, la plupart des grands clubs procèdent à des évaluations cardiovasculaires poussées. Le risque zéro n'existe cependant pas en médecine. En France, le certificat d'aptitude au sport, réclamé dans bon nombre de disciplines, a fait place à un certificat de non-contre-indication à la pratique sportive. On joue sur les mots, mais cela signifie clairement que malgré les dispositions d'usage, on ne peut garantir que le sport n'ait pas d'effet létal. D'autant plus que certaines affections cardiaques sont évolutives. La preuve par les internationaux français Lilian Thuram et Steve Savidan qui ont été obligés d'arrêter brutalement leur carrière, sur le tard, après qu'on eut dépisté chez eux une anomalie restée inaperçue jusque-là. Fabrice Muamba présente peut-être un cas analogue. Mon confrère anglais à la FIFA, Ian Baisley, m'a fait savoir en tout cas que ce garçon avait fait l'objet dans le passé de quatre examens exhaustifs. Et aucun d'entre eux n'avait jamais révélé le moindre problème. Chez ce joueur, il se pourrait donc que la pathologie ait évolué. C'est toute l'Italie qu'il faut mettre en exergue. Depuis 1971, une loi y oblige les sportifs à subir annuellement des examens cardiaques très approfondis. Ils comprennent quatre volets : l'anamnèse, lisez l'ensemble des renseignements recueillis sur les antécédents personnels et familiaux, l'examen clinique des électrocardiogrammes au repos et à l'effort, ainsi qu'une échocardiographie. Sur les 25 dernières années, pas moins de 30.000 sportifs ont été screenés par l'équipe de Francesco Sofi de l'Université de Florence. L'ECG au repos a permis de repérer quelque 350 anomalies et l'ECG à l'effort en a détecté 1.459, c'est tout dire. Au total, 160 personnes ont été déclarées inaptes au sport. Si l'on s'en était tenu à un examen classique, six d'entre elles seulement auraient été recalées. Dans ces conditions, on peut aisément comprendre que des éléments comme Khalilou Fadiga ou Nwankwo Kanu, déclarés bons pour le service suite à des séries de tests moins complets à un stade antérieur de leur carrière, aient été recalés à San Siro. Certains se demanderont sans doute pourquoi cette pratique n'est pas aussi fouillée partout ailleurs. Les raisons sont d'ordre pécuniaire, partiellement. Tous les clubs ne peuvent pas se permettre des examens d'une telle ampleur. Suite à la mort de Foé, la FIFA n'est cependant pas demeurée inactive. Depuis, elle exige que lors des différentes compétitions organisées par ses soins, tous les participants soient dûment screenés sur les plans orthopédique et cardiaque. Cet examen répond en anglais à l'appellation de PCMA : Pre Competition Medical Assessment. Fort de cette prévention, je suis personnellement d'avis que le risque d'accidents fatals peut être raboté de 80 %. Cet aspect-là et la lutte contre le dopage sont les principaux chevaux de bataille, actuellement, au sein du FMARC, le FIFA Medical Assessment and Research Center. Sur base des diverses autopsies réalisées, aucun élément ne permet d'accréditer cette thèse. Mais vous ne m'entendrez pas dire que le dopage n'existe pas en football, même si je pense qu'en sa qualité de discipline collective, il y est moins exposé que des sports individuels. Il n'empêche que dans ce domaine-là aussi, la prévention n'est pas un vain mot à la FIFA. Avant chaque compétition pour les jeunes, nous informons d'ailleurs les participants sur les dangers de ce fléau. Car le dopage va aussi bien à l'encontre de l'éthique sportive que de la santé de ceux qui y recourent. Indépendamment de toutes ces mises en garde, nous ne croisons pas les bras non plus. Annuellement, pas moins de 35.000 contrôles sont effectués par nos soins. A 1.000 dollars pièce, ce sont 35 millions de dollars qui sont dépensés dans ce combat. Mais le jeu en vaut la chandelle car les cas positifs sont extrêmement rares. Sur l'année 2011, nous avons dénombré au total neuf sanctions pour prise d'anabolisants. Un sportif pincé nous coûte donc plus ou moins 4 millions de dollars. C'est cher, mais s'il n'y a pas moyen de viser le zéro avec les accidents cardiaques, nous pouvons peut-être y arriver dans la lutte contre le dopage. A l'avenir, nous voulons £uvrer également en faveur d'un passeport biologique qui a été testé pour la première fois lors du Championnat du Monde des Clubs à Tokyo. Il vise à déterminer les profils hématologique et hormonal des sportifs. Si, sur base de ces données, nous observons des écarts trop importants lors de contrôles, nous savons qu'il y a anguille sous roche. Pour le reste, aussi bien au niveau de la Coupe du Monde que du Championnat d'Europe des Nations, j'ai exigé la signature, par tous les médecins des équipes qualifiées, d'une charte antidopage. Tout à fait. Le propos de la Commission médicale de la FIFA est d'endiguer aussi l'abus d'anti-inflammatoires. A l'occasion de toute compétition d'envergure, nous disposons de listes individuelles sur lesquelles sont répertoriés les médicaments consommés par les sportifs au cours des 72 heures précédant l'événement. A l'analyse, on remarque une consommation excessive de ces produits chez les footballeurs. Ce fléau est autrement plus préoccupant que le dopage. Ici aussi, tout évolue. Quand j'ai été nommé président de la Commission médicale de la FIFA, en 1988, la seule question était de savoir comment nous allions organiser les contrôles antidopage en vue de la Coupe du Monde programmée deux ans plus tard en Italie. Chemin faisant, on a réalisé que le milieu du sport, et du football en particulier, avait des connexions avec les secteurs orthopédique, psychologique, pharmacologique, diététique, etc. A cause du phénomène de globalisation, nous nous sommes rendu compte aussi que d'autres problèmes surgissaient, comme l'adaptation au jet-lag, la pratique du sport dans des conditions extrêmes, liées aussi bien à l'altitude qu'au froid, par exemple. Un bon quart de siècle plus tard, je reste persuadé que si les Diables Rouges ont réalisé une formidable campagne au Mexique, en 1986, c'était aussi grâce à leur préparation scientifique aux fins de matches disputés à plus de 2.700 mètres à Toluca. Au fil du temps, on procède aussi à des adaptations. A l'avenir, quand la température dépassera les 31 degrés, une pause-hydratation sera automatiquement prévue au milieu de chaque période. Elle n'empêche toutefois pas les joueurs de pouvoir boire encore à toute interruption de jeu. Cette mesure remonte à la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis, où les joueurs belges, entre autres, avaient dû disputer des matches sur l'heure de midi, face aux Pays-Bas notamment, par une température avoisinant les 35 degrés et alors que le taux d'humidité était de 95 %. Il y en a eu quatre. Le premier, qui remonte avant mon entrée en fonction, a trait au port obligatoire de protège-tibias. Le deuxième, qui coïncide pour ainsi dire avec mes débuts, c'est précisément la possibilité de s'hydrater durant toute une rencontre. Le troisième, c'est la carte rouge pour le tacle effectué par derrière. Et le quatrième, c'est la même sanction pour un coup de coude volontaire en pleine figure. C'est un geste scandaleux, car il est administré par l'articulation la plus dure du corps, comparable à un marteau, sur le visage, qui en est la partie la plus fragile. Lors de la Coupe du Monde 2002, nous avons eu 12 incidents de ce type. Suite à nos doléances, leur nombre était passé à 2 seulement quatre ans plus tard en Allemagne. Prévenir plutôt que guérir, tel doit être le mot d'ordre. Aujourd'hui, des matches internationaux sont toujours disputés à plus de 4.000 mètres d'altitude à La Paz, en Bolivie. C'est insensé. Comment un footballeur sud-américain actif dans un club de renom en Europe peut-il être prêt pour jouer un match à cette hauteur entre deux rencontres avec sa formation de club au niveau de la mer ? Ce n'est pas permis. Je reste un adversaire acharné de telles pratiques mais tout le monde ne partage évidemment pas le même avis. A commencer par les Boliviens eux-mêmes, déjà vainqueurs du Brésil et de l'Argentine dans leur capitale, par le passé, et qui mesurent fort bien qu'ils ne réussiraient jamais un résultat pareil s'ils jouaient à un autre endroit. Jusqu'ici, au nom de la Commission médicale, je n'ai pas encore obtenu gain de cause à ce sujet. Par contre, ce qui a été accepté, pour les coupes d'Europe, c'est l'interdiction des matches en dessous de -15 degrés. C'est déjà ça de gagné. PAR BRUNO GOVERS" Chez les moins de 35 ans, la plupart des problèmes cardiaques sont dus à des malformations congénitales. " " L'utilisation d'un défibrillateur dans la minute qui suit le malaise permet de diminuer le risque de mortalité de 30 %. " " En France, l'expression aptitude au sport a été remplacée par non-contre-indication à la pratique sportive. "