L'image est plus symbolique alors que son fils termine son premier championnat de D1 sous la bannière mauve, Pierre Kompany nous a fixé rendez-vous dans un restaurant bien de chez nous : Chez Léon.

A Bruparck, près des Boules de l'Atomium, on y propose des moules, bien sûr, mais aussi belgitude oblige, du lapin à la kriek, des anguilles au vert, du waterzooï à la gantoise et des crêpes bonnes à damner tout un stade. Vincent adore d'autant y passer que cette maison est gérée avec le sourire par la cousine de son père. Elle fut la première à miser sur la renommée de cette enseigne fondée en 1893 et qui s'est lancée, via le système des franchises, à la conquête des marchés internationaux. Cet endroit rappelle l'Expo 58, grand rendez-vous mondial qui propulsa la Belgique vers les goldensixties, et qui pourrait être le centre nerveux des Jeux Olympiques en 2016.

Vincent Kompany est jeune, 18 ans, mais a des racines et des ailes, un passé et un avenir. Sa percée est source de joies et de fiertés pour sa famille mais une phrase de son papa recadre les événements, en explique le comment et le pourquoi, est garante de sagesse pour les choix de demain.

" Il ne sert à rien de traverser les océans pour aller s'échouer ", avance- t-il. Un brave homme avait dit cela un jour à Pierre Kompany au Congo. Cette petite maxime le marqua à vie. C'est simple et empreint de sagesse.

Les Kompany ont beaucoup voyagé, d'un pays à l'autre, entre deux cultures, de continent en continent, du statut de réfugiés politiques à la citoyenneté belge. Alors quand on a vécu tout cela, la prudence l'emporte sur la griserie du succès. Le sport a toujours été le fil rouge de cette famille où chaque enfant est roi. Vincent Kompany n'est pas arrivé au top par hasard en apprenant à jouer au ballon dans le quartier de la chaussée d'Anvers dans le centre de la capitale. L'activité sportive et associative a toujours été une philosophie de base chez les Kompany.

" Nous n'avons jamais placé la barre trop haut ", rappelle Pierre Kompany. " Il n'y avait pas d'obligation de se retrouver un jour en équipe fanion. Le plaisir passait avant tout. Son éclosion constitue une surprise bien préparée en équipe Réserve. C'est un laboratoire où Vincent a préparé sa percée sans s'énerver, sans publicité. La joie de le voir en D1 n'en fut que plus agréable ".

Scout à Ganshoren

Dès son plus jeune âge, Vincent se multiplie d'une activité à l'autre. Enfant, il intègre une unité de scouts de Ganshoren. " C'était idéal pour se vider la tête ", dit Pierre Kompany. Flambées, réunions et activités dans le Bois du Laerbeek, camps et jeux de nuit dans les Ardennes peuplèrent les activités de son unité. Via les stages de l'ADEPS, Vincent, sa s£ur Christel (20 ans) et son frère François (14 ans et demi) touchèrent à des tas de disciplines sportives : natation, patinage, équitation, tennis, volley, athlétisme, etc.

" Ce sont aussi des activités sociales très intéressantes ", avance Pierre Kompany. " Avec le temps, leur maman et moi avons constaté que nous voyions sans cesse les mêmes parents lors des différents stages toujours bien organisés de l'ADEPS. On ne peut pas lâcher des enfants dans les plaines de jeux où ils peuvent croiser des caïds n'ayant pas nécessairement la même philosophie de la vie que nous ".

A un moment, Pierre Kompany se retrouva à la croisée des chemins : devait-il se consacrer à sa famille ou miser sur sa carrière professionnelle chez DHL ? " J'étais ingénieur, responsable du service de surveillance de la qualité ", précise-t-il. " Un job passionnant mais dévorant car on pouvait m'envoyer à tout moment en Scandinavie, en Amérique, ou ailleurs, afin de tester, par exemple, l'huile d'un avion. J'ai préféré rester attaché aux miens, à ma famille, à mes enfants. Nous avions voulu nos fils et notre fille. Il était normal de nous en occuper. Cela m'a aussi permis de redevenir enseignant (dessin technique, mécanique,) aux Arts et Métiers à Bruxelles. De plus, tout en étant présent dans mon foyer, un de mes projets, une éolienne pour oxygéner les étangs, a obtenu deux médailles d'or à Bruxelles et à Genève ".

Jeune sportif complet, Vincent Kompany se distingua en remportant un championnat interscolaire de volley. " Il suivait déjà les cours en néerlandais ", rappelle-t-il. " Et, en Flandre, le volley est très important ". Après avoir brillé de la même façon en sprint et au saut en longueur, il bascula définitivement vers le football au début de son adolescence.

" S'amuser, atteindre ce qui était faisable, ne rien précipiter : c'était important pour nous ", souligne Pierre Kompany qui fut aussi un bon footballeur au Congo. Sur cette lancée, il opta pour le transfert de son fils cadet, François, à Malines. Histoire de lui permettre de grandir loin de l'ombre de Vincent ? Là, le père fait une fois de plus preuve de doigté.

" J'avais noté des remarques déplacées dans le chef d'autres parents ", avance-t-il. " A un moment, ils relevèrent que François semblait moins rapide que Vincent. Ils ignoraient bien sûr que François venait de grandir de dix centimètres en un coup. Ce sont des moments délicats. Le jeune doit prendre du repos. Vincent a eu la chance de passer à travers, de croître lors des moments de relâche, entre deux saisons. Mais je me souviens aussi des conseils d'un médecin. Pré-minime, Vincent était fatigué. Le médecin qui l'examina ne tarda pas à lui poser une question : - Veux-tu jouer en D1 plus tard ? La réponse, évidente fusa : -Oui, évidemment. Le verdict ne tarda pas : - Alors, tu dois tereposer et ne plus jouer au football durant un mois. C'était un conseil judicieux. J'ai connu beaucoup de jeunes champions de huit ans qui étaient fatigués, lassés, deux ou trois ans plus tard. Les jeunes doivent s'amuser. Les titres, c'est pour plus tard. En pleine crise de croissance, François a eu mal aux genoux et au dos. Tout cela a été réglé avec le port de semelles orthopédiques et il retrouva sa pointe de vitesse. Les parents s'étonnèrent à nouveau. J'ai eu peur que toutes ces remarques n'aient une influence sur le staff technique. Il était indiqué de déplacer l'enfant. Il n'y a pas qu'Anderlecht. A Malines, c'est fabuleux pour lui. Franky Vercauteren y instaura autrefois une magnifique politique de formation. François en profite. Malines milite en D3 mais quand on y organise une kermesse aux boudins, le stade est bourré. C'est, quelque part, le Celtic belge ".

Supporter de Marseille

Vincent travailla sous la gouverne d' Albert Martens, de Peter Mommaert et de tant d'autres entraîneurs de jeunes qui le préparèrent bien.

" Albert Martens était exigeant, varié, sévère et gentil à la fois ", décrète Pierre Kompany. " Il fut le premier à dire que Vincent atteindrait l'équipe fanion. Il disait qu'il abandonnerait l'entraînement des jeunes si cela ne se réalisait pas. Albert Martens n'hésita pas à crier un jour sur un parent incitant un gamin à céder sa balle, précisant qu'il obligeait les enfants à dribbler. Pour lui, cela s'apprenait jeune et pas sur le tard. J'étais plein d'admiration. Je n'avais jamais assisté à une telle scène. Pierre Mommaert insistait sur le sens créatif ".

L'Union Belge ne le quitta pas du regard comme une collection de grands clubs étrangers, à l'image, entre autres, du PSV, frappés par son élégance, son calme, la qualité de sa passe, sa force de frappe et sa présence dans les airs. Du premier match contre Dilbeek, de tournois de jeunes en tournois de jeunes, cet intérêt ne fit que croître. Son rêve était alors de porter un jour le maillot de Marseille.

" Durant des années, nous avons été en vacances à La Ciotat ", affirme Pierre Kompany en riant. " Nous allions au stade Vélodrome et Vincent a même une photo avec Robert Pirès. Dans le sud, tout tourne autour de l'OM et il était logique que Vincent devienne un supporter, achète un maillot ".

Le Havre lui proposa de rejoindre son centre de formation, un des mieux cotés en France. Les Kompany notèrent la demande avant de lui accorder, gentiment, une fin de non recevoir. " Le Havre a bien compris notre décision ", avance Pierre Kompany. " Il était plus sage de rester à Anderlecht, de ne rien précipiter. Tout est tellement fragile. Un destin peut basculer à chaque instant. C'est pour cela que j'insiste afin qu'il termine ses humanités. Il est en cinquième et devra encore mordre sur sa chique durant un an. Avec son diplôme en poche, il pourra même étudier plus tard. Zvonimir Boban le fait et tente d'obtenir une licence en histoire. Bien après le refus d'aller en France, Vincent a fait ses débuts en équipe Première face au Havre. Là, j'ai vu du bonheur dans les yeux français. C'était, pour eux, la preuve que le jeune, qui les intéressa, confirmait le talent qu'ils avaient deviné en lui ".

Franky Vercauteren occupe une place de choix parmi les personnalités ayant influencé ou façonné Vincent. " Il est tellement précis et méticuleux qu'il pourrait travailler dans un service de surveillance de la qualité d'une compagnie aérienne ou d'une centrale atomique ", dit en souriant Pierre Kompany avant d'ajouter sérieusement : " Quand il est revenu à Anderlecht, je lui ai demandé s'il pouvait conseiller mon fils. Ce perfectionniste rétorqua que son seul souci consistait à travailler avec les enfants, de les faire progresser, et qu'il n'était en aucun cas un agent de joueurs. Cette réponse était formidable. "

Rester raisonnable

On connaît la suite : Hugo Broos (né comme Vincent un 10 avril) le lança en D1, en Ligue des Champions, marchepieds menant à l'équipe nationale. La prochaine saison sera celle de la confirmation. Ses rares hésitations sont logiquement mises au passif de sa jeunesse. Lors de l'exercice 2004-2005, les regards seront plus sévères malgré ses 18 ans à peine. " Il mesure bien tout cela ", précise Pierre Kompany. " Vincent se juge facilement lui-même. Cette pression ne lui posera pas de problèmes ".

Parlant français, néerlandais et anglais, tout en ayant des notions d'allemand, Vincent Kompany est devenu un porte-drapeau, un représentant des jeunes de sa génération. Ses prestations médiatiques sont impeccables : calmes, sages et précises. Cela doit intéresser le monde de la publicité. " Vincent passe bien mais pas question de faire la course à l'argent ", précise Pierre Kompany. " Il est dangereux de précéder des événements en devenir. Ce n'est jamais bon. Il convient de rester calme et raisonnable. Vincent joue à Anderlecht, qui est soutenu par Adidas, et a fait son entrée en équipe nationale. Chaque chose en son temps ".

Un jour, Vincent et sa famille quitteront le Quartier Nord. " C'était prévu depuis un petit temps mais ce projet a été reporté en raison de ce que nous vivons ", conclut Pierre Kompany. " Nous n'avons pas beaucoup de temps. Vincent s'entend bien avec tous les jeunes du quartier. Il y a peu, une dame m'a demandé si elle pouvait déposer un petit mot pour Vincent dans la boîte aux lettres. Elle ne voulait surtout pas le déranger mais tenait à le féliciter. Cela m'a beaucoup touché. La réussite de Vincent est une source de motivation. Quand nous partirons, ils seront heureux pour nous et fiers pour tout le quartier ".

Pierre Bilic

" Vercauteren est tellement méticuleux qu'il pourrait TRAVAILLER DANS UNE CENTRALE ATOMIQUE "

L'image est plus symbolique alors que son fils termine son premier championnat de D1 sous la bannière mauve, Pierre Kompany nous a fixé rendez-vous dans un restaurant bien de chez nous : Chez Léon. A Bruparck, près des Boules de l'Atomium, on y propose des moules, bien sûr, mais aussi belgitude oblige, du lapin à la kriek, des anguilles au vert, du waterzooï à la gantoise et des crêpes bonnes à damner tout un stade. Vincent adore d'autant y passer que cette maison est gérée avec le sourire par la cousine de son père. Elle fut la première à miser sur la renommée de cette enseigne fondée en 1893 et qui s'est lancée, via le système des franchises, à la conquête des marchés internationaux. Cet endroit rappelle l'Expo 58, grand rendez-vous mondial qui propulsa la Belgique vers les goldensixties, et qui pourrait être le centre nerveux des Jeux Olympiques en 2016. Vincent Kompany est jeune, 18 ans, mais a des racines et des ailes, un passé et un avenir. Sa percée est source de joies et de fiertés pour sa famille mais une phrase de son papa recadre les événements, en explique le comment et le pourquoi, est garante de sagesse pour les choix de demain. " Il ne sert à rien de traverser les océans pour aller s'échouer ", avance- t-il. Un brave homme avait dit cela un jour à Pierre Kompany au Congo. Cette petite maxime le marqua à vie. C'est simple et empreint de sagesse. Les Kompany ont beaucoup voyagé, d'un pays à l'autre, entre deux cultures, de continent en continent, du statut de réfugiés politiques à la citoyenneté belge. Alors quand on a vécu tout cela, la prudence l'emporte sur la griserie du succès. Le sport a toujours été le fil rouge de cette famille où chaque enfant est roi. Vincent Kompany n'est pas arrivé au top par hasard en apprenant à jouer au ballon dans le quartier de la chaussée d'Anvers dans le centre de la capitale. L'activité sportive et associative a toujours été une philosophie de base chez les Kompany. " Nous n'avons jamais placé la barre trop haut ", rappelle Pierre Kompany. " Il n'y avait pas d'obligation de se retrouver un jour en équipe fanion. Le plaisir passait avant tout. Son éclosion constitue une surprise bien préparée en équipe Réserve. C'est un laboratoire où Vincent a préparé sa percée sans s'énerver, sans publicité. La joie de le voir en D1 n'en fut que plus agréable ". Dès son plus jeune âge, Vincent se multiplie d'une activité à l'autre. Enfant, il intègre une unité de scouts de Ganshoren. " C'était idéal pour se vider la tête ", dit Pierre Kompany. Flambées, réunions et activités dans le Bois du Laerbeek, camps et jeux de nuit dans les Ardennes peuplèrent les activités de son unité. Via les stages de l'ADEPS, Vincent, sa s£ur Christel (20 ans) et son frère François (14 ans et demi) touchèrent à des tas de disciplines sportives : natation, patinage, équitation, tennis, volley, athlétisme, etc. " Ce sont aussi des activités sociales très intéressantes ", avance Pierre Kompany. " Avec le temps, leur maman et moi avons constaté que nous voyions sans cesse les mêmes parents lors des différents stages toujours bien organisés de l'ADEPS. On ne peut pas lâcher des enfants dans les plaines de jeux où ils peuvent croiser des caïds n'ayant pas nécessairement la même philosophie de la vie que nous ". A un moment, Pierre Kompany se retrouva à la croisée des chemins : devait-il se consacrer à sa famille ou miser sur sa carrière professionnelle chez DHL ? " J'étais ingénieur, responsable du service de surveillance de la qualité ", précise-t-il. " Un job passionnant mais dévorant car on pouvait m'envoyer à tout moment en Scandinavie, en Amérique, ou ailleurs, afin de tester, par exemple, l'huile d'un avion. J'ai préféré rester attaché aux miens, à ma famille, à mes enfants. Nous avions voulu nos fils et notre fille. Il était normal de nous en occuper. Cela m'a aussi permis de redevenir enseignant (dessin technique, mécanique,) aux Arts et Métiers à Bruxelles. De plus, tout en étant présent dans mon foyer, un de mes projets, une éolienne pour oxygéner les étangs, a obtenu deux médailles d'or à Bruxelles et à Genève ". Jeune sportif complet, Vincent Kompany se distingua en remportant un championnat interscolaire de volley. " Il suivait déjà les cours en néerlandais ", rappelle-t-il. " Et, en Flandre, le volley est très important ". Après avoir brillé de la même façon en sprint et au saut en longueur, il bascula définitivement vers le football au début de son adolescence. " S'amuser, atteindre ce qui était faisable, ne rien précipiter : c'était important pour nous ", souligne Pierre Kompany qui fut aussi un bon footballeur au Congo. Sur cette lancée, il opta pour le transfert de son fils cadet, François, à Malines. Histoire de lui permettre de grandir loin de l'ombre de Vincent ? Là, le père fait une fois de plus preuve de doigté. " J'avais noté des remarques déplacées dans le chef d'autres parents ", avance-t-il. " A un moment, ils relevèrent que François semblait moins rapide que Vincent. Ils ignoraient bien sûr que François venait de grandir de dix centimètres en un coup. Ce sont des moments délicats. Le jeune doit prendre du repos. Vincent a eu la chance de passer à travers, de croître lors des moments de relâche, entre deux saisons. Mais je me souviens aussi des conseils d'un médecin. Pré-minime, Vincent était fatigué. Le médecin qui l'examina ne tarda pas à lui poser une question : - Veux-tu jouer en D1 plus tard ? La réponse, évidente fusa : -Oui, évidemment. Le verdict ne tarda pas : - Alors, tu dois tereposer et ne plus jouer au football durant un mois. C'était un conseil judicieux. J'ai connu beaucoup de jeunes champions de huit ans qui étaient fatigués, lassés, deux ou trois ans plus tard. Les jeunes doivent s'amuser. Les titres, c'est pour plus tard. En pleine crise de croissance, François a eu mal aux genoux et au dos. Tout cela a été réglé avec le port de semelles orthopédiques et il retrouva sa pointe de vitesse. Les parents s'étonnèrent à nouveau. J'ai eu peur que toutes ces remarques n'aient une influence sur le staff technique. Il était indiqué de déplacer l'enfant. Il n'y a pas qu'Anderlecht. A Malines, c'est fabuleux pour lui. Franky Vercauteren y instaura autrefois une magnifique politique de formation. François en profite. Malines milite en D3 mais quand on y organise une kermesse aux boudins, le stade est bourré. C'est, quelque part, le Celtic belge ". Vincent travailla sous la gouverne d' Albert Martens, de Peter Mommaert et de tant d'autres entraîneurs de jeunes qui le préparèrent bien. " Albert Martens était exigeant, varié, sévère et gentil à la fois ", décrète Pierre Kompany. " Il fut le premier à dire que Vincent atteindrait l'équipe fanion. Il disait qu'il abandonnerait l'entraînement des jeunes si cela ne se réalisait pas. Albert Martens n'hésita pas à crier un jour sur un parent incitant un gamin à céder sa balle, précisant qu'il obligeait les enfants à dribbler. Pour lui, cela s'apprenait jeune et pas sur le tard. J'étais plein d'admiration. Je n'avais jamais assisté à une telle scène. Pierre Mommaert insistait sur le sens créatif ". L'Union Belge ne le quitta pas du regard comme une collection de grands clubs étrangers, à l'image, entre autres, du PSV, frappés par son élégance, son calme, la qualité de sa passe, sa force de frappe et sa présence dans les airs. Du premier match contre Dilbeek, de tournois de jeunes en tournois de jeunes, cet intérêt ne fit que croître. Son rêve était alors de porter un jour le maillot de Marseille. " Durant des années, nous avons été en vacances à La Ciotat ", affirme Pierre Kompany en riant. " Nous allions au stade Vélodrome et Vincent a même une photo avec Robert Pirès. Dans le sud, tout tourne autour de l'OM et il était logique que Vincent devienne un supporter, achète un maillot ". Le Havre lui proposa de rejoindre son centre de formation, un des mieux cotés en France. Les Kompany notèrent la demande avant de lui accorder, gentiment, une fin de non recevoir. " Le Havre a bien compris notre décision ", avance Pierre Kompany. " Il était plus sage de rester à Anderlecht, de ne rien précipiter. Tout est tellement fragile. Un destin peut basculer à chaque instant. C'est pour cela que j'insiste afin qu'il termine ses humanités. Il est en cinquième et devra encore mordre sur sa chique durant un an. Avec son diplôme en poche, il pourra même étudier plus tard. Zvonimir Boban le fait et tente d'obtenir une licence en histoire. Bien après le refus d'aller en France, Vincent a fait ses débuts en équipe Première face au Havre. Là, j'ai vu du bonheur dans les yeux français. C'était, pour eux, la preuve que le jeune, qui les intéressa, confirmait le talent qu'ils avaient deviné en lui ". Franky Vercauteren occupe une place de choix parmi les personnalités ayant influencé ou façonné Vincent. " Il est tellement précis et méticuleux qu'il pourrait travailler dans un service de surveillance de la qualité d'une compagnie aérienne ou d'une centrale atomique ", dit en souriant Pierre Kompany avant d'ajouter sérieusement : " Quand il est revenu à Anderlecht, je lui ai demandé s'il pouvait conseiller mon fils. Ce perfectionniste rétorqua que son seul souci consistait à travailler avec les enfants, de les faire progresser, et qu'il n'était en aucun cas un agent de joueurs. Cette réponse était formidable. " On connaît la suite : Hugo Broos (né comme Vincent un 10 avril) le lança en D1, en Ligue des Champions, marchepieds menant à l'équipe nationale. La prochaine saison sera celle de la confirmation. Ses rares hésitations sont logiquement mises au passif de sa jeunesse. Lors de l'exercice 2004-2005, les regards seront plus sévères malgré ses 18 ans à peine. " Il mesure bien tout cela ", précise Pierre Kompany. " Vincent se juge facilement lui-même. Cette pression ne lui posera pas de problèmes ". Parlant français, néerlandais et anglais, tout en ayant des notions d'allemand, Vincent Kompany est devenu un porte-drapeau, un représentant des jeunes de sa génération. Ses prestations médiatiques sont impeccables : calmes, sages et précises. Cela doit intéresser le monde de la publicité. " Vincent passe bien mais pas question de faire la course à l'argent ", précise Pierre Kompany. " Il est dangereux de précéder des événements en devenir. Ce n'est jamais bon. Il convient de rester calme et raisonnable. Vincent joue à Anderlecht, qui est soutenu par Adidas, et a fait son entrée en équipe nationale. Chaque chose en son temps ". Un jour, Vincent et sa famille quitteront le Quartier Nord. " C'était prévu depuis un petit temps mais ce projet a été reporté en raison de ce que nous vivons ", conclut Pierre Kompany. " Nous n'avons pas beaucoup de temps. Vincent s'entend bien avec tous les jeunes du quartier. Il y a peu, une dame m'a demandé si elle pouvait déposer un petit mot pour Vincent dans la boîte aux lettres. Elle ne voulait surtout pas le déranger mais tenait à le féliciter. Cela m'a beaucoup touché. La réussite de Vincent est une source de motivation. Quand nous partirons, ils seront heureux pour nous et fiers pour tout le quartier ". Pierre Bilic" Vercauteren est tellement méticuleux qu'il pourrait TRAVAILLER DANS UNE CENTRALE ATOMIQUE "