Sur le comptoir, une tête de merle en plâtre. À ses côtés, une bière à moitié entamée dont " Moïse " ne tarde pas à s'emparer. " Quand ma femme râle parce que je suis bourré, je lui réponds que c'est le Merle ", se marre celui qui enfile depuis quelques mois le costume noir du passereau -mascotte qu'il a lui-même cousu. " J'ai été champion dès ma première saison ", se félicite-t-il en référence au titre acquis par l'UR Namur FLV en Division 3 amateur en avril dernier.
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Sur le comptoir, une tête de merle en plâtre. À ses côtés, une bière à moitié entamée dont " Moïse " ne tarde pas à s'emparer. " Quand ma femme râle parce que je suis bourré, je lui réponds que c'est le Merle ", se marre celui qui enfile depuis quelques mois le costume noir du passereau -mascotte qu'il a lui-même cousu. " J'ai été champion dès ma première saison ", se félicite-t-il en référence au titre acquis par l'UR Namur FLV en Division 3 amateur en avril dernier. Dans son dos, assis à une table ronde, Zoran Bojovic laisse couler le temps. Originaire du Monténégro, il se définit surtout comme un " vrai " Yougoslave, par ailleurs sélectionné à deux reprises en équipe nationale en 1983, dont les 35 années en Belgique n'ont pas fané l'accent. Ancien médian du Cercle et du Standard, Bojovic côtoie ensuite les Frank Defays, Eric Suray et autres Michel Mauléon quand l'UR tient la dragée haute en Division 3 au début des années 90. " On jouait devant plus de 2000 personnes, mais on était moins fort que mes gars d'aujourd'hui, c'est juste qu'on se battait. Et derrière, on faisait vivre les clubs à la buvette ", se souvient l'actuel coach en sortant quelques places gratuites de sa veste pour des supporters. Au coin du bar, les écharpes jaune et noir ne se comptent plus : il n'y a pas foule, mais les couleurs du club sont omniprésentes. Et parfois originales... " J'ai acheté mon chapeau avec une étoile argentée dans un magasin hard discount ", sourit ce quadra désormais surnommé " Sheriff " qui prétend ne louper aucun match. Dans la foulée, il salue l'arrivée des supporters des Francs Borains, leaders de D2 amateurs et adversaires du jour. Ils sont une quinzaine, mais déclenchent un joli bruit pour prendre place en tribunes. Peu après le coup d'envoi, ils entonnent le très rassembleur " Allez Namur, chante avec nous ! " Silence radio. Pourtant, la tribune réservée aux fervents est bien drapée de bannières des Jaune et Noir. " On a entendu le tambour, pas les chants ", confie par la suite Serge, un vieux de la vieille heureux de voir de plus en plus de jeunes se greffer aux fidèles fans. " Le problème, c'est que le club a tellement galéré pendant des années qu'il a perdu une grande partie du public. Mais avec ceux qui restent, on est content d'être encore en vie et même au quatrième niveau du football belge ! " Courant 2017, le Matricule 156 passe en effet tout près de la correctionnelle. Endetté et condamné à la rétrogradation administrative suite à une cession de patrimoine jugée fautive, le club voit également son mécène Lucien Romeo se retirer. Quelques mois plus tard, le club fusionne avec Fosses-la-Ville, tout juste champion en P1 namuroise. " À ce jour, on a encore quelques dossiers litigieux ", concède l'actuel président Christophe Graulus, costard sur les épaules et cocote au cou. " Tous devraient être réglés d'ici la fin de la saison. " Pour se défaire de ces cadavres de placard à 2000-3000? pièce, une seule solution : y aller de sa poche. " L'opportunité de reprendre l'UR Namur ne pouvait pas se refuser ", justifie l'électrique président, désireux d'entraîner un mouvement de dirigeants locaux " qui en ont dans le pantalon " pour prendre des décisions. Comme se séparer du coach Vincent André quatre jours avant le début de l'actuel championnat. " Il n'était pas au niveau ", grommèle Graulus. À la pause, Namurois et Borains sont au coude-à-coude, un penalty transformé chacun. Le capitaine prend la parole. " On est chez nous, les mecs. Et à 45 minutes de quelque chose de fort ! " Installés en milieu de tableau, les Merles semblent en effet bien partis pour atteindre leur objectif de maintien. Pour voir plus loin, il reste du travail. " On a beaucoup de leçons à prendre de clubs comme Virton ou la nouvelle RAAL ", lance Thierry, dont les traits (plus fins) rappellent Bouli Lanners. Le nouveau speaker du stade espère connaître de grandes heures. " Namur est une ville mais l'UR est historiquement un club de village : on n'a jamais atteint sportivement l'envergure de la capitale wallonne. " Pour l'heure, les Francs Borains repartent du stade communal avec les trois points (1-2). En attendant le chant du Merle... ou le miracle de Moïse.