Everton, AEK Athènes, BATE Borisov, Hertha Berlin, Marseille. Le point commun entre ces clubs de très bon niveau ? Ils ont tous été passés à la moulinette par Benfica dans l'actuelle Europa League. Les Portugais ont rarement fait dans le détail. En phase de poules, ils ont par exemple pris 15 points sur 18. Le prochain épouvantail sur leur route est un autre ex-géant à la recherche de sa splendeur passée sur la scène européenne : Liverpool.
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Everton, AEK Athènes, BATE Borisov, Hertha Berlin, Marseille. Le point commun entre ces clubs de très bon niveau ? Ils ont tous été passés à la moulinette par Benfica dans l'actuelle Europa League. Les Portugais ont rarement fait dans le détail. En phase de poules, ils ont par exemple pris 15 points sur 18. Le prochain épouvantail sur leur route est un autre ex-géant à la recherche de sa splendeur passée sur la scène européenne : Liverpool. Benfica, c'est un palmarès unique : 31 titres de champion du Portugal, 24 Coupes nationales mais aussi trois Coupes des Champions (en plus de cinq finales perdues). Mais cela remonte à une autre vie. Le dernier titre portugais ? En 2004, année d'un nouveau doublé championnat/Coupe. La dernière victoire européenne ? En 1962... Depuis le milieu de la décennie en cours, ce sont surtout des trophées en chocolat qui ont abouti dans la vitrine de l'Estádio da Luz : Dubaï Cup, Tournoi du Guadiana, Tournoi Cidade de Guimarães, Tournoi d'Amsterdam... Une première éclaircie est apparue très récemment avec la victoire en Coupe de la Ligue : Porto a été écrasé 3-0. Et ce n'était même pas une surprise. Car depuis quelques mois, les Lisboètes sont in-te-na-bles. Ils alignent les records internationaux : une seule défaite en championnat, seul club des sept grandes compétitions européennes à ne s'être toujours pas incliné en 2010, meilleure défense et deuxième meilleure attaque d'Europe. Seul le surprenant Braga tient encore la roue de Benfica en championnat. Les autres géants, Porto (13 titres au cours des 20 dernières années) et le Sporting, sont définitivement largués. Et ainsi, à Lisbonne, une nouvelle étoile est née : Jorge Jesus, un entraîneur qui était relativement anonyme avant de poser ses valises à Benfica en début de saison. A 55 ans, il n'avait toujours rien gagné. Une carte de visite vierge qui tranchait avec le palmarès extraordinaire de plusieurs coaches étrangers qui ont pourtant échoué avant lui dans ce club : José Camacho, Giovanni Trapattoni, Ronald Koeman. Dans la coulisse, le renouveau de Benfica porte un nom : Luis Filipe Vieira, qui est devenu président en 2003. Il a vite entrepris un tour du monde dont le but était de redorer le blason du club auprès de socios disséminés sur tous les continents. Il leur a rendu visite et profitait chaque fois de l'occasion pour leur fourguer l'un ou l'autre kit socio : une écharpe, une casquette, une vareuse,... Il a ainsi soigné sa propre com' et celle de son club, mais aussi fait rentrer pas mal d'argent frais dans les caisses du club. Ce qui a permis de gonfler le capital et d'augmenter progressivement le budget pour se replacer dans la roue de Porto et du Sporting. Aujourd'hui, Benfica tourne avec une enveloppe annuelle de près de 30 millions d'euros. Et la direction sait à nouveau se déchaîner sur le marché des transferts : elle a acheté pour 34 millions depuis l'été 2009 ! Sept millions ont été déboursés pour Ramires, autant pour Javier Garcia, cinq pour Javier Saviola. Des grands noms, un intérêt populaire retrouvé et des résultats : tous ces succès se répercutent à fond sur le cours de l'action boursière. Elle vaut 44 % de plus qu'en début de saison et le volume journalier de transactions a progressé de 176 %. Pendant ce temps, les cours se sont effondrés à Porto (-17 %) et au Sporting (-7 %). Au plan purement sportif, la priorité va clairement au championnat. On l'a vu en finale de la Coupe de la Ligue, quand le coach a laissé quatre titulaires indiscutables sur le banc. Mais aussi en Europa League où il laisse souffler son gardien numéro 1, Quim. En tout cas, quelle que soit la compétition, Benfica impressionne par une attaque mitraillette. Et une star : Oscar Cardozo. Un Paraguayen arrivé en 2007, actuel meilleur buteur du championnat en ayant raté un paquet de penalties ! Son transfert avait coûté 12 millions : c'était la deuxième plus grosse dépense de l'histoire du club après les 13 millions déboursés autrefois pour Simão. Mais ce transfert a déjà été bien rentabilisé entre-temps. Depuis qu'il est au Portugal, Cardozo marque près d'un but de moyenne tous les deux matches. Cette saison, il est en bagarre avec Wayne Rooney pour le titre d'attaquant le plus prolifique : ils tournent tous les deux autour de 0,8 goal par match. Saviola est une autre valeur sûre de la ligne d'attaque. Cet ancien très grand espoir du foot argentin n'a pas fait la carrière que l'on attendait de lui. Il n'a connu que des réussites mesurées au FC Barcelone, à Séville, à Monaco et au Real Madrid. Il était devenu le transfert le plus cher de l'histoire du football de son pays quand il était passé à Barcelone en 2001 (27 millions) mais sa cote a méchamment chuté entre-temps. En déboursant cinq millions pour lui en 2009, les dirigeants de Benfica ont été traités de fous. Car on ne parlait plus depuis longtemps de " nouveau Diego Maradona " quand on évoquait Saviola. Et pas sûr que Maradona pense toujours à lui en vue de la Coupe du Monde. Il a déjà convoqué plus de 100 joueurs depuis qu'il a repris la sélection en mains mais Saviola n'a pas été appelé une seule fois. Pour l'Afrique du Sud, ça semble donc bien râpé. Par contre, ça marche bien pour lui à Benfica. Lui aussi est proche de la moyenne d'un but tous les deux matches. Un autre Argentin de Benfica file vers le Mondial : Angel Di Maria. Maradona s'est mis en tête d'en faire une star de son équipe. Champion du monde des -20 ans et vainqueur du tournoi olympique à Pékin, Di Maria aurait - selon les suiveurs du championnat du Portugal - assez de talent pour marcher sur les traces de Lionel Messi et de Cristiano Ronaldo. Sa clause libératoire a été fixée à 40 millions d'euros. Il peut jouer à n'importe poste offensif et sait tout faire. Ou presque... car il ne marque pas suffisamment de buts par rapport à son talent. Il faut dire qu'à Benfica, il ne reste plus grand-chose pour les autres après les festins de Saviola et Cardozo ! Nuno Gomes est le mieux placé pour en parler. Icône du club et toujours capitaine officiel, il ne joue presque plus, tant la concurrence est brillante. La réussite actuelle de Benfica s'explique par une excellente campagne estivale des transferts alors que Porto, pour une fois, a complètement raté la sienne. Ainsi que par des révélations individuelles, des joueurs dont on n'attendait pas nécessairement grand-chose, en tout cas à aussi brève échéance. Dans l'entrejeu, Fabio Coentrão réussit une saison de fou sur le flanc gauche. Il est international Espoir portugais et ses chances d'aller à la Coupe du Monde avec l'équipe A augmentent de semaine en semaine. Son passage d'un petit club (Rio Ave) vers un géant, il l'a assimilé à la vitesse de l'éclair. Du côté droit, Ramires crève aussi l'écran. Il faisait partie de l'équipe brésilienne aux JO 2008 et a affronté les Belges. Autre révélation : Javier Garcia, le médian défensif débarqué l'été dernier du Real Madrid. Il a complètement fait oublier le Grec Kostas Katsouranis, rentré au Panathinaikos. La défense était le principal point faible de Benfica depuis plusieurs saisons. Aujourd'hui, c'est un mur. Avec une paire centrale qui attire les yeux de l'Europe entière. L'international brésilien Luisão est au top. Il joue avec un compatriote de 22 ans seulement mais déjà courtisé par le Real Madrid et toutes les grandes équipes italiennes : David Luiz, un grand copain du Standardman Victor Ramos. Ils étaient coéquipiers à Bahia. Mais rien ne dit que ce joueur quittera prochainement le Portugal car, dans son cas aussi, les dirigeants lisboètes se sont prémunis : la clause libératoire est de 50 millions. Qui mettra autant d'argent pour un défenseur, fût-ce un des grands espoirs du foot sud-américain ? Cette constellation de stars et leur niveau explique qu'une légende vivante comme l'Argentin Pablo Aimar ne soit même pas titulaire à chaque match. Ex-champion du monde des -20, international A, vainqueur de deux championnats d'Espagne et d'une Coupe de l'UEFA, il est régulièrement barré par Saviola. Un symbole de la richesse en profondeur du noyau de Benfica. Le club a déjà joué une dizaine de matches de plus que son dauphin en championnat, Braga. Mais Jorge Jesus fait habilement tourner son noyau et on a rarement vu un Benfica épuisé cette saison. par pierre danvoye (avec patrice sintzen) - photos: reporters