Trois équipes belges étaient parvenues à atteindre les demi-finales d'une coupe européenne : le Standard (1972), Malines (1973) et Ostende (1999). Depuis mercredi passé, il y en a une quatrième : Ypres a réussi à remonter les douze points de handicap concédés à l'aller face à Trieste et à se qualifier pour le dernier carré de la Coupe Korac.
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Trois équipes belges étaient parvenues à atteindre les demi-finales d'une coupe européenne : le Standard (1972), Malines (1973) et Ostende (1999). Depuis mercredi passé, il y en a une quatrième : Ypres a réussi à remonter les douze points de handicap concédés à l'aller face à Trieste et à se qualifier pour le dernier carré de la Coupe Korac.Vous avez vécu tous les succès européens de Malines comme adjoint. Cette place en demi-finale de la Coupe Korac constitue-t-elle l'apogée de votre carrière comme coach principal?Eddy Casteels : Cela restera gravé dans ma mémoire, mais je ne compte pas m'endormir sur mes lauriers. Notre parcours européen continue et nous essayerons d'aller le plus loin possible. Je me souviens encore des réactions qui avaient suivi le tirage au sort du tour préliminaire. Lorsque nous avons hérité de Gérone, peu de personnes nous donnaient une chance d'émerger. Puis, nous avons été inclus dans un groupe comprenant Malaga, Le Mans et Strasbourg. C'était, aux yeux de beaucoup, une mission impossible. Nous l'avons menée à bien. L'épopée devait prendre fin à Caceres. Surtout après que, minés par les blessures, nous avions concédé le partage à domicile. Mais nous sommes allés chercher notre qualification en Espagne. Après cela, nous étions subitement devenus favoris. Trieste, avant-dernier du championnat italien, ne devait pas constituer un obstacle insurmontable. C'était oublier que cette équipe n'avait plus rien à voir avec celle qui s'était enfoncée dans la crise en début de saison. Des joueurs comme Sergei Bazarevitch - que l'on avait encore vu avec Saint-Petersbourg contre Charleroi en Euroligue - et Milan Gurovic étaient arrivés en renfort. Trieste vient de réaliser une série de cinq victoires en six matches dans la Lega et s'est notamment payé le scalp de l'intouchable Kinder Bologne. D'aucuns parlaient de contre-performance parce que nous avions été battus de 12 points au match aller. Moi, j'affirme que c'était au contraire un exploit. Puis est survenu ce coup de tonnerre de mercredi passé. Là encore, on a fait la fine bouche. On a voulu minimiser notre succès sous le prétexte que nous n'avons émergé que d'un point au décompte final ou que la Coupe Korac a été dévaluée par la scission entre la FIBA et l'ULEB. J'admets que nous avons bénéficié d'un peu de chance, et surtout que l'arbitre français Bruno Gasperin a eu le courage de siffler une faute intentionnelle à Dante Calabria lorsqu'il a voulu empêcher Michael Huger de tirer à trois points en fin de match. Cet homme a parfaitement compris l'intention du joueur de Trieste, mais peu d'arbitres osent siffler ce genre de faute dans ces moments-là. D'aucuns prétendent aussi que le buzzer avait déjà retenti lorsque Larry Davis a inscrit le panier de la qualification. Je demeure persuadé que le ballon avait déjà quitté ses mains. Ne boudons pas notre plaisir: ce n'est pas chaque semaine qu'un club belge élimine un club italien. Et tant mieux si les Transalpins nous ont quelque peu snobé au départ. C'est une bonne leçon pour eux. Après avoir terrassé Kinder Bologne, le leader de la Lega, ils n'avaient forcément rien à craindre d'une petite équipe belge. Ce manque de respect leur a été fatal. Vous aviez reproché à Larry Davis d'avoir voulu jouer un match dans le match contre Dante Calabria, un ancien copain d'université. Et c'est précisément lui qui vous offre la qualification...Larry Davis doit apprendre à respecter les "petits Belges" au même titre que les Italiens auraient dû le faire. Nous sommes citoyens d'un petit pays, mais tant à Ypres qu'à Charleroi, Ostende ou Anvers, on pratique le basket d'une manière très correcte. Ce n'est pas parce qu'on est né outre-Atlantique et qu'on a été éduqué en Caroline du Nord et du Sud, que l'on doit prendre les autres de haut. C'est la seule chose que je lui reproche: il doit comprendre que ce n'est pas Larry Davis qui fera la réputation d'Ypres, mais Ypres qui fera la réputation de Larry Davis. Il devrait être heureux que nous ayons accepté de l'engager, avec ses qualités et ses défauts, et respecter son coach, avec également ses qualités et ses défauts. Je ne suis ni Dean Smith ni un coach de NBA, mais je sais déceler les capacités d'un joueur. Larry Davis est un joueur très créatif sur le plan offensif, mais qu'on ne vienne pas me raconter qu'il est un maître-défenseur. Cela ne me dérange d'ailleurs nullement qu'il ait une faiblesse à ce niveau, à condition qu'il travaille pour améliorer ce point faible.Qu'adviendra-t-il de lui, maintenant que Louis Rowe retrouve progressivement la santé?J'apprécie trop Louis Rowe pour vouloir prendre le moindre risque à son sujet. Son retour était initialement prévu pour le 1er août. S'il est capable de jouer avant cela, je ne m'y opposerai pas, mais il n'est pas question de forcer. Il aurait peut-être déjà pu jouer à Charleroi ou à Anvers, mais ce n'est pas parce que nous avions des matches importants là-bas que j'allais à tout prix l'aligner. Je préfère subir une défaite et encaisser les critiques que mettre la suite de sa carrière en péril.La qualification aux dépens de Trieste est-elle d'abord une victoire collective?C'est évident. La collectivité a toujours été notre point fort. Herbert Baert est un travailleur de l'ombre, mais il répond toujours présent et soutient la comparaison avec son adversaire dans tous les domaines du jeu. Yves Dupont, contrairement à ce qui se produisait jadis lorsqu'il avait parfois tendance à baisser les bras, a continué à se battre lorsqu'il était en manque de réussite sur le plan offensif. Ses statistiques affichaient à un moment donné 0 sur 4 ou 1 sur 5 aux tirs, mais cela ne l'a pas empêché de capter 14 rebonds et de faire le ménage dans la raquette. Il a mis Casey Shaw sous l'éteignoir.Que savez-vous de Vrsac, l'équipe yougoslave qui sera votre adversaire en demi-finale?Beaucoup de choses. Internet est une invention fabuleuse. Aux cassettes-vidéo qui circulaient autrefois et qui circulent d'ailleurs toujours, se sont ajoutées désormais toute une série de données chiffrées. Je dispose de toutes les statistiques de Vrsac. Il ne faut pas bourrer le crâne des joueurs avec cela, mais c'est toujours utile pour un coach d'être informé. Vrsac ne compte aucun étranger dans ses rangs, mais quelques anciens grands noms du basket yougoslave, comme Savic et Ivanovic. Ils ont 38 ou 39 ans, mais lorsque je vois ce dont Boro Vucevic est encore capable à 40 ans avec Alost, je me dis qu'il y a intérêt à se méfier de ces joueurs-là. Ces vétérans entourent des jeunes pousses pleines de promesses. Vrsac est un savant mélange de jeunesse et d'expérience. Une équipe qui pratique une défense fort agressive. Sopot, l'équipe polonaise qu'elle a éliminé en quart de finale, n'avait inscrit que 59 points sur son propre terrain. Et les résultats des tours précédents sont du même tonneau. En demi-finale, il ne fallait de toute façon pas s'attendre à hériter d'un adversaire facile.C'est du 50/50 pour la qualification?Non. 99% de chances pour Vrsac et 1% pour Ypres. Autant mettre la pression sur l'adversaire. Mais, même avec 1%, la chance existe. Le venin se trouve dans la queue. C'est là tout le danger!Le rêve serait d'affronter Malaga et Jean-Marc Jaumin en finale?Le rêve est de remporter cette finale. Essayons de faire de ce rêve une réalité. Pourquoi pas, après tout? (il rit)Daniel Devos