Naître au Honduras signifie rarement une vie paisible. Crime, ventes illégales d'armes, trafic de drogue, le pays possède une réputation sulfureuse à tel point que l'une de ses villes principales, San Pedro Sula, est qualifiée de capitale mondiale de la criminalité. Un endroit dans lequel il ne fait pas vraiment bon grandir. AndyNajar, heureusement pour lui, vient du sud du pays et plus précisément de Choluteca. Cette ville paisible, non loin d'El Salvador d'où est originaire sa grand-mère, l'a accueilli lui, ses parents, ses deux frères et sa soeur.
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Naître au Honduras signifie rarement une vie paisible. Crime, ventes illégales d'armes, trafic de drogue, le pays possède une réputation sulfureuse à tel point que l'une de ses villes principales, San Pedro Sula, est qualifiée de capitale mondiale de la criminalité. Un endroit dans lequel il ne fait pas vraiment bon grandir. AndyNajar, heureusement pour lui, vient du sud du pays et plus précisément de Choluteca. Cette ville paisible, non loin d'El Salvador d'où est originaire sa grand-mère, l'a accueilli lui, ses parents, ses deux frères et sa soeur. Calme, ne veut toutefois pas dire sans risque. " Le pays dans son ensemble est terrible au point de vue de la violence ", explique MichelNGonge, qui a parcouru le Honduras cherchant des joueurs à proposer à Anderlecht. Il leur avait, entre autres, amené VictorBernardez et MarioMartinez. " Quand j'allais là-bas, je me déplaçais avec un chauffeur, une voiture blindée et un garde du corps. Tout le monde y est armé et chaque recoin peut se transformer en coupe-gorge. Tout est régulé par les narcotrafiquants. Pour vous donner une idée, au moment de la signature de Martinez pour Anderlecht, la soeur de sa femme s'est fait kidnapper puis abattre suite à des pressions financières. " C'est donc dans ce pays un peu " à part " qu'a grandi le nouveau wonderkid d'Anderlecht. Il avait conscience de la dangerosité de son environnement mais jamais, même a posteriori, il ne s'est plaint de son enfance. " Andy vient d'un milieu très modeste et sa famille n'a pas changé avec l'arrivée d'argent ", raconte ChrisMegaloudis, son agent et ami basé à Los Angeles. " Je pense qu'ils vivaient avec 300 $ par mois dans des conditions loin d'être faciles. Mais il m'a confié avoir toujours été heureux. Un ballon et des amis dans la rue suffisaient à l'emplir de joie. " Pourtant, il passera cinq ans de sa vie sans sa mère, partie tenter sa chance aux États-Unis. Sans-papiers, elle se trouve un petit job et survit tant bien que mal en mettant de l'argent de côté. Après trois années passées aux USA, elle parvient à réunir une somme assez conséquente pour payer le passage à son mari. " Andy avait alors onze ans et vivait avec sa grand-mère ", poursuit Megaloudis. " C'est seulement deux ans plus tard qu'il apprend la nouvelle : ses parents vont l'amener au Mexique afin de lui faire passer la frontière. " Seul avec des inconnus, il passera huit jours en voiture pour l'emmener de sa ville d'origine jusqu'à la frontière ou presque. " Le guide connaissait les filons pour survivre ", a déclaré Andy Najar à la presse. " Nous avons payé 5.000 $, l'équivalent d'un an d'épargne, pour passer aux États-Unis. Les dernières journées se firent à pied à travers le désert mexicain. Une étape difficile. " Najar savait que s'il suivait les consignes des passeurs, il devrait arriver sur ses nouvelles terres sans problème. " C'était tout de même extrêmement dangereux pour un garçonnet de son âge ", explique son agent. " Ce fut une épreuve tellement marquante pour lui qu'il en a profité toute sa vie. Je m'explique. Depuis que je connais Andy, jamais il n'a été stressé. Il compare chaque nouvelle épreuve avec celle vécue en réalisant la traversée sans-papiers. Et un premier match de Champions League n'est rien par rapport à ce qui s'est passé dans son existence. " Débarquer au pays de la liberté n'était toutefois pas une sinécure. Il se retrouvait seul, sans amis avec juste ses deux parents dans un pays dont il ne connaissait rien et même pas la langue. Durant un an, il a vécu dans un appartement une pièce dans laquelle résidaient six personnes. Quelques matelas jonchaient le sol, trop peu pour que tous les habitants puissent en jouir. À quatorze ans donc, le Hondurien est finalement installé dans ce qui sera son nouveau chez lui. Il découvre également une nouvelle facette du sport. Dans sa jeunesse, jamais il n'avait pu évoluer pour une équipe officielle. Se contentant de matches de quartiers avec ses potes, le jeune garçon avait fait ses armes aussi bien techniquement que physiquement. " Je l'ai vu à l'oeuvre car rapidement il avait été repéré par DC United, le club de Washington, et intégré à leur académie ", conte Megaloudis. " Je parle espagnol et le contact s'est créé. J'avais rapidement saisi son potentiel. Le coach de son équipe était un ami et au moment où DC United a pensé à lui faire signer un contrat, on m'a demandé de le représenter. " Ses débuts sous le maillot de DC United ne se sont toutefois pas produits aussi vite que souhaité. Durant un an, Megaloudis se bat pour son poulain afin qu'il puisse porter le maillot de son club en compétition officielle. Il obtient finalement sa green card, lui permettant le séjour sur le territoire américain. " Je me souviens avoir dû retourner au Honduras avec Andy ", expose l'agent. " Il devait être interrogé par l'ambassade américaine de son pays. Il s'en est très bien sorti. " Son intégration se fait rapidement. Toutes les structures nécessaires à son développement aussi bien scolaire que footballistique sont mises à la disposition du jeune. " Directement, j'ai su que je possédais une perle dans mon académie ", commente JudahCooks, directeur des jeunes à DC United à l'époque du passage de Najar. " Il avait un don, le football, de par son père qui fut professionnel, coulait dans ses veines. En peu de temps, il est arrivé au niveau de ses comparses. Il est passé du statut de petit nouveau à celui de meilleur jeune joueur du club en trois semaines. " C'est avec les U16 qu'il débute en tant que défenseur. Une défaillance dans l'effectif plus âgé a joué en sa faveur. " Nous avions des blessés pour le championnat national et j'ai fait appel à lui ", se souvient Cooks. " Je lui ai demandé de jouer attaquant lors du tournoi. Il avait quinze balais et collait des hat-tricks à chaque mi-temps contre des gars de dix-huit piges. " Il signe son premier contrat professionnel à seize ans et, dans la foulée, intègre l'équipe fanion des Black-and-Red. Il évoluera plusieurs saisons sous la vareuse de Washington au plus grand bonheur de certains fans. " Andy a toujours été un joueur de qualité qui maniait le ballon avec créativité ", analyse KristianDyer, journaliste sportif américain. " Par contre, il n'a jamais été le meilleur lors des situations d'un contre un défensif. Il laissait trop de place à son opposant lorsqu'il reculait. Il doit également apprendre à mieux se déplacer dans l'espace. " Un an après avoir signé son contrat, il est élu Rookie of the year, une récompense qui sacre le meilleur néophyte de l'année. " Il a vécu le rêve américain ", sourit Cooks. " Avec son titre, il était devenu un héros pour les jeunes joueurs aux USA et au Honduras. Il l'est d'ailleurs encore plus depuis son passage en Europe. " Une dichotomie a toujours existé dans la tête de Najar : quelle équipe nationale choisir ? " Il aurait pu jouer pour les USA ", explique Dyer. " Vu son arrivée à treize ans seulement il aurait été facile de le naturaliser. Son profil aurait fait du bien dans l'effectif mais je pense qu'il n'a jamais été très proche de la fédération américaine. " Car malgré le fait qu'il ait vécu à la mode américaine et qu'il s'y soit adapté, son coeur a toujours battu pour son Honduras natal. " Même si son anglais est bon, il veut toujours parler espagnol avec moi ", explique Megaloudis. " Il n'a pas dû réfléchir longtemps à quelle vareuse porter. Son choix fut payant. Il a longtemps été, et est toujours, l'un des plus jeunes joueurs à porter les couleurs du Honduras et il sera très certainement l'un des 23 internationaux qui verront le Brésil à partir de juin 2014. Mais sa première grande aventure hors du Nouveau Monde se déroula dans la perfide Albion et plus précisément dans sa capitale. " Il était le plus jeune de sa sélection aux Jeux olympiques de Londres en 2012 ", explique son agent belge, JacquesLichtenstein. " Il a épaté la galerie et a tapé dans l'oeil de nombreux spécialistes. Le Honduras avait d'ailleurs atteint les quarts de finale mais ce n'est pas là qu'Anderlecht a choisi de s'intéresser à lui. " Sa période en Major League Soccer marquera également le moment de sa rencontre avec sa femme, Cindy. Croisée pour la première fois à l'église aux USA, le jeune Hondurien s'éprend de sa compatriote possédant également la nationalité américaine. Ils se marièrent à dix-huit ans et eurent deux enfants, Vicky puis AndyJunior. Sous l'aile de JamesGrantManagement, Najar est introduit aux partenaires européens de la société : ElevenManagement, dirigée par Lichtenstein et PeterVerplancke. Mais le premier à voir le Hondurien à l'oeuvre en vidéo fut GeertMosselmans (collaborateur pour Eleven Management). " J'ai reçu les highlights et directement ses qualités m'ont épaté ", explique-t-il. " J'ai demandé plus d'explications sur son mental. J'ai été rassuré et j'ai transmis ce que j'avais à mes patrons. " Le reste du deal s'est fait avec HermanVanHolsbeeck, manager général du club bruxellois. JohnvandenBrom, lui, s'est renseigné auprès de ses contacts outre-Atlantique, dont SonnySilooy, qui l'ont rassuré sur le niveau de jeu du Hondurien. Il franchit l'Atlantique début 2013 pour une somme variant entre 1,6 et 3 millions de dollars selon les médias. Au moment de signer à Anderlecht, le sort semble s'acharner sur lui. " Son père a failli être déporté vers le Honduras ", explique Megaloudis. " Il a été enfermé dans un centre de détention durant plusieurs jours. Andy venait d'arriver à Anderlecht et ne pouvait faire qu'une chose : s'entraîner sous son nouveau maillot. Ses premiers mois de salaire, il les utilisa pour payer la libération de son paternel. " Les kidnappings sont légion au Honduras et Najar en a fait les frais. Son grand-père a été abattu par ses ravisseurs qui réclamaient de l'argent contre sa tête. " Ils l'ont tué par balle ", évoque Megaloudis. " Le fait que les médias parlent du joueur n'a pas aidé sa famille restée au pays. Dès que les cartels de malfrats savent qu'un parent possède de l'argent, ils s'en prennent aux membres de sa famille. Le frère d'Andy a été la cible de deux tentatives d'enlèvement. Heureusement, sans conséquence. Toute sa famille est désormais en lieu sûr aux États-Unis. " Ses premiers mois en Belgique ne furent pas idéaux. Seul, il ne parvint pas à s'acclimater au pays et la perte de son grand-père suivi d'un aller-retour au Honduras pour son enterrement n'arrangea pas le moral du kid. " Il n'avait personne ", explique son agent. " Ses parents n'étant pas citoyens américains, il est impossible de les laisser passer la frontière. Sa femme et ses enfants n'ont pas su venir s'installer avec lui et ce fut compliqué de leur permettre de rejoindre la Belgique. Cindy devait finir ses études et des problèmes de paperasse les ont empêchés de venir le rejoindre plus tôt. " L'arrivée du reste de la smala Najar fut finalement acquise et c'est tout sourire qu'il nous annonça après le match de Genk que sa femme, de qui il vivait séparé depuis dix mois, le rejoindrait fin novembre. " Il m'a récemment confié avoir douté en début de saison ", concède Megaloudis. " Frank Acheampong se révélait, MassimoBruno était en pleine confiance et il ne recevait pas sa chance. Depuis qu'il sait que Cindy et les enfants peuvent le rejoindre, il est comme métamorphosé. Je le connais, et ce regain de forme n'est pas anodin. Désormais, il m'a avoué tout aimer en Belgique. " ?PAR ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTOS : IMAGEGLOBEIl a payé la libération de son père avec ses premiers mois de salaire à Anderlecht. Le stress d'un match de Ligue des Champions n'est rien en regard de ce qu'il a enduré.