E rminator est de retour. Il y a des signes qui ne trompent pas. Voici 15 jours, au stade Arc-en-Ciel, l'Excelsior Mouscron a été balayé par les promus de Zulte Waregem. En deuxième mi-temps, le match était complètement plié : le marquoir indiquait 4-0. A deux minutes de la fin, le gardien Peter Merlier a relâché un ballon. Parmi tous les joueurs présents dans le périmètre, un seul a réagi : Ermin Siljak, pour faire 4-1. Le flair du buteur.
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E rminator est de retour. Il y a des signes qui ne trompent pas. Voici 15 jours, au stade Arc-en-Ciel, l'Excelsior Mouscron a été balayé par les promus de Zulte Waregem. En deuxième mi-temps, le match était complètement plié : le marquoir indiquait 4-0. A deux minutes de la fin, le gardien Peter Merlier a relâché un ballon. Parmi tous les joueurs présents dans le périmètre, un seul a réagi : Ermin Siljak, pour faire 4-1. Le flair du buteur. " C'est instinctif chez moi, je sens les bons coups ", reconnaît-il. Certes, 4-0 ou 4-1, cela ne changeait pas grand-chose. Sauf un détail, peut-être : propulser le ballon au fond des filets, c'est toujours très bon pour la confiance lorsqu'on est un buteur. Quatre jours plus tard, contre La Louvière, l'attaquant slovène de 32 ans inscrivait un nouveau but. Cette fois, en reprenant un centre de la tête, dans le style qu'on lui connaissait la saison dernière. Face aux Loups, GeertBroeckaert avait abandonné le 4-5-1 pour revenir à un 4-4-2 plus classique. Etant donné les blessures d' AdnanCustovic et de Tailson, c'est PatrickDimbala qui évoluait aux côtés d'Ermin Siljak en pointe. " C'était la première fois et pour un début, ce n'était pas trop mauvais. C'est à l'entraîneur qu'il incombe de trouver la bonne complémentarité. Pour le système de jeu, c'est pareil : c'est lui qui décide. Mais c'est plus facile lorsque j'ai un autre attaquant à mes côtés que lorsque je dois me débrouiller seul en pointe ". Siljak avait débarqué au Canonnier dans le courant du mois de février, mais avait dû patienter quelques semaines avant de pouvoir être aligné : le club chinois de Dalian Shide, avec lequel il était en procès, lui refusait son bon de sortie. Dès son premier match, face à Westerlo, il inscrivit deux buts. Il ajouta un troisième but à son compteur personnel, une semaine plus tard, au Lierse. Trois buts qui rapportèrent six points très précieux pour les Hurlus. Ensuite, plus rien. " Je me suis occasionné une petite déchirure à l'arrière de la cuisse ", se souvient-il. " J'ai essayé de rejouer au plus vite, pour aider le club, mais ça n'allait pas. En forçant, j'ai peut-être même aggravé la blessure. Observer une période de repos complet était la seule solution. Pendant deux mois, je suis donc resté inactif. Je n'ai même pas eu l'occasion de partir en vacances. Au point qu'à mon retour, mes équipiers ont rigolé : ma peau toute blanche contrastait avec leur bronzage. Mon épouse aurait dû donner naissance à notre enfant en juin, mais l'accouchement a été différé. Je suis resté en Slovénie plus longtemps que prévu et j'ai repris la préparation avec un peu de retard. J'ai eu des difficultés à retrouver le rythme. Je m'entraînais quelques jours, puis je devais m'arrêter car je ressentais une gêne. Depuis deux semaines, je ne ressens plus aucune douleur ". Aujourd'hui, Ermin est bien dans son corps et bien dans sa tête : " Physiquement, je suis à 70 ou 80 %. Il me manque juste le rythme de match que je ne peux acquérir qu'en jouant ". Mentalement, il est soulagé également. Son épouse a donné naissance, début juillet, à une petite Ajla. Un enfant longtemps attendu. " La mère et l'enfant se portent à merveille ", sourit-il. " Pour un footballeur, c'est très important d'être bien dans sa tête ". A tel point qu'il a répondu favorablement à la convocation du sélectionneur slovène Branko Oblak pour les matches des 8 et 12 octobre : à Palerme contre l'Italie et à Celje contre l'Ecosse. Le mois passé, il avait refusé sa sélection. " En partie parce que je n'étais pas encore au top de ma condition ", explique-t-il. " Mais aussi, parce que j'avais eu une conversation téléphonique avec le sélectionneur et que nous n'étions pas parvenus à nous mettre d'accord sur certains points. Je n'entrerai pas dans les détails ". La Slovénie est actuellement deuxième de son groupe, derrière l'Italie et à égalité de points avec la Norvège. Si elle veut atteindre les barrages, elle doit réaliser de meilleurs résultats que les Scandinaves qui rencontrent la Moldavie et la Biélorussie. C'est donc loin d'être gagné : " Si je suis optimiste ? Toujours. Il le faut lorsqu'on est un compétiteur. Tout dépendra du résultat en Sicile. On essaiera de prendre exemple sur la Croatie qui en 1995 avait gagné 1-2 en Italie, à Palerme précisément, et s'était qualifiée en compagnie de la SquadraAzzurra pour l'Euro 1996. Mais, à la différence des Croates qui possédaient à l'époque des joueurs de grand talent comme DavorSuker, ZvonimirBoban ou RobertProsinecki, la Slovénie a une équipe très jeune et manque d'expérience ". Si la Slovénie se qualifiait pour l'Allemagne, Ermin Siljak (qui avait participé à l'Euro 2000 et avait été meilleur buteur des éliminatoires de l'Euro 2004, à égalité avec Ruud van Nistelrooij) disputerait sa première Coupe du Monde. Son pays était présent au Japon, en 2002, mais il n'était pas du voyage : " J'avais des contacts en Angleterre et la possibilité d'y signer un très beau contrat de quatre ans. Mais la Slovénie n'avait pas encore rejoint la Communauté Européenne et je devais avoir disputé 75 % des matches de mon équipe nationale pour obtenir un permis de travail. Comme j'avais été blessé pendant plusieurs mois, il me manquait... deux matches. Lors d'une rencontre contre la Russie à Moscou, le sélectionneur Srecko Katanec avait effectué deux changements alors qu'on entamait le temps additionnel et avait donc le droit d'effectuer un troisième changement. Il s'est tourné vers le banc et m'a regardé. Je pensais qu'il allait me faire monter mais a écarté les bras en disant : - Désolé, pas aujourd'hui ! Pouvoir monter au jeu, même pour deux minutes, m'aurait pourtant été bien utile puisque cela aurait compté comme une sélection. J'en ai voulu à mort à Katanec, je l'ai insulté dans le vestiaire après le match et je suis parti en claquant la porte. Il restait quatre rencontres à jouer dans la poule et la Slovénie n'était que quatrième. Et je ne pensais pas qu'on allait finalement se qualifier pour la Coupe du Monde 2002, via les barrages. Si je l'avais su, j'aurais sans doute réagi différemment ". Une nouvelle chance se représentera peut-être cette année. Et il entend faire le maximum pour la saisir : " Je rejoindrai mon équipe nationale cette semaine avec beaucoup d'espoir... Pouvez-vous pouvez me garder un exemplaire du magazine ? Je garde tous les articles de presse qui me sont consacrés. J'ai 23 albums chez moi ! Il y a des articles de partout : de France, de Suisse, de Suède, de Slovénie. Même de Chine. Je suis incapable de les lire, mais j'ai demandé à quelqu'un de me les traduire. Et puis, je regarde les photos ! " Le dernier album est consacré à sa période mouscronnoise : " Mouscron est un gros village. J'ai toujours été habitué à vivre dans de grandes métropoles et cela me change : Athènes, c'était 8 millions d'habitants ; Dalian, 5 millions ; Stockholm, 2,5 millions. Même Ljubljana, qui n'est pourtant pas une grande capitale, compte un demi-million d'habitants. C'est dix fois plus que Mouscron. Ici, j'ai parfois l'impression de tourner en rond. Au niveau du club aussi, je dois prendre d'autres habitudes. J'ai été champion avec Servette et Hammarby, j'ai joué la Coupe de l'UEFA avec Panionios, j'ai été vice-champion de Chine avec Dalian et j'ai atteint les quarts de finale de la Coupe d'Asie des Clubs Champions. A Mouscron, je dois me contenter d'une victoire contre La Louvière... Tout le monde était satisfait parce qu'on laissait la lanterne rouge à nos invités du jour. Je dois m'habituer à regarder vers le bas, mais bon : la ville et le club ont leurs charmes également. Si seulement le climat était un peu plus ensoleillé... Mon épouse, surtout, a du mal à s'y faire. En Slovénie, il peut faire froid en hiver mais le ciel est généralement dégagé. En Angleterre, il pleut encore plus qu'en Belgique ? C'est vrai, mais il y avait des compensations au niveau financier... que je n'ai pas ici ". Erminator vit-il déjà sa dernière saison, voire ses derniers mois, en Belgique ? " Je n'en sais rien, je ne regarde pas aussi loin. Au début, je considérais Mouscron comme une simple étape de transition. Je devais signer pour six mois, histoire de me relancer et de maintenir le club en D1. Roland Louf m'a proposé d'y ajouter une saison supplémentaire en option. Après réflexion, j'ai accepté. J'ai une clause qui me permet de partir si une proposition intéressante me parvient. J'attends la suite des événements avec sérénité. Je ne ressens plus aucune douleur à la cuisse, c'est déjà un point positif. La santé, c'est le principal. Et c'est peut-être au traitement que j'ai reçu à Mouscron que je dois de l'avoir retrouvée. C'est un élément qui peut entrer en ligne de compte. A part cela, Mouscron n'évolue pas au niveau que j'espérais. J'aurais peut-être dû venir ici quelques années plus tôt, lorsque le club vivait une période faste et disputait la Coupe de l'UEFA... Mais la ville et le club ont leurs charmes ". Ermin Siljak figure parmi les rares joueurs qui étaient déjà au club la saison dernière et qui ont donc vécu la passation de pouvoir au niveau présidentiel : " J'ai entendu que l'Excel devait son ascension au bourgmestre Jean- PierreDetremmerie. Mais je n'ai pas vécu la période faste de l'intérieur. Je peux donc difficilement juger. Quant à savoir si l'arrivée d'un nouveau président influencera la politique du club pour l'avenir, il est trop tôt pour le dire. Il faut laisser le temps à Edward Van Daele de trouver ses marques. Et se contentera-t-il de suivre le chemin tracé par son prédécesseur ou cherchera-t-il à innover ?". Sport et politique, Siljak connaît. Son père fut le maire d'une des cinq communes qui, autrefois, formaient Ljubljana : " Aujourd'hui, il a pris sa retraite. Il vit la plupart du temps en Croatie, dans une villa qu'il s'est achetée en bord de mer. Il profite de la vie avec son épouse et il a bien raison... ". En attendant, l'avant fait tout pour vivre selon la réputation sportive de la Slovénie, un petit pays de deux millions d'habitants mais aux succès nombreux : " En ski, l'âge d'or est un peu révolu, mais on avait de grands champions autrefois. En basket, l'équipe nationale s'est classée 6e du dernier Championnat d'Europe et s'est qualifiée pour le Championnat du Monde 2006. En handball, le club de Celje a remporté la Coupe d'Europe des Clubs Champions il y a deux ans ". DANIEL DEVOS" Mouscron est un gros village et le club a perdu son niveau mais ça va... "