Au début de la saison écoulée, l'équipe de France risquait de ne pas se qualifier pour la Coupe du Monde. Rater ce tournoi eût constitué un terrible blâme. Désespérés, les Français ont misé sur le retour de leurs vedettes Lilian Thuram, Claude Makélélé et surtout de leur superstar Zinédine Zidane.
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Au début de la saison écoulée, l'équipe de France risquait de ne pas se qualifier pour la Coupe du Monde. Rater ce tournoi eût constitué un terrible blâme. Désespérés, les Français ont misé sur le retour de leurs vedettes Lilian Thuram, Claude Makélélé et surtout de leur superstar Zinédine Zidane. D'un coup, tout est redevenu comme avant. Le 17 août 2005, le Stade La Mosson, à Montpellier, a chanté de tout son c£ur : Zizou, Zizou, Zizou. L'équipe hexagonale mène 2-0 dans un duel amical contre la Côte d'Ivoire. Le buteur : Zidane, d'une volée magistrale. Le score final sera de 3-0. La longue crise des Bleus semble achevée. La star du Real est l'ange libérateur de la France. A la cour, tout le monde rend hommage au Roi Zizou. Comment s'étaient déroulés les mois précédents ? Après l'échec de l'EURO 2004 - élimination en quarts de finale par la Grèce, future championne - les vétérans Zidane et Thuram avaient raccroché. Sans eux, avec un nouveau sélectionneur, Raymond Domenech, qui avait pris le relais de Jacques Santini, démissionnaire, l'équipe battait le pavé. A domicile surtout, ses performances étaient lamentables. Les matches de qualification pour le Mondial contre Israël, l'Irlande et la Suisse, au Stade de France, s'étaient achevés sur de tristes nuls blancs. Malgré Thierry Henry, le buteur d'Arsenal, l'impuissance offensive de la France faisait mal. Le climat qui entourait l'équipe se détériorait au fil des matches. Le public, gavé de succès, était devenu très exigeant. La position de Domenech semblait intenable. Le sélectionneur semble être une des causes du malaise. Depuis son entrée en fonction, l'ancien joueur a rajeuni l'équipe, sans qu'il soit question d'un souffle nouveau. Des mauvaises relations avaient plutôt induit une certaine stagnation. Domenech s'est publiquement disputé avec Fabien Barthez et Robert Pires, la star d'Arsenal. Les deux joueurs chevronnés ne se retrouvent pas dans la discipline de fer introduite par Domenech. Ils se sentent rabaissés. Le nouveau sélectionneur a pris une série de mesures qui transforment le camp d'entraînement de l'équipe nationale en cloître. Ainsi, les téléphones portables sont bannis. Autre mesure : les internationaux étaient libres, après un match. Ils pouvaient repartir directement dans leur club. Terminé. Après un match en déplacement, tout le monde doit reprendre le même vol à destination de la France car on profite du voyage pour discuter pendant des heures du match. La nouvelle garde ne bronche pas mais les anciennes vedettes se cabrent. Elles ont perdu leur liberté et leurs privilèges. Pires a aggravé la situation. Le médian offensif a ouvertement critiqué Domenech. Il a écopé d'une lourde amende pour avoir, inconsciemment, arboré un vêtement d'une autre marque que le sponsor officiel de la fédération lors d'une conférence de presse. Domenech décide en outre de ne plus faire appel à lui : il est écarté. Henry, la seule vedette qui reste à la France, est un problème aussi : il marque à tire-larigot pour Arsenal mais est infécond pour les Tricolores. Le rapide attaquant semble perdre son assurance dès qu'il enfile le maillot français. Durant la saison 2004-2005, sans Zidane, Henry a disputé sept matches et n'a marqué qu'un but, contre Chypre (victoire 0-2). Titi semblait ne pas supporter le poids qui l'accablait depuis les adieux de Zidane. D'un coup, il était devenu responsable des résultats ! Les Français étaient persuadés que la vedette de service devait assurer pour l'équipe. Mais ça ne marchait pas. Ce n'est pas pour rien qu'Henry a été soulagé quand Zidane a annoncé son retour, en août dernier. Henry : " Avec tout mon respect pour les autres joueurs, c'est Zidane qui revient. Le meilleur du monde ! Ma première pensée a été : - Dieu est de retour ! Je sais que Zizou est fâché quand je dis ça. Il n'aime pas être porté aux nues. Il n'empêche, avec lui, Claude et Lilian, nous avons récupéré trois footballeurs de classe mondiale. Je craignais pour notre qualification, me voilà désormais confiant. Récemment, au tournoi d'Amsterdam, j'ai eu l'honneur de rencontrer Diego Maradona. Un moment inoubliable, car il m'a demandé mon maillot. Je place Maradona et Zidane dans la même catégorie. Le seul énoncé de leur nom suffit. Zizou a relancé l'équipe ". Les résultats des matches cruciaux de septembre dernier lui donnent raison. La victoire 3-0 contre les faibles Féroé n'a impressionné personne mais le succès 0-1 à Dublin contre l'Irlande a fait son effet. Dans le courant de la deuxième mi-temps, Henry, qui allait sortir peu après, blessé à l'aine, a marqué le seul but de la partie. Juste après, Zidane a été retiré. Il avait fait son travail, la France était de nouveau maîtresse de son sort pour la qualification. Une victoire contre la Suisse, co-leader, et contre Chypre, les 8 et 12 octobre, suffisait pour une qualification directe. Même un revers en Suisse ne constituait plus de catastrophe car cette équipe disputait son dernier match en Irlande, laquelle avait encore une chance de terminer deuxième, avec accès aux barrages, donc. Cette victoire à Dublin assurait au moins les barrages à la France. Elle fit match nul 1-1 en Suisse puis s'imposa 4-0 contre Chypre, s'épargnant l'épreuve des playoffs. Le 3 août 2005, Zidane a annoncé sur son site qu'il se replaçait à la disposition de l'équipe nationale française. Il a ensuite accordé une interview à France Football. Zizou a évoqué en termes mystiques une conversation nocturne qui l'aurait décidé. Il n'en fallait pas plus pour que certains y voient une intervention divine. Irrité, le joueur a démenti avoir vécu pareille expérience : " Je n'aime pas qu'on interprète ainsi mes propos. J'ai toujours été clair, comme le savent ceux qui ont lu tout l'article. Je parle d'une personne, pas d'une religion ni de mysticisme. Je ne peux dire de qui il s'agit car c'est très privé. Comme on a mal interprété mes propos, je dois bien reconnaître que c'est mon frère qui m'a convaincu. J'ai toujours été ouvert lors des interviewes, prêt à me dévoiler. Désormais, je ne dirai plus que le strict nécessaire afin de m'épargner ce genre de réactions ". Zinédine Zidane : Un très bon sentiment. Je suis vraiment heureux d'être revenu. Un an auparavant, je pensais avoir pris la bonne décision en renonçant à ma carrière internationale mais j'ai retrouvé mon envie. Je sais que j'ai accompli un virage à 180 degrés. J'ai passé de longues vacances avec ma famille l'été passé. Nous avons voyagé à travers le Canada. Je me suis reposé, je me suis vidé la tête. Puis les gens ne cessaient de me demander de revenir. Le sélectionneur m'a rendu visite et a discuté avec moi. Mais l'essentiel, c'est que j'avais de nouveau envie de me produire en équipe nationale. Nous avons eu plusieurs entretiens. Il m'a rendu visite à Madrid, je l'ai rencontré une fois à Paris. Domenech avait très envie que je revienne. Il était enthousiaste, persuasif. Cela m'a touché. Cependant, ce retour me trottait en tête depuis un moment. L'équipe nationale est tout, pour moi. C'est elle qui m'a offert les plus beaux moments de ma carrière. Comment pourrais-je oublier ces instants magiques ? Il y a eu des périodes moins fastes mais les Bleus ont toujours compté pour moi. N'attendez pas de longues explications de ma part. Je ne suis pas revenu parce que ça n'allait pas. Vous ne me l'entendrez jamais dire. J'étais prêt à aider l'équipe à se remettre sur les bons rails mais je ne suis pas le Messie. J'avais envie de rejouer, c'est tout. Je savais que je pouvais revenir et apporter quelque chose. Je ne sais pas. Je ne puis m'exprimer à leur place. A chacun sa vérité. Je suis très heureux qu'ils soient revenus. Je m'entends particulièrement bien avec Claude. Nous avons joué ensemble au Real pendant deux ans. Nous nous trouvons sur le terrain, nous formons un des meilleurs duos que je connais. Claude et moi avons beaucoup discuté d'un éventuel retour commun. J'en ai aussi parlé avec Lilian, évidemment. Mais c'est à eux qu'il faut demander si ces conversations ont été décisives. Je ne suis pas comptable. Je ne pense pas en ces termes. Le risque et ma réputation ne comptent pas. Si j'étais calculateur, je ne serais pas revenu. Mais je n'avais qu'un v£u : disputer le Mondial avec la France. Je n'y ai jamais songé. La situation était difficile, nous savions que la qualification ne coulerait pas de source mais nous sommes restés positifs, nous avons toujours cru en nos qualités. Je veux y couper court. Mon sponsor, Adidas, ne m'a pas mis sous pression ni ne m'a obligé à revenir en équipe nationale. Pas plus que le monde politique ne l'a fait. C'est ma décision à moi. Je voulais rejouer pour la France. C'est l'équipe nationale qui m'a fait et je veux lui rendre quelque chose. TIEMEN VAN DER LAAN, ESM