Le plan était élaboré avec précision. Homme en vue de l'attaque de l'Esteghlal Téhéran, Kaveh Rezaei décide de quitter sa zone de confort à l'été 2017, un an avant la Coupe du monde. L'attaquant est alors conscient qu'une place dans l'avion iranien pour la Russie passe par une saison réussie sur le Vieux Continent.
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Le plan était élaboré avec précision. Homme en vue de l'attaque de l'Esteghlal Téhéran, Kaveh Rezaei décide de quitter sa zone de confort à l'été 2017, un an avant la Coupe du monde. L'attaquant est alors conscient qu'une place dans l'avion iranien pour la Russie passe par une saison réussie sur le Vieux Continent. Quelques jours après son douzième but marqué en phase classique sous le maillot zébré, au sommet du 4-2-3-1 d'un Charleroi qui vit une saison historique en concluant les trente premières journées sur le podium, il est convoqué par Carlos Queiroz lors du rassemblement du mois de mars, le dernier avant le Mondial. Rezaei en profite pour planter son premier but sous le maillot de la Team Melli au cours d'un amical anonyme face au Sierra Leone. Rares sont ceux qui doutent alors de sa présence en Russie. Dans le Pays Noir, les interrogations internationales portent plutôt sur la présence hypothétique de Cristian Benavente dans le groupe péruvien. Pourtant, aucun des deux associés offensifs du onze de Felice Mazzù ne sera finalement du voyage. Le coup est dur à encaisser pour Rezaei, qui vit un été bouleversé. À peine remis de ses émotions nationales, l'Iranien vole à la rescousse d'un Charleroi en difficulté, et plante trois buts en deux rencontres. Le champion en titre brugeois, en quête d'un buteur prolifique pour compenser le départ d' Abdoulay Diaby au Portugal, jette son dévolu sur l'attaquant des Zèbres. Transfert le plus cher de l'histoire du Club, Rezaei poursuit son ascension après le hoquet du Mondial, et s'apprête à découvrir la Ligue des Champions. Le plan semble se remettre sur les bons rails. " J'ai eu de la malchance ", confie le joueur douze mois plus tard, de retour dans le stade qui l'avait révélé aux yeux de la Belgique après une année ratée chez les Brugeois. Pourtant, l'aventure commence idéalement, avec un penalty transformé face à Zulte Waregem - déjà sa première victime chez les Zèbres - pour débloquer son compteur bleu et noir. La suite, ce sera un temps de jeu limité à 406 minutes, notamment pourri par une longue blessure, et une disette qui s'éternise désormais depuis plus d'un an. Du côté de la Venise du Nord, on se rappelle d'un joueur qui n'est jamais vraiment parvenu à s'intégrer à un vestiaire moins familial que celui de Charleroi. Plutôt isolé, avec de réelles difficultés pour se greffer à l'un ou l'autre groupe au sein du noyau, l'Iranien se distingue également de façon négative à l'entraînement en affichant des limites techniques claires. Si, dans le jeu moins élaboré des Zèbres, ces carences étaient masquées par les kilomètres avalés et les buts marqués, les filets ne tremblent jamais assez souvent pendant la période brugeoise pour faire oublier tout le reste. Visiblement affaibli par le poids que le prix de son transfert fait peser sur ses épaules, et longuement gêné par un genou récalcitrant dont les problèmes avaient été diagnostiqués à Bruges dès la visite médicale, Rezaei ne sort plus la tête de l'eau. Lors de la visite des Brugeois au Mambour, c'est un Kaveh au visage fermé que ses anciens compagnons découvrent. Monté au jeu pour faire basculer la rencontre, il frappe le montant, comme un symbole d'une année de poisse où les poteaux renvoient la balle du mauvais côté. Au bout du match, finalement remporté par les Carolos, l'Iranien se console à peine avec les chants du public local, toujours fidèle à son ancien buteur. Pendant que Charleroi manquait certainement à Rezaei, Rezaei manquait aussi à Charleroi. Son départ avait décapité le système de jeu zébré, et provoqué la colère du stade lors d'une sortie calamiteuse à domicile face à Courtrai, quelques jours avant la fin du mercato. Le début de saison raté condamne déjà les rêves carolos d'une troisième participation de rang aux play-offs 1. " On a un peu douté, parce qu'on avait perdu notre plus gros joueur alors qu'on sortait de matches difficiles ", se souvient Nicolas Penneteau. " Kaveh portait l'équipe à lui tout seul. Il donnait une dynamique positive, c'était un harceleur qui donnait tout pour l'équipe, que ce soit dans ses appels ou pour défendre. C'est un joueur extraordinaire pour un groupe. En le perdant, on a tout de suite eu peur, parce qu'on savait ce qu'on perdait. " Finalement remplacé par l'explosion de Victor Osimhen, Rezaei n'en reste pas moins une référence parmi les bonnes pioches de Mehdi Bayat ces dernières saisons. Alors, quand l'opportunité de rapatrier le buteur s'est présentée, le club n'a pas hésité. Rezaei non plus : " J'ai juste besoin de jouer, et j'ai préféré revenir ici, parce que je connais les joueurs, le staff, tous les gens au sein du club. Je me sens à l'aise, c'est comme si j'étais rentré à la maison. " De retour chez lui, l'Iranien a été accueilli à bras ouverts. Si certains, au sein du vestiaire, doutaient de sa capacité à se remettre à l'endroit physiquement et mentalement après une saison presque blanche, Rezaei a rassuré tout le monde dès ses premiers pas sur le terrain d'entraînement, où il a dévoré la pelouse avec la même rage que celui qui débarquait d'Asie deux ans plus tôt, accompagné des doutes que charriaient sa nationalité, la même que celle de son patron. " J'ai encore plus faim qu'il y a deux ans ", confirme l'intéressé, dans un anglais impeccable qui contraste avec les mots hésitants de ses débuts qui obligeaient souvent Mehdi Bayat à jouer les interprètes face aux médias. Avec le coach, les mots étaient superflus : " Avec Rezaei, on n'avait même pas besoin de se parler ", se souvient Felice Mazzù. " Rien qu'en un geste et un regard, il avait compris. " Kaveh parlait avec des kilomètres et des buts. Un langage que tout Charleroi attend de réapprendre, après une saison aux allures d'année sabbatique.