Après une année 2008 tout à fait particulière qui a vu, entre autres, le départ à la retraite de Justine Henin, les doutes de Roger Federer et Rafael Nadal début de saison, la crise existentielle de la Russe Maria Sharapova, l'incapacité notoire des différentes numéros 1 féminines de confirmer leur statut et la montée en puissance du Britannique Andy Murray (ATP 4) et du Serbe Novak Djokovic (ATP 3), on était impatient de se retrouver dans la fournaise de Melbourne pour tenter d'y voir plus clair. Voici ce qu'il faut retenir...
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Après une année 2008 tout à fait particulière qui a vu, entre autres, le départ à la retraite de Justine Henin, les doutes de Roger Federer et Rafael Nadal début de saison, la crise existentielle de la Russe Maria Sharapova, l'incapacité notoire des différentes numéros 1 féminines de confirmer leur statut et la montée en puissance du Britannique Andy Murray (ATP 4) et du Serbe Novak Djokovic (ATP 3), on était impatient de se retrouver dans la fournaise de Melbourne pour tenter d'y voir plus clair. Voici ce qu'il faut retenir... Au terme d'une demi-finale et d'une finale toutes deux jouées en cinq sets, Nadal a donc remporté son premier Australian Open et son sixième titre du Grand Chelem. Si la finale a été au bout du suspense, elle fut cependant un rien moins émouvante que celle du dernier Wimbledon qui avait vu, là aussi, Nadal triompher de Federer en cinq manches. En fait, le Suisse n'a plus battu l'Espagnol depuis 2007 et a enregistré à Melbourne sa cinquième défaite de rang, dont trois finales de tournois majeurs. De là à dire qu'il risque de commencer à douter quand il rencontrera son ami, il y a un pas que l'on peut franchir sans trop de risque. Véritable phénomène physique, Nadal a donc déjà gagné au moins une fois trois des quatre levées (Australian, Roland-Garros et Wimbledon) du Grand Chelem. A titre d'exemple, rappelons que le Suédois Björn Borg n'a jamais gagné l'Australian et l'US Open. On voit mal ce qui empêcherait par contre l'Espagnol de rejoindre Andre Agassi dans la légende, l'Américain étant le dernier joueur à avoir réussi à s'imposer à Melbourne, Paris, Londres et New York. Quant à Federer, il est toujours à un titre du record détenu par l'Américain Pete Sampras (14). Il y parviendra peut-être, mais sans doute pas à Roland Garros qui semble promis à son actuelle bête noire. La finale masculine n'a pas atteint la qualité de demi-finale entre Nadal et Fernando Verdasco (ATP 14). Celui-ci est une sorte de clone de Rafa : comme lui, il est Espagnol. Comme lui, il a un gabarit appréciable (1,88m et 81 kg pour 1,85m et 85 kg à Nadal). Et, comme lui, il est gaucher. Tennistiquement, il base son jeu sur les mêmes principes que son collègue : puissance, condition physique exemplaire, jusqu'au-boutisme, le tout mâtiné tout de même d'un sens tactique agréable. Il distille de temps en temps des balles courtes croisées qui sortent son adversaire du terrain. Il aura d'ailleurs fallu plus de cinq heures à Nadal pour se défaire de ce joueur miroir. Hélas pou lui, Verdasco s'est tout de même incliné. Ce qui veut dire que, dans ce genre de combats, Nadal reste le maître. A tel point que l'on se demande si les joueurs développant le même style de jeu que lui parviendront un jour à le défaire dans un tournoi majeur. Considérés, à juste titre, comme les principaux outsiders de Nadal et Federer, Murray et Djokovic n'ont pas réussi à se hisser très haut dans le tableau. Mais l'Ecossais et le Serbe n'ont pas réellement été décevants tant leurs vainqueurs étaient dans une bonne semaine. C'est ainsi Verdasco qui est venu à bout - en cinq longs sets - de Murray alors que Djokovic a été contraint à l'abandon face à un excellent Roddick qui menait à ce moment deux sets à un et deux jeux à un. Il ne s'agit donc pas de contre-performances réelles mais bien de défaites honorables face à d'excellents compétiteurs. Si la Russie domine sans beaucoup de partage le tennis féminin (lire plus loin), la France et l'Espagne font de même côté masculin. Il y avait cinq représentants de ces deux nations en seizièmes de finale et deux en quarts. Même s'il n'a pas réussi à se hisser en finale comme l'an dernier, Jo-Wilfried Tsonga (ATP 7) a une nouvelle fois démontré que sa puissance pouvait le mener loin. Il devra cependant encore gérer ses émotions et développer davantage ses qualités tactiques. Coup de chapeau aussi à Gilles Simon (ATP 8) qui, avec son jeu particulier (il s'adapte au rythme de ses adversaires), n'a été éliminé que par Nadal en personne. Il n'y a pas eu de révélations masculines sur les seize qualifiés pour les huitièmes de finale avec seulement un joueur non tête de série. Et il s'agissait du Chypriote Marcos Baghdatis (ATP 97) qui n'est pas vraiment un nouveau venu. Il est vrai que le tennis masculin est devenu tellement physique que l'éclosion de jeunes talents est rendue de plus en plus compliquée, les joueurs s'approchant du top de manière régulière et non plus en une seule fois, comme cela peut-être le cas chez les femmes. Alors que Justine Henin devenait officiellement ambassadrice de l'Unicef vendredi dernier, Serena Williams se préparait à remporter son dixième titre en Grand Chelem et à repasser en tête du classement mondial. Dix ans après son premier succès majeur obtenu de haute lutte à l'US Open 1999, la cadette des s£urs - elle a 27 ans - a démontré que sa fratrie demeurait leader du tennis féminin. Depuis 1999, et exception faite de 2004 et 2006, Serena et/ou Venus Williams ont gagné au minimum un Grand Chelem par saison. En fait, elles n'ont laissé le leadership que durant la domination des deux championnes belges Henin et Kim Clijsters. A l'aube de leurs 30 ans, elles continuent à donner l'impression de pouvoir gagner quand elles le désirent. Au terme de sa triste finale face à la Russe Dinara Safina, Serena avançait d'ailleurs qu'elle pouvait battre tout le monde à tout moment. Ce qui est également le cas de sa s£ur, même si cette dernière s'est inclinée prématurément en Australie. Mais les trois derniers Grands Chelems ont été remportés par elles : Venus à Wimbledon, Serena à l'US Open et l'Australian. Ni Jelena Jankovic ni Ana Ivanovic n'ont les capacités de dominer le tennis mondial. Les deux Serbes peuvent certes profiter d'une conjoncture favorable (absence ou élimination de leurs principales adversaires) pour gagner de temps en temps un majeur mais elles n'ont pas - encore ? - l'étoffe d'une n°1 mondiale. Battues respectivement au 3e et 4e tour, Ivanovic et Jankovic vont devoir effectuer un énorme travail mental pour modifier cet état de fait. Monter à la première place est une tâche compliquée, s'y maintenir est nettement plus ardu et nécessite une motivation hors norme. Ce qu'avait Henin, mais pas Clijsters, par exemple. S'il devait y avoir un classement général par nations, la Russie l'emporterait sans aucun mal, côté féminin s'entend. Six joueuses russes étaient en huitièmes de finale et il en restait encore trois en demis : Dinara Safina, Svetlana Kuznetsova et Vera Zvonareva. Ce qui, en l'absence prolongée de Sharapova constitue un bel exploit. Malheureusement, il manque à ces joueuses de l'Est l'étincelle d'agressivité qui pourrait les transformer en tueuses. Ce qu'était, il y a un an jour pour jour, la belle Maria qui, depuis, joue de malchance, se blessant aussi souvent dans sa tête que dans son corps. Cela étant, la Russie est nettement plus en forme que les Etats-Unis. Il n'y avait en effet que cinq joueuses américaines dans le tableau final (une misère) et seules les deux Williams ont réussi à se qualifier au moins pour le deuxième tour. Côté des surprises positives, on mettra en avant les bonnes prestations relatives des Françaises Amélie Mauresmo (WTA 22) et, surtout, Marion Bartoli (WTA 17). Cette dernière s'est hissée en quarts de finale non sans avoir pris la mesure de la première joueuse mondiale, Jankovic. Pour mémoire, ce n'est pas la première fois que cette étrange Française domine une joueuse du top puisque c'est elle qui avait battu Henin à Wimbledon en 2007. Après sa victoire en quarts, Bartoli a laissé entendre que, vu le contexte actuel (entendez la relative faiblesse du tennis féminin), elle pensait avoir les capacités de monter à la première place mondiale. Le pire, c'est qu'elle n'a pas tort, d'autant qu'à l'inverse des Jankovic et Ivanovic, elle dispose bien, elle, d'une rage de vaincre hors norme. par patrick haumont (à lire aussi sur levif.be/blog) - photos: reuters