Voilà un an que Nicolas Frutos (25 ans) a débarqué chez nous. Le scepticisme était de mise à son arrivée, car les Argentins n'étaient pas nombreux dans notre championnat et l'on se demandait comment il s'adapterait à la fois au football belge et à la vie en Belgique, mais dans les deux cas, on a été rapidement rassuré. Nico parle déjà couramment le français et s'est déjà montré décisif à plusieurs reprises : notamment la saison dernière, lorsqu'il inscrivit les deux buts au stade Jan Breydel qui plaça Anderlecht sur la voie royale vers le titre. Cette année encore, à Bruges, il a égalisé à la dernière minute pour offrir un point précieux aux Mauves. Il a aussi ouvert la voie à d'autres joueurs argentins : à Anderlecht, mais aussi chez les Mauves anversois.
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Voilà un an que Nicolas Frutos (25 ans) a débarqué chez nous. Le scepticisme était de mise à son arrivée, car les Argentins n'étaient pas nombreux dans notre championnat et l'on se demandait comment il s'adapterait à la fois au football belge et à la vie en Belgique, mais dans les deux cas, on a été rapidement rassuré. Nico parle déjà couramment le français et s'est déjà montré décisif à plusieurs reprises : notamment la saison dernière, lorsqu'il inscrivit les deux buts au stade Jan Breydel qui plaça Anderlecht sur la voie royale vers le titre. Cette année encore, à Bruges, il a égalisé à la dernière minute pour offrir un point précieux aux Mauves. Il a aussi ouvert la voie à d'autres joueurs argentins : à Anderlecht, mais aussi chez les Mauves anversois. Nicolas Frutos : Je retiens surtout le positif. Même si, depuis juillet et août, j'ai été souvent blessé. Tout a commencé par cette opération du genou que j'ai subie en fin de saison dernière. Les petites blessures dont j'ai encore été victime par la suite sont, selon moi, une conséquence directe de cette opération. Je n'ai pas pu participer au stage de préparation durant l'été et je n'ai donc pas pu acquérir ce fonds physique qui permet de tenir tout un championnat. Durant la saison, j'aurais dû travailler un peu plus que les autres joueurs pour rattraper le temps perdu, mais ce n'était pas toujours possible. Lorsqu'il y a deux matches par semaine, c'est difficile de s'astreindre à des entraînements supplémentaires. Lorsque mon état physique me l'a permis, j'ai joué 90 minutes en championnat le week-end et encore 90 minutes en Ligue des Champions alors que je n'avais pas le fonds physique nécessaire. Aucun corps n'aurait résisté à cette succession d'efforts. Aujourd'hui, je me sens beaucoup mieux. J'ai bien travaillé à La Manga, pendant le stage hivernal. Mais ce n'était pas un très long stage : cinq ou six jours à peine. Ce n'est pas comparable à la période de préparation estivale, lorsqu'on peut se préparer progressivement pendant de longues semaines. J'aurais eu besoin de davantage : deux ou trois semaines de préparation complète. Au retour de La Manga, j'ai encore ressenti une petite gêne, et lorsque les matches ont repris, je me suis rendu compte que je n'avais pas encore tout à fait retrouvé le rythme. Continuer à travailler intensivement à l'entraînement, pendant deux ou trois semaines, éventuellement sans jouer. Mais je n'ai pas envie de rater un match, c'est un peu le problème. Pour l'instant, il n'y a plus qu'un match par semaine, c'est un peu mieux que durant l'automne. Malgré tout, les rencontres s'enchaînent. On joue le dimanche, on a congé le lundi. Je peux travailler à fond les mardi et mercredi et le jeudi, il faut déjà commencer à songer au rendez-vous du week-end. Un peu les deux. L'entraîneur compose son équipe, et généralement, lorsque je suis disponible, j'en fais partie. D'autre part, il est sûr que je n'ai pas envie de rater un match. Là aussi, un peu les deux. Il est clair que j'ai envie d'apporter ma contribution à l'équipe, durant cette une période où Anderlecht est pleinement engagé dans la lutte pour le titre. Si l'entraîneur estime qu'il a besoin de moi, je me dois de répondre présent. Rater un match pour pouvoir jouer tous les autres ? Tous les rencontres sont importantes. J'aurais des remords si Anderlecht était battu dans un match que j'aurais préféré ne pas disputer. Et puis, je ne crois pas que ce serait la solution idéale de faire une impasse car pour retrouver le rythme, j'ai besoin de jouer. Je me trouve un peu dans un cercle vicieux où la solution idéale est difficile à trouver. En attendant, je continue à jouer. Si je n'ai pas encore totalement retrouvé le rythme, j'essaie d'évoluer avec le c£ur ou les tripes. Peu importe, pourvu que je puisse aider. En fait, je crois que je ne retrouverai mon meilleur niveau que la saison prochaine, lorsque j'aurai pu jouir de deux semaines de vacances et effectuer une préparation complète. Dans la position où l'on se trouve, tous les matches sont des matches-clefs. Chaque point gagné ou perdu se révèle d'une extrême importance. Non. Certes, c'est un match qui s'est révélé décisif et qui me restera en mémoire, mais j'estime avoir mieux joué dans d'autres rencontres, y compris dans des matches où je n'avais pas trouvé le chemin des filets. Je songe en particulier à certaines confrontations de Ligue des Champions, et même à une rencontre de championnat disputé à domicile contre Genk. Par ailleurs, en Argentine, on a coutume de dire : -Le soir, ce que l'on a écrit dans le journal du matin est déjà dépassé. En clair : le passé ne compte pas, seul l'avenir m'importe. Je crois qu'actuellement, c'est difficile de produire du football champagne. Non qu'on n'en ait pas envie, mais l'adversaire ne nous autorise pas à jouer de la sorte. La saison dernière, on avait parfois gagné des matches 4-3 ou 4-2. Si c'était spectaculaire pour le public, je ne pense pas que, pour autant, on jouait tellement mieux qu'actuellement. Après le match contre Westerlo, il y a trois semaines, les gens avaient fait la fine bouche parce qu'on avait seulement gagné 1-0, mais j'estime que c'était - avec le match au Germinal Beerschot - l'un des meilleurs matches d'Anderlecht au niveau collectif. On a fait bloc, on a respecté les consignes, les pions étaient bien en place et les trois points furent au rendez-vous. C'était une bonne base pour continuer à construire l'avenir. J'estime que le résultat est toujours prépondérant. Aucun footballeur n'est heureux lorsqu'il a perdu après avoir fourni une bonne prestation. Certes, si l'on peut ajouter la manière au résultat, c'est mieux. Je le répète : je suis très satisfait de la prestation que nous avons fournie contre Westerlo, car ce soir-là, on a trouvé une véritable équipe sur le terrain. Personne n'a privilégié ses intérêts personnels. Le Standard était impressionnant avant de chuter à Zulte Waregem. Il avait remporté avec brio deux rencontres très difficiles, à Charleroi et contre Genk. Je crois que les Liégeois ont effectué du très bon boulot durant leur stage de préparation au Portugal, et qu'ils sont actuellement en pleine forme. Ils forment un véritable bloc, travaillent pendant 90 minutes sans que personne ne tire la couverture à soi. Je pense que le Standard sera, avec Genk, notre principal rival. Les Limbourgeois ont réalisé un très bon premier tour, durant lequel ils étaient apparus comme une équipe bien huilée. Ils ont ensuite donné l'impression de marquer le pas, mais ils sont toujours là. Je n'oublie pas La Gantoise, qui peut jouer les trouble-fête. C'est un championnat très serré, où tout est possible. Il ne faut pas trop s'attarder sur les chiffres. On ne méritait pas de perdre ce match. On s'était créé plusieurs occasions franches, mais c'était l'un de ces soirs où le ballon ne voulait pas entrer d'un côté et pénétrait à chaque coup de l'autre côté. Le résultat n'a pas reflété la physionomie de la partie. Un partage aurait été plus équitable. Le football est ainsi fait. On a pointé du doigt certaines erreurs défensives, mais à 1-2, on a pris tous les risques pour égaliser et on l'a payé. 1-2 ou 1-4, finalement, c'est pareil au niveau des points. Avec la Coupe, vous voulez dire ? Chaque match a sa vérité, et un match de Coupe n'a rien à voir avec un de championnat. Cela dit, même en championnat, il faudra aborder chaque rencontre comme s'il s'agissait d'une finale de Coupe. C'est un long parcours de 34 matches, et on approche des deux tiers. Oui, là-bas, chaque championnat ne compte que 19 matches. On ne peut pas se permettre le moindre faux pas, car lorsqu'un écart est creusé, il se révèle très difficile à combler. En Belgique, on a davantage le droit à l'erreur : une équipe peut commencer sur les chapeaux de roues, traverser une période creuse, puis revenir. C'est une compétition de longue haleine, une sorte de marathon. Oui, c'est sûr. Je crois que le scrutin du Soulier d'Or a provoqué une discussion positive chez nous. On s'est dit : - Voilà, onadémontréqu'onavaitlesmeilleuresindividualités, maintenantilfautaussiprouverqu'on alameilleureéquipe ! Je crois qu'on a très bien réagi, de façon très professionnelle. Ce fut très positif. Je n'irai pas jusque-là. Le problème d'Anderlecht, c'est qu'il a disputé la Ligue des Champions pendant l'automne. On a essayé de faire bonne figure dans toutes les compétitions, mais ce n'est pas évident de lutter sur tous les fronts. Si on avait terminé troisième de la poule et qu'on avait été repêché en Coupe de l'UEFA, on aurait pu parler d'un premier tour très réussi, malheureusement, ce ne fut pas le cas. Aujourd'hui, privé d'Europe, on a le loisir de se concentrer pleinement sur les deux compétitions nationales. Oui, clairement, même si on aurait aimé continuer à lutter sur le front européen. On n'est pas à l'abri d'une nouvelle baisse de régime. Rien n'est fait, croyez-moi. On avait pris la tête du classement après la défaite de Genk au Standard, mais une semaine plus tard, on était de nouveau rejoints. Je ne pense pas qu'être en tête apporte une pression supplémentaire. En fait, faire la course en tête, c'est le mieux qui peut arriver. On n'est plus tributaire des autres et on est certain que, si l'on gagne tous les matches qui restent à jouer, on sera champion. Encore faut-il parvenir à le faire. C'est une idée de l'entraîneur pour que Lucas puisse se montrer plus offensif. Cela ne se passe pas trop mal, et je suppose que le coach est satisfait. On a désormais plusieurs variantes possibles, qu'on peut appliquer en fonction des matches. Leur comportement, je ne pense pas. Peut-être se sentent-ils plus soulagés. L'adversaire ne peut plus développer son jeu aussi facilement qu'avant. Je crois que cela allègera la tâche des défenseurs. Il faut se dire aussi que, lorsqu'on encaisse ou que l'adversaire se crée des occasions, ce n'est pas toujours la faute des arrières mais cela résulte parfois d'un manque de travail défensif dans les autres secteurs de l'équipe. Je crois que son premier tour fut très bon. Par rapport à sa période à l'Independiente, il a déjà beaucoup évolué. Ne serait-ce que parce qu'il a un an de plus. Et à 21 ans, un an, c'est une grande différence. Il a acquis beaucoup plus de maturité, beaucoup plus d'expérience, à force de jouer des matches en Europe. C'est un joueur de grande qualité, qui n'a pas encore démontré toute l'étendue de son talent. Il progressera encore, et s'il reste en Belgique, je crois qu'il deviendra un joueur qui attirera les gens au stade, car il peut se révéler un régal pour les yeux. Il a choisi la Belgique, tant mieux pour le championnat belge. Je répète ce que j'ai déjà dit précédemment : Anderlecht est un grand club, et il n'y a aucune honte à évoluer ici plutôt que dans un club moyen d'Espagne ou d'Italie. Je crois que Lucas savait où il mettait les pieds lorsqu'il a signé au Sporting. Depuis lors, j'ai le sentiment qu'il est très heureux de son choix. Il se plaît beaucoup ici. Je ne sais pas, ce sera à Lucas de décider quel sera son avenir. Qui dit qu'il ne souhaitera pas rester plus longtemps en Belgique. Je ne lui conseillerai qu'une chose : de prendre du plaisir lorsqu'il monte sur le terrain. Car, lorsqu'il s'amuse, c'est toute l'équipe qui en bénéficie. De tous les Argentins du club anversois, je ne connais bien que Hernan Losada, qui fut mon équipier à l'Independiente. Je crois que c'est plus difficile pour lui de s'adapter au Germinal Beerschot, que pour moi à Anderlecht. Le Sporting est une équipe qui lutte chaque saison pour le titre. La pression est plus forte, mais lorsqu'on gagne souvent, l'adaptation est plus facile. Le Germinal Beerschot est une équipe plus irrégulière, qui navigue plutôt en milieu de classement. Dans ces conditions, c'est souvent plus difficile de trouver ses marques. C'est peut-être plus facile aussi de s'adapter à Bruxelles qu'à Anvers, mais comme ils étaient quatre ou cinq Argentins là-bas, cela n'aurait en principe pas dû poser de problèmes. Je ne comparerai pas les publics d'Anderlecht et du Standard. Je dirai plutôt qu'en général, les spectateurs sont des gens bien éduqués. C'est très agréable de jouer dans des stades belges, lorsqu'on a connu des émeutes. C'est très tranquille, et je me réjouis à chaque fois de pouvoir participer à un match en sachant que l'on pourra célébrer une victoire avec le public, tout en étant conscient que celui-ci ne se livrera pas à des actes de violence gratuite. C'est merveilleux, et par ailleurs, je suis très reconnaissant au public d'Anderlecht pour la manière dont il m'a accueilli. J'ai été très bien traité dès le départ. On m'encourage, on me salue, on me félicite. C'est très chouette. Oui, bien sûr, c'est triste. En Argentine, et c'est malheureux, ce genre d'émeutes se produit chaque week-end... sans qu'il y ait de réaction politique. S'il y avait un peu plus d'éducation dans les tribunes là-bas, le championnat d'Argentine serait magnifique. Hélas, ce n'est pas le cas. L'avenir nous l'apprendra. Personnellement, je trouve terrible d'interdire aux gens de se rendre au stade, à cause d'une seule personne ou d'un petit groupe d'irresponsables. Cela dit, on ne pouvait pas rester sans réaction. Il faut trouver une solution. Si je le savais... Oui, sans aucun doute. L'Argentine traverse une grave crise économique et les gens ont beaucoup de choses en tête. Ils utilisent le football comme dérivatif et, parfois, comme exutoire à leurs frustrations. En Italie, c'est peut-être pareil. Je l'ignore, je ne vis pas dans la Péninsule. Non, pas encore. En Argentine, c'était un hobby : on passait du bon temps entre copains, on rigolait et on mangeait le produit de notre pêche, au bord du fleuve. En Belgique, certains amis m'ont déjà conseillé des endroits très agréables pour la pêche, mais je ne m'y suis pas encore rendu. Pour l'instant, la famille occupe l'essentiel de mes temps libres, et encore plus depuis la naissance de ma petite Sofia. J'essaie aussi de découvrir des coins charmants, lorsque j'en ai la possibilité. Bruxelles ? C'est une ville que j'apprécie, mais je ne suis pas particulièrement attiré par les grandes métropoles. Je préfère les endroits calmes, et c'est pourquoi, j'habite en périphérie. daniel devos/photos: reporters