Son caractère a émergé dès notre première rencontre, par un lundi pluvieux, à la cafeteria des terrains d'entraînement des dames gantoises, à Wondelgem. En général, nous gardons les thèmes plus délicat pour la fin de l'interview mais Kassandra Missipo n'a pas besoin d'échauffement.
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Son caractère a émergé dès notre première rencontre, par un lundi pluvieux, à la cafeteria des terrains d'entraînement des dames gantoises, à Wondelgem. En général, nous gardons les thèmes plus délicat pour la fin de l'interview mais Kassandra Missipo n'a pas besoin d'échauffement. Kassie prend même l'entretien en mains, comme elle le fait dans l'entrejeu de l'équipe nationale et du KKA Gand Ladies, tenant de la coupe de Belgique. A peine cinq minutes se sont-elles écoulées que nous voilà en train de débattre du racisme et du sexisme en football. " On m'a traitée de macaque dès mon plus jeune âge. Gamine, quand je racontais tout ça à ma mère, elle m'expliquait d'où venaient ces insultes. Mais ce n'est que bien plus tard qu'on prend conscience de l'impact de pareilles expériences. Elle m'ont formées sur le plan humain : je retire de la motivation de ces contrecoups. Je veux montrer que celle que l'on traitait de macaque a été plus loin dans la vie que ceux qui l'insultaient le long du terrain. On raconte trop souvent que nous ne supportons rien, que ce n'est pas dit pour faire mal mais je ne comprends pas ce raisonnement. Il ne suffit pas d'en parler sans rien changer. Il faut oser parler du racisme dans le sport et le dénoncer." Que faudrait-il faire, selon toi, quand des gens poussent des cris de singe pendant un match ? KASSANDRA MISSIPO : Il faut réagir sur le champ. En interrompant le match et en prenant des sanctions très sévères. Les gens qui crient ça ne sont pas des supporters et n'ont donc pas leur place dans un stade. Le mot le dit : to support, soutenir quelqu'un. Les stewards devraient intervenir immédiatement et mettre dehors ceux qui crient ce genre de choses. Tu as joué avec les garçons du TK Meldert jusqu'à 17 ans. As-tu été confrontée à des relents racistes ? MISSIPO : Mes coéquipiers étaient toujours les premiers à me défendre quand on m'attaquait sur le terrain. J'ai beaucoup appris à leur contact. Notamment à tenir bon, à cause des insultes racistes. Comment t'est venue cette passion pour le football ? Par ta famille, tes amis ? MISSIPO : De ma chambre, je voyais les terrains de football d'Asse-ter-Heide. Je pouvais regarder les matches qui s'y déroulaient pendant des heures. Le football me fascinait. Tout tournait autour du football, où que j'aille : à l'école, chez mes grands-parents, avec mes amis... Ma mère m'a offert un ballon à l'âge de cinq ans et ensuite, je suis allée m'entraîner à Asse-ter-Heide. A partir de là, ça n'a plus jamais arrêté. Regardes-tu beaucoup de matches ? MISSIPO : Non. Ne me demandez d'ailleurs pas de citer des noms de joueurs. Ce que je veux, c'est être sur le terrain. J'ai essayé de suivre le Mondial féminin l'été dernier. L'enthousiasme qu'il a suscité m'a fait plaisir. J'éprouve une profonde admiration pour l'équipe nationale américaine. Le football féminin devrait être comme elle : elle bénéficie d'une grande attention, possède un excellent encadrement et le niveau est élevé. J'ai pu m'en rendre compte en début d'année, quand nous avons disputé un match amical contre les USA, devant 20.000 supporters à LA. Çà m'a ouvert les yeux. On pense parfois qu'on travaille bien mais depuis cette expérience, ponctuée d'une défaite 6-0, je mesure le chemin que je dois encore accomplir. Les dames américaines sont en tête de la lutte pour un salaire égal. Trouves-tu que les internationales doivent recevoir le même salaire que les hommes ou doit-on tenir compte du retour économique ? MISSIPO : Nous sommes tous égaux. Les femmes font les mêmes efforts que les hommes, souvent même plus car elles doivent travailler ou étudier en plus. Nous sommes toutes semi-professionnelles à Gand, de même que l'encadrement. Je pense qu'aucune joueuse ne peut vivre du seul football en Belgique. Tant que j'étudie, je peux m'en accommoder mais plus tard, l'aspect financier va prendre de l'importance. C'est certainement le cas pour les femmes qui veulent fonder une famille ou acheter une maison. La combinaison avec le football devient impossible pour elles. Considères-tu le football comme un métier ou est-ce toujours une passion ? MISSIPO : C'est avant tout une passion mais c'est aussi une occupation professionnelle. Surtout depuis que je bénéficie de plus d'attention des supporters, des joueuses et de la presse. Je dois surveiller ce que je fais et ce que je dis. Je resterai toujours nonchalante mais ça ne veut pas dire que je ne fais pas tout ce que je peux pour aller le plus loin possible. A cinq ans déjà, je ne pensais qu'à un métier : le football. Je voulais pouvoir jouer dans des stades combles comme Cristiano Ronaldo et Ronaldinho. Tu es plutôt de ces joueuses qui courent et qui disputent des duels. MISSIPO : Depuis toujours. Je veux être omniprésente. Parfois, mes coéquipières me disent : Kassie, arrête de courir. Elles doivent parfois me tempérer. On me traite de pitbull mais c'est un... compliment. On te compare déjà à Axel Witsel ou à Marouane Fellaini. Mais en fait, les Diables Rouges te connaissent-ils ? MISSIPO : Nous les croisons parfois à l'hôtel à Tubize. Romelu Lukaku est un trésor. Il a si bon coeur ! Ils disent tous gentiment bonjour. Une fois, j'ai bavardé avec Vincent Kompany. J'ai trouvé adorable qu'il se présente si simplement : - Hallo, je suis Vincent Kompany. (Rires). - Oui, hallo, je le savais !Les Red Flames peuvent-elles encore progresser ? Vous êtes 18e au classement mondial. MISSIPO : Certainement. L'équipe recèle énormément de talent. Parcourez la liste des clubs pour lesquels nos internationales se produisent. Elles jouent en Italie, en Angleterre, en France. Après avoir loupé le Mondial, nous avons traversé une période difficile mais nous remontons la pente. La fédération vient de nous exposer ses projets pour le football féminin. L'avenir des prochaines générations paraît très rose. L'étranger n'est pas toujours plus intéressant. Financièrement, la différence est parfois minime. MISSIPO : Janice Cayman à Lyon et Tessa Wullaert à Manchester City, c'est l'élite. Ce qu'elles nous racontent est très instructif. Elles transmettent leur expérience à l'équipe nationale, y compris sur le plan tactique. Mais c'est vrai : certains clubs de renom ne sont pas encore synonymes de football professionnel féminin, comme Liverpool, où Yaya Daniëls a joué. A Gand, nous nous entraînons six fois par semaine, ce qui nous confère un avantage sur le reste. C'est également intéressant si on veut ensuite jouer à l'étranger. Le KAA Gand Ladies a gagné la coupe et a terminé deuxième du championnat régulier la saison passée. Visez-vous le titre, maintenant ? MISSIPO : Nous avons entamé la saison par une défaite 6-0 au Standard mais c'était un accident de parcours. Nous avons une nouvelle équipe, un nouveau système. Ça requiert un peu d'adaptation. Anderlecht, le Standard, Genk et nous sommes les mieux armés pour le titre. Nous avons de nombreux talents. Heureusement, le Club Bruges revient dans le coup mais il lui faudra encore un an pour se développer, je pense. Tu arrives en fin de contrat cet été. As-tu déjà une idée de ce que tu feras ensuite ? MISSIPO : Je me concentre sur la saison en cours. En été, j'aurai achevé mes études en communication et un transfert à l'étranger constituera certainement une option. Je travaille avec 11 One, qui défend également les intérêts de Tessa Wullaert. Mais je ne suis pas obligée non plus de quitter Gand, où je me plais beaucoup. Pour que je parte, il faut que l'ensemble m'agrée.