Aux États-Unis, le 8 juillet 2010 est considéré comme le jour de La Décision. Ce jour-là, LeBron James a annoncé à la chaîne ESPN qu'il allait quitter Cleveland pour Miami. Accompagné des stars Chris Bosh et Dwyane Wade, il voulait enlever un premier titre NBA à South Beach, ce qu'il n'avait pas encore réussi à faire chez les Cavaliers. C'est le transfert le plus médiatisé et le plus critiqué de l'histoire de la NBA, à cause de la manière dont il a annoncé son départ, en direct devant 13,1 millions de téléspectateurs, mais surtout parce qu'il a abandonné ses supporters de Cleveland, situé dans l'Ohio, son Etat d'origine. Dan Gilbert, le propriétaire du club, a traité James de " traître sans coeur, égoïste et lâche ". Michael Jordan et Magic Johnson ont jugé que sa décision de former un BigThree avec Bosh et Wade était une solution de facilité. Onze mois plus tard, quand The Chosen One a été battu en finale de la NBA par les Dallas Mavericks (4-2), craquant sous la pression comme un élastique qui se rompt, il est devenu la cible des critiques de tous ceux qui ne supportaient pas Miami.
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Aux États-Unis, le 8 juillet 2010 est considéré comme le jour de La Décision. Ce jour-là, LeBron James a annoncé à la chaîne ESPN qu'il allait quitter Cleveland pour Miami. Accompagné des stars Chris Bosh et Dwyane Wade, il voulait enlever un premier titre NBA à South Beach, ce qu'il n'avait pas encore réussi à faire chez les Cavaliers. C'est le transfert le plus médiatisé et le plus critiqué de l'histoire de la NBA, à cause de la manière dont il a annoncé son départ, en direct devant 13,1 millions de téléspectateurs, mais surtout parce qu'il a abandonné ses supporters de Cleveland, situé dans l'Ohio, son Etat d'origine. Dan Gilbert, le propriétaire du club, a traité James de " traître sans coeur, égoïste et lâche ". Michael Jordan et Magic Johnson ont jugé que sa décision de former un BigThree avec Bosh et Wade était une solution de facilité. Onze mois plus tard, quand The Chosen One a été battu en finale de la NBA par les Dallas Mavericks (4-2), craquant sous la pression comme un élastique qui se rompt, il est devenu la cible des critiques de tous ceux qui ne supportaient pas Miami. Deux ans plus tard, LeBron James s'est délivré de la majeure partie des critiques. Il les a mis au sol par ippon. En l'espace de vingt mois, de novembre 2011 à juin 2013, il a enlevé deux titres NBA avec Miami, plus quatre trophées de Most Valuable Player (au terme de la saison régulière puis des finales) ainsi que la médaille d'or aux Jeux de Londres. LBJ a donc troqué son combat contre les sceptiques pour un autre, contre l'histoire. La nuit dernière, au début de la saison NBA, une question revenait sur toutes les lèvres : James est-il en mesure de se rapprocher de son rêve ultime : devenir le plus grand de tous les temps ? À l'heure actuelle, ce titre est dévolu à Michael Jordan. On en veut pour preuve le classement des vainqueurs du trophée MVP établi par les internautes sur ESPN.com cette année : l'icône des Chicago Bulls a recueilli 18.147 suffrages, suivi par James avec... 2.714 voix. De plus en plus d'internautes pensent que cet ordre s'inversera dans quelques années, quand LeBron, âgé de 28 ans, montera sur le parquet pour la dernière fois. Une enquête réalisée par la même chaîne a révélé que 43 % des internautes avaient répondu " oui " à la question de savoir si The King pourrait alors être sacré meilleur joueur de tous les temps. Michael Jordan a ravivé les discussions il y a quelques semaines : " J'aurais sans doute battu James dans un duel direct. Kobe Bryant, lui, c'est une autre paire de manches car il m'a piqué tous mes mouvements. " En début d'année, Jordan avait déjà préféré Bryant à James parce qu'il a déjà conquis cinq titres NBA contre un seul à l'époque pour le basketteur de Miami. Un choix qui n'est pas illogique. Quelques mois plus tard, James a ajouté un nouveau diamant à sa couronne, ce qui a alimenté sa volonté de gravir les ultimes échelons de la NBA, même s'il sait pertinemment que la route est encore longue. " J'en suis encore très loin. " Le quatrième sportif le mieux payé au monde - en 2012, son portefeuille s'est gonflé de 43,4 millions d'euros, salaire et contrats de sponsoring compris - aborde une saison cruciale : s'il enlève un troisième titre d'affilée, il sera, avec Jordan et Bryant, un des rares joueurs de NBA à avoir remporté le championnat trois fois de suite. A une différence près : His Royal Airness y est parvenu à deux reprises avec les Chicago Bulls et Kobe a déposé deux trophées LarryO'Brien supplémentaires dans la vitrine des Lakers. Avec un nouveau titre MVP - le cinquième, LeBron James serait à égalité avec Jordan, Wilt Chamberlain et BillRussell, il compterait un titre de moins que le recordman absolu, Kareem-Abdul Jabbar, mais quatre de plus que Bryant. Il a de fortes chances d'y parvenir, comme il l'a lui-même déclaré : " À tous points de vue, je suis meilleur que la saison passée. " Alors qu'il a déjà raflé 120 des 121 premières places au vote MVP, qu'il est considéré comme le meilleur au monde et comme un des basketteurs les plus complets de l'histoire de la NBA. De ce point de vue, James surpasse Jordan et Bryant : si, officiellement, il est avant, il est tout aussi bien capable de jouer à la distribution, au shooting guard, au powerforward et même au centre. C'est un peu comme si LionelMessi était aussi productif à l'arrière gauche ou au milieu défensif. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le speaker de l'American Airlines Arena de Miami ne précise plus le poste de LBJ quand il l'annonce. Il se contente de dire : " Number 6, LeBron James. " Pour reprendre les termes de LeeJenkins, un journaliste de Sports Illustrated : " Le F de forward ne convient pas à son profil. Il préfère le E d'everything. " Dribbler, passer, plonger, tirer de près ou de loin, sauter au panier, exécuter des feintes et des mouvements en dessous, prendre des rebonds, défendre, accélérer et jouer sans ballon : James se distingue dans tous les aspects du basket-ball ou plutôt il apprend à y exceller car il a largement dépassé le registre qu'il possédait à Cleveland ou même en finale NBA 2011 contre Dallas, quand il avait raté ses tirs à mi-distance. Depuis lors, Erik Spoelstra, l'entraîneur de Miami Heat, a compris. Au lieu de tenter d'intégrer James dans un système, il a bâti l'équipe autour de lui : il laisse à LeBron la latitude de réaliser ses actions de génie, que ce soit de l'avant, du milieu ou de la défense. S'il est plus polyvalent qu'un couteau suisse, il le doit surtout à son corps, un corps dont même Hercule pourrait être jaloux. À ses débuts en NBA, en 2003, il pesait déjà 110 kilos pour 2m03 sans s'être jamais adonné à la musculation. C'était donc inné. Il n'a commencé à travailler sa puissance que cinq ans plus tard, après avoir vu, pendant les Jeux olympiques, le travail effectué par Kobe Bryant. Un régime intensif d'entraînement - quatre jours par semaine, avec des séances de pompages et de vélo - lui a valu dix kilos de muscles en plus. De muscles car il affiche un taux de graisse de 5 %. Pendant les play-offs, il boit 3,5 litres d'eau par jour. Ses veines forment un circuit bien visible sur ses bras et ses mollets. Ajoutez-y une pointure 50, une envergure de 2,14 mètres, des mains de 23,5 centimètres et une formidable accélération et vous comprendrez qu'on le considère comme un prodige. La semaine dernière, il a twitté qu'il aimerait jouer un match de football américain d'ici la fin de sa carrière sportive. Il serait sans doute tout aussi impossible à freiner que quand il fonce vers le panier avant de propulser le ballon dedans, de toute sa force, même s'il est moins spectaculaire que Michael Air Jordan, qui parvenait à propulser ses 98 kilos à 1m22 de hauteur, à la verticale, alors que James reste à 1m12. Les années n'épargnent pas James, qui fêtera ses 29 ans le 30 décembre prochain. A l'instar de Jordan, qui a compensé sa perte d'explosivité par des tirs en détente, The King se fait un rien plus lent. Son dos le fait souffrir, au point qu'il s'adonne au yoga et se fait masser quotidiennement tout en limitant le nombre de plongeons qui sollicitent trop les lombaires. L'artiste de l'Ohio compense le poids des ans en enrichissant sa palette d'attaques. Il a énormément travaillé son tir à distance, devenu un véritable AK47. C'était nécessaire car durant ses premières saisons en NBA, la plupart des défenseurs appliquaient une tactique très simple : l'empêcher de couper vers le panier et le laisser tirer, ce qu'il faisait très mal : le jeune LeBron atteignait un taux de réussite de 41,7 % malgré ses dunks et marquait seulement 29 % de ses triples points, à cause d'une technique de tir lacunaire. Dans sa tentative d'imiter Jordan, James se penchait trop, tout en étirant la jambe droite, surtout pour marquer les trois points, ce qui le déséquilibrait. Il n'a commencé à travailler son tir qu'en 2008, de manière obsessionnelle. D'abord à mi-distance, puis, en 2012, de la ligne des trois points. James n'est pas devenu un buteur pur mais il ne tend plus la jambe et conserve donc son équilibre. Il se redresse pour lancer le ballon de toute sa hauteur, le bras tendu. Avec succès : la saison dernière, il a placé 40,6 % de ses trois points, une progression de 7 %. James choisit mieux ses tirs : à Cleveland et lors de sa première saison à Miami, il tirait trop souvent à mi-distance, souvent par nécessité. Il n'a compris qu'il devait diminuer le nombre de ses options, surtout en dessous du panier, qu'à l'issue de la finale perdue contre Dallas en 2011. Il s'est donc rendu à Houston pour travailler ses mouvements post-up avec HakeemOlajuwon, un des meilleurs centres de tous les temps. Ils se sont exercés pendant quatre jours et demi. Tout l'été, James a travaillé ses mouvements et au stage d'octobre, l'équipe a découvert un autre joueur. Il a commencé à camper sous le panier bien plus qu'un centre ou qu'un avant ne le font généralement. On en veut pour preuve le nombre de ses tentatives de triples points par match la saison suivante, en 2011-2012 : seulement 2,4 contre 5,1 lors de sa dernière campagne sous le maillot de Cleveland. L'étape s'est avérée cruciale : près du panier, James a mieux exploité ses fabuleuses aptitudes physiques, faisant passer son pourcentage de finition de 51 % en 2010-2011 à 53,1 % la saison suivante et à 56,5 % en 2012-2013. Il a même établi un record NBA en marquant plus de 60 % de ses essais pendant 21 matches d'affilée. Entre-temps, il avait peaufiné sa technique sur les tirs à trois points tout en tentant sa chance plus souvent -3,3 fois par match. LeBron est devenu incontrôlable, d'autant qu'il a davantage recours au soutien offensif de ses coéquipiers : la saison passée, la moitié de ses tirs réussis a été marquée grâce à un assist alors qu'en 2006-2007, cela ne lui arrivait qu'une fois sur trois. Le nouveau style de jeu de James bénéficie à toute l'équipe : ses coéquipiers disposent de plus d'espaces. Quand les défenseurs adverses se concentrent sur LBJ, celui-ci use d'un autre atout : sa vista, associée à des passes millimétrées (7 assists par match). Les défenseurs doivent donc choisir entre la peste et le choléra : soit ils permettent à James de marquer soit ils coupent la trajectoire de Ray Allen, de Shane Battier et de Mike Miller, tous adroits tireurs. C'est la recette qui a permis à Miami d'enlever deux titres NBA d'affilée, sans apaiser la faim de James. La saison passée, il a été particulièrement déçu de n'être que deuxième au classement du Defensive Player of the Year, derrière Marc Gasol. Au fil des années, The King a également perfectionné cet aspect de son jeu. Des distributeurs aux centres, il y a peu d'adversaires qu'il n'ait muselés, grâce à sa puissance et à son sublime jeu de pieds. LeBron James n'a-t-il donc aucun point faible ? Si. Ironie du sort, c'est dans la partie la plus facile du basket-ball : les lancers francs. La saison dernière, il n'en a réussi que 75,3 %, soit exactement la moyenne en NBA. Ce n'est pas mal mais ce n'est pas suffisant pour un joueur qui dépasse largement toutes les autres moyennes. Cette saison, James s'est donc fixé un nouvel objectif personnel : atteindre les 80 %. Nul ne doute qu'il y parviendra puisque, l'été dernier, il a progressé dans tous les domaines. Et, en fin de saison passée, The Chosen One n'a-t-il pas déclaré qu'il atteignait toujours les objectifs qu'il se fixait ? Peut-être Michael Jordan doit-il commencer à se faire du souci.PAR JONAS CRETEUR" Le F de forward ne fait pas partie de son profil. Il préfère le E d'everything... " Lee Jenkins, Sports IllustratedEn 2003, il pesait déjà 110 kilos pour 2m03 sans s'être jamais adonné à la musculation