Le président du PSG, Robin Leproux (51 ans) est plus que jamais à l'avant-scène. Ses mesures radicales contre la violence lui valent des critiques, voire des menaces. Une partie du public du Parc des Princes lui reproche d'avoir supprimé les abonnements de 13.000 personnes (il envisage toutefois de les reintroduire). Très marqué par les affrontements de février dernier entre supporters du PSG qui avaient fait un mort, il affirme en avoir fini avec la division du stade en deux camps rivaux : d'un côté, la tribune Boulogne (" blanche " et nationaliste) ; de l'autre, la tribune Auteuil (métissée et antiraciste).
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Le président du PSG, Robin Leproux (51 ans) est plus que jamais à l'avant-scène. Ses mesures radicales contre la violence lui valent des critiques, voire des menaces. Une partie du public du Parc des Princes lui reproche d'avoir supprimé les abonnements de 13.000 personnes (il envisage toutefois de les reintroduire). Très marqué par les affrontements de février dernier entre supporters du PSG qui avaient fait un mort, il affirme en avoir fini avec la division du stade en deux camps rivaux : d'un côté, la tribune Boulogne (" blanche " et nationaliste) ; de l'autre, la tribune Auteuil (métissée et antiraciste). Cet homme de médias, qui fut vice-président de M6 et patron du pôle français de RTL, s'impose ainsi dans un milieu du football jusqu'à présent sceptique à son égard. Robin Leproux : Ce plan, baptisé " Tous PSG ", n'est pas le mien mais celui du club. Le but est d'en finir avec l'image caricaturale d'un PSG violent et raciste. Nous étions arrivés à un tel degré de haine entre les deux tribunes qu'il fallait agir. J'ai donc pris mes responsabilités. Et l'une d'elles consiste à refuser par exemple l'existence d'un virage souvent qualifié de " blanc " où l'on ne pourrait pas installer des spectateurs " différents ". Nous le refusons car nos fans, dans leur écrasante majorité, ne sont ni racistes ni violents. A ce propos, une chose me navre : quand je vais en banlieue, où la Fondation PSG mène 140 journées d'animation par an, je vois des gosses persuadés que notre club est raciste et qui en viennent ainsi à porter le maillot de l'OM ! Je respecte l'OM, mais nous sommes à Paris, et ces gamins restent sur une image caricaturale du PSG. Nous devons convaincre l'ensemble de la population francilienne que nous sommes le club de son c£ur, avec de vraies valeurs. Le PSG a beaucoup d'activités sociales dont on ne parle pas assez. Certes, mais nous gagnons notre combat. Le plan est un succès. A ce jour, plus de 18.000 personnes ont pris la carte " Tous PSG ", et notre site internet a recueilli 50.000 signatures de soutien. Ces gens refusent un stade dont les tribunes seraient réservées à telle ou telle catégorie de la population. Ce plan, qui repose sur une nouvelle forme de commercialisation des places, vise à permettre à chacun de venir en sécurité dans un Parc apaisé. Pour nous, les supporters ne doivent plus s'opposer, mais cohabiter. Et ceux qui ne l'acceptent pas, qui refusent d'être assis à côté de quelqu'un au seul motif qu'il est différent ou pense différemment, ne sont plus les bienvenus. Aujourd'hui, cela se passe très bien, dans le stade et au-dehors. Il n'y a plus de regroupements ni d'agressions. Nous avons de quoi être fiers. Nous devons maintenant travailler à faire revenir les animations et la ferveur pendant les matches. Quand cela arrive, c'est dur, je ne vais pas le nier. Je comprends que certains supporters vivent la situation actuelle comme une injustice. Je les respecte, car ils sont sincères, mais ils ne représentent pas tout notre public. Il y a aussi les autres spectateurs, que l'on entend beaucoup moins, parfois par peur. Au-delà des insultes, des menaces, je reçois des centaines de messages de soutien. D'une surveillance, oui, car il y a toujours des personnages un peu plus exaltés que les autres. Ce club suscite tant de passions... Il évolue dans un environnement effervescent. Du plaisir, non. Mais un grand intérêt, car le challenge est intense, et ce club mérite que l'on s'investisse pour lui. Pour présider le PSG, il faut être solide. Il s'y passe toujours quelque chose ! La saison dernière, je m'interrogeais chaque matin sur ce qui pourrait bien nous arriver d'inattendu. Un jour, la grippe A et des violences à Marseille. Un autre, les accusations mensongères contre notre gardien de but, Apoula Edel. Sans oublier, en février, la mort du supporter lynché devant le Parc. Ce soir-là, c'était terrible. J'ai donné ma démission. L'actionnaire, Colony Capital, l'a refusée. Nous nous sommes alors demandé que faire pour que cela ne se reproduise jamais. A ma connaissance, pas du tout. En revanche, quand nous lui avons présenté le plan, qui entraîne un manque à gagner de plusieurs millions d'euros et une baisse du nombre de spectateurs évaluée à 5.000 personnes par match, il l'a aussitôt accepté. Pour lui aussi, le club devait se défaire d'une image imméritée. Les violences étaient le fait d'une minorité, un noyau dur de 300 à 400 personnes. Effectivement, c'est une contrainte pour ceux, majoritaires, qui n'ont rien à se reprocher. Cela dit, il ne faut pas aller trop loin dans la manière de présenter la situation : personne n'est renvoyé. Ces gens peuvent venir au stade, et à des tarifs très attractifs. Mais avec une contrainte : acheter leurs billets au coup par coup sans savoir s'ils seront placés côté Auteuil ou Boulogne. C'est le prix à payer pour qu'il n'y ait plus de drame, et pour que le PSG survive. La saison dernière, oui, quand les matches à huis clos, les amendes et les menaces d'exclusion se multipliaient. Mais le danger concernait d'abord nos supporters. Les deux camps étaient arrivés à un degré de haine effrayant. Eux-mêmes reconnaissaient avoir atteint un point de non-retour. Aujourd'hui, nous avons pacifié le stade et ses environs. Le club devait montrer la voie. Il l'a fait, et n'est plus en danger. Oui, la haine perdure. Mais on ne peut tout de même pas me demander de résoudre un conflit vieux de vingt ans entre deux types de population ! Moi, mon travail consiste à protéger les spectateurs dans le contexte du match. Si certains poursuivent les hostilités dans des bars ou sur des terrains vagues, c'est plus que regrettable, mais je n'y peux rien. Je ne me pose pas cette question. Je sais simplement qu'il fallait agir. Au moment d'accepter ce poste, j'avais pensé au jeune homme mort en 2006 près du Parc, et j'avais dit à ma famille : - Je ne supporterai pas qu'il y ait une autre victime. Et il y en a eu une autre, en février. Je n'y étais pas préparé. Ça a été un choc. C'est le passé. Nous n'en sommes plus là. S'il existe une autre manière de faire que le plan actuel, une idée géniale, tant mieux. Mais pour l'instant, on nous propose juste d'écarter 200 personnes de chaque côté et de rendre les abonnements en nous disant qu'ensuite tout ira bien. Comment peut-on croire une chose pareille ? Si l'on réinstalle les supporters dans les mêmes tribunes, nous aurons les mêmes soucis. Il ne faut pas retomber dans une logique de territoires. Concernant les abonnements, j'ai toujours précisé qu'il s'agit d'une période de transition. Nous devrions assez vite passer à une deuxième phase : celle du retour progressif, peut-être dès le mois de janvier. J'aimerais en parler avec les supporters représentatifs. Il faut évoquer ensemble les conditions de ce retour. A nous de trouver le moyen de faire revenir ce public des virages, qui joue un rôle décisif en matière d'ambiance et de ferveur. Nous allons y arriver, j'en suis convaincu. A une condition : ne pas recréer une opposition entre deux catégories de supporters. Tout le reste est ouvert. Je ne suis pas un gars buté. Pour essayer de trouver un accord, j'ai demandé à deux personnalités incontestables de travailler avec moi à ce dialogue : Alain Cayzac, ex-président du club, et Franck Borotra, président de la Fondation PSG. On peut très bien imaginer la création de nouvelles associations, organisées différemment, et la possibilité de prendre des abonnements par groupes de 5 ou 10 personnes, mais en aucun cas revenir à la situation précédente, avec une stricte répartition géographique. Ces supporters doivent être plus tolérants, comprendre notamment qu'un public familial puisse venir au stade. Pour le seul match contre Auxerre, en octobre, nous avons ainsi accueilli 2.500 personnes bénéficiant de tarifs " famille ". Ce club doit, et va, retrouver le haut niveau européen. Nos récent succès, à Séville et à Lyon, prouvent que nous avons franchi un cap et m'ont procuré, cette fois, un vrai plaisir. Sur le plan financier aussi, nous sommes dans une phase de transition. L'actionnaire est prêt à ouvrir le capital. Des discussions sont en cours à ce sujet. L'information a été démentie par notre actionnaire. A ma connaissance, elle relève du fantasme. Maintenant, il est évident qu'un tel club suscite un intérêt. Que vous alliez au Brésil ou en Chine, on vous parle de Paris. D'après ce que je sais, les gens qui ont montré, et montrent encore, un intérêt pour le PSG ne viennent pas que du Moyen-Orient. Maintenant que l'image est assainie, nous avons un potentiel considérable. Le coactionnaire qui nous fera passer un cap en termes de moyens rayonnera à travers le monde. Tout en ayant la moitié du budget de l'OM ou de Lyon, nous disposons cette saison d'une bonne équipe et d'un club en progrès. L'actif " joueurs ", la valeur de l'effectif sur le marché des transferts, n'a jamais été aussi élevé. Je vous rappellerai que j'ai été pendant près de six ans administrateur des Girondins de Bordeaux en tant que vice-président de M6. Je savais donc comment fonctionne l'économie d'un club. Et puis, je veux bien qu'on dise " il ne connaît rien au foot ", mais je pratique ce sport depuis quarante ans ! En fait, je me moquais de ce qui était dit. Dans le monde de la musique ou de la télévision, j'avais déjà été confronté à des gens incapables de contrôler tout à fait leurs attitudes ou leurs déclarations. Pour ce qui est du football, je ne suis pas sûr que l'on dirait la même chose de moi aujourd'hui... Ceci étant, c'est un milieu qui gagnerait à être plus confraternel. J'ai été surpris par l'agressivité gratuite qui y règne, et pas seulement à mon encontre. Ça dégaine très vite ! C'est dommage car cela laisse toujours des traces. L'affaire des Bleus au Mondial a impacté toute la filière. Il va donc falloir se pencher sur le bébé, montrer un visage plus ouvert, plus convivial, Nous perdons des licenciés. Le public aime moins nos joueurs. Des sports amis, et néanmoins concurrents, nous mangent la laine sur le dos en prétendant que l'ambiance est bien plus sympa chez eux. Malgré tout, le football reste le sport préféré des Français. Croyez-moi, on ne va pas nous enlever cette première place de sitôt ! Il y a beaucoup de travail à effectuer et je suis prêt à m'y investir aussi. Pour quelle raison ? Mais je vous l'ai dit : notre image a changé. Pour en finir avec une réputation, il suffit parfois d'un acte très fort, et le changement peut être immédiat. C'est le cas au PSG. Je veux être optimiste. Canal+ est un grand partenaire, qui a su porter le football français et le valoriser. Nous avons une discussion de gros sous, mais il va bien falloir trouver un accord. Alors que le foot pro dans son ensemble perd déjà 150 millions d'euros par an, on ne peut pas imaginer que l'on va nous donner 150 millions de moins sur le contrat à venir. Il nous faut cet argent car les salaires des bons joueurs ne vont pas à la baisse et nous sommes soumis à une forte concurrence européenne. Il ne s'agit pas de le renflouer, mais, au minimum, de payer au tarif actuel. Nous avons besoin de Canal+ et Canal+ a besoin de nous. Nos destins sont liés. Je suis donc certain qu'un accord sera trouvé. Maintenant, il faut reconnaître que les circuits de décision et de travail de la Ligue m'interpellent. Il est anormal que trois des quatre plus grands clubs - l'OM, Bordeaux et le PSG - ne soient pas représentés au conseil d'administration, ni que l'on ne puisse pas travailler de manière professionnelle et transparente sur les grands dossiers. Je vais être très clair : prenez les critères retenus par la chaîne pour juger de la notoriété des équipes dont elle diffuse les rencontres. Le PSG arrive deuxième derrière l'OM. Qu'on le veuille ou non, c'est un club extraordinaire. Ce n'est pas à moi d'en décider. Je ne suis qu'un employé du PSG, embauché par l'actionnaire. Arsène Wenger a toujours montré un intérêt pour le PSG. Il a connu une telle réussite dans le football que, s'il dit un jour : " Je veux m'engager pour le PSG ", je lui laisserai ma place tout de suite. Le fait d'avoir quelqu'un de cette expérience ne pourrait être que bénéfique. Mais je vous rappellerai qu'il vient de resigner avec Arsenal. Pour ma part, je ne suis que de passage, comme tous les présidents. Il est encore un peu tôt pour répondre à cette question. Nous savons que des travaux, d'un montant de 100 millions d'euros, devront être engagés. Mais nous ignorons encore qui obtiendra la concession. Comme un tel chantier ne peut se faire en fermant progressivement des tribunes, nous serons sans doute amenés à jouer ailleurs, pendant une demi-saison ou une saison entière. Tout cela reste à étudier. Dans tous les cas, ce sera provisoire. L'actionnaire et la mairie de Paris l'ont dit : le Parc restera la maison du PSG. Une maison plus accueillante, ouverte à tous les publics. PAR PHILIPPE BROUSSARD" Les tribunes Boulogne et Auteuil étaient arrivées à un degré de haine effrayant. Nous avons pacifié le stade. "" J'ai été surpris par l'agressivité gratuite qui règne dans le milieu du foot. "" Chapitre notoriété, le PSG arrive deuxième derrière l'OM. Qu'on le veuille ou non, c'est un club extraordinaire. "