Vendredi 23 mars. Sclessin accueille la rencontre amicale entre le Japon et le Mali. Le match est fixé à 13h20, une programmation à une heure plutôt inhabituelle, mais dictée par les télés japonaises. Autant dire que les tribunes du Stade Maurice Dufrasne sont particulièrement clairsemées.
...

Vendredi 23 mars. Sclessin accueille la rencontre amicale entre le Japon et le Mali. Le match est fixé à 13h20, une programmation à une heure plutôt inhabituelle, mais dictée par les télés japonaises. Autant dire que les tribunes du Stade Maurice Dufrasne sont particulièrement clairsemées. La direction du Standard, représentée par Bruno Venanzi, Olivier Renard et Alexandre Grosjean, est naturellement présente à l'intérieur de ses murs. Et particulièrement souriante aussi. Ça fait bien longtemps, doit-elle se dire, qu'elle n'a plus assisté à une rencontre où le stress est totalement absent des débats. Plus surprenant par contre, la venue en ce début d'après-midi de Herman Van Hosbeeck qui a emmené avec lui quelques amis du milieu, dont Mogi Bayat, Emilio Ferrera ou Christophe Cheniaux, agent et bras droit de Christophe Henrotay. Cette délégation " anderlechtoise " arrive d'ailleurs quelque peu à la bourre et retrouvera la direction liégeoise à la pause. Tout ceci ne serait que purement anecdotique si, quelques jours plus tôt, les journaux du groupe Sud Presse n'avaient pas annoncé la venue la saison prochaine de Michel Preud'homme au Standard. Deux jours après la victoire en Coupe de Belgique, cette annonce a fait l'effet d'une bombe. Présent le soir-même, à la fois à la Tribune et à Extra-Time, le directeur sportif des Rouches, Olivier Renard, ne s'est pas débiné mais semblait toutefois ennuyé par ces révélations qu'il était impossible de passer sous silence et encore moins de balayer. " Le timing est catastrophique et cela remet la pression sur Ricardo Sa Pinto, qui a déjà composé toute la saison avec elle ", dit-il. Avant de préciser : " Nous sommes contents de Ricardo. Je l'ai eu au téléphone plusieurs fois ce lundi ( 19 mars, ndlr) et il était très calme. Il sait que le Standard est un club compliqué. Il sait que deux personnes ont tout le temps été derrière lui : Bruno Venanzi et Olivier Renard. Il a reçu des critiques, mais nous avons des retours positifs du vestiaire à son égard. " Il est un fait certain que le technicien portugais a ravivé, ces dernières semaines, une flamme que l'on pensait éteinte à Sclessin. Les images de communion entre joueurs, dirigeants, et supporters, sont à mettre au crédit du Portugais, qui n'a jamais lâché l'affaire alors qu'il n'y pas si longtemps encore la grande majorité des observateurs pensaient les espoirs de play-offs 1, objectif minimum en début de saison, morts et enterrés. Depuis le 17 mars au soir, Sa Pinto a fait bien mieux encore en remportant la Coupe de Belgique, avec comme conséquences la présence du Standard en phase de poules de l'Europa League mais également la prolongation automatique du contrat de l'entraîneur portugais d'une saison supplémentaire. Alors, pourquoi viendrait-on tout chambouler en attirant Preud'homme quand tout semble (enfin) aller pour le mieux ? Ces révélations ne feraient que confirmer l'instabilité chronique qui règne depuis trop longtemps en bord de Meuse alors que le président, Bruno Venanzi aimerait tant y mettre un terme. Mais ne dit-on pas aussi qu'il vaut mieux prévenir que guérir ? Peut-on, dès lors, reprocher cette fois à Bruno Venanzi d'avoir avancé ses pions et anticipé la suite alors qu'il lui était régulièrement reproché de courir derrière les événements depuis sa prise de pouvoir ? Car la perception envers le coach portugais a totalement basculé en moins d'une semaine : entre le 11 mars, date de qualification du Standard pour les PO1 et le 17 mars, soir de victoire en Coupe. " Qui était encore derrière Ricardo Sa Pinto à la mi-temps du match renversant à Ostende ? ", nous rappelle-t-on en coulisses. Car à plusieurs reprises cette saison, l'entraîneur portugais a dépassé les bornes, à l'image de cette scène épique à Anderlecht en Coupe. Ou plus près encore, le 23 janvier dernier, quand le coach des Rouches est monté sur la pelouse de Zulte Waregem pour tancer l'arbitre Lauwrence Visser. On pensait alors que Sa Pinto avait signé son arrêt de mort car la direction était unanimement furieuse d'un tel comportement. D'autant qu'il est particulièrement compliqué et usant de composer au quotidien avec le coach portugais. Mais il est aussi important de souligner que c'est dans l'adversité que Sa Pinto a su relever la tête. Depuis deux mois, le Standard n'a plus perdu un match de championnat, alors que son coach a affiché un autre visage, toujours démonstratif et bouillant mais sans jamais dépasser les limites de l'acceptable Et si le Standard a particulièrement bien négocié le virage du mercato en se renforçant durant l'hiver, plus grand monde ne s'attendait à de pareils résultats. À tête reposée, on est aussi conscient, du côté de Sclessin, qu'avec un groupe de cette qualité, le Standard n'aurait pas dû attendre la deuxième mi-temps de la dernière journée de la phase classique pour valider son billet pour les play-offs 1. La direction liégeoise aurait évidemment préféré ne pas voir ses plans dévoilés au grand jour, elle qui avait réussi à garder sous silence la nomination de Ricardo Sa Pinto durant l'été. Cette fois, la présence régulière de Michel Preud'homme lors des dernières rencontres à Sclessin ou lors de la finale de la Coupe n'était pas innocente. Plusieurs journalistes liégeois étaient d'ailleurs au courant de la probable arrivée de MPH depuis plus d'un mois. La clause insérée dans le transfert d' Alexander Scholz ( la direction du Standard avait négocié avec son homologue brugeois un rabais de 500.000 euros sur l'indemnité à verser en cas de retour de Preud'homme, ndlr) est bien la preuve indéniable que le Standard s'intéresse à MPH depuis un petit temps déjà. Et c'est un secret de Polichinelle que Bruno Venanzi, en vrai président-supporter, rêve d'attirer depuis un moment le mage de Sclessin, celui qui l'a fait vibrer dans les tribunes, tant comme joueur que comme entraîneur. Cet été déjà, alors que le Standard peinait à mettre la main sur son nouveau coach, après s'être fait mener en bateau par Sérgio Conceiçao, on annonçait Bruno Venanzi autour d'une bonne table de la région liégeoise avec l'ex-entraîneur du Club. " Je suis sûr à 99 % qu'il n'y a jamais eu de contact entre Michel et Bruno ", affirmait-on pourtant en haut-lieu. Aujourd'hui, on en est plus du tout au stade du fantasme. Bruno Venanzi a discuté à plusieurs reprises avec Michel Preud'homme. Un projet à long terme, à très long terme même, lui a été proposé. Et l'ancien gardien de but de légende s'est montré, cette fois, particulièrement réceptif. Bien plus que lors des premiers timides contacts quand le club ressemblait encore à un grand bazar, sans lignes directrices, composé de décideurs aux visions diamétralement opposées. Depuis l'été dernier, le Standard s'est restructuré de fond en comble : d'un noyau pro longtemps excédentaire à une école des jeunes bordélique, on est passé à un groupe pro bien balancé et une Académie qui fonctionne à plein régime. Cette restructuration indispensable change évidement la donne pour Michel Preud'homme, d'autant que le club n'est plus dans l'imaginaire collectif, un loser habitué aux Play-offs 2 mais bien une entité qui a ramené deux trophées en trois ans. Qui dit mieux ? Pas grand-monde en Belgique... Les écarts répétés de Ricardo Sa Pinto en début de saison n'ont évidemment pas aidé à améliorer l'image d'un club qui peinait sportivement depuis plus d'un an. Mais le directeur opérationnel du club, Alexandre Grosjean balaie toutefois d'un revers de la main la rumeur de l'influence d'un futur sponsor sur le choix du futur coach. Si le retour aux affaires de MPH devait se confirmer, il s'inscrirait dans une suite logique, entamée depuis l'été avec les transferts de Sébastien Pocognoli et Paul-José Mpoku, qui a pour but de ramener l'esprit Standard à tous les étages du club. Si Bruno Venanzi a longtemps eu la tête sous l'eau, il n'a jamais pensé abandonner le navire et est aujourd'hui plus ambitieux que jamais. Mais peut-on ambitionner un projet à long terme avec le bouillant Ricardo Sa Pinto dont l'instabilité fut jusqu'ici le liant de sa carrière d'entraîneur ? Difficile de répondre par l'affirmative, même si l'homme semble avoir évolué au fil de la saison, sans se défaire totalement pour autant de son côté parano. L'annonce de l'arrivée de Preud'homme n'a fait évidemment que renforcer ce sentiment. Autre question qui se pose : l'arrivée de Preud'homme aurait-elle des conséquences sur le futur d'Olivier Renard ? Et ce rôle de manager à l'anglaise que l'on dit dévoué à MPH limiterait-il les attributions de l'actuel directeur sportif ? Ce dernier ne veut en tout cas plus connaître les complications rencontrées du temps de Daniel Van Buyten, qui faisait la pluie et rarement le beau temps. En septembre 2016, Renard avait d'ailleurs failli rendre son tablier après un mercato particulièrement encombrant. Un an et demi plus tard, la situation a bien changé : il est le principal décideur au niveau sportif et a toute la confiance de Bruno Venanzi. Il est donc impensable d'imaginer Renard quitter Sclessin en même temps que Ricardo Sa Pinto. D'autant que les relations entre l'actuel directeur sportif des Rouches et MPH sont également au beau fixe. Le prétendu conflit qui avait entraîné le départ de Renard (poussé dehors par la direction précédente), remplacé dans les cages par Aragon Espinoza en janvier 2008, n'est plus qu'un lointain souvenir. Olivier Renard va-t-il par contre devoir fonctionner à nouveau avec Mogi Bayat ? Depuis l'été et le transfert d' Uche Agbo, dans lequel Bayat aurait aimé une nouvelle fois s'immiscer mais sans succès, la ligne était quasiment rompue entre Sclessin et le frénétique agent. Cette fois, c'est Michel Preud'homme qui a demandé à Mogi Bayat de le représenter et de faire le tri au milieu des multiples propositions, parfois loufoques, qui étaient adressées à l'ex-coach brugeois. Présent à Sclessin dans le sillage de Van Holsbeeck lors de Japon-Mali, Bayat devrait être amené, ces prochaines semaines, à reprendre l'E40 vers Liège assez régulièrement. Quid aussi d' Emilio Ferrera que l'on présente comme le futur entraîneur de terrain à l'image d'un Philippe Clement lors de la dernière saison de MPH à Bruges ? Le duo a déjà travaillé ensemble à Al-Shabab (Arabie saoudite) et était tout proche de repartir pour un tour du côté de Bordeaux en janvier. Si l'expérience saoudienne avait été houleuse sur la fin entre les deux hommes, le différend a été aplani depuis. Reste que la personnalité de Ferrera pose question. Lui dont l'avenir à Anderlecht semble très incertain, vu le départ annoncé de Van Holsbeeck, a réussi, en quelques mois du côté de Neerpede, à créer pas mal d'inimitiés autour de son nom. " Sur certains points, il atteint l'excellence, sur d'autres il est totalement détestable ", nous raconte l'un des formateurs de la maison mauve. Et on doute très fortement que l'humeur lunatique du Bruxellois passe dans le vestiaire liégeois, où les caractères sont bien plus brûlants et affirmés que chez les U21 du RSCA. L'arrivée éventuelle de MPH bousculerait donc une série d'acquis tout récents et amènerait son lot d'interrogations. Mais le Standard peut-il passer à côté de celui que nombreux à Sclessin considèrent, encore et toujours, comme le meilleur coach de Belgique ?