Le nom de José Martinez résonne toujours de façon magique auprès des plus anciens supporters madrilènes. L'homme est mieux connu sous son surnom de Pirri : une institution au Real Madrid, dont il défendit les couleurs de 1964 à 1981 avant de devenir le... médecin de l'équipe Première, puis le directeur sportif. Aujourd'hui encore, il s'intéresse de près au destin du club qui l'a rendu célèbre. " Je ne postule pas en vue d'un éventuel retour ", précise-t-il, " mais j'aimerais que les résultats sportifs s'améliorent. Voilà plusieurs années que l'équipe n'a plus remporté le moindre titre, et je ressens beaucoup d'inquiétude, beaucoup de nervosité. L'arrivée de Ramon Calderon n'a rien résolu, au contraire ".
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Le nom de José Martinez résonne toujours de façon magique auprès des plus anciens supporters madrilènes. L'homme est mieux connu sous son surnom de Pirri : une institution au Real Madrid, dont il défendit les couleurs de 1964 à 1981 avant de devenir le... médecin de l'équipe Première, puis le directeur sportif. Aujourd'hui encore, il s'intéresse de près au destin du club qui l'a rendu célèbre. " Je ne postule pas en vue d'un éventuel retour ", précise-t-il, " mais j'aimerais que les résultats sportifs s'améliorent. Voilà plusieurs années que l'équipe n'a plus remporté le moindre titre, et je ressens beaucoup d'inquiétude, beaucoup de nervosité. L'arrivée de Ramon Calderon n'a rien résolu, au contraire ". L'ancien capitaine n'est pas optimiste lorsqu'il évoque l'avenir : " La situation est très compliquée. Les transferts n'ont pas été judicieux, l'équipe joue mal et le club traverse une grave crise sportive. Presque en désespoir de cause, le président a engagé des joueurs plus jeunes, mais on ignore encore jusqu'où ils peuvent arriver. Et comme ils demeurent des promesses, on ne peut pas leur demander la lune ". Jusqu'à présent, la formation drivée par Fabio Capello s'est surtout signalée par son irrégularité et n'a que rarement présenté un grand spectacle. " En fait, c'est une équipe très ordinaire ", estime Pirri. " Elle n'a pas de système de jeu, se crée peu d'occasions, ne domine pas son sujet. Cela dure depuis longtemps et cela signifie que ce n'est pas une grande équipe. Le Real Madrid va lutter et travailler, et gagnera encore des matches, mais ne possède plus de joueurs de qualité capables de faire la différence, comme c'était le cas autrefois ". Pour autant, Pirri n'est pas plus enthousiaste lorsqu'il évoque le FC Barcelone. " Cette équipe n'est pas aussi supérieure qu'on le pense, et elle a aussi traversé des moments difficiles avec les blessures de SamuelEto'o et de LionelMessi ". Si Pirri peut s'enorgueillir d'un passé de joueur glorieux, son mandat de directeur sportif n'est pas passé inaperçu non plus : " Durant les quatre années où j'ai rempli cette fonction, l'équipe a remporté un titre, deux Ligues des Champions et une Coupe Intercontinentale. Avec peu d'argent, car les caisses étaient vides. Dans un premier temps, nous avons engagé RobertoCarlos, ClarenceSeedorf, DavorSuker, PredragMijatovic et ChristianPanucci. La deuxième Ligue des Champions, on l'a gagnée avec une équipe fortement renouvelée : SteveMcManaman, IvanCampo, IvanHelguera, MichelSalgado et de nombreux joueurs espagnols ". L'été dernier, les socios madrilènes avaient eu la possibilité, lors des élections pour la présidence, de voter pour une candidature dont le maître d'£uvre sportif aurait été JoséAntonioCamacho, qui serait revenu au stade Santiago Bernabeu accompagné par Pirri, ami de longue date. " Nous avions les idées très claires ", précise Pirri. " Nous avions exposé nos lignes de conduite lors de la campagne électorale. La première était de rajeunir l'équipe, car ces dernières années, elle a pris un coup de vieux. Il fallait aussi hispaniser l'équipe et travailler avec les gens du cru ". Un autre grand Madrilène présent dans la course électorale, FernandezTapias, n'avait pas mâché ses mots en déclarant dans les colonnes de l'hebdomadaire DonBalon que " le Real Madrid est la risée du monde ". " Je suis d'accord avec lui ", affirme Pirri. " L'image que nous donnons n'est pas bonne pour le club et cela fait très mal aux anciens que nous sommes. Le Real Madrid doit donner l'image d'un club adulte, en commençant par le président et en terminant par les joueurs et les employés. Pour ce faire, il faut se comporter correctement, respecter les autres et travailler discrètement, afin de ramener le club là où il a toujours été ". Ramon Calderon a dépensé plus de 100 millions d'euros pour engager Diarra, Emerson, FabioCannavaro, RuudvanNistelrooij, FernandoGago et GonzaloHiguain. Des recrues qui ne sont pas du goût de Pirri : " Personnellement, j'aurais transféré d'une autre manière, en tenant compte des besoins réels de l'équipe. Il n'est pas nécessaire de transférer pour transférer. Mais j'arrête de jeter de l'huile sur le feu : je veux surtout que l'équipe retrouve son niveau d'antan ". Parmi les solutions préconisées par Pirri : le rajeunissement et l'hispanisation de l'équipe. " Attention : je ne prétends pas que des vétérans ne peuvent pas être utiles. Personnellement, j'ai pris ma retraite à 35 ans. Il y a des joueurs qui sont encore en parfaite condition à 32 ans et d'autres qui, à 29 ans, paraissent déjà usés. Rajeunir, cela signifie que lorsque les joueurs dépassent la trentaine, il faut commencer à préparer leurs successeurs. Ces dernières années, on n'a pas tenu compte de ce paramètre ". L'ancien directeur sportif est aussi ennuyé par les changements de cap opérés par le club dans sa politique de transferts : " Ces brusques coups de gouvernail sont à proscrire, car ils démotivent les joueurs. S'il y a, dans l'effectif, des footballeurs difficiles à gérer, il faut leur parler, dialoguer, leur faire comprendre ce qu'est le Real Madrid et leur expliquer que, si l'on peut y gagner beaucoup d'argent, il faut aussi offrir un rendement maximum en retour. Ecarter un joueur en argumentant qu'il crée des problèmes, ce n'est pas la solution ". Ronaldo et David Beckham sont clairement visés. " Je leur aurais offert une autre sortie ", poursuit Pirri. " La manière dont on s'est séparé des stars, ces dernières années, ne me plaît pas. Le Real Madrid a toujours été un grand club, et ses joueurs, qu'ils soient des stars ou des footballeurs plus anonymes, méritent un départ plus digne. Ce n'est pas normal que des joueurs comme VicenteDelBosque et FernandoHierro soient partis par la petite porte non plus ". Au Real Madrid, ces derniers temps, on sort par une porte dérobée mais on entre généralement par un grand portique. Des joueurs comme Gago et Higuain ont été accueillis en grande pompe, eu égard à la somme qu'ils ont coûté. " Le prix d'achat ne devrait pas entrer en ligne de compte ", estime Pirri. " Ce qui compte, c'est le rendement sportif. Je ne veux pas médire de Gago et d'Higuain. Ce sont certainement des joueurs d'avenir. Demain, ils seront peut-être très bons. Mais aujourd'hui, ils doivent encore faire leurs preuves ". Raison de plus, aux yeux de Pirri, pour ne pas snober le centre de formation :" Il faut planifier à long terme. On ne peut pas continuer à affirmer que ce que l'on achète à l'étranger est forcément meilleur que ce que l'on a chez soi ". Acheter de jeunes joueurs à l'étranger donne l'impression, selon Pirri, que l'on met en doute la qualité de la formation au sein même du club. " Or, il y a de très bons footballeurs dans les équipes d'âge du Real ", assure-t-il. " On aurait déjà dû offrir une chance à certains d'entre eux depuis belle lurette. Si l'on n'essaie pas, comment peut-on savoir qu'ils ne sont pas à la hauteur ? Selon moi, il y a beaucoup de Gago et d'Higuain à Valdebebas, le nouveau centre de formation du Real Madrid. Dans toutes les catégories d'âge. Les équipes de jeunes du Real Madrid ont toujours figuré parmi les meilleures d'Espagne ". Pirri est bien placé pour en parler. Peu de personnes connaissent mieux que lui le centre de formation madrilène. Jadis, c'est lui qui avait engagé SamuelEto'o. " Il avait 15 ans ", se souvient-il. " Son passage au FC Barcelone m'a fait très mal. Il faut veiller à ce qu'à l'avenir, des joueurs de ce calibre ne quittent plus jamais le Real Madrid ". L'un des hommes les plus critiqués, au Real Madrid, est l'entraîneur Fabio Capello. " J'ai travaillé un an avec le coach italien et je n'ai jamais compris pourquoi il était parti, à l'époque. Je n'avais jamais eu de problèmes avec lui ". Parmi les supporters madrilènes, nombreux sont ceux qui pensent que Pirri se débrouillerait au moins aussi bien que Mijatovic comme directeur sportif. Mais l'intéressé affirme ne nourrir aucune ambition dans ce domaine. " Je n'ai aucune intention de revenir à Madrid. Au moment des élections à la présidence, Camacho m'avait demandé de l'aider, et comme je le soutiens à fond, j'avais accepté de faire partie de la candidature. Nous n'avons pas été élus, l'affaire est close. Je pense malgré tout que le Real va au devant d'une longue traversée du désert. La fin de saison se résumera à un long calvaire. Certes, rien n'est encore perdu, mais on sent que les joueurs manquent cruellement de confiance ". En fait, Pirri rêve néanmoins de collaborer à un projet qui redonnerait au club son lustre d'antan. " Je rêve d'un Real différent. En fait, non : je rêve de retrouver le Real comme il l'a toujours été, c'est-à-dire une équipe qui joue bien au football et qui remporte des trophées. Avec beaucoup de travail et une ligne de conduite cohérente, il y a moyen d'y arriver. Peu importe celui qui viendra au secours du club, il fera beaucoup mieux que les gens en place ".lpar jose manuel munoz (esm) - photo: reporters