Beaucoup d'événements se sont passés en 12 mois dans la carrière de Justine Henin. Alors qu'elle avait quitté l'an dernier Flushing Meadows la tête haute et le c£ur léger, la valise alourdie par son deuxième trophée en Grand Chelem conquis de haute lutte face à Kim Clijsters, la Namuroise se sera retirée cette fois de la scène new-yorkaise beaucoup plus vite que prévu, l'esprit encombré de doutes et d'incertitudes, sans aucune coupe à ramener dans son appartement de Wépion, pire même sans la place de numéro 1 mondiale qu'elle avait occupée pendant 45 semaines (dont 44 consécutives). Bref, l'édition 2004 sera à oublier au plus vite pour une fille dont la saison a été pourrie par un virus. Heureusement pour Henin, les Jeux Olympiques sont passés par là...
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Beaucoup d'événements se sont passés en 12 mois dans la carrière de Justine Henin. Alors qu'elle avait quitté l'an dernier Flushing Meadows la tête haute et le c£ur léger, la valise alourdie par son deuxième trophée en Grand Chelem conquis de haute lutte face à Kim Clijsters, la Namuroise se sera retirée cette fois de la scène new-yorkaise beaucoup plus vite que prévu, l'esprit encombré de doutes et d'incertitudes, sans aucune coupe à ramener dans son appartement de Wépion, pire même sans la place de numéro 1 mondiale qu'elle avait occupée pendant 45 semaines (dont 44 consécutives). Bref, l'édition 2004 sera à oublier au plus vite pour une fille dont la saison a été pourrie par un virus. Heureusement pour Henin, les Jeux Olympiques sont passés par là... Abattue, triste, désemparée : la numéro 1 belge était tout ça à la fois après son élimination en huitièmes de finale des £uvres de Nadia Petrova, 14e joueuse mondiale. Une élimination nette et sans bavure : 6-3, 6-2 en un peu moins d'une heure et demie de match. Voilà longtemps que Henin n'était plus apparue aussi vulnérable sur un court. Prise d'emblée à la gorge par la Russe, elle ne put, à l'exception des trois premiers jeux, jamais faire impression sur ce court Arthur Ashe qu'elle avait si bien marqué de sa griffe 12 mois auparavant. " C'est le genre de journée où l'on ne se sent pas bien et où l'on n'a pas confiance ", dit-elle pour expliquer sa défaite. " Ce qui s'est passé ici à l'US Open est normal. Jamais, je ne me suis sentie sécurisée dans mon jeu, je n'étais pas fraîche dans ma tête et je ne bougeais pas bien ". Normal, dans ces conditions, que ce qui avait suffi contre deux qualifiées et LisaRaymond, aux trois premiers tours, ne fut plus suffisant contre une fille aussi redoutable que Petrova, dont on se souviendra qu'elle fut éliminée en demi-finales l'an dernier à Roland Garros par Clijsters. " Nadia a bien joué, c'est certain, mais j'ai fait trop peu pour l'inquiéter ", poursuivit Henin, le visage sévère. " J'ai passé la plus grande partie du match à attendre ses fautes. Quand on joue comme ça, il ne faut pas espérer grand-chose. Je dois accepter cette défaite. Je suis très déçue et il y a encore beaucoup de travail à faire pour revenir au niveau que tout le monde me connaît. Donnez-moi seulement du temps "... Le temps, c'est justement ce qui va le plus manquer à Justine Henin. Quand on est, ou a été, la reine du tennis féminin pendant si longtemps, promenant sa bedaine de tournois en tournois avec une insolente réussite, on retombe difficilement dans l'anonymat ensuite. Chacune des sorties de la Namuroise est scrupuleusement analysée à la loupe et chacune de ses défaites prend immanquablement des proportions démesurées. " Ce que je dois encore travailler n'a rien à voir avec un coup spécifique de mon tennis ", ajoute Henin. " Je dois pouvoir gérer à nouveau une situation de stress à laquelle je n'ai plus été habituée pendant quatre mois. Je manque de tournois du genre de celui de New York, où l'on ne parle que de tennis et où tout le monde se focalise sur vos prestations. A Athènes, tout fut tellement différent. Le tennis n'y était qu'un sport parmi tant d'autres. Mais si je ne regrette rien des Jeux, ils m'ont pris beaucoup d'énergie. Je ne me suis jamais sentie puissante à New York ". Le soir de sa défaite, Henin ne pensait évidemment pas à sa première place mondiale qu'elle était assurée de perdre dès la fin de l'US Open. Et le fait qu'elle allait quitter Flushing Meadows avec le dossard numéro 3 ou 4 ne la tracassait pas outre mesure. On peut le comprendre. " Je ne suis pas déçue pour ça ", dit-elle à ce sujet. " Il est normal que je perde la place de numéro 1. Après quatre mois sans jouer, il était presque incroyable que je le sois restée. Je dois d'ores et déjà penser à 2005. J'ai raté un gros bout de cette saison-ci et le reste de l'année servira avant tout à me relancer petit à petit. Cela va prendre du temps ". Déçu par l'élimination, Carlos Rodriguez l'était moins que sa joueuse. Et pour cause puisqu'il n'avait pas tardé à se rendre compte des nombreux signes négatifs que lui envoyait Henin avant même le début du tournoi. Pour le coach, New York n'était qu'une étape parmi d'autres sur le chemin de la reconstruction. " Quand nous sommes arrivés à l'US Open, elle a commencé par attraper un refroidissement ", expliqua-t-il ainsi. " C'était le premier signe d'une décompression que je redoutais après la médaille d'or conquise à Athènes. J'ai tout de suite compris que le parcours à l'US Open allait être difficile et pénible. On l'a d'ailleurs très bien vu au deuxième tour contre l'Israélienne Obziler. Justine aurait dû gagner le match en deux sets. Au lieu de cela, elle perd sa concentration, se laisse remonter à un set partout et se met à avoir sacrément peur dans la troisième manche ! Ce jour-là, je lui ai dit de changer radicalement son approche des matches. Il fallait qu'elle cesse de rechercher la perfection à tout prix en croyant qu'elle a encore quelque chose à prouver. Cela a marché contre Raymond, mais pas contre Petrova face à qui elle était morte émotionnellement ! Tétanisée, Justine n'a rien su faire dans ce match qui a été un supplice. Elle n'a jamais lâché ses coups parce qu'elle jouait petit bras. Je n'ai pas voulu l'aider parce qu'elle a parfois besoin de prendre une belle gifle pour mieux rebondir ensuite ". Plus que tout, Justine Henin fut aux premières loges pour constater qu'entre la pression des Jeux Olympiques et celle d'un tournoi du Grand Chelem comme l'US Open, a fortiori où elle était la tenante du titre, il y a le même océan de différences que celui séparant l'Amérique de Wépion. A l'heure de quitter Big Apple, Rodriguez était conscient du travail qu'il allait devoir accomplir pour remettre la machine Henin en état de marche. " L'US Open va nous obliger à tous nous remettre en question ", prétend-il. " Notre calendrier restera modéré avec, au programme, les tournois de Filderstadt et de Zurich, sans oublier le Masters à Los Angeles. Entre ces échéances, nous aurons le temps de travailler comme il faut. Il ne sert à rien de se mettre à trop jouer. Mieux vaut prendre son temps car il faut déjà avoir le regard tourné vers la saison nouvelle ". Outre Filderstadt dans la proche banlieue de Stuttgart, le tournoi célèbre pour la Porsche qu'il offre à sa lauréate, Zurich (où elle est devenue pour la première fois numéro 1 mondiale) et le Masters, il se murmure que Henin pourrait également disputer le tournoi de Philadelphie, juste avant Los Angeles, histoire d'accumuler les matches qui lui manquent tant pour l'instant. Sans doute cette opportunité dépendra-t-elle de ce qu'elle fera en Allemagne et en Suisse. Ces échéances à venir ne seront toutefois pas de tout repos pour Henin. On se souviendra qu'elle fut finaliste (battue par Clijsters) à Filderstadt, lauréate à Zurich et demi-finaliste au Masters. Trois tournois où elle défendra donc de nombreux points, ce qui rend sa mission de reconquête du leadership du classement très aléatoire pour cette année. Ce qui va l'aider pendant ces périodes, c'est paradoxalement le fait de ne plus être numéro 1 mondiale, une position qui a encore davantage braqué les projecteurs sur sa personne et augmenté le stress. " Franchement, c'est mieux qu'elle ne le soit plus parce qu'elle va à présent redevenir une fille du peloton ", estimait même Carlos Rodriguez. Justine Henin qui redevient une fille parmi tant d'autres : voilà qui changera la donne d'un tennis féminin en perpétuel renouveau. Florient Etienne" Ce qui s'est passé à New York est... NORMAL " (Justine Henin)