Qu'il est désagréable de voir un génie perdre son talent. Dimanche, sur le Central de Roland Garros, pendant le premier set de la finale, Roger Federer a donné l'impression de ne plus savoir jouer au tennis. Plus d'une fois, le premier joueur mondial a raté des coups immanquables pour lui. Dès le premier jeu, un de ses coups droits, pourtant si limpide d'habitude, s'est écrasé dans la bande du filet. Et, dans les jeux suivants, ce sont ses revers qui l'ont trahi. Soyons clairs : si le Suisse a mal joué par période, c'est parce qu'il était opposé à un véritable monstre de la terre battue. Du début à la fin de la quinzaine, Rafaël Nadal s'est montré, non pas égal à lui-même, mais plus fort que jamais.
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Qu'il est désagréable de voir un génie perdre son talent. Dimanche, sur le Central de Roland Garros, pendant le premier set de la finale, Roger Federer a donné l'impression de ne plus savoir jouer au tennis. Plus d'une fois, le premier joueur mondial a raté des coups immanquables pour lui. Dès le premier jeu, un de ses coups droits, pourtant si limpide d'habitude, s'est écrasé dans la bande du filet. Et, dans les jeux suivants, ce sont ses revers qui l'ont trahi. Soyons clairs : si le Suisse a mal joué par période, c'est parce qu'il était opposé à un véritable monstre de la terre battue. Du début à la fin de la quinzaine, Rafaël Nadal s'est montré, non pas égal à lui-même, mais plus fort que jamais. Plus qu'un long discours, les scores infligés à ses six premiers adversaires démontrent la maîtrise totale de l'Espagnol : 7-5 6-3 6-1 face à Thomaz Belluci (BRA ATP 76*) ; 6-4 6-0 6-1 devant le français Nicolas Devilder (ATP 148) ; 6-1 6-3 6-1 contre le Finlandais Jarkko Nieminen (ATP 26) ; 6-1 6-0 6-2 face à son compatriote Fernando Verdasco (ATP 23) ; un triple 6-1 contre un autre Espagnol, Nicolas Almagro (ATP 20). On pensait que Novak Djokovic ferait nettement mieux en demi mais le Serbe, tout troisième mondial qu'il est, n'a pas pris le moindre set, s'inclinant 6-4 6-2 7-6. Mais plus encore que les scores, c'est l'incroyable puissance de Nadal qui a de quoi faire peur, même au meilleur mondial. Un peu comme le Thomas Muster (AUT) de la meilleure époque, Nadal n'est jamais fatigué. Quand, lors des changements de côtés, les autres se reposent et reprennent vie, lui trépigne d'impatience. Chargé d'énergie, il veut rapidement revenir sur le court pour continuer à prendre son rival à la gorge. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Nadal ne laisse pas jouer son rival. On a beau dire qu'il faut développer telle ou telle tactique face à lui, on oublie trop souvent qu'outre un Roger Federer au sommet de son art, il est impossible, sur terre, de s'installer dans l'échange. D'une part, rappelons-le, Nadal frappe fort mais, qui plus est, il imprime un lift lourd et agressif sur lequel on ne peut s'appuyer. Et puis, Nadal est gaucher, ses envois suivent donc des trajectoires improbables, un peu comme celles des balles de John McEnroe (USA), la force brutale en plus. Alors, c'est vrai, Federer a perdu un peu de son talent. Surtout dans la première manche. Breaké dans le début de la deuxième, il a heureusement retrouvé son génie et a presque fait douter le deuxième mondial qui a tout de même dû sauver une balle de 4-3... Par la suite, si Federer a mieux joué, qu'il a cherché des solutions, qu'il a même tenté des coups impossibles, Nadal a pris le dessus mentalement, physiquement. Et, à deux sets zéro, la messe était dite. Face à un Nadal pareil, il est impossible de revenir. Et, de fait, Federer a pris une sévère leçon : 6-1 6-3 6-0 ! Avec quatre succès à la suite, Rafaël Nadal écrit manifestement l'une des pages les plus impressionnantes de Roland Garros. Beaucoup aime le comparer à Bjorn Borg, le Suédois qui a remporté à six reprises le tournoi parisien. Pour notre part, c'est plutôt à Ivan Lendl (USA) et Muster qu'il nous fait penser. A Lendl, pour la violence du coup droit (tout étant relatif puisque les époques sont différentes) et à Muster pour l'acharnement physique. Par contre, comme Borg, et contrairement à ces deux joueurs, Nadal est parfaitement capable de vaincre sur gazon où il a disputé les deux dernières finales face à un certain Roger Federer qui sera sans nul doute davantage en danger à Londres que Nadal ne l'a été à Paris. Si la hiérarchie masculine a été confirmée, il est bien plus compliqué d'y voir clair chez les dames. La Serbe Ana Ivanovic a certes remporté l'épreuve féminine et est devenue n°1 mais elle n'est pas la seule à pouvoir prétendre au titre de meilleure joueuse du moment. En fait, le départ à la retraite de Justine Henin a clairement ouvert des espaces à plusieurs de ses ex-collègues qui se sentaient brimées par la Belge. L'exemple le plus typique est sans nul doute celui de la finaliste Dinara Safina (RUS WTA 14). Jusque-là, la s£ur de Marat Safin n'avait jamais été très performante en Grand Chelem puisque son palmarès ne renseignait que deux quarts de finale (Roland Garros et US Open 2006). Cette fois, alors que la Russe était réputée pour son petit moral et son incapacité à briller lors des moments importants, elle a réussi à revenir du diable Vauvert face à ses deux compatriotes Maria Sharapova (WTA 1) et Elena Dementieva (WTA 8) contre lesquelles elle a chaque fois sauvé une balle de match, respectivement en huitième et en quart de finale. Expéditive en demi, elle n'a pas réussi à gérer sa première grande finale mais devrait avoir trouvé dans son parcours parisien des raisons de viser plus haut. Il ne faudrait d'ailleurs pas non plus oublier trop vite ses compatriotes. A une balle près, Sharapova se retrouvait en quart face à Dementieva et, à une balle près, cette dernière se retrouvait en demi face à... Svetlana Kuznetsova. Laquelle, donc, a bel et bien tenu son rang puisque, classée quatrième mondiale, elle s'est hissée dans le dernier carré. Rappelons d'ailleurs que, malgré les apparences, elle n'a elle aussi que 22 ans et, déjà, un titre de Grand Chelem à son actif (US Open 2004). Si faire une croix sur les Russes serait hasardeux, il ne faut pas non plus enterrer trop rapidement les deux s£urs américaines Serena Williams (WTA 5) et Venus Williams (WTA 7). Plus les années passent et moins la terre battue leur conviendra mais, dès Wimbledon, dans quinze jours, elles seront à nouveau extrêmement dangereuses. Elles seront d'ailleurs sans nul doute deux des trois principales favorites du tournoi londonien, la troisième étant... Sharapova. Et les Serbes ? Oui, il y a les Serbes. A 23 printemps, Jelena Jankovic (WTA 3) a disputé à Paris sa troisième demi-finale de Grand Chelem mais sans succès. Quant à Ivanovic, on l'a dit, elle a tout simplement gagné, prenant du même coup la première place mondiale. A priori, c'est donc elle qui a tout en main pour dominer les mois et les années à venir. Après tout, avant de soulever la coupe Suzanne Lenglen dimanche dernier, elle avait déjà été en finale il y a douze mois et a aussi pris part à la finale de l'Australian en début d'année. Reste que, au risque de surprendre, de fâcher ou de faire sourire, on reste un rien dubitatif sur ses capacités à dompter sans cesse ses rivales. Le tennis d'Ivanovic est pourtant relativement complet, assez séduisant et manifestement efficace. Mais on ne la sent pas vorace. On ne sent pas en elle la volonté d'asphyxier ses adversaires, de dominer le monde. Encore une fois, ce sont peut-être des impressions mais, elle devra forcément devenir un peu plus méchante si elle veut maintenir des rivales aussi agressives que les Williams ou Sharapova hors de portée. *Les classements renseignés sont ceux qui avaient cours pendant Roland Garros.Par Patrick Haumont - Photos: Reuters