"Un culot monstre" (Roger Henrotay, manager du joueur)
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"Un culot monstre" (Roger Henrotay, manager du joueur)"C'était en 1998. J'avais envoyé mon associé Edouard Innocenti à un tournoi des -17 ans, au Maroc, où participaient, outre les meilleurs joueurs de ce pays, l'Egypte et deux autres nations. Au retour, Eddy m'avisa qu'un élément lui avait tout particulièrement tapé dans l'oeil : Mohamed El Yamani, actif au Standard entre-temps. Pour finaliser ce dossier, je m'étais rendu moi-même sur place, peu après, à la faveur d'une autre compétition à laquelle ce footballeur était appelé à prendre part. C'est à cette occasion que mon attention fut attirée par Ahmed Hossam, âgé de 15 ans à peine, mais qui avait été essayé, malgré tout, l'espace d'une vingtaine de minutes, afin de mesurer ses potentialités à l'échelon supérieur. J'avoue que j'étais d'emblée conquis par l'extraordinaire maîtrise de ce jeune garçon et, aussi, par son culot monstre. Il avait beau faire ses grands débuts, il n'avait de cesse de réclamer le ballon et de commander ses partenaires. Signe de qualités évidentes, bien sûr, et d'une confiance en soi peu commune. A l'instar de Mohamed El Yamani, que j'avais transféré à Sclessin, j'ai vu grand, au départ, pour Ahmed Hossam également puisque je l'ai mis à l'essai au PSG. Après cinq jours à peine, Midou me confia, toutefois, que le centre de formation des Parisiens n'était pas du tout son truc et qu'il aspirait à vivre une autre aventure. Conscient que j'avais peut-être visé trop haut avec les Rouches et le PSG, j'ai eu l'idée d'un rapprochement avec La Gantoise, pour qui j'avais réglé dans le passé les passages de Gunther Van Handenhoven à Metz et de Laurent Delorge à Coventry. Après la première journée de tests à peine, le manager des Buffalos, Michel Louwagie, me signifia que l'affaire était réglée. Depuis lors, la trajectoire d'Ahmed Hossam a subi une courbe exponentielle. Et tout porte à croire qu'il s'étoffera encore tant et plus à Anderlecht. Honnêtement, je suis moi-même surpris par son évolution. Je pensais, a priori, qu'il lui faudrait davantage de temps pour se familiariser au football belge. Mais il a brûlé les étapes, aussi bien dans le cadre de notre championnat qu'en sélection où il fait figure de valeur sûre à présent. Pour l'avoir vu plusieurs fois à l'oeuvre avec La Gantoise et les Pharaons, je suis bien placé pour dire que Midou est un buteur d'instinct. La preuve par son tout dernier but en D1 contre le GBA : la manière dont il reprend le cuir de la tête pour le loger au fond des filets, après une acrobatie, n'est manifestement réservée qu'à ceux qui possèdent le feeling en la matière. Il a cette faculté de répondre présent au bon moment dans les seize mètres et de transformer la moindre demi-occasion en goal. Ce sens du but, personne ne peut s'en prévaloir plus que lui, sur le sol belge. C'est la classe à l'état pur". "Un tantinet fanfaron" (Herman Vermeulen, entraîneur-adjoint à La Gantoise)"J'ai vu Ahmed Hossam pour la première fois à l'oeuvre à l'occasion du match de nos doublures contre Anderlecht. Ce qui m'avait frappé, de prime abord, c'était sa puissance. Au même titre que bon nombre d'autres observateurs, j'avais peine à croire que ce gars-là était encore un teenager. Hormis ses qualités physiques, son habileté dans le jeu eut tôt fait de me sidérer aussi. A l'encontre de pas mal de joueurs qui, dans les mêmes circonstances, se contentent d'assurer, Midou, lui, n'en finissait pas d'épater tout son monde par son bel esprit d'initiative, ses dribbles et ses tirs. Cette assurance-là, c'est sa deuxième nature. Aussi suis-je convaincu qu'il ne sera pas taraudé par la peur de mal faire dans son nouvel entourage au Parc Astrid. Il doit cependant veiller à ce que cette confiance en ses moyens ne se transforme pas en arrogance. Chez nous, sur la fin, il était quand même devenu un tantinet fanfaron. Reste que je n'ai jamais vu un joueur se développer aussi rapidement que lui. Il était clair, dès son arrivée, qu'il avait plus de talent que les autres. Mais il ne l'exprimait jamais que par intermittences. Un peu à l'image d' Alin Stoica. Mais à la différence du Roumain, qui aura mis du temps avant de s'adapter aux contingences du football belge, Ahmed Hossam, lui, s'est rapidement familiarisé avec cette donne. A tel point qu'il a bel et bien supplanté à un moment donné, dans tous les registres, celui qui était titulaire aux avant-postes à l'entame de la saison, Aleksandros Kaklamanos. Son seul défaut, au moment de prendre la relève de l'attaquant grec, c'était sa collaboration à la récupération du cuir. Il avait tendance à chasser l'adversaire sans se préoccuper de ce que faisaient ses coéquipiers. Mais il s'est vite mis au diapason des autres. Défensivement, il a appris à presser en même temps que ses partenaires ou à couper astucieusement les angles. Mais c'est évidemment en possession du ballon qu'il exprime le mieux ses immenses qualités : une explosivité peu banale, malgré une belle taille, ainsi qu'une détente phénoménale. Techniquement, son habileté balle au pied est supérieure à la moyenne aussi. Il a un crochet déroutant et, face à l'opposant, il a cette faculté de pouvoir faire passer très vite le ballon d'un pied à l'autre, ce qui le rend insaisissable. Il n'a pas froid aux yeux non plus et ne se laisse jamais décontenancer après un tir approximatif ou une passe hasardeuse. Ce qui traduit la confiance qui l'habite. Au nom de son grand talent, il faisait écarquiller les yeux de tout le monde à La Gantoise. Et cette focalisation sur sa personne lui plaisait, manifestement. Je me demande toutefois comment il réagira dans un entourage où il ne sera plus la seule vedette. Mettra-t-il l'ouvrage sur le métier afin de franchir un palier supplémentaire ou, au contraire, laissera-t-il tomber les bras? Je frémis, en tout cas, quand je l'entends dire que le banc n'est pas fait pour lui et que s'il s'y retrouve, cette situation ne peut pas durer plus d'un mois, sans quoi il ira chercher gloire et fortune ailleurs. Sous cet angle-là, je pense qu'il devrait plutôt s'inspirer de l'exemple d'Alin Stoica au lieu de songer à jeter d'emblée le gant. A mes yeux, son avenir sportif découlera de sa capacité à se remettre en question. Il sait donc à quoi s'en tenir". "Le successeur de Hossam Hassan" (René Taelman, coach d'Ittihad Alexandrie)"J'ai pas mal bourlingué en Afrique, aussi bien au coeur-même du continent noir, à Kalamu dans l'ancien Zaïre notamment, que dans le Nord, où j'ai officié entre autres à l'Olympic Casablanca. Ce qui m'a toujours frappé au niveau de ses footballeurs, c'est leur dichotomie. Pour schématiser, j'aurais tendance à dire que les représentants du Maghreb excellent dans l'art de défendre, tandis que les footballeurs de l'Afrique Noire se singularisent par des qualités offensives plus prononcées. Le Sénégalais Jules Bocandé, les Camerounais Roger Milla ou François Omam-Byick, le Guinéen Souleymane Oulare, le Libérien George Weah : autant d'attaquants qui ont réellement fait fureur dans leur spécialité, aussi bien en Afrique que dans les pays européens où ils ont évolué. J'ai beau chercher, mais je ne trouve pas les mêmes exemples de réussite, hormis celle du Marocain Merry Krimau, chez les joueurs issus du septentrion de ce continent. Une nation constitue une exception quand même : l'Egypte où, depuis une vingtaine d'années se signalent quelques avants hors-pair. Il y eut d'abord Mahmoud Al Khattib, puis Hossam Hassan et, à présent, Ahmed Hossam. Je l'ai vu à l'oeuvre avec l'équipe nationale contre le Maroc et le Sénégal, et j'avoue qu'il m'a à chaque fois laissé forte impression. En réalité, les deux Hossam se distinguent par une faculté qui constitue une denrée rare ici : le sang-froid. Entraîneur dans ce pays, je suis probablement bien placé pour dire que de tous les footballeurs nord-africains, les Egyptiens sont sans conteste les plus doués. Ce constat se reflète d'ailleurs au palmarès des compétitions de clubs, où les deux grands clubs cairotes, Al Ahli et le Zamalek, ont fait ample moisson de titres par rapport à leurs homologues tunisiens ou marocains comme l'Espérance Sportive de Tunis, l'Etoile du Sahel voire le Raja et le Wac Casablanca. Le gros problème, malgré tout, concerne la lucidité en zone de vérité, qui n'est réservée qu'à quelques joueurs hors-normes. Comme le tandem précité ou encore Tarek El Said, le nouveau transfuge d'Anderlecht qui a clôturé la compétition avec le titre de meilleur réalisateur : treize goals. Ce qui en dit quand même long sur l'absence de force de frappe chez les autres. Moi-même, je l'ai vérifié à Alexandrie étant donné que le meilleur artificier égyptien de mon équipe n'a réussi qu'un maigre total de trois buts. Ce qui différencie l'attaquant égyptien moyen des Hossam brothers, c'est sa réticence à aller au ballon. La plupart attendent sagement le cuir alors que les meilleurs se caractérisent précisément par cette qualité de jaillir au bon moment. Ahmed Hossam possède indéniablement cet instinct qu'il couple à une détermination hors du commun. Reste à voir à présent dans quelle mesure, à dix-huit ans, il saura garder les deux pieds sur terre. Car il fait d'ores et déjà l'objet d'un culte sans précédent. S'il parvient à faire la part des choses, une fabuleuse carrière lui est promise. Dans le cas contraire, je crains qu'il ne marche sur les traces d'un garçon comme le Marocain Nordin Jbari, qui avait de l'or dans les pieds lui aussi, mais dont la carrière n'a pas répondu à l'attente jusqu'ici". "Le plus doué" (Ibrahim Nader El Sayed, gardien au Club Brugeois)"J'ai côtoyé bon nombre d'excellents joueurs en près de dix années de présence en sélection. Mais jamais encore il ne me fut donné d'avoir comme coéquipier un élément aussi talentueux qu' Ahmed Hossam. C'est de loin le joueur le plus doué que l'Egypte ait produit depuis la lointaine époque de Mukhtar Rifai Al Titsh et de l'entraîneur de la sélection nationale actuelle, MahmoudAl Gohari. Curieusement, c'est moi qui ai recommandé Ahmed Hossam au coach des Pharaons. Celui-ci ne se doutait pas un seul instant que la carrière de Midou -c'est le surnom d'Ahmed Hossam- avait subi un brusque coup d'accélérateur en Belgique. Dès l'instant où l'entraîneur gantois, Patrick Remy, en fit l'un des incontournables de son équipe, au détriment de l'attaquant grec Aleksandros Kaklamanos, j'avisai le fédéral qu'Ahmed Hossam méritait une chance en formation représentative chez nous. Et là aussi, ce fut un coup dans le mille puisque Midou réussit au-delà des espérances à l'occasion de ses premiers matches. C'est lui notamment qui réussit le but de la victoire face au Sénégal à quelques instants à peine du terme de la partie. Et ce, sur un heading fantastique, semblable à celui qui valut la victoire des Buffalos en championnat contre Anderlecht. Sa détente prodigieuse et sa griffe de félin font de lui le complément idéal de Hossam Hassan, qui pèse comme nul autre sur les défenses adverses. Le plus capé de nos internationaux, avec plus de cent cinquante sélections à son compteur, me fait penser à Jean-Pierre Papin. Ahmed Hossam, lui, est plus subtil. Il ressemble davantage à Roberto Baggio. Avec eux, l'Egypte est parée pour le moment, même s'il faudra pourvoir sous peu au remplacement de Hossam Hassan qui a allégrement franchi le cap de la trentaine. La solution, ce pourrait être d'associer les deux néo-Anderlechtois, Ahmed Hossam et Tarek El Said aux avant-postes. Car dans un rôle comparable à celui de Marc Degryse, comme attaquant en retrait, mon ex-équipier au Zamalek devrait pouvoir faire merveille aussi. Personnellement, je ne me fais pas le moindre souci concernant leur avenir au Sporting. J'ai d'ailleurs plaidé ardemment la cause de ce club auprès de ce duo car il s'agit du top en Belgique, à l'image de Bruges d'ailleurs. Ahmed Hossam, qui est mon compagnon de chambre chez les Pharaons, est un garçon très sérieux et extrêmement désireux d'apprendre. Je crois que les Mauve et Blanc seront un excellent tremplin pour lui avant qu'il n'arrive à pleine maturité dans une compétition huppée en Europe, fut-ce en Angleterre, en Espagne ou en Italie. A mes yeux, il a tous les atouts en main, et surtout dans les pieds, pour devenir le plus grand footballeur égyptien de tous les temps". Bruno Govers